Les bonus de la saison
Publié le 21/03/2018

Pierre Guillois : "Opéraporno, bien sûr il y a de l'inconscient"


      Partager la vidéo 

Autres épisodes :

Opéraporno de Pierre Guillois et Nicolas Ducloux arrive le 20 mars au Rond-Point. Comme l'écrit Jean-Michel Ribes : la comédie, en faisant la satire de la pornographie "plutôt que de la rendre plus désirable encore en l’interdisant, n’est-elle pas la meilleure façon de lui ôter son venin ? Le cinéma s’en est parfois occupé, le théâtre un tantinet, l’opéra jamais. Voilà qui est fait grâce à Pierre Guillois et à Nicolas Ducloux."

– Opéra ?

Pierre Guillois — Il s’agit plutôt d’un bouffe ou d’un théâtre musical, mais accoler porno et opéra est irrésistible et indique mieux l’endroit de profanation sur lequel nous prétendons nous divertir avec les chanteurs. La musique légère connaît une tradition grivoise... Nous poussons seulement le bouchon un peu plus loin, époque oblige. Sous les atours « faciles » d’une œuvre libertine se cache un défi immense : celui de conduire une pièce lyrique
dans les affres du sexe le plus déviant en relevant le pari d’une comédie réussie et d’une musique capable d’émouvoir.
 
— Porno ?
— Notre opérette (donc) est plus ordurière qu’érotique. Est-ce encore de la pornographie ? Probablement pas. Mais scandaleuse oui et sexuelle absolument : l’ordre familial est pulvérisé et son ciment moral détruit à coup de sodomie, inceste, pratiques scatologiques et autres perversions particulièrement dégoutantes. Les interprètes ne seront pas exposés tels des acteurs de film X mais devront jouer de sensualité pour incarner dans toute leur complexité ces protagonistes lubriques lâchés au cœur de situations intolérables et terrifiantes.
 
— Comique ?
— La seule clé de notre salut est l’humour. Le rire seul nous sauvera du véritable outrage. Il ne s’agit pourtant pas
de prendre tout cela à la légère. En se jouant des plus grands tabous, des peurs les mieux enfouies, l’écriture prétend faire jaillir un humour particulièrement féroce. Le rire n’en sera que plus libérateur, plus puissant, provenant du plus profond, du plus intime, du plus secret de l’être – car nous avions oublié que toutes ces choses étaient possibles et combien elles étaient interdites
 
En partenariat avec Théâtre-Contemporain.net qui a réalisé cet entretien
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

Plus de...

Pierre Guillois

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 12 mars 2018 à 17:29

Pierre Guillois : "Opéraporno, c'est pas moi qui ai eu l'idée !"

Opéraporno de Pierre Guillois et Nicolas Ducloux arrive le 20 mars au Rond-Point. Comme l'écrit Jean-Michel Ribes : la comédie, en faisant la satire de la pornographie "plutôt que de la rendre plus désirable encore en l’interdisant, n’est-elle pas la meilleure façon de lui ôter son venin ? Le cinéma s’en est parfois occupé, le théâtre un tantinet, l’opéra jamais. Voilà qui est fait grâce à Pierre Guillois et à Nicolas Ducloux." – Opéra ? Pierre Guillois — Il s’agit plutôt d’un bouffe ou d’un théâtre musical, mais accoler porno et opéra est irrésistible et indique mieux l’endroit de profanation sur lequel nous prétendons nous divertir avec les chanteurs. La musique légère connaît une tradition grivoise... Nous poussons seulement le bouchon un peu plus loin, époque oblige. Sous les atours « faciles » d’une œuvre libertine se cache un défi immense : celui de conduire une pièce lyrique dans les affres du sexe le plus déviant en relevant le pari d’une comédie réussie et d’une musique capable d’émouvoir.   — Porno ? — Notre opérette (donc) est plus ordurière qu’érotique. Est-ce encore de la pornographie ? Probablement pas. Mais scandaleuse oui et sexuelle absolument : l’ordre familial est pulvérisé et son ciment moral détruit à coup de sodomie, inceste, pratiques scatologiques et autres perversions particulièrement dégoutantes. Les interprètes ne seront pas exposés tels des acteurs de film X mais devront jouer de sensualité pour incarner dans toute leur complexité ces protagonistes lubriques lâchés au cœur de situations intolérables et terrifiantes.   — Comique ? — La seule clé de notre salut est l’humour. Le rire seul nous sauvera du véritable outrage. Il ne s’agit pourtant pas de prendre tout cela à la légère. En se jouant des plus grands tabous, des peurs les mieux enfouies, l’écriture prétend faire jaillir un humour particulièrement féroce. Le rire n’en sera que plus libérateur, plus puissant, provenant du plus profond, du plus intime, du plus secret de l’être – car nous avions oublié que toutes ces choses étaient possibles et combien elles étaient interdites   En partenariat avec Théâtre-Contemporain.net qui a réalisé cet entretien

