La masterclass de Daniel Pennac

"Quand j'écris, je m'adresse à quelqu'un."

"Quand j'écris, je m'adresse à quelqu'un."

Pour ce nouvel épisode, rencontre avec Daniel Pennac, écrivain aux multiples facettes.

Amine Khaled, responsable du comité de lecture du théâtre, dialogue avec des artistes emblématiques du spectacle vivant. Scénographes, metteurs en scène, comédiens et autres, évoquent les éléments essentiels de leur parcours et de leur univers.

Bonne écoute !

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Amine Khaled invite à sa table des artistes emblématiques du spectacle vivant. Scénographes, metteur.euse.s en scène, comédien.ne.s et autres évoquent les éléments essentiels de leur parcours et de leur univers.
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Le 17 mars 2015 à 09:47

Chacun se vit comme un être unique installé sur sa petite île prestigieuse

Jean-Jacques Carton-Mercier, polytechnicien arrogant et sûr de lui, directeur Recherche & Développement d’une entreprise industrielle, a été mis à pied pour faute grave, suite à un funeste concours de circonstances. Depuis, il vit reclus dans son appartement du XVe arrondissement. Un jour, il fait la connaissance de son voisin de palier, le docteur Desnos, avec lequel il parlera toute une nuit, jusqu’au petit matin. – Ce type vous insultait ? – Il égrennait des commentaires méprisants, lente litanie d’insultes calmes, d’insultes contemplatives. Vous m’avez bien compris docteur Desnos. Insultes contemplatives. Il me contemplait. Il dénigrait toute ma personne sur le même ton qu’on célèbre un chef-d’œuvre. – C’est assez inhabituel comme mode de communication. – Je vous l’accorde. Il faudrait voir dans un livre de prosodie si ce ton qu’il employait a jamais été catalogué. Il faudrait savoir comment ça s’appelle cette manière particulière de s’adresser à quelqu’un. C’est un peu comme nous avec les retraités en K-Way, avec le garde-chasse servile de tout à l’heure. Ils nous révulsent. Ils nous fascinent. Ces types nous hypnotisent. Nous pourrions les admirer durant des heures. – C’est bien connu. Nous sommes toujours le retraité en K-Way de quelqu’un d’autre. Nul n’est à l’abri. C’est un axiome universel. – Je pensais pourtant l’être. Je veux dire à l’abri. J’ai toujours cru qu’on m’admirait, qu’on admirait ma situation, mes facultés, mon diplôme, mon mode de vie. Polytechnique est l’institution qui incarne au plus haut degré l’idée commune de supériorité. Je me sens supérieur aux gens. Je me sens supérieur à vous. Et je pensais qu’on validait cette supériorité. Qu’elle était dans l’ordre des choses. Postulée par mes contemporains. Le docteur Desnos me regarde d’un air bizarre. – Je me suis toujours vécu comme un être inégalable isolé sur l’île si prestigieuse des logiciens, une île semblable à celle que l’on peut voir sur les Bounty ®, mise à l’écart du monde médiocre par un liseré infranchissable. Et je me suis rendu compte récemment, après la boulangerie, les gros bonbons fruités qui grossissent, que les gens n’admettaient pas ma supériorité, qu’ils n’avaient pas pour moi l’admiration tacite que je leur supposais, qu’ils se foutaient des logiciens comme Jean-Jacques Carton-Mercier se fout du reste du monde. Et j’irais même plus loin docteur Desnos. J’ai découvert que chacun se vit comme un être unique installé sur sa petite île prestigieuse. Que chacun est convaincu de la supériorité de ses choix, ses croyances, ses convictions, son mode de vie, la décoration de son salon. Que chacun est convaincu d’avoir du goût, du talent, de l’entendement. Et que chacun se maintient donc dans l’incapacité d’en reconnaître aux autres. Les gens sont convaincus d’être plus logiques que les logiciens. Les jeunes brêles de la télé réalité sont convaincus d’être de plus grands chanteurs que les chanteurs. Les alcooliques des bars tabac sont convaincus d’être de plus grands politiciens que les politiciens. Les Stioupide Gueurle sont convaincues d’être de plus grandes décoratrices d’intérieur que les plus grandes décoratrices d’intérieur. Moi qui croyais qu’on admettait ma supériorité ! Moi qui pensais que la plupart des gens n’ignoraient pas qu’ils n’étaient pas uniques, précieux, non ! au contraire ! mais communs, identiques, indistincts, dupliqués, fabriqués