Les bonus de la saison
Publié le 16/05/2019

Jean-Michel Ribes : "Avec Topor, on est des enfants bâtards du dadaïsme"


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Jean-Michel Ribes met en scène Folie, joyeux vrac mêlant ses propres textes à ceux de son ami Roland Topor et la musique est de Reinhardt Wagner.

Théâtre du Rond-Point — Topor, Wagner et vous, comment vous êtes-vous trouvés ? Et aujourd’hui retrouvés ?
Jean-Michel Ribes — Topor et Wagner échangeaient beaucoup, et beaucoup de vin par exemple. Moi, je le versais ! Ce n’est pas un projet d’anciens combattants, c’est même le contraire. Je veux faire revivre ce qui nous a fait vivre, amusé, ce qui nous a donné de grandes joies, à travers les chansons de Topor, les miennes, les musiques de Reinhardt... On veut retrouver le goût du champagne noir. Ça se passe aussi d’une génération à l’autre, puisqu’on retrouve la fille de Wagner et la mienne... Ce ne sera pas un cabaret, le mot est fourre-tout ; ce sont des folies, des dingueries. À vrai dire, on n’a jamais travaillé ensemble tous les trois. J’ai écrit avec Roland pendant près de vingt ans. Et Reinhardt a composé avec Topor pendant six ou sept ans, mais nous n’avons pas formé de trio. C’est aujourd’hui une façon de boucler la boucle dans un projet libre, qui repose sur les textes, les musiques et les interprètes.
Rond-Point – Ces chansons sont-elles des chansons normales ? Racontent-elles des histoires ? Sont-elles roses ou noires ? Violettes ? En quoi vous ressemblent-elles ?
Ribes – Ce sont des chansons à l’envers. Roland parle de Picasso, des escrocs, du sexe. Mes chansons font des portraits de chanteuses qui n’aiment pas la chanson. On voit passer un vampire végétarien, les gilets jaunes de l’amour... On va jouer des contrastes, entre mélodies et paroles explosives ... Le paquet cadeau est joli, mais l’intérieur est inattendu, bordélique. Les gens se dérangent pour venir au théâtre, la moindre des choses est qu’on les dérange à notre tour. C’est un anti-yoga... Ça tend, ça excite, ça fait jouir...
Rond-Point — De quoi sera fait le cabaret ? Comment le construisez-vous ?
Ribes — Il n’y a pas de « comment », de « truc », de « recette », c’est construit au rythme saccadé et sans frontière entre sursaut de désir, éclat de rire, et larme à l’œil. Hommage aux crétins, aux créateurs sans talent, aux chirurgiens-hommes d’affaire etc....Satire inversée, le monde à l’envers pour dénoncer celui qui est à l’endroit. Bref, tout sauf un pot-pourri, juste un pot-fleuri.
Propos textes recueillis par Pierre Notte
Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin
Publié le 16 mai 2019 sur ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Jean-Michel Ribes

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Le 1 mars 2012 à 09:06

Le mois de mars m'inquiète

Je dois vous l'avouer, ce bon gros et gentil mois de MARS aux joues rosies par les bourrasques printanières, ce mois qui fête avec le sourire saint Habib, sainte Larissa et saint Gontran, patron des valets de chambre, ce charmant mois de mars qui rallonge la lumière du jour pour que le poète puisse terminer son quatrain sans la lampe halogène qui abîme la rime, eh bien, ce mois de mars m'inquiète. Car, à le regarder de plus près, il est bizarre. D'abord, comme la limande-sole et le ris de veau, le mois de mars n'a pas de milieu. En effet, où est la mi-mars ? Qui le sait ? Le 15 du mois ? Non. Car 15 et 15 font 30 et mars comporte trente et un jours. Le 16 serait-il alors son centre ? Non car 16 et 16 font 32. Je vous épargne le 17... Mars est donc un mois en déséquilibre, d'où son manque de morale. Il n'est qu'à voir la façon dont il quitte le signe des Poissons pour pénétrer dans celui du Bélier ! Attitude zodiacale pour le moins volage, sans compter qu'à peine Mars, le dieu de la guerre, lui donne son nom, qu'il le prête aussitôt à une planète rouge où vivent de petits hommes verts... A ce propos, on vient de découvrir que les traces de vert et de rouge sur la planète Mars indiqueraient la présence de Basques qui s'y seraient réfugiés pour pouvoir pratiquer tranquillement leur tennis avec des paniers à pain au bout des bras sans qu'il y ait trop de monde qui rigole autour.   Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008 http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

Le 6 avril 2018 à 11:45

Pierre Arditi lit ce qu'il aime

Une chaise, une table et Pierre Arditi : le comédien donne trois grands cycles de lectures. Textes de Jean-Michel Ribes, puis de Yasmina Reza, et enfin de Philippe Delerm et de Michel Onfray.Mise en ligne le 6 avril 2018 sur ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond-PointRond-Point — Un texte goûteux, savoureux, qu’est-ce que c’est ?Pierre Arditi — C’est  tout  un  ensemble  de  données...  Je  veux  par  le  texte  pouvoir  offrir  une  lecture  iconoclaste,  il  faut  que  je  sois moi-même touché, parfois bouleversé, que je puisse aussi en rire. Est-ce que la palette des sensations et des émotions que dégagent ces textes me parlent suffisamment ? Je vais à l’aventure de ce qui me touche, de ce qui me parle le plus. La thématique, au fond, curieusement, me laisse un peu indifférent... Ce n’est pas majeur. Je ne lirai pas des tracts ! Je lis des textes, littéraires, poétiques, ce sont des univers qui portent du sens. Mais quand les  auteurs  sont  bons,  et  ceux-là  sont  excellents,  ils  peuvent  saisir  une  anecdote  en  apparence  sans  intérêt,  et  en  faire  un  chef  d’œuvre.  Un  auteur  mineur  peut  aussi  s’emparer  d’un  thème  majeur  et  ne  produire  qu’une  broutille parce qu’il ne sait pas quoi en faire. La question n’est pas là. Qu’est-ce qu’on fait avec quoi ? Certains textes  sont  d’une  apparente  légèreté,  mais  il  s’en  dégage  un  bonheur  intense  de  jouer  avec  les  mots,  avec  la  langue,  la  parole.  Le  fond  est  primordial,  évidemment,  mais  ce  n’est  pas  ce  que  je  choisis  en  priorité.  Ce  qui prévaut sur tout, c’est le plaisir d’une langue, des mots, que je vais éprouver et partager avec le public.Rond-Point — Mais cette langue, c’est quoi ? La musique ? Le rythme ?Pierre Arditi — La  musique,  c’est  la  musique  !  Laissons-la  à  la  musique...  Je  me  méfie  beaucoup  de  la  mélodie  de  la  langue,  des  sons,  des  rythmes.  Certains  acteurs  se  gargarisent  d’un chant,  ils  chantent,  et  cette  musique  de  la  langue  m’ennuie : ils pensent que les facéties de leur voix suffisent à dire et à faire quelque chose... La langue, avant tout, c’est le fond par ce qu’elle dit du monde et des autres, c’est le plaisir d’un voyage dans une architecture littéraire.  Selon  que  je  lirai  Michel  Onfray,  Jean-Michel  Ribes,  Yasmina  Reza  ou  Philippe  Delerm,  ma  voix  changera, les intonations et les timbres seront différents. Mais ce ne sera pas volontaire. Ça tiendra à leurs mots, à leur langue. Je n’irai pas chercher moi-même un ton qui change, les modulations se feront d’elles-mêmes par la nature du matériau proposé...Rond-Point — Sur scène, qu’allez-vous faire ?Pierre Arditi — Je  vais  m’asseoir  à  une  table,  et  je  vais  m’amuser  avec  les  gens.  C’est  une  lecture,  elle  est  bien  sûr  incarnée,  mais  il  s’agit  bien  d’une  lecture...  Je  peux  toujours  faire  le  poirier,  mais  je  ne  suis  pas  sûr  que  cela  intéresse  grand monde. Je garde un très bon souvenir de la lecture du texte de Jean-Claude Grumberg, "Une leçon de savoir vivre",  dans  la  grande  salle  Renaud  Barrault.  J’espère  retrouver  la  même  puissance.  Il  n’y  avait  qu’une  chaise,  une table, et le bouquin. C’est cette force de la lecture que je cherche à retrouver, même si la tessiture sera plus diversifiée, plus caustique, plus acide, plus drôle, plus romantique ou plus bouleversante. Le texte, admirable, de  Michel  Onfray  sur  son  père,  est  déchirant,  il  complète  les  facéties  des  passages  choisis  de  Jean-Michel  Ribes.  Le  tout  compose  des  morceaux  du  monde  qui  m’interpellent,  qui  m’amusent,  qui  m’intéressent,  qui  m’intriguent. Je suis comme ma tante Denise : elle me faisait la lecture quand j’étais un petit garçon. Je serai ma tante Denise ! Je veux partager ce plaisir là avec les gens...Propos texte recueillis par Pierre NottePropos vidéos recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 5 octobre 2014 à 12:21

"Haïkus de mes comptoirs", Gourio lâche ses poèmes

On vous a dit et répété qu'il n'y avait plus de poète populaire en France ? Eh bien raté, Haïkus de mes comptoirs vient de pousser en rigolant sous votre nez pour vous démentir. C'est le 1000e titre publié aux éditions Le Castor Astral et il va vous porter chance : il rassemble les merveilles que Jean-Marie Gourio a essaimées sur ventscontraires depuis près de 5 ans : poèmes, rêves minuscules, haïkus de comptoir... Un petit livre ami comme il le dit lui-même, à serrer contre son cœur comme une flasque d'eau de vie joyeuse, pour les instant où, décidément, le monde qui vous entoure ne vous semble plus mériter la visite. Par exemple cette goulée en haut de la page 169 : Si c'était que moi, le trèfle à quatre feuilles porterait bonheur à partir de deux feuilles. Ou celle-ci, page 33 : Baudelaire achète du painPaie en poèmeManque un vers S'il avait été prétentieux ou pompeux (ce qui ne risque jamais de lui arriver, c'est contre sa nature), Gourio aurait pu intituler ce recueil Le Délassement d'un romancier, car il a coutume d'envoyer ces pépites par salves pour s'aérer l'esprit lorsqu'il est en en train d'écrire un roman. Elles ne lui viennent jamais au comptoir, où il se tient alors en mode "écoute" – sur une longueur d'onde qui le met entièrement au diapason des âmes accoudées avec lui autour du zinc (les Brèves de comptoir en ce moment sur vos écrans avec le film de Jean-Michel Ribes). Ses poèmes à la noix ou à un euro – je reprends ses propres mots – jaillissent en rafales du dedans, de ses comptoirs intimes et secrets, on est en direct avec l'énergie poétique de Gourio. "Quelques phrases qui tintent contre un verre de blanc" et qui font du bien.   > Le Castor astral

Le 10 avril 2018 à 13:58

Les Topor, remise des Prix de l'inattendu : captation intégrale

« Vivre en marge pour ne pas mourir au milieu. » Roland ToporDans un décor créé par Sophie Perez, la cérémonie orchestrée par Jean-Michel Ribes se déroule en musique et avec une succession d’interventions aussi inattendues, burlesques et insolites que les œuvres des lauréats récompensés. La remise des trophées sera à elle seule une performance savoureuse.« Le Théâtre du Rond-Point crée un prix destiné à récompenser les créateurs du spectacle vivant oubliés des chapelles du bon goût et de la morale définitive, à saluer les mauvaises herbes de la culture trop folles pour être taillées à la française, les incongrus qui ridiculisent les gens qui savent. Bref tous ceux qui sautent dans le vide pour découvrir d’autres planètes.Ces prix qui célèbreront toutes les disciplines du spectacle vivant seront remis à des lauréats désignés par un jury composé de personnalités sensibles à l’extravagance, au pas de côté, au monde à l’envers, au rire de résistance, à l’issue de secours, aux utopies, à la joie d’être soi, au chant de baleine devant la lune, à la musique de l’insolence, bref des personnalités qui ne voient pas la beauté que dans les belles choses. La sélection des spectacles concourant à ce prix sera faite de façon arbitraire par le jury selon ses goûts, ses envies, et pourquoi pas ses amis. Tous les prix sont injustes, les Topor le seront encore plus. » Jean-Michel Ribes Un événement conçu et animé par : Jean-Michel RibesAvec la complicité de : Nicolas ToporScénographie : Sophie PerezJury : Kader Aoun, Agathe Berman, Camille Chamoux, Michel Fau, Jean-Marie Gourio, Arnaud Laporte, Gérard Mordillat, Fabienne Pascaud, Sophie Perez, Olivier Poubelle, Laura Scozzi, Jérôme Thomas, Nicolas ToporInterviendront entre autres : Pierre Arditi, Zabou Breitman, Jonathan Capdevielle, Steven Cohen, CongopunQ (Cyril Atef et Dr. Kong), Pasquale D’Inca, André Dussollier, Thomas Dutronc, Agnès Hurstel, Olivier Martin-Salvan, Yann Moix, François Morel, Alexie Ribes, Patrick Robine, Héloïse Wagner, Reinhardt Wagner En partenariat avec la MGEN, Télérama et France 3 Paris Île-de-Franceavec le soutien complice de la SACD

Le 20 octobre 2011 à 10:16

Pourquoi j'ai voulu que ventscontraires.net existe

Le spectacle vivant – surtout quand il est innervé et matérialisé par des auteurs vivants comme au Théâtre du Rond-Point – est une réponse aux technologies de l’Internet, à toutes ces manières de médiatiser l'actualité via ordinateurs, palettes, smartphones, etc. Le spectacle vivant dit la primauté du vivant avec le vivant, quand les gens se parlent entre eux et sont d'autant plus en intimité et en connexion qu'ils sont les uns face aux autres. Cela dit, il serait fou de penser qu'on puisse rester en dehors de l'époque – une époque qui se diffuse à travers l'électronique. Je ne voulais pas qu’on redouble le Rond-Point sur Internet – une idée  stupide puisque le Rond-Point est ici, il se fait avec des gens vivants qui rencontrent d'autres gens vivants. Mais il était intéressant de proposer, via Internet, quelque chose qui ressemble à l'esprit du Rond-Point, une espèce de magazine en ligne. J'ai souhaité qu'on y réfléchisse ensemble et on a abouti à cette revue collaborative un peu iconoclaste, un peu farfelue, un peu incongrue, dans le sillage dadaïste ou la lignée de ces humoristes que Breton a réunis dans son Anthologie de l'humour noir, c'est-à-dire des gens qui bougent le monde avec esprit et humour, qui se détachent d'une actualité trop souvent prégnante et en font autre chose. J'ai proposé ce titre parce que j’imaginais quelque chose à l'envers de la mode, à l'envers du flot de la bien-pensance, du flot du discours unique. Pour dire qu'il y a d'autres endroits, d'autres chemins où les vents poussent. A l’envers de tout ce qui nous accable.

Le 1 août 2012 à 10:40
Le 5 septembre 2011 à 09:33

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #2

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". René l’énervé est une pièce politique ? Quelle pièce ne l’est pas ! C’est une banalité de dire qu’il n’y a pas d’art sans subversion, ni de théâtre sans désir de chambardement. René, dans ce sens, est bien une pièce politique. C’est la réponse du berger à la bergère ! Puisque les politiques font du spectacle, il est bien normal que les hommes de spectacle fassent de la politique… Reconnaissez que depuis quelque temps, ils n’y vont pas de main morte ! Ils méritaient bien René l’énervé ! C’est un minimum !   Le poétique peut-être une voie de rédemption pour la politique ? René l’énervé n’est en rien une oeuvre documentaire, ni une tentative de reproduction exacte de notre actualité, c’est une bouffonnerie coloriée librement avec bonne et mauvaise foi, un conte sur le pouvoir et les clowneries de l’homme qui devient providentiel. Une sorte de ras-le-bol en chansons… Fable en rien manichéenne, puisqu’on y découvrira le double de René : deuxième lui-même, adversaire obstiné et résolu du premier.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 5 mars 2013 à 16:05

¡Viva Jerónimo Savary!

Sur la photo Jérôme  Savary couché à gauche  aux pieds de Copi ; Topor  derrière le peintre Antonio Saura (sans cheveux);  je porte une  veste rouge et j'ai  à ma droite  Guy Hocquenghem. Hilda d'Haubetière ,  Maud , Lis, et Lys Grandvel sont autour de nous. Savary vient de s’occulter. Il y a presque un demi-siècle, il avait surgi de nulle part. Rien d’étonnant s’il a fini ses jours sans que ses amis s'en aperçoivent. Il faisait partie  d'un univers où nous ne savons pas rester silencieux. Dans un monde d’histoires drôles de jacuzzi pour la Joconde. Il a abordé le théâtre, pour la première fois, avec mes pièces.  Il les a accompagnées  ou montées. Mission confuse qu’il a accomplie confusément  avec génie. En remportant des  succès... absurdes. Quand les larmes ont un goût de whisky-new-god. Il a donc commencé sa vie « spectaculaire » par mon "Labyrinthe". Lequel a été immédiatement et confusément  qualifié de « théâtre de l’absurde ». Il l'a « défendu ». Je dirais plutôt qu’il a brillé, malgré lui, par son talent. En réalité plus que brillé, il a tout caché dans un tohu-bohu des origines.  Avec  l’espérance araméenne de Paul Gauguin. C’était un vrai plaisir de le voir faire du théâtre. Il était capable, dans ses bons jours, de citer Mao ou Tarzan . Mais il restait imperturbable. Et, enfin disert, il pouvait opiner d’un bbrr dans son néo-espagnol. Mais tout ce qu’il touchait devenait un succès. Et parfois même  financièrement. Madame Roubéjanski pouvait jouer tous les soirs au casino l’argent qu’elle gagnait grâce à lui; ou des célèbre comédiens  leurs pourcentages en prostituées de luxe et en trios dans la « città di sole ». Depuis  « Les deux bourreaux » et grâce à sa lucidité,  mes pièces sont l’objet d’une constante attention. Mieux encore : il a fait de mon « Labyrinthe» un spectacle « culte ». Il est parvenu à créer mes pièces à Paris et « dans le monde entier ». Disposait-il d’une troisième main  comme Cervantès ? Parfois je me suis trouvé à Londres en même temps que lui. Inoubliable mon – non: “son” – « Labyrinthe »  dans sa mise en scène . Ou à São Paulo  pour “ma” « Communion solennelle »  éblouissante. Il savait hurler, au-delà des frontières, avec la même dextérité polyglotte quand bâille l’immortalité. Puis je me suis éloigné de lui par le passage zébré. Sans m’en rendre compte, en fakir avale-boeings. Est-ce que je me sens trop « anar »  pour coudoyer ceux qui triomphent? J’ai appris qu’à (très) juste titre, il était devenu une sorte de Directeur d'Opéra. Normal. J’ai su qu’il dirigeait avec le même succès des théâtres à dorures. Plus normal encore, avec des lunes de Kabuki. Soudain et sans savoir pourquoi il y a quelques jours nous nous sommes vus. Il souhaitait me voir enseigner les échecs à sa fille. Son adorable fille. Pour courir vers le passé; plus vite! J’ai dû lui avouer que, bien que depuis un demi-siècle je me trouve toujours devant « mon éternelle partie d’échecs » (Breton “dixit”; et  ajoutait-il, comme un blâme de plus, « avec Marcel Duchamp»), ce jeu est l’une de mes frustrations. J’ai autant de chances de battre sur l'échiquier  l’adolescente chinoise Hou Yifan que Tyson sur un ring. La  douleur nous fait chanceler, après la mort de l’ami. Moi aussi je voudrais croire que, entre la vie et la mort, le ciel et la terre, il y a un pont tricolore que l’on nomme arc-en-ciel. ¡Viva Jerónimo Savary!

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