Les bonus de la saison
Publié le 10/04/2019

Nathalie Fillion : Les oracles sont fatigués


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Autres épisodes :

Nathalie Fillion met en scène sa pièce "Plus grand que moi - solo anatomique", interprétée par Manon Kneusé

Rond-Point— Mais comment va le monde aujourd’hui, pour Cassandre Archambault ?
Nathalie Fillion — Est-elle celle qui annonce la catastrophe et que personne n’entend ?Cassandre Archambault vit dans une société hyper connectée et totalement atomisée, une société bouffée par le consumérisme, l’individualisme, hypnotisée par le virtuel, hystérisée par la vitesse, trouée par l’actualité. En même temps, elle vit dans une des plus belles villes du monde, et elle en profite. Dans cette plus belle ville du monde qui porte tous les rêves du monde, elle croise en bas de chez elle des malheureux qui lui demandent une aide qu’elle ne sait pas donner. Elle aime cette ville, et en même temps elle a envie de la quitter. Elle a envie de connaître le monde et en même temps de l’ignorer, envie d’aller très vite et de tout ralentir. Voilà le monde de Cassandre... Pas simple. Et pour « The fameuse catastrophe », peut-être a-t-elle a déjà eu lieu ? Aussi Cassandre Archambault n’annonce rien, elle questionne le passé et mélange tous les temps, histoire d’y voir plus clair. Elle ressemble à la Cassandre de Dimitriadis dans Dévastation, qui ressasse le moment d’avant la catastrophe et refuse de dire l’avenir. Dans un monde où l’avenir est à écrire, les Oracles sont fatigués. Quant à la Cassandre antique, j’ai un scoop : elle n’annonce rien non plus ! Elle prévient, c’est tout. Elle prévient Pâris : « Si tu vas à Sparte, tu vas enlever Hélène et déclencher la guerre de Troie. Donc ne va pas à Sparte ». Pâris aurait tout à fait pu ne pas aller à Sparte, rien n’était inéluctable. Ce qu’elles ont de commun ces Cassandre, c’est sans doute la conscience des occasions ratées, des alternatives gâchées, et la mélancolie qui va avec. Elles ont la conscience de tout ce qui aurait pu avoir lieu et qui n’a pas été, hier, aujourd’hui, demain, de tout ce qui pourrait être autrement.

Interview texte par Pierre Notte
Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Nathalie Fillion

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Le 29 décembre 2011 à 13:41

ventscontraires.net 1er site de prédictions politiques

Vérifiez vous-même

En une année et demie d'existence, et grâce à son réseau mondial de chroniqueurs, la revue collaborative du Théâtre du Rond-Point a été la première à vous annoncer : – le sit in mondial devant les bourses (9 mois à l'avance)> voir chronique de Fleur Ho du 9 décembre 2011 – la composition très masculine du dernier gouvernement Filion (24 heures avance)> voir la prédiction du 14 novembre 2010– les chutes de Moubarak et de Berlusconi (9 mois à l'avance)> voir la double prédiction du 4 février 2011– l'arrivée d'un autocrate à la présidence de l'UE (une semaine avant le reste de la presse française) > voir l'article sur Viktor Orban du 23 décembre 2010  Soit une avance moyenne de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, 7 heures, 39 minutes et 42 secondes.Mais aussi, ventscontraires.net reste le premier média à vous annoncer :– l'appartenance de  Ben Laden à la Franc Maçonnerie> voir article détaillé du 9 mai 2011– que le Québec s'équipe en canons à neige pour attaquer la France> voir les révélations exclusives de Fred Pellerin du 20 décembre 2010– que Roland Dubillard s'est réincané en Kim Jong Un pour rendre la Corée du Nord encore plus absurde> voir prédiction de Jean-Michel Ribes du 21 décembre 2011– la recette définitive et absolue pour cuire avec succès un œuf à la coque> voir enquête dans les cuisines du restaurant du Rond-Point– et une carte précise, mois par mois, du climat politique en France pour toute l'année 2011 > voir la carte complète publiée le 24 janvier 2011Bref : si vous désirez vous préparer à ce que 2012 vous réserve de meilleur et de pire, restez connecté sur ventscontraires.net Joyeuse année à vous !

Le 11 avril 2019 à 15:56

Nathalie Fillion : "J'ai grandi dans une maison de fictions"

Nathalie Fillion met en scène sa pièce "Plus grand que moi - solo anatomique", interprétée par Manon KneuséRond-Point— Mais comment va le monde aujourd’hui, pour Cassandre Archambault ? Nathalie Fillion — Est-elle celle qui annonce la catastrophe et que personne n’entend ?Cassandre Archambault vit dans une société hyper connectée et totalement atomisée, une société bouffée par le consumérisme, l’individualisme, hypnotisée par le virtuel, hystérisée par la vitesse, trouée par l’actualité. En même temps, elle vit dans une des plus belles villes du monde, et elle en profite. Dans cette plus belle ville du monde qui porte tous les rêves du monde, elle croise en bas de chez elle des malheureux qui lui demandent une aide qu’elle ne sait pas donner. Elle aime cette ville, et en même temps elle a envie de la quitter. Elle a envie de connaître le monde et en même temps de l’ignorer, envie d’aller très vite et de tout ralentir. Voilà le monde de Cassandre... Pas simple. Et pour « The fameuse catastrophe », peut-être a-t-elle a déjà eu lieu ? Aussi Cassandre Archambault n’annonce rien, elle questionne le passé et mélange tous les temps, histoire d’y voir plus clair. Elle ressemble à la Cassandre de Dimitriadis dans Dévastation, qui ressasse le moment d’avant la catastrophe et refuse de dire l’avenir. Dans un monde où l’avenir est à écrire, les Oracles sont fatigués. Quant à la Cassandre antique, j’ai un scoop : elle n’annonce rien non plus ! Elle prévient, c’est tout. Elle prévient Pâris : « Si tu vas à Sparte, tu vas enlever Hélène et déclencher la guerre de Troie. Donc ne va pas à Sparte ». Pâris aurait tout à fait pu ne pas aller à Sparte, rien n’était inéluctable. Ce qu’elles ont de commun ces Cassandre, c’est sans doute la conscience des occasions ratées, des alternatives gâchées, et la mélancolie qui va avec. Elles ont la conscience de tout ce qui aurait pu avoir lieu et qui n’a pas été, hier, aujourd’hui, demain, de tout ce qui pourrait être autrement. Interview texte par Pierre NottePropos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 27 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 25

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 19 juin 2007 Loi de finances rectificatives. Elle est votée des deux mains par la nouvelle assemblée, convaincue qua ça fera plaisir à Ségolène et que de toute façon, le Sénat va rejettera illico cette abomination comptable. Mais le Sénat, victime d’une malencontreuse panne de sonorisation, va l’approuver — il a cru voter la hausse de ses indemnités parlementaires. Cette loi ambitieuse se conforme aux intentions annoncées par la présidente : « On fait tout passer tout de suite, après ça on n’en parle plus. » Le budget de la Justice est doublé. Le budget de l’Armée est doublé. Le SMIC est porté à 1 500 €. Le budget de la Recherche est augmenté de 61,05 % — soit cinq années d’augmentation à 10 % d’un coup. Les petites retraites et les allocations adulte handicapé sont augmentées de 5%. L’allocation de rentrée scolaire est doublée. Trop, c’est trop : au soir du vote par le Sénat, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, annonce son retrait définitif de la vie politique et institutionnelle : « Je vais me payer un beau petit ksour à Djerba et à partir de maintenant, ce sera zéro stress et poisson grillé tous les soirs : ça va me faire le plus grand bien », déclare au Figaro l’irascible serviteur de l’État. Catherine Simonet, secrétaire d’État de l’argent à collecter, à compter et à répartir, chargée de financer les réformes, fait une attaque de nerfs dans son bureau de Bercy, avant de sombrer dans une profonde dépression. Elle est consolée par Dominique Strauss-Kahn qui déclare, au sortir de la réunion : « Je n’ai pas touché à sa calculette. » Mme Simonet sera remplacée par l’ancien comptable de l’association Désirs d’Avenir. Celui-ci parviendra, par miracle, à équilibrer les comptes en procédant, selon ses dires, à « des opérations de bon père de famille Poitevin ». A Saint-Martin-du-Fouilloux, dans canton de Ménigoute (79), le conseil du ministre annonce le lancement du grand chantier « Des logements pour tous, par tous, et partout ». L’objectif de la candidate Royal était de construire 120 000 logements sociaux par an : pour être sûr de l’atteindre sur l’ensemble du quinquennat, on en démarre 600 000 d'un seul coup, avec le soutien de l’armée dite « de travail » — et dans demander leur avis aux maires. Le secteur du BTP explose. Dans les  semaines qui suivent, le groupe Bouygues, par la voix de son directeur général Nicolas Sarkozy, annonce l’embauche de 15 000 personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés en instance de régularisation : Avocat de formation, Nicolas Sarkozy se battra pour eux avec acharnement afin d’accélérer la procédure. Parallèlement, l’immobilier dégringole et les loyers, en particulier à Paris, chutent — permettant ainsi aux familles de devenir propriétaires, ou bien d’augmenter leur pouvoir d’achat, ou encore d’augmenter tout court. Une épidémie de suicides éclate dans les Hauts-de-Seine. « Les gens ont du mal à se faire au changement, tempère Patrick Devedjian, qui vient de succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du conseil général. Il y a une espèce de mode du suicide, mais je pense que ça va se calmer ». Ça se calme, en effet, quand on découvre que les suicides font plonger davantage la valeur des terrains La suite demain...

Le 29 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 27

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 24 juin 2007 Référendum sur les référendums. Journée historique pour le pays, qui voit se tenir la toute première consultation référendaire du quinquennat : il y en aura beaucoup, beaucoup d’autres.Ce premier référendum porte sur les référendums, comme le stipule la question à laquelle les citoyens doivent répondre : « Souhaitez-vous être davantage consultés sur la conduite de votre pays au moyen de référendums précis, à une fréquence raisonnable ? » Ayant bien pesé cette formulation, la France répond « non » à une forte majorité. 75% des inscrits se sont exprimés. Trois minutes avant la fermeture des bureaux de vote, la présidente, depuis l’Élysée, prend la parole sur les chaînes publiques et sur radio Nova (mais en version électro). Elle est radieuse : « A l’heure où je vous parle, le taux de participation dépasse toutes nos espérances ! Vous m’avez dit : non, d’une voix claire, et vous êtes venus me le dire en masse ! Et cela, c’est bien la preuve que les référendums, ça marche ! Sans celui d’aujourd’hui nous n’aurions jamais su que vous n’en vouliez pas ! Votre non massif, c’est un oui éclatant ! » Le principe des consultations fréquentes est donc retenu. Le lendemain, Le Figaro titre en une : « Non c’est oui ! » ; plus loin dans le journal, avant un article très critique consacré à la régularisation en masse à venir des sans-papiers, on trouve ce titre : « Noir c’est blanc ». Plus loin encore, saluant les interventions régulières de l’armée, ce titre : « Gauche c’est droite ».Dans la soirée du lundi, on apprendra que le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. La perspective d’une démocratie référendaire transforme les options stratégiques du FN, et les cadres du Parti ont passé au Paquebot de Saint-Cloud une nuit de cogitations intenses. Le surmenage a été fatal à Jean-Marie Le Pen.Le vieux leader paraît sur les écrans dès le lendemain pour rassurer ses troupes, accompagné de sa fille Marine. Celle-ci déclare que cet « accident sans gravité », sans autre conséquence qu’une légère paralysie faciale, n’altère en rien « la lucidité ni la détermination » de son père. Ce que l’intéressé confirme : « Prsktrzr »… La suite demain...

Le 28 août 2015 à 08:04

Blandine Pélissier : "Si une femme a plusieurs talents, on dit qu'elle s'éparpille"

Dans la culture comme ailleurs, les jeunes femmes pensent au début qu'elles arrivent dans un monde égalitaire Les jeunes talents féminins sont très présents dans les festivals. Idem dans les écoles d'art où les femmes sont majoritaires. Puis, après 5, 10 ans, elles sont surprises par un très fort phénomène d'évaporation. Elles pensaient qu'elles vivaient dans un monde égalitaire, et peu à peu quand il s'agit de monter en responsabilité ou en grade, elles se font couper la tête les unes après les autres. C'est vrai pour les metteuses en scène, les autrices, celles qui se présentent à la direction de théâtre. Pour les actrices il y a aussi le fait que le répertoire dramatique offre des rôles majoritairement masculins et blancs. Les anglo-saxons n'ont pas peur de faire jouer un rôle de blanc à des acteurs non blancs, voire des rôles d'hommes à des femmes. Là-bas il y a des quotas et des statistiques ethniques, ce qui reste un tabou en France. Dans le monde de l'art comme ailleurs, une femme doit toujours prouver, elle a moins droit à l'erreur que les hommes. Si elle a plusieurs casquettes, on ne dira pas d'elle qu'elle a de multiples talents, mais qu'elle "s'éparpille". Si elle a de l'autorité, on ne dira pas qu'elle a de la poigne, mais qu'elle est "autoritaire"... Pour arriver à la parité dans le domaine culturel, il faut une vraie politique avec des objectifs chiffrés. Dans les établissements culturels publics, la parité pourrait être inscrite parmi d'autres principes dans le cahier des charges, avec des sanctions financières si ces objectifs ne sont  pas atteints. Blandine Pélissier est comédienne, metteuse en scène et traductrice du théatre contemporain anglo-saxon vers le français. Depuis plusieurs années elle milite avec le collectif H/F pour une véritable parité dans le monde du spectacle. Un milieu que l'on pense a prioiri émancipé et où pourtant il y a énormément à faire.

Le 13 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 11

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 6 - lundi 7 maiUne heure du matin. C’est, enfin, l’arrivée de Ségolène Royal place de la Bastille : la liesse collective redouble. L’élue se hisse sur la scène improvisée, aidée par la main secourable de la chanteuse Carla Bruni, déjà présente à son meeting de campagne à Charléty.  La chanteuse pleure : elle a l’air heureux. Les cadres du Parti socialiste, après quatre heures de débats, ont décidé de quitter enfin la rue de Solferino, pour aller voir. par réflexe, ils rejoindront Ségolène Royal sur scène— après s’être fait, non sans mal, reconnaître par le service d’ordre improvisé. Bénabar et Philippe Torreton, qui chantaient en duo L’effet papillon, s’arrêtent net. Bernard-Henri Lévy, soutien indéfectible de la candidate,  s’empare alors du micro pour annoncer son arrivée. « Mes chers amis ! commence le bouillant intellectuel. Je suis d'une génération qui vu se noyer dans le sang ses idéologies devenues folles. Notre jeunesse, nos utopies, voilà un demi-siècle qu'elles jaunissent avec les ossements du Che, quelque part dans les jungles boliviennes (j'y suis allé). Au San Theodoros, le général Alcazar rêvait de reprendre le pouvoir, sans violence, à son rival Tapioca : on sait ce qu'il advint… » Au bout d’une dizaine de minutes, plusieurs voix, dans le public, manifestent une certaine impatience, à travers de laconiques « Ta gueule ! », ou de plus affables « Arielle, une chanson ». Ségolène Royal prend gentiment le micro des mains du philosophe. Ces images resteront gravées dans les rétines de la jeunesse ségoliste. La future présidente paraît planer dix centimètres au-dessus du sol ; la lune dessine un spot de lumière autour de son corps. Devant elle, une foule de jeunes, surexcités, un peu ivres, rarement blonds. Beaucoup de filles ont jeté leur tee-shirt Vêtimarché pour s’exhiber torse nu, un « YES » triomphal tracé sur les seins. Ils l’ont attendue cinq heures pour faire la fête. « Bonsoir ! lance la présidente. (ovation) Je vais vous parler avec gravité. (ovation) Il est temps d’aller se coucher ! (silence) D’abord, je veux m’excuser auprès des voisins pour tout ce tapage à une heure aussi tardive : la joie ne doit pas empêcher le respect. Aller se coucher, oui ! Pour nous mettre au travail dès demain. Pour mieux participer à la grande tâche collective qui nous attend. Et d’abord, tout de suite, ensemble, nous allons nettoyer cette belle place de la Bastille, lieu de tant de moments forts de notre histoire, pour la laisser telle que vous l’avez trouvée en arrivant. Nous allons tous nous y mettre, sans exception : l’ordre doit être juste. Les dirigeants du Parti socialiste, présents à mes côtés sur cette estrade depuis la victoire, vont montrer l’exemple et s’emparer d’un balai, dans un esprit participatif ! Vous allez voir, c’est amusant. Je demanderai seulement à toutes les jeunes filles, même majeures, de mettre un vêtement sur leur poitrine — car tant que l’on aura pas résolu le problème de la condition féminine, on ne pourra pas s’attaquer au reste. Et je demanderai aux plus âgés, dans un souci d’encadrement éducatif, de faire cesser la consommation d’alcool. Si vous avez le droit de vous amuser ce soir, vous avez le devoir de travailler demain. Des kits de prévention et de protection sont à la disposition de toutes les jeunes femmes au pied de la scène, à côté des balais et des serpillières. La politique autrement, ça commence aujourd’hui ! Je vous donne rendez-vous à toutes, à tous, le 10 mai, pour une grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle ! » La greffe de la petite a réussi : la France est heureuse.    La suite demain...

Le 31 août 2010

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 29

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 1er juillet 2007 Référendum sur la banque. « Bon repas du dimanche, brossez-vous bien les dents et n’oubliez pas d’aller voter ! » a rappelé la présidente en conclusion de son émission dominicale Vous avez la parole. Cette nouvelle consultation nationale se  consacre aux Français et à leur banque. La question du jour est : « Diriez-vous que vous entretenez une relation d’amitié, de confiance et de partenariat avec votre banquier ? » A la vive surprise des représentants du monde bancaire, c’est un quasi-plébiscite pour le « non ». Beaucoup de bulletins seront déclarés nuls en raison des insultes que certains électeurs n’ont pu s’empêcher d’y inscrire ; Bernard Tapie est arrêté pour avoir voulu voter deux fois. « C’est inexplicable, commente le président de la Société Générale Daniel Bouton. On leur donne des coups de pouce, ils vous rendent des coups de pied. » Le lendemain, la présidente se présente devant une banque tirée au sort, suivie par une armée de caméras et de journalistes, à l’heure précise d’ouverture des guichets. Après un petit quart d’heure, les portes s’ouvrent en effet et elle entre, munie d’une pancarte où s’affiche, en rouge sur fond noir, le verdict du référendum : « NON 92 % » Elle se plante devant le directeur de l’agence, lui colle le panneau dans les mains et lui adresse ces propos sévères, mais justes : « Le pouvoir de dire non, c’est ça ! Attention ! »   Beaucoup de cameramen n’ayant pas eu le temps d’appuyer sur « record », la présidente se prêtera de bonne grâce à une seconde priseLa suite demain...

Le 24 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 22

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.jeudi 7 juin 2007 De retour du Soudan, Régis Debray publie une tribune : « Choses vues de ma fenêtre au Hilton de Khartoum ». Certains croient y déceler une mise en cause de la réalité des massacres au Darfour, qui ont coûté plus de 200 000 vies. Cela lui vaut une réplique cinglante du porte-parole de l’Élysée : « Il faut croire que la fenêtre de Régis Debray avait un double vitrage. » En sortant de l’hôpital, André Glucksmann est renversée par la voiture de Jean Marie Bigard, qui sortait de chez son psychothérapeute. Le philosophe français a les deux jambes et les deux bras cassés. vendredi 8 juin 2007 La conseillère pour l’éducation du Premier ministre démissionne. Elle ne donnera pas de détails, simplement un certificat médical attestant son épuisement. Elle est remplacée par un homme. samedi 9 juin 2007 Inquiétude au Parti socialiste. Depuis la première de l’émission Vous avez la Parole, le 27 juin dernier, François Hollande a cessé de se raser et se laisse pousser les cheveux. dimanche 10 juin 2007 Premier tour des élections législatives. Elles se caractérisent par une forte participation (65%). mardi 12 juin 2007 L’éminent essayiste Jacques Attali remet au gouvernement un rapport intitulé « L’évolution de l’intellectuel de gauche de Cro-Magnon à moi — réflexions sur l’éclairage des princes ». Ce rapport fera surtout parler de lui quand on découvrira que personne n’avait rien demandé à Jacques Attali. Un laconique communiqué du gouvernement dissipe le malentendu, en précisant que « c’est très gentil de la part de M. Attali » et que ses réflexions « recevront, naturellement, toute l’attention qu’elles méritent ». Questionné par Europe 1, l’auteur s’explique : « Je viens de finir mon livre Pourquoi nous allons dans le mur, à paraître ce printemps ; avant de mettre en chantier mon Atlas amoureux des Timbres, attendu pour l’automne, il me restait un créneau… Si l’on attend le feu vert des gouvernants, de toute façon, on ne fait rien. »…La suite demain...

Le 3 septembre 2010 à 12:46

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Ségolène à l'Elysée - 32

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 9 juillet 2007 Annonce du grand plan « Sœur Emmanuelle » pour les banlieues, qui va souffler les observateurs internationaux par son ambition. C’est probablement le plus vaste chantier de reconstruction qu’on ait vu en France depuis le nettoyage des Côtes-d’Armor en 1978. Voici les principaux axes du grand plan Sœur Emmanuelle :       — Cours de civilité dans les écoles et à l’intérieur des centres commerciaux. — Rénovations des quartiers, plantages d’arbres de la fermeté, de l’impartialité et de la « Fra-ter-ni-té ». — Barème de punitions à la carte, votées à mains participatives levées dans tous les comités de quartier fraternels. — Plan de pacification des Transports Publics grâce aux innovations technologiques : diffusions de films et de matchs sur écrans plats HD, casques d’écoute à chaque place pour de la musique à la carte, ordinateurs en libre accès à l’arrière du bus, etc. — Retour de la police de fraternité et de proximité, des Assedic de proximité, des emplois de proximité, de la justice de proximité et des transports de proximité. — Création de « parcs de défoulements sociaux » gratuits dans les zones industrielles, comprenant bus à casser, voitures de police à caillasser, faux pompier à attaquer, concours de trafic de drogue avec distribution de points donnant droit à un chèque cadeau, cuisines à détruire pour conjoints violents, tournante avec poupée gonflable. Chaque visiteur, à sa sortie, devra « faire le point » avec un psychologue de proximité, parc, sous l’œil vigilant de « l’armée fraternelle des non armés de proximité » — pour lui permettre d’établir un premier contact direct avec la population à risque. — L’armée des non armés interviendra également dans chaque centre-ville, et en remplacement des gardiens d’immeubles. Le tout sera financé par une enveloppe de 15 milliards d’euro, prélevée sur les recettes d’une « révolution fiscale » à venir à la rentrée. La droite s’inquiète…La suite… dans l'indispensable ouvrage de Christophe Alévêque, à se mettre sous la dent sans modération.

Le 12 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 10

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 2 mai 2007— flashback M. Sarkozy ouvre grand la bouche, devient tout rouge, son épaule se convulse, et il ne dit plus rien. « Excusez-moi », sourit modestement la candidate. Et elle se rassoit, très calme. Il y a un silence. Patrick Poivre d’Arvor se racle la gorge. « Mais ma-ma… bredouille le candidat. Mame Royal, je… Ne vous permets pas de me… Avec votre… Vous n’êtes ni ma mère, ni mon épou-pouse… Et ce tout de même pas parce que vous êtes… Blum. — Monsieur Sarkozy, calmez vous tous les deux, vous et votre épaule… Parce que je suis une femme ? C’est cela qui vous dérange ?— Ah mais, pas du tout ! Blum, Blum et Blum ! » Debout sur le banc de touche, Claude Guéant, affolé, fait de grands signes à son champion, mais ce dernier ne le voit déjà plus. Transpirant à grosses gouttes, il se tourne vers Arlette Chabot, pour donner libre cours à son indignation. « Non mais quand même, Arlette Chabot ! Vous avez vu ? Quand même ! En plein débat, là, devant des millions de Français, et cette bonne — Blum. — Femme ? complète la candidate. Je voulais juste vous rendre service.— Ça suffit, Mame Royal. Je crois que tout le monde s’en est aperçu, vous êtes totalement hystérique, j’incline à penser que c’est génétique, et quand on ne peut pas contrôler ses humeurs, eh bien, il y vraiment vraiment vraiment… — … Vraiment de quoi s’inquiéter pour les décisions importantes que le po-poste… — Mes humeurs, monsieur Sarkozy ? — Vous m’avez bien comprise ! s’étrangle le candidat. Et les Français aussi ! — Et les Françaises, monsieur Sarkozy ? Je crois qu’elles aussi, elles vous ont bien comprise, comme vous dites. Vous me semblez avoir un problème avec le genre ; avec la climatisation aussi, car vous transpirez beaucoup. Vous ne voulez pas que… — Laissez-moi tranquille, maintenant ! crie Nicolas Sarkozy. Ne m’approchez pas ! Et cessez de me regarder avec vos grands airs ! Pour être Président de la République, il ne faut pas regarder avec de grands airs. Vous ne m’êtes pas supérieure, Mame Royal : je vous rappelle que si je suis cocu, vous l’êtes aussi. » Un silence de mort s’est fait sur le plateau. « C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu Guaino pleurer, racontera Claude Guéant dans ses mémoires. Ça m’a fait un choc. » Au bout d’un moment, Patrick Poivre d’Arvor intervient pour broder un peu sur le décompte du temps de parole, et proposer aux candidats de conclure. Le sort a désigné Mme Royal.« Je veux m’adresser aux Françaises et aux Français qui nous regardent. Je veux d’abord m’excuser pour monsieur Sarkozy, qui a fait une grande campagne malgré des difficultés personnelles éprouvantes. Mais je veux surtout leur annoncer, la main sur le cœur et les yeux dans les yeux, une grande nouvelle : J’AI UN PROGRAMME ! » « Ce fut le coup fatal, écrira Claude Guéant. On avait pensé à tout, sauf à ça. » Nicolas Sarkozy tombe de sa chaise. Il ne pourra pas conclure, malgré l’intervention d’un médecin. Dans les coulisses de l’émission, la dernière annonce de la candidate littéralement foudroyé l’équipe de l’UMP. Au Parti socialiste, c’est pire : certains ne recouvreront jamais l’usage de la parole.    Le lendemain, dans les sondages, Nicolas Sarkozy a perdu 5 points, et 8 chez l’électorat féminin populaire…   La suite demain...

Le 4 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 2

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h55. La France retient son souffle : dans cinq minutes, il sera vingt heures. Un nouveau président, ou une nouvelle présidente, doit prendre la tête du pays, et recevoir tellement de pouvoir qu’il, ou elle, deviendra monarque républicain.La candidate Ségolène Royal, du Poitou, a pris ses quartiers à Melle, commune des Deux-Sèvres où elle fut longtemps conseillère municipale. C’est au café local, un établissement qui s’est baptisé avec humour — comme quoi on sait rire, dans le Poitou — le  Fouquet’s, que Ségolène Royal étudie les premiers résultats, entourée seulement de ses proches et de ses hommes de confiance. Les cadres du Parti socialiste n’ont pas été invités. Ils engouffrent des petits fours après avoir, des mois durant, avalé des couleuvres au siège du Parti, rue de Solferino à Paris. Le candidat Nicolas Sarkozy, de Neuilly, a décidé au tout dernier moment de transférer son siège de campagne dans un petit village de Hongrie au nom imprononçable — ancienne forteresse médiévale, perchée au sommet d’un piton rocheux —, où il n’avait jamais mis les pieds ni la tête, pour une histoire de racine mal expliquée, ou digérée. Sa décision a pris tout le monde de court : proches, hommes de confiance, femmes de confiance, militants, médias. Ils arrivent au compte-goutte de la gare, sur des attelages que mènent des paysans hostiles, par des chemins pleins de neige, sous la pleine lune et dans le hurlement des loups. Les sondages de sortie des urnes sont maintenant connus : depuis quelque temps déjà, les initiés savent. Les autres Français, la tête rivée au petit écran, regardent les visages, sondent les regards, s’efforcent de deviner. Faut-il y voir un signe ? A la surprise générale, et des sondeurs en particulier, les cadors de l’UMP font grise mine au siège. Vers 19h30, les plus perspicaces ont aussi remarqué un tube d’Alka-Seltzer juste à côté de Claire Chazal, sur le plateau de TF1. Mais bizarrement, au siège du Parti socialiste, les cadres ont le même air sinistre : leur regard traqué semble osciller entre la stupeur et l’accablement. Le suspense est donc total…     La suite demain...

Le 5 août 2010 à 11:36

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

Le 22 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 20

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 28 mai 2007On apprend que le philosophe André Glucksmann a fait une tentative de suicide dans la nuit du dimanche au lundi ; mais ses jours ne sont plus en danger. mardi 29 mai 2007 Conseil du ministre. C’est le deuxième du quinquennat — et le premier à se tenir au cœur de la « vraie France », comme l’a souhaité la présidente. Le gouvernement est convoqué à Fontenille-Saint-Martin-d'Entraigues, riante bourgade du pays mellois qui, par une rare anomalie du maillage national, n’est pas couverte par les réseaux cellulaires ou de GPS. Les représentants des secrétariats, secteurs, sous-secteurs, sous-sous-secteurs, antennes et câbles se perdent en route, et la plupart n’arriveront jamais. On en voit errer par petits groupes, sur les chemins vicinaux entre Lussais et Couturette, fraternisant avec les journalistes envoyés de Paris qui se sont perdus eux aussi. Vers midi, des pique-nique s’improviseront sur les bords fleuris de la Boutonne. Ségolène Royal est furieuse : à l’avenir, ces retards ne se reproduiront plus. En revanche les professionnels de la politique, forts d’une longue expérience de terrain, marquent leur différence avec la société civile : partis de la gare de Niort à bicyclette, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn sont les seuls à se présenter à l’heure, avec Bernard Kouchner qui a eu l’heureuse idée de les suivre. Ils recevront tous un bon point. C’est à ce conseil que le gouvernement lance la consultation nationale pour la réforme de la justice au travail. Chaque entreprise mettra sur pied une cellule de justice participative, chargée de faire remonter les idées et suggestions des personnels qui se trouveront synthétisées par un comité de justice participative qui remettra son rapport au secrétariat d’État à l’ordre juste, qui devra mettre en place un référendum. A l’issue de la séance, la présidente tombe sur un journaliste de Paris-Match qui a, au prix d’efforts surhumains, trouvé l’entrée du village, et l’interroge sur ses relations avec François Hollande. « Ma vie privée n’intéresse pas les Français, répond-elle sèchement. Je ne veux pas qu’elle devienne l’arbre qui cache la forêt de problèmes qui s’étendent devant nous. » Paris-Match publiera l’entretien, avec un cliché de la présidente se débattant dans les ronces, au bord de la Boutonne. Il sera condamné par le tribunal de Nanterre. mercredi 30 mai 2007 Nicolas Sarkozy en avait marre de tourner en rond sur son Zodiac, face au cap Nègre où le yacht de son ami Bolloré est ancré, avec toutes ces villas sous le nez. Il décide de rentrer à Paris dans la voiture de Gilbert Montagné. Il est appelé en route par TF1 qui lui propose une interview pour le soir même. Il accepte, ce qui l’oblige à prendre le volant. Voici les grandes lignes de son passage sur TF1, interviewé par une Claire Chazal très agressive à son sujet.   « Vous n’avez pas voulu de moi ; maintenant, je vais faire du fric. Oui, du fric ! Je le dis clairement à tous les Français… Mon ami Martin Bouygues m’a proposé de prendre la direction générale du secteur BTP : j’ai accepté. Je vais montrer aux français qu’ensemble, avec Martin, tout est possible… Un projet d’émission de variétés et de société est en cours de réalisation sur cette même chaîne, et j’en prendrai les rênes en tant qu’animateur… Je veux défendre la liberté d’expression. » …La suite demain...

Le 8 août 2010 à 11:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 6

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200721h00. Place de la Bastille, où d’innombrables sympathisants de gauche se sont spontanément rassemblés, une fête imprévue s’organise. Aucun membre du Parti socialiste n’est présent : retranchés rue de Solferino, les cadres du parti, encore sous le choc, se refusent pour l’instant à tout commentaire. Mais c’est dans l’improvisation la plus totale que le peuple de gauche a toujours trouvé ses plus grandes ressources. Le chanteur Cali apporte une sono et une scène commence à se construire, fournie par Yannick Noah. Des milliers de jeunes en tee-shirt Vêtimarché affluent sur la place, un portrait de Ségolène dans une main, une bougie dans l’autre. Tous crient au miracle ; certains n’y croient pas encore et invoquent Saint Thomas, d’autres avouent qu’à partir d’aujourd’hui, ils croiront en Dieu, d’autres qu’ils vont se faire baptiser, la majorité arrosant la victoire de la gauche avec le sang du Christ.Dans la foule, anonymes et personnalités communient dans une immense ferveur. Georges Moustaki improvise une ronde avec un groupe de jeunes filles. Yves Saint-Laurent brandit une pancarte où l’on peut lire « On t’aime » et Pierre Bergé, une autre, où est écrit : « Pense à moi ». Éric Zemmour cherche sa femme, en se répétant qu’il faut vraiment être conne pour vous donner rendez-vous place de la Bastille un soir d’élection. La chanteuse Diam’s embrasse à pleine bouche l’écrivain Philippe Sollers. Les yeux noyés de larmes, Bruno Delport, le directeur de Nova, marche au hasard dans la foule, en distribuant des cigares.    La suite demain...

Le 2 septembre 2010 à 10:46

Libertude, égalitude, fraternitude

Ségolène à l'Elysée - 31

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 4 juillet 2007 Anne Fulda, la pétillante journaliste politique du Figaro, devait interviewer le Premier ministre. Inexplicablement, elle se voit refoulée aux portes de Matignon sur intervention de la Présidente. Éric Zemmour est convoqué en urgence pour la remplacer.La droite se déchaîne contre ce « fait de la Princesse ».  jeudi 5 juillet 2007 « Meurtrie par les hommes, c’est avec lui qu’elle a pansé ses blessures. » Pour cette photo du chien Poupouille courant sur une plage de Marbella, la langue pendante, Paris-Match sera condamné à 7 500 € d’amende par le tribunal de Nanterre. vendredi 6 juillet 2007 La secrétaire d’État à l'éducation et tout ce qui tourne autour réussit à imposer dans les écoles, malgré la fronde menée par l’ensemble de la droite sous l’impulsion de Xavier Darcos, la projection du film roumain 4 mois, 3 semaines et 2 jours — récit d'un sordide avortement dans la Roumanie de Ceaucescu. La secrétaire trouve un soutien inattendu à droite chez Philippe de Villiers, pour qui « c’est bien que les enfants sachent ».dimanche 8 juillet 2007 Consultation nationale sur la délinquance : « Après les récentes émeutes à Rosny-sous-Bois, ne pensez-vous pas que la jeunesse des cités manque d’amour, mais surtout de repères ? » …La suite demain...

Le 25 février 2014 à 10:18

Marilou Leïla : "Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là !"

Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?

Voici plusieurs éditos que je me pose cette question : "Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?" Quand allons-nous cesser de voir le jeune monde dans lequel nous entrons avec des yeux inquiets ou désabusés ? C'est le thème sur lequel je souhaite construire le cycle de "Trousses de secours" la saison prochaine au Rond-Point. Et puis — envie de réactions de votre part — je me suis un peu lâché dans un style "fin du monde" dans mon dernier billet. Par la boîte contact du site, Marilou Leïla vient de m'envoyer une lettre qui m'a bouleversé. Je vous la confie :   Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini ! "Nous ! Nous, on vient dans le monde qui vient ! Est-ce que tout vous fait si peur ? Est-ce que vous ne pouvez vraiment rien imaginer de beau dans l'avenir ? On y est, vraiment, à ce No Future des Punks de votre jeunesse ? Mais alors, nous, qui n'avons pas encore vingt ans, qui sommes justement le monde qui vient, qu'aurons-nous alors ? Si vous n'y croyez déjà plus, que nous reste-t-il entre les mains ? Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini, l'apocalypse n'aura pas lieu ! Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là ! Devons-nous nous excuser d'être ce que nous sommes ? D'être connectés ? D'être technologiques ? Nous n'y pouvons rien, avons-nous connu autre chose ? Il est terrible de cesser de croire à la vie avant même de l'avoir vécue, mais devant tant de cynisme, de désespoir, de pessimisme, comment faire autrement ? Et pourtant j'y crois, moi, au monde qui m'attend. Et je l'aime déjà, parce que je n'ai pas le choix. Il me faudra lutter, car je devrai survivre." Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. "Non, nous ne sommes pas les zombies technologiques que vous voulez faire de nous. Nous regardons le monde d'un point différent. Vous regrettez un univers qui s'écroule, mais qui ne nous appartient pas, que nous ne connaissons pas, que nous avons même du mal à imaginer. Moi, je n'ai rien su des frontières jusqu'à mes dix-huit ans. Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. Les francs sont des jouets dans mes souvenirs, comme des cailloux ramassés par terre qu'on échangeait contre un bonbon ou un petit jouet. Les francs n'appartiendront jamais à autre chose qu'à mon enfance, et ne peuvent avoir d'autre sens que celui que je leur donnais quand j'avais huit ans. Pas grand sens donc ; car l'argent ne signifie rien quand un tas de feuilles est un trésor..." Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles. "Je suis enfant de l'internet et de la technologie, quand mes premiers amis se trouvaient dans les cours d'école aussi bien qu'à l'autre bout du monde, au gré des forums et des échanges sur un groupe de rock ou un manga. Mon adolescence s'est faite rythmée de smartphones, et de réseaux sociaux. J'ai un profil facebook, un compte twitter, trois adresses mails, plusieurs identités virtuelles. Je passe des nuits à réouvrir les canaux de communication de manifestants du bout du monde, pour leur permettre de raconter, de montrer, de s'exprimer. Je télécharge illégalement des films, des séries. Je lis des e-books sur l'écran de mon ordinateur. Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles." Puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ? "Et pourtant. Et pourtant, si je ne parle pas à mon voisin de siège, c'est parce que j'ai passé la nuit à discuter avec d'autres. Si j'ai des centaines de livres, sur mon disque dur, j'ai une passion pour les vieux livres, ceux qui sont reliés, et je passe tous mon temps libre dans les bibliothèques de Paris. Si je télécharge illégalement de l'image, c'est que je n'ai pas d'argent pour en acheter le DVD puisque tous l'argent que je gagne "en trop" passe dans les places de cinéma, quand je me rends dans les salles trois à quatre fois par semaine. Je pourrais continuer longtemps, en réalité, mais je me sens mal de m'épancher à ce point. Votre article était un autre parmi des centaines que j'ai lu, et il y a un trop plein. J'ai pris un chemin de lutte, j'ai pensé mon humanisme et ai conscience que je devrais combattre pour lui... mais puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ?Ce message comme réponse à un atroce sentiment de solitude...Aimez-nous ! Au moins un peu... Même si c'est avec un petit sourire en coin qui dit "si seulement tout était si facile...". Même si vous nous trouvez naïfs, imbéciles, ou puérils... Aimez-nous dans le monde qui vient...Nous n'avons pas encore de voix, et vous parlez pour nous, de nous. Essayez peut-être de ne pas être trop méprisant... on pourrait encore vous surprendre.Avec tout mon respect, et toute mon admiration,Marilou Leïla."

Le 14 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 12

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 7 mai. Depuis l’aube, Ségolène Royal se cloître dans son appartement parisien. Elle a refusé de passer rue de Solferino, assurant qu’elle n’avait pas trouvé un taxi de libre. Le bureau exécutif du Parti socialiste, réuni en cellule de crise, décide à l’unanimité de lui en commander un : elle le fait renvoyer, arguant qu’il n’est pas électrique.   Les résultats du vote remodèlent en profondeur la physionomie du Parti socialiste. Il y a déjà le retrait de la vie politique de Lionel Jospin — véritable coup de tonnerre qui laisse tous les vrais socialistes orphelins. Puis, au matin du 7 mai, le Premier secrétaire François Hollande annonce qu’il quitte ses fonctions pour reprendre sa « liberté de parole ». François Hollande entend créer au sein du Parti un nouveau courant, où sont conviés « tous les vrais gens de gauche, et tous les maris séparés ».De nouvelles élections sont planifiées en hâte : c’est finalement François Peillon qui sera élu Premier secrétaire, au cours d’un petit-déjeuner participatif, en tête-à-tête avec la présidente des Français. Le vote français fait naturellement la une de la plupart des quotidiens français ou internationaux. Libération publie en une la photo de la candidate élue, brandissant un balai-brosse à la Bastille, avec cette seule légende : « youpi ». Dans Le Monde, qui titre « Une femme à l’Élysée », l’éditorial de Jean-Marie Colombani l’assure : « C’est une sorte d’espoir qui se lève pour la gauche ». Le Parisien, lui, proclame : « Marianne au pouvoir ! » et recueille les commentaires de Johnny Hallyday. « La Bourse chute à Paris », déplore Le Figaro. « La Royal surprise », ose France-Soir. Et Vins de France : « Royal au bar ! » A Libération, le service politique étant, la veille, parti se coucher de bonne heure, très abattu, on a tiré à la courte paille pour savoir qui, qui, qui — et c’est le chroniqueur musical Bayon qui s’est collé à la soirée électorale. Après cinq heures de Bénabar - Cali en attendant la présidente, et deux heures de serpillière en suivant, Bayon a sué sang et eau sur son article, tout en s’efforçant de rester fraternel : « Pour résumer Royal, écrit-il, d’abord, ce diamant brut Bowie 72 en constat d'impuissance : “ Wham bam, thank you ma'am ! ” — qui, à la suffragette citée, va comme un gant. » Bayon résume la longue attente à la Bastille, Cali qui se roule partout, les filles aux seins nus, pour se concentrer sur l’arrivée de Ségolène Royal : « … Suivent, en réminiscence Marquee 67, nappe analogique, fumigènes floydiens, avant l'ex machina descente, comme d'acide, de la Papesse PS. Dont l'introït messianique, sorte d'OGM transpol' San Francisco / SFIO, remixant aux accents jaurésiens une communion lysergique au chabichou, d'emblée, sèche.Sourire entre Baez et D'Arc, la mise de la Linda de Souza glam s'électrise d'un batik Grace “ feed your head ” Slick, période acid-coffee à la Maison-Blanche — bras mobiles, cheveu transhumant et gorge pleine, d'où la voix jaillit, libre absolument. Tantôt brame faithfullien, tantôt feulement Janis Summertime, on écoute, médusé, cette parole d'ailleurs, qui nous crie que c'est la nôtre. Libérant, torrentielles, les énergies sexuelles : Gaïa, Cybèle, Astarté. “ Ségo déchire sa mère ”, frémit un un kid voisin, catapulté par dyschronie K-Dickienne dans un concert des Slits 80. » Ce sera la seule incursion de Bayon dans le domaine politique. Pour Laurent Joffrin, qui assure avoir tout compris à l’article, « on n’a rien écrit de plus juste sur Ségolène Royal. »… Toute la journée, la candidate élue reçoit des visiteurs — tant des personnalités que de simples citoyens qui se sont inscrits sur son nouveau blog : « Avenir à venir ». Les gens font la queue sur le trottoir. Toute  personne souhaitant une entrevue doit apporter son manger et une idée sur un papier recyclable, à glisser dans une urne spécialement conçue à cet effet. Les surplus de nourriture seront distribués à des associations caritatives. Eric Besson attend sagement son tour dans la queue, muni d’un chabichou et d’une bouteille de Pineau blanc. Débusqué par les caméras de France 2, l’auteur de Qui connaît madame Royal ? revient sur sa démarche : « C’est vrai, j’ai écrit un livre sur elle — un livre sévère, mais juste —, pour la réveiller. Et je me réjouis d’avoir été entendu. Il va de soi que je ne demande aucun poste : je suis juste heureux pour la gauche. » On reconnaît aussi, parmi les visiteurs, le pénétrant essayiste Jacques Attali. Celui-ci apporte un rapport intitulé « Les cent premiers jours d’une présidente : cent pièges à éviter, cent trucs pour présider malin » — qu’on ne lui a pas demandé, mais qu’il compte bien remettre à la présidente. Il en détaille les points l’un après l’autre pour les médias qui s’ennuyaient sur le pavé. Jacques Attali repartira sans avoir été reçu, à la nuit tombée, blessé au genou par un caméraman qui a laissé choir sa caméra en s’endormant. Bernard-Henri Lévy, de son côté, explique inlassablement à la presse pourquoi cette mini retraite était nécessaire ; combien elle s’impose ; à quel point le symbole est fort ; qu’il faut prendre de la hauteur face à l’événement ; que lui-même se sent prêt, si Ségolène le lui demandait, à arrêter son métier  d’écrivain pour travailler à ses côtés. Cependant, les visiteurs ressortent l’un après l’autre de l’immeuble, transformés, radieux, hypnotisés. Le soir qui tombe ne dissipe en rien la magie : « Dans cette journée historique, j’invite chacun à prendre du recul sur soi-même », conclut Bernard-Henri Lévy, juste avant l’accident de genou de Jacques Attali. La journée du 7 mai inaugure en fait de que la presse baptisera « le temps du recul ». Il en filtre seulement deux propositions très symboliques — que Jean-Louis Bianco annonce aux médias à la nuit tombée. Désormais, chaque policière sera raccompagnée chez elle par un policier, lui-même escorté, dans un souci de parité, par un militaire, lui-même surveillé, dans un souci de réinsertion éducative, par un délinquant condamné aux travaux d’intérêt général. Par ailleurs, le Premier ministre sera un homme…   La suite demain...

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