sur le même moule ! Moi qui pensais qu’ils se vivaient comme des mouches, anonymes, toutes semblables ! Bref, aujourd’hui, docteur Desnos, cette multitude de mouches, de ce seul fait qu’elles se foutent des logiciens, de ce seul fait qu’elles revendiquent d’être uniques, distinctes, singulières, et d’avoir une identité qui les différencie de leurs semblables, cette multitude est devenue pour moi une masse hostile, démultipliée, menaçante. Moi qui devais faire face jusqu’à présent à une seule entité, l’entité générique des gens communs ! je me retrouve confronté à des milliards d’individus ! je me vis comme ayant la planète entière contre moi ! Puis, marquant une petite pause, tournant la tête vers le généraliste : Je ne sais pas si vous saisissez exactement le sens de ce retournement qui a mis ma vie par terre. – Vous parlez sans arrêt d’un enchaînement catastrophique. Qu’est-ce que vous entendez par là monsieur Carton-Mercier ? – Je voudrais vous y voir. Un type bizarre vous suit jusque chez vous. Se poste devant votre immeuble. Passe toute la nuit sous votre balcon. Il vous hurle des injures. Des insanités. Il crie le mot Bounty ® dans la rue. Il est encore en place le lendemain matin à sept heures quinze allongé sur une grille d’aération du métro. Je le regarde en robe de chambre depuis mon balcon. Si seulement il s’agissait d’un insecte, il existe des produits, des insecticides ! Mais quand on est l’idée fixe de quelqu’un, de quelle manière éradique-t-on cette idée fixe ? Par le raisonnement. C’est comme ça qu’on fait généralement. Le raisonnement est le meilleur des insecticides. Mais le rappeur est-il de nature à se laisser dépuceronner la cervelle par un raisonnement, par de petites granules roses Wittgenstein ? Aidez-moi à préparer ma valise docteur Desnos. Ils vont m’interpeller. Je suis certain qu’ils vont surgir d’une minute à l’autre pour m’arrêter. Il faut que je me casse d’ici au plus vite. Je me lève et me rends dans la chambre. Le docteur Desnos m’a suivi. J’ouvre la penderie. C’est un chaos textile et coloré que je n’ai pas la qualification d’ordonner, d’organiser, de morceler. Un écrasant découragement s’abat sur ma personne. – Je ne sais même pas où sont rangés les slips, les chaussettes, les T-shirt. – Vous n’avez pas besoin de chaussettes monsieur Carton-Mercier. C’est l’été, il fait chaud, restez pieds nus dans vos claquettes. Le docteur Desnos enfouit ses mains dans la masse de tissus qui emplit la penderie, la remue, l’analyse, la décompose avec ses doigts rapides de vendeuse de boutique, finit par en extraire un costume bleu qu’il me présente accroché à un cintre. – Il m’a l’air de saison, léger, il vous plaît ? – Seulement la veste, je déteste le pantalon, il me comprime les testicules. Mettez la veste sur le lit. – Vous parliez de petites granules roses Wittgenstein… – Cet abruti est-il du genre à se laisser dépuceronner la cervelle par de petites granules roses Wittgenstein ? Je me dis qu’il est trop obtus pour se laisser convaincre. Je décide donc de me déguiser. Ce sont mes enfants qui m’en ont donné l’idée. Je les ai vus surgir dans la cuisine accoutrés en estivants, Marie-Cécile en maillot, un bob trop grand sur le crâne, un rateau dans une main, un sceau crénelé dans l’autre, Jean-Baptiste en homme-grenouille, un masque caoutchouteux sur le visage, les pieds chaussés d’une paire de palmes. Oui, celle-là, la verte, mettez-la sur le lit. Le docteur Desnos rapproche du costume bleu étendu sur le lit la chemise verte suspendu à son cintre. Il examine l’accouplement d’un air critique. – Une chemise verte avec une veste bleue ? Vous trouvez ça joli ? Je crois pas, évitons, trouvons quelque chose d’autre. – Vous n’allez pas vous y mettre docteur Desnos. Vous n’allez pas imiter mon épouse. Le généraliste énumère avec ses doigts les chemises suspendues dans la penderie, en retire une deuxième, la considère avec satisfaction. – Celle-la, rouge, rayures prune, je vous assure. Faites-moi confiance monsieur Carton-Mercier. Vous vous êtes donc déguisé ? – Je me dis que le meilleur moyen de mettre un terme au harcèlement du banlieusard, c’est encore de le semer, qu’il ne me trouve plus. Si le rappeur élastique ne me voit plus, l’idée fixe se dissoudra peut-être d’elle-même ? C’est alors que Francine déboule dans la cuisine et invective Jean-Baptiste et Marie-Cécile. Je vois ses lèvres qui remuent. Les lèvres de Jean-Baptiste qui remuent. Les lèvres de Marie-Cécile qui remuent. J’imbibe de thé une biscotte de confiture. – J’ai trouvé les sous-vêtements. Vous en voulez combien ? – Quatre, cinq, je sais pas. Décidez tout seul docteur Desnos. – Je vous mets une demie-douzaine de slips. Et puis ce short hawaïen pour la plage. Vous les voyez remuer les lèvres ? – J’étais dans mes pensées. Je les voyais parler mais n’entendais strictement rien. J’ai trouvé d’énormes lunettes de sport d’hiver, un bonnet savoyard à pompon, un boubou sénégalais, un sac de surgelé Piquart où je décide que je dissimulerai l’attache-case. Le boubou sénégalais m’a été offert par les organisateurs d’un congrès scientifique auquel j’ai participé à Dakar en 1993. Mettez-moi quelques T-shirt. – Ils sont déjà sur le lit, un bleu, deux blancs. – Et puis un pantalon de jogging. Pour aller avec la veste. Le noir avec les rayures blanches. – Je vous arrête immédiatement Monsieur Carton-Mercier. Si je suis sûr d’une chose, c’est qu’il n’est pas possible de combiner veste de costume et pantalon de survêtement. – Ne m’énervez pas docteur Desnos. Ce n’est pas vous qui allez prendre la fuite. Qui allez partir en cavale. J’ai besoin d’être à l’aise. De pouvoir courir. Mettez-moi sur le lit sans discuter le pantalon de jogging. – A votre convenance monsieur Carton-Mercier. Vous parliez d’un boubou sénégalais… – J’enfile le costume vert que mon épouse m’a préparé, passe le boubou par-dessus, me coiffe du bonnet, installe sur mon crâne les énormes lunettes de ski. Je me mire dans la glace de la salle de bains. Absolument méconnaissable. Francine, inutile de vous dire, quand je sors de la salle de bains, elle me regarde avec stupeur. Voilà, j’y vais, je suis prêt, à ce soir les trésors ! Maman, regarde ! papa part travailler en robe africaine avec un bonnet et des lunettes de ski ! Je vois couler un haïku sur le visage de Francine, à peine se met-elle à remuer les lèvres que j’ai déjà salué les enfants d’un coucou rapide et me retrouve devant l’ascenseur. J’appuie sur la pastille d’appel. Les portes de l’ascenseur coulissent. Je vois surgir un gland à l’ancienne mode, on aurait cru un notaire de Poitiers, lequel me dévisage avec cet air navré qu’ont les édiles de province quand ils rencontrent un marginal. Il s’éloigne. Se retourne. S’étonne à nouveau. Je lui réplique en lui tirant la langue. – C’était moi, me déclare le docteur Desnos. – Quoi ? ! Qu’est-ce que vous dites ? ! C’était vous ? ! Je regarde le docteur Desnos assommé. Il a dans les mains un gros paquet désordonné et écumant de chaussettes de tennis. Je vois qui point dans son regard un début d’arrogance. – Nous nous croisons tous les matins devant l’ascenseur. – Le gland à l’ancienne mode, le notaire de Dijon, c’était vous ? ! – Le débile en boubou équipé d’énormes lunettes de ski, je m’en souviens, je me souviens qu’il m’a tiré la langue, je ne vous avais pas reconnu. – Déguisement d’une grande efficacité. L’animal des cités ne m’a pas reconnu non plus quand je suis sorti sur le trottoir. – Les éléments du dispositif que nous formons s’emboîtent parfaitement bien. Vous me preniez pour un gland à la mode notariale, je vous prenais pour un gland à la mode maths sup, nous sommes quitte, symétriques, ex æquo. – Vous me preniez pour un gland à la mode maths sup ?! – Pour un zombie à la peau grasse fagotté comme un as de pique. Le docteur Desnos m’oppose un regard dur, hostile, déterminé. – Vous cherchez les mauvais coups. Vous allez finir par les trouver docteur Desnos je vous préviens. – Je vous ai toujours trouvé répugnant, me déclare-t-il en laissant tomber les chaussettes de tennis sur le sol. – Vous n’êtes vous-même qu’une pédale, un héron littéraire, dis-je au généraliste en tirant d’un coup bref la ceinture de sa robe de chambre. – Vous vous prenez pour un génie, vous n’êtes qu’un gros balaise en maths, une charantaise à concours, un pur produit du système scolaire. – Petite bouclette, dis-je au docteur Desnos. – Furoncle orthonormé. – Fioriture. – Règle à calcul. – Conseiller municipal. Je regarde le docteur Desnos. Le docteur Desnos me regarde. Nous nous dévisageons fixement comme deux chats belliqueux sur une gouttière. Les narines du généraliste se sont dilatées. J’ai arrondi les lèvres. Je fais bouger légèrement mes oreilles. Un éclair de violence traverse son regard. – L’altérité, dis-je au docteur Desnos. – Quoi l’altérité ? Qu’est-ce que vous m’emmerdez avec l’altérité ? ! – Moi tel que vous vous me percevez, vous tel que moi je vous perçois, notre ignorance des représentations que cet autre peut avoir de nous, la surprise qui nous submerge quand nous découvrons qu’on nous regarde, qu’on nous représente, alors même que nous pensions qu’on était seul à percevoir et à représenter ! qu’on était à l’abri ! eh bien, docteur Desnos, découvrir les représentations que cet autre peut se faire de nous, se percevoir soudain comme étant aussi un autre, se vivre soudain comme étant l’autre de tous les autres, découvrir qu’on peut se retrouver sous la forme d’une image ou d’un concept à l’intérieur d’un cerveau étranger, c’est cette stupeur, docteur Desnos, le problème philosophique que recouvre l’aventure du Bounty ®. J’ai découvert que je n’étais pas le seul à voir et à juger les autres. Mais qu’on me regardait, qu’on me jugeait également. J’ai découvert cette vérité très récemment. Et je puis vous dire qu’elle m’est insupportable. – Il va pourtant falloir vous y faire. – Juste un exemple. L’autre jour je buvais un lait grenadine au comptoir d’un café. A un moment, un camion est passé dans la rue, la remorque a fait trembler les vitres, la patronne a plissé son visage d’une manière détestable. Enregistrant cette brève grimace, je me suis dit qu’elle resterait gravée dans ma mémoire à tout jamais. Dans quarante ans, si je revois cette femme, je reverrai ce bref instant et cette grimace qui l’a rempli. Je lui dirais, vous vous souvenez, un jour d’été, en 2004, un camion est passé, vous avez plissé les yeux ? Vous vous souvenez, madame, de cet instant, le camion qui passe, la grimace que vous avez faite ? Je trouve que cette question docteur Desnos est digne de Wittgenstein. – Et après ? me demande le généraliste. – Vous vous souvenez d’une grimace que j’ai faite il y a quarante ans ? ! me dirait-elle, stupéfaite. Parfaitement bien, petit instant, petite grimace, je m’en souviens parfaitement bien. Elle se sentirait profanée par cette image clandestine que j’ai d’elle, abusée, pénétrée, occupée. C’est une connaissance que j’ai d’elle qu’elle n’a pas, qu’elle n’aura jamais. C’est donc une forme de pouvoir, de supériorité que j’ai sur elle. C’est un truc effrayant. Nous sommes tous la buraliste d’un consommateur qui nous mémorise. Nous survivons dans la mémoire d’individus qui nous sont inconnus. Vous existez dans la mémoire de vos contemporains, docteur Desnos, qu’ils vous soient proches ou inconnus, patients, commerçants, serveurs de restaurant, usagers d’autobus. Vous existez dans leur mémoire sous la forme d’une représentation. La représentation à travers laquelle la buraliste survit dans ma mémoire, c’est la grimace qu’elle a faite ce jour-là. Nous appartenons aux autres, à ceux qui nous perçoivent, nous enregistrent, nous classifient. Nous ne sommes pas libres. Nous sommes prisonniers de la représentation que les autres se font de nous. Il est impossible d’en sortir. – Bouillie pour chats, me déclare le docteur Desnos. – Vous n’aviez jamais songé à cette chose vertigineuse ? Nous sommes partout. Nous proliférons. Je prolifère. J’ai proliféré dans la tête de trente crétins amassés dans une boulangerie. J’ai découvert que je m’étais multiplié depuis plusieurs années dans la cervelle d’une cinquantaine de collègues. Je coule des jours paisibles dans votre cerveau sous la forme d’une représentation dégradante. Je dois mon infortune à cette seule chose docteur Desnos, à l’image indélébile et orientée que mes collègues s’étaient faite de moi durant toutes ces années, enracinée dans leur cerveau, une image qui n’est pas moi, qui n’a rien à voir avec ce que je suis, que je ne maîtrise pas. Une image despotique qui manipule, qui conditionne mon existence. – Du Canigou philosophique, du Wittgenstein en boîte. – Ça vous a plu, tant mieux, tant mieux, j’en suis ravi. Existence, roman, Stock, 2004, Folio, 2013

Le 28 novembre 2014 à 10:22

Yasmina Reza : "J'ai eu la chance de travailler avec des acteurs exceptionnels"

Entre burlesque et minimalisme, Yasmina Reza met en boîte la décentralisation culturelle avec Comment vous racontez la partie. Et le public du Rond-Point joue sa partie en applaudissant tous les soirs les débats littéraires organisés dans la salle polyvalente d'une petite commune de province. Jean-Daniel Magnin – Pourquoi traiter sur scène de notre relation au culturel ? N'est-ce pas un sujet très "boutique" ? Cela dit le spectacle passe formidablement la rampe et réussit à nous concerner tous – comment vous y êtes-vous prise ?Yasmina Reza – Au fond j’ai souvent traité la relation à la culture et au « culturel ». Dans Art, Une pièce espagnole  ou Le dieu du carnage entre autres… C’est la première fois que je le fais aussi frontalement. Mais en prenant comme protagonistes les acteurs mêmes de ce milieu, je m’échappe aussitôt de la thématique. Ce qui se noue entre eux, les lieux, les rapports inopinés, les préoccupations intimes sont ce qui m’intéresse. Si je devais résumer ce qui a été le fil de mon écriture, je dirais que j’ai fait là une énième variation sur l’éloignement et la solitude (autres thèmes habituels). – En vous lisant et en regardant la pièce, on a l'impression de voir par transparence ce qui se joue en secret à l'intérieur des personnages. Qu'attendez-vous de vos comédiens ? Quel regard portez-vous sur eux pendant les répétitions ?– Je vous remercie de voir ça. C’est exactement au cœur de notre travail. Cela demande une très grande concentration pour les acteurs. Ils ne peuvent jamais penser : je ne dis rien, je me repose un peu. Ce qu’ils ne disent pas à voix haute et qui n’est pas écrit avec des mots, est quand même écrit dans la pièce. Tout est en gros plan. De par la situation même et aussi de par la nature de ma mise en scène. Tout ce qui est raté, mal réglé, hésitant, tout ce qui est de l’ordre de la non-assurance a été répété avec le plus grand soin. Tous les trous, les silences involontaires, la gêne. J’ai beaucoup d’affection pour ces personnages perdus à Vilan-en-Volène. Et j’ai aussi de l’affection pour la salle des fêtes qu’ils occupent finalement en dansant. – Voyez-vous souvent des mises en scène faites à partir de vos textes ? Est-ce une expérience dépaysante ? Vous pourriez monter d'autres pièces que les vôtres ? Pourquoi ?– Quand j’ai débuté, je me déplaçais assez souvent pour voir les mises en scènes de mes pièces. Je veux dire à l’étranger. A présent presque pas. Sauf pour les grandes créations, notamment en Allemagne où mes pièces sont souvent crées avant la France. Ce n’est pas seulement une expérience dépaysante, c’est aussi une expérience traumatisante parfois. Si vous n’êtes pas en adéquation vous vous retrouvez dans une situation intenable…. Je serais très heureuse de monter d’autres pièces que les miennes, mais il faudrait que ça vienne à moi… –  Que saviez-vous du spectacle avant de commencer le travail de mise en scène ? Qu'est-ce que ce travail vous a permis de découvrir dans la pièce que vous ne connaissiez pas ?–  Je savais certaines choses. L’esprit du décor, de la lumière… Je savais aussi que j’allais m’intéresser aux corps. A tout ce qui est mouvement, façon de se tenir dans l’espace, gestes, aussi minuscules soient-ils. Ma formation va dans ce sens. J’ai étudié chez Lecoq, je me sens proche de la musique, de la danse. Mon écriture est je crois très organique, pas du tout intellectuelle. Il en va de même pour mon rapport physique à la scène. J’ai eu la chance de travailler avec des acteurs exceptionnels, très inventifs et répondants. Les acteurs vous révèlent toujours des couleurs cachées… – D'où viennent les larges extraits du roman de Nathalie Oppenheim, Le Pays des lassitudes, cités dans la pièce ? Sont-ils des pastiches, des textes orphelins "en réserve" ou sont-ils au contraire arrivés en cours d'écriture ? Quels écueils avez-vous dû éviter ? Quels enjeux leur avez-vous confié ?– Un d’entre eux était en effet un texte « orphelin ». Je l’aimais bien. C’est le chapitre de Philippe dans la voiture. Je suis parti de lui pour articuler le reste. J’ai construit un roman en creux, avec l’imaginaire de ce qu’on en dit et qu’on n’entend jamais. Ce qui m’a amusée, c’est de laisser planer un doute au départ sur la qualité de l’écriture de N.Oppenheim. Le texte que je trouve le plus abouti (et que je pourrais revendiquer comme personnel) est le dernier : le Carré des inconnus, que Zabou effectue en slam. – Puisque c'est le travers moqué dans la pièce, un mot sur le roman d'autofiction si souvent mis en avant par l'édition française ?– Pourquoi pas ? Aucun genre n’est mauvais en soi.

Le 29 juin 2015 à 13:12

Xavier Gallais : Entrer en scène comme un animal

#1

La presse a été dithyrambique sur l'apparition "animale" du comédien Xavier Gallais dans la pièce d'Edward Albee La Maison et le zoo, traduite par Jean-Marie Besset et mise en scène par Gilbert Desveaux : "Homme animal", "Félin, loup, prince, clochard", "présence animale inouïe", "Sommes-nous tous des animaux ?", "L'homme, animal échappé du zoo", "prédateur", "l'animal qui est en nous"... On dit qu'aucun comédien ne peut rivaliser avec l'assiette incroyable qu'aura un animal en scène. Cet applomb d'évidence et cette liberté proche de la bestiole, comment s'y est-il pris pour l'avoir ? Comment fait-il ça ? Autant poser la question à l'intéressé. 1ère partie : l'entrée en scène. Xavier Gallais : "Je ne sais pas si je maîtrise tout, mais c'était évidemment une des idées de départ : il fallait qu'on voie que c'était à la fois un homme et à la fois un homme échappé du zoo — un animal. Mon désir était que d'entrée de jeu on sente qu'avec son arrivée tous les codes de théâtre qu'on avait eu au début de la pièce allaient être changés. L'animalité au théâtre, liée à cette pièce, vient comme un contre de ce qui pourrait être domestiqué. J'essaie d'analyser quels sont les signes théâtraux de la domestication. Comment un acteur est domestiqué et quels en sont les signes, favorables ou défavorables, et comment les contourner.  Moi j'aime bien travailler sur des contraintes, c'est là que je trouve ma liberté. Pour trouver une forme d'animalité, il me faut établir quelle est la normalité civilisée de l'acteur : parler de manière audible, frontale, ne pas montrer son dos, tenter de cacher ses failles, avoir un jeu entier, je pense que ce sont les signes de l'acteur domestiqué, que je devrais montrer si mon personnage le demandait. Donc ici c'est le contraire : ne pas arriver beau, montrable, mais sale, creusé, sans pouvoir cacher l'état de chaos dans lequel je suis à l'intérieur, par le maquillage, la sueur, l'essoufflement... je commence comme ça..."

Le 2 août 2013 à 08:32

"Vous êtes tous des auteurs dramatiques"

Cet été j'écris une comédie puis une tragédie ! Jean-Michel Ribes vous tient la main

Il n'est plus admissible aujourd'hui, alors que la lune est à portée de la main, que l'on guérit et comprend tout, que vous ne puissiez écrire une pièce de théâtre - simplement parce que vous n'êtes ni doué, ni créatif, ni inventif. Nous vous proposons un certain nombre d'éléments qui vous permettront aisément d'écrire un drame ou une comédie, sans avoir un instant recours au talent que vous n'avez pas.20 personnages au choix :- Le Roi - Madame Andrée - le fils - le conseiller - la mère du conseiller - Jean-Claude - Michel son demi-frère - le capitaine de la garde écossaise - Andromaque - Andromaquette - Monsieur Peyrol (peut être anglais ou grec) - le jardinier - saint Antoine - l'Homme qui revient - Hermione - le chanteur musulman - Madame Sardine - Périclès - Richard III du Portugal12 répliques au choix et quelques rimes :1/ Bonjour2/ Tu sais, Michel, si tu continues...3/ La mer tout entière enragée t'emportera jusqu'au port.4/ Je vous rappelle que c'est ma femme que vous aimez.5/ Oui! Oui!6/ Si vous dites demain, je suppose que vous avez vos raisons!7/ Madame, s'il vous plaît... il faut qu'à petits coups de hache je me détache de vous... (Peut être utilisé au masculin en remplaçant "Madame" par Monsieur".)8/ A quelle heure tu rentres (ou "rentres-tu" si on préfère) Jean-François?9/ Juste te regarder sourire, et puis fermer les yeux, et puis t'aimer doucement au fond de moi...10/ Madame, fuyez, le Roi est hors de lui. (A dire essoufflé.)11/ -Hector? Je pensais que vous vous appeliez Alain?12/ Je pense que c'est mieux ainsi Simone, le mensonge n'a pas d'issue. (Si on est gêné par l'allitération ainSi Simone, on peut appeler Simone Bernard.)Pour ceux qui seraient tentés d'écrire une œuvre dramatique en vers, voici quelques rimes :A/ Pain, vain, matin, Simonin, alors, hein!?, cabotin, chien de chasse (enlever "de chasse").B/ Bateau, allô, pas beau, caraco, San Francisco, bateau (attention, très utilisé), Dario Moreno.C/ Chandernagor, changer de bord, alors, tribord, totor, Salvador, bague en or, cors de chasse (enlever "de chasse").4 idées de décros au choix :- la Place Saint-Marc à Venise;- la salle de bains de la fille du personnage principal;- une partie de chasse (enlever "de chasse");- un magasin de canapés.6 intrigues au choix :1/ Le père de Jean s'aperçoit qu'il est norvégien. L'avouer, ne pas l'avouer? Tout se finit bien grâce à Denise qui vient lui rendre visite dans un rêve. Il comprend que c'est elle qu'il aime, il quitte aussitôt son emploi de juriste dans une grande société dont on taira le nom.2/ Urbain de Casterheim, seigneur de Livarie, n'a qu'une fille. Cosme VII, comte d'Estremadure et de Roubaix, n'a qu'un fils. Louis le Pieux dit Louis le Brave (ou le Sérieux), évêque de Tunis, de Saint-Mandé et de Brestlitovsk, n'a qu'un rein. C'est à ce moment de l'action que débarque André, envoyé du pape Camille VI, père de trois jumeaux qui n'ont qu'un oeil.3/ Françoise aime Paul qui ne l'aime pas. Paul aime Catherine qui ne l'aime pas. Catherine aime Françoise dont le vrai nom est Liliane.4/ Jean se réveille sur une île déserte perdue au milieu de l'océan. Soudain il aperçoit son visage dans une flaque d'eau et réalise que l'île n'est pas déserte. Bouleversé il se pend. (Pour une pièce en un acte, ou un lever de rideau.)5/ Le docteur F., célèbre psychanalyste, découvre que sa patiente Mireille G. n'est autre que lui-même. Il refuse de la faire payer.6/ Koa-tang vient de mourir, sa femme Tsi-buhli le veille en silence.8 titres au choix :- Cours mon beau printemps;- La Camaraderie;- Le Cendrier attendu;- Le Tigre et la Rascasse;- L'Anniversaire de Paula;- L'Echafaud cartilagineux;- Le Décès de la veuve;- Les Alouettes suisses.Prix des places (quelques propositions) :- 2 euros;- 15 euros;- 23 euros;- 15075 euros.Une fois que vous aurez terminé votre pièce, si vous souhaitez un metteur en scène et des acteurs, vous trouverez quelques conseils pour les choisir dans un prochain article de ventscontraires.net.Bravo d'y être arrivé et merci de ne pas nous envoyer votre manuscrit. Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

Le 24 septembre 2010 à 10:47

Origine. La nôtre.

Les Monstres arrivent au Rond-Point

Irruption. Ainsi naissons-nous. Sans norme ni contour. Lave mêlée, viande rouge, gènes en fusion, cheveux frisés, sexe divin, coeur au galop et pensées sans fin. Nous jaillissons refusant d’emblée ce monde où la parole ne peut dire l’immensité de nos désirs, la fureur de nos rêves et notre douleur d’exister. Nous crions, rage et panique, dès l’apparition de nous mêmes enfermés dans une peau d’humain. Le combat pour la liberté va durer quelques mois puis, sous les coups répétés de la civilisation raisonnante, notre génie considérable va se réduire en morale tiède et bon goût parfumé avec, comme seule autorisation de sortie, diverses églises où notre âme se cabossera sur des dogmes. Ainsi le bébé géant que nous sommes, l’enfant-dieu, le monstre lumineux pénètre penaud dans la cage du réel, rapetisse soudain et devient homme. Apparaît alors le secrétaire de mairie, le nouveau philosophe, le gastro-entérologue et le tennisman. Chez certains pourtant la braise des origines ne s’est pas éteinte, elle continue de raviver le souvenir de ce jardin perdu où dans une joie complice l’enfer et le paradis nous faisaient enjamber tous les horizons par-delà le bien et le mal. Ceux-là artistes ils sont. Et leurs chefs-d’oeuvre témoignent des êtres fantasques et démesurés que nous aurions dû être. De Polyphème le cyclope d’Homère au Minotaure de Dante, du Dracula de Bram Stoker au Quasimodo de Victor Hugo, des ogres de Grimm au Docteur Jekyll de Stevenson, de Phèdre dont Racine nous rappelle en un alexandrin qu’elle est la fille de Minos et de Pasiphaé, mi-femme mi-déesse, sans oublier Les Songes de la raison de Goya, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ou Les Monstres sacrés de Cocteau. Il en est d’autres chez qui, torturés par la norme et la loi des hommes, la braise originelle s’enflamme soudain vengeresse jusqu’à leur brûler la tête. Alors surgit de leur cervelle en cendre le seul monstre noir contenu jusque-là dans nos cauchemars et qui, le temps d’un génocide ou d’un meurtre dans une ruelle, ravage une humanité qui les étouffe. Ainsi en est-il des monstres, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il n’y aurait pas de théâtre sans eux.> Toute la saison les monstres sont au Rond-Point : Orlan, Jacques Vergès, le champion de France de Body Building, l'homme le plus tatoué du monde, les avocats du couple Fourniret, des acteurs monstres sacrés lisent des textes monstrueux, Michel Onfray et son université populaire... Voir les liens ci-dessous qui vous renvoient vers les programmes des conférences-perfomances de la Monstrueuse université, des Lectures monstres, de l'Université populaire de Caen...

Le 6 décembre 2013 à 15:52

Marius von Mayenburg: "Nous sommes tous des voleurs impénitents"

Marius von Mayenburg, auteur et metteur en scène associé à la Schaubühne de Berlin, est un des auteurs les plus inventifs du moment. Joué partout en Europe et au-delà, il voit une de ses dernières pièces, Perplex, créée au Rond-Point dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Pièce folle qui transforme le théâtre en jeu de quilles, écrite pour ses acteurs préférés et qui ont donné leur nom aux personnages qu'ils interprètent. Jean-Daniel Magnin – Il est passionnant de suivre, d'une pièce à la suivante, la façon dont tu réinventes la forme narrative pour raconter une histoire sur scène. Exemples les plus évidents, parmi tant d'autres : ce sont les personnages qui disent les indications scéniques, ou - comme dans Le Moche – différents personnages glissent en douceur sur le même acteur. Des innovations toujours en lien avec les enjeux de la pièce. Pour toi cette "modernisation permanente" de l'écriture théâtrale est-elle nécessaire ?Marius von Mayenburg – Je ne pense pas tant que ça à la forme. Je ne veux pas m'ennuyer, je veux jouer. La plupart du temps la forme va naître par nécessité. Ou du désir de travailler avec tel ou tel acteur.– Tu y réfléchis en amont ou ça se développe durant le processus d'écriture ?– Les deux. Ce processus démarre souvent bien avant que le premier mot soit couché sur la page.– Bien sûr tout a déjà été inventé. Cependant nombre de tes innovations ont été reprises par d'autres écrivains de théâtre. As-tu le sentiment d'être observé, attendu, voire même copié ?– Non. Nous sommes tous des voleurs impénitents. Le théâtre est un art parasitaire. Nous nous servons dans des films, dans les arts plastiques, la littérature. Et chez les artistes de théâtre. Nous volons intentionnellement et sans le faire exprès, le vol est si normal chez nous que la plupart du temps on ne s'en aperçoit même pas. C'est ainsi depuis toujours (Shakespeare etc.). Le théâtre est un art fugace, voilà pourquoi personne ne se sent coupable. Si quelqu'un estime qu'il y a quelque chose à voler chez moi, je m'en réjouis.– De nos jours de nombreux écrivains de théâtre s'écartent du dialogue traditionnel au profit d'une espèce de "partage du récit", où le théâtre devient plus ou moins la communication partagée d'une histoire ou d'un conte narré face public. Qu'en penses-tu ?– Je pense qu'il nous est de plus ne plus difficile de suivre un déroulement scénique qui représente la réalité comme une suite chronologique d'événements. On le ressent comme trop autoritaire. La narration à plusieurs d'une histoire répond à un point de vue sur une réalité que nous n'éprouvons plus comme une succession causale d'événements chronologiques, ordonnés selon une hiérarchie implacable. Nous la percevons plutôt comme un réseau d'événements simultanés qui se relativisent les uns les autres. Voilà pourquoi le récit se fragmente en plusieurs voix, souvent contradictoires. Il en résulte l'illusion d'un récit démocratique : ce qui est vérité ou mensonge, c'est au spectateur de le décider. Tout est relatif. Et donc relativisé. Conflits et rencontres sont évités. Si je trouve de telles expérimentations nécessaires, elles ne sont pas pour moi l'avenir du théâtre. – Le théâtre est-il pour toi éternel ? Existera-t-il encore dans cinquante ou