Le 18 juin 2014 à 11:27

Agnès Giard / Sex in Japan #2

Ventscontraires.net a interviewé l'écrivain et journaliste Agnès Giard, spécialisée dans les questions de la sexualité, en particulier au Japon. On lui doit notamment Les Histoires d’amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines (Glénat), Les objets du désir au Japon (Glénat) et L'imaginaire érotique au Japon (Albin Michel). Deuxième escale au Pays du Soleil Levant. Dans quelle mesure la religion influence-t-elle la vision des Japonais sur le sexe, sur la question des tabous ? Le tabou n°1 au Japon n’a rien à voir avec la religion : il porte sur l’expression des émotions. Dans le cinéma pornographique japonais, la transgression consiste donc non pas à filmer l’entre-jambes en gros plan, mais le visage… qui est le vecteur principal des émotions. Il s'agit de montrer une personne qui tombe le masque, littéralement.  Une personne qui non seulement perd ses moyens mais la face  : rien n'est plus excitant. Voilà pourquoi les productions érotiques japonaises évoquent l'idée de la contrainte et de la violence  : l'ouverture de l'âme ne se fait pas sans grand bouleversement. En Occident, la transgression, c’est le plaisir. Nos productions érotiques montrent donc des personnes qui expriment leur désir en souriant et manifestent leur jouissance de façon ostentatoire. Cela peut sembler plus gai, mais il ne fait pas se leurrer  : quelle que soit la forme de transgression, tout est codifié.   La question de la déviance et de la perversion se pose-t-elle différemment ? La déviance ou perversion n’est pas une notion morale, ni religieuse dans le Japon pré-Meiji (avant l’ouverture forcée des frontières aux Occidentaux). C’est une notion sociale. Sont désignés comme relevant du « désordre » tous les comportements qui menacent le fonctionnement du groupe : refuser de fonder un foyer par exemple. Refuser d’avoir des enfants. Ou pire : refuser le sexe. Ce refus-là est connoté si négativement que dans les campagnes, jusqu’à une époque récente, les filles qui sont encore vierges au-delà de 16 ou 17 ans se font tirer au sort par les garçons du village. Il s’agit de l’exorciser. Il s’agit surtout de « faire monter l’eau » (mizuage) en elle, d’amorcer la pompe qui permettra par contamination aux rizières d’être inondées, au riz de pousser, aux grains de germer. Peu importe sous quelles formes les êtres humains se « réjouissent », ils sont appelés à célébrer la vie, à la façon d'un rite apotropaïque  : il faut le faire le plus souvent possible, afin que par contagion les plantes aussi soient régénérées… Dès l'époque Jomon, durant la préhistoire, des statuettes de femmes aux caractéristiques sexuelles évidentes sont fabriquées en terre cuite, ainsi que des phallus de métal coulés dans des moules. On retrouve également la trace de bâtons nommés seki, dont certains sont mâles (in-seki) et d'autres femelles (yo-seki), parfois les deux à la fois (in-yo), et dont l'existence se perpétue jusqu'à nos jours sous la forme de bornes bicéphales appelées konsei-sama, konsei signifiant “énergie” ou “pouvoir d’or”, c’est à dire énergie précieuse ou magique. Surnommé Konsei dai myojin ("Racine de vie grand dieu dieu brillant”) ou encore Konsei-sama (“Racine de vie vénérée”), le symbole mâle-femelle, fait l’objet d’un culte dont les origines se perdent dans la nuit des temps. “Ce culte est lié à la riziculture, explique l’ethnologue Hiroshi Kubo. Pour s’assurer de bonnes récoltes, les Japonais ont toujours organisé des fêtes de la fertilité marquées par la présence des organes génitaux mâles et femelles. Il est dit que si on vénère les pénis et les vulves, cela permettra de voir ses enfants grandir en paix et de faire prospérer ses cultures.” Jusqu’à l’arrivée des occidentaux, le Japon rend donc un culte national aux phallus et aux vulves, représentée sous la forme d’un monolithe en trompe l’oeil. De dos, c’est un pénis. De face une princesse. Il est partout : le long des routes sous forme de bornes aux formes explicites, dressé aux carrefours ou à l’entrée des villages, konsei guide et protège les voyageurs. Il pullule également dans les sanctuaires, qui accumulent des phallus de bois ou de pierres sculptées, parfois des racines aux formes suggestives ou des galets oblongs. On trouve aussi des rangées de konsei sur le kamidana (l’autel domestique shintô) de toutes les femmes travaillant dans les quartiers de plaisir. Chaque jour, elles s’inclinent devant les pénis de bois ou de papier mâché afin qu’ils leur assurent du succès auprès des hommes. Vendu sous forme de charmes et d’amulettes, transporté à dos d’homme lors des fêtes de fertilité, le konsei est partout, protecteur universel et bienveillant, montrant la voie du bonheur aux enfants qui grandissent à l’ombre de son gland décalotté.   En quoi le rapport des Japonais à l'érotisme et à la pornographie se distingue-t-il de celui des occidentaux ? Si l’on examine les shunga (« images de printemps ») on peut facilement noter que mis à part leurs organes génitaux, rien ne permet de distinguer physiquement le mâle de la femelle. Ce qui est excitant c’est donc ce contraste entre des sexes surdimensionnées et des identités indéterminées. Les corps ont la même forme de haricot. Les caractéristiques sexuelles secondaires sont effacées - pas de sein, pas de hanche, pas de pilosité - et les visages des amants ressemblent à des reflets inversés dan un miroir… La seule manière de distinguer le mâle de la femelle (en dehors des organes génitaux donc) c’est la tenue et la coiffure. Quand les organes sont masqués, pour peu que les personnages soient travestis, on peut facilement se tromper… Comment déterminer le sexe réel d’un personnage si celui-ci porte le costume et la coiffure de l’autre sexe ? Il s’avère donc qu’au Japon, avec plusieurs siècles d’avance sur nous, on sait faire la distinction entre d’une part le sexe (mâle, femelle) et d’autre part le genre (masculin, féminin). Le sexe est une donnée biologique. Le genre est une construction culturelle. Et l’érotisme au Japon consiste à jouer de ce hiatus qui laisse les humains libres d’être ce qu’ils sont, c’est à dire des créatures perpétuellement « en devenir ». La même indétermination traverse les films pornos. Dans les Adult video, les actrices disent « kimochi »  : «  Je me sens bien avec toi, nous partageons les mêmes émotions, nous sommes sur la même longueur d'onde  »… Ce mot suggère l’idée que la « rencontre » avec l’autre se déroule dans plusieurs dimensions. L’espace des corps est aussi flou que celui des esprits. Il n'y a pas d'opposition nette entre intérieur et extérieur dans l'architecture japonaise. Les frontières sont poreuses. S’il faut en croire le photographe Takashi Shima, rencontré en 2003, pour L’Imaginaire érotique au Japon : « Alors qu’en Occident, le Moi est au centre d'un monde binaire, cartésien, aux angles nets - je/tu, mâle/femelle - chez nous le Moi se dilue dans un univers qui se construit et se déconstruit sans cesse... Nous recherchons l'ombre. Nous aimons l'ambiguité. Nous demandons aux femmes de cacher leurs émotions et en même temps nous faisons tout pour qu'elles se dévoilent ».   Le Japon (notamment dans les grandes villes) est souvent décrit comme un pays où l'individu se retrouve particulièrement isolé. Est-ce, selon vous, une réalité et cela induit-il des pratiques sexuelles particulières ? Je ne sais pas quel est le pourcentage de célibataires dans les grandes villes japonaises, mais ça ne doit pas être pire qu’à New York ou Paris… Et comme « chez nous », il y a à Tôkyô ou Osaka des backrooms, des clubs SM, des sex-shops, des soirées fetish mais surtout beaucoup de soirées de cul privées… Comme la prostitution est officiellement interdite le seul moyen de pratiquer l’échangisme c’est à la maison : les tentatives de créer des clubs échangistes (happening bars) se heurtent à la résistance des autorités qui assimilent le prix d’entrée au club à une transaction vénale déguisée.   > Première partie de l'interview > Suite et fin de l'interview

Le 6 juillet 2015 à 08:11
Le 6 mai 2010 à 08:00

Répétitions

Nouvelle inédite de Marie Nimier

J'ai connu un homme qui jouissait exclusivement lorsque, ayant fourré son engin, on lui grattait gentiment les couilles. J'avais appris à passer mon bras sous nos deux cuisses réunies pour atteindre mon but par derrière. Le même geste devait être répété avec précision, au même endroit, avec la même intensité, et si d'aventure j'introduisais une variante j'étais rappelée à l'ordre par un grognement. C'était à la fois lassant, et très excitant de savoir qu'à ce moment précis, en accomplissant ce rituel minuscule, l'homme allait s'abandonner. Dès que je commençais la manipulation, il m'embrassait à pleine bouche - avec le vide de la bouche -, sans bouger les lèvres. J'aimais beaucoup ce moment-là. Après avoir éjaculé sur mon ventre, il s'endormait quelques minutes.Une nuit, j'ai demandé d'où ça lui venait, ce truc. Il fit semblant de ne pas comprendre, ce truc, quel truc, et comme je précisais ma pensée il se mit en colère : j'étais tellement vulgaire sous mes airs de sainte nitouche, il n'en revenait pas de découvrir mon vrai visage après tout ce que nous avions partagé, le voyage en Italie, les promenades, les lectures, les confidences... J'essayai de me justifier, il s'agissait là d'une manie peu encombrante en vérité, elle ne me gênait pas le moins du monde, j'étais juste curieuse, juste intéressée...Il alla se servir à boire. Je sentais qu'il se retenait pour ne pas me flanquer à la porte. J'ai prétexté un travail à terminer chez moi et, prenant les devants, je me suis retrouvée dans la rue à onze heures du soir avec mon sac bourré à craquer et ma couche de foutre sur le ventre, comme un vernis. Je n'avais pas envie de dormir. Longtemps j'ai tourné en rond avant de m'installer à la terrasse de ce café où il avait l'habitude de donner rendez-vous à ses amis. Une semaine passa, sans nouvelle de lui. Il ne répondit même pas à mes messages. Le mardi suivant, il réapparut à l'heure de l'apéritif. J'étais tellement émue de le voir que je me mis à pleurer. Il s'assit au bar, sans remarquer ma présence, et commanda deux martini blancs. La jeune fille qui le rejoignit presque aussitôt me ressemblait. Il lui parlait un peu trop fort, elle le trouvait drôle. Parfois, elle tortillait ses cheveux puis les relevait comme on fait la roue, en écartant les coudes. Ses yeux glissaient sur la chemise de son interlocuteur et, par petits coups pressés, empesaient sa braguette.En me levant, je regardai les mains de la jeune fille, ses doigts qui, après un petit brin de toilette pour enlever le gras des olives, caresseraient la douce peau fripée. 

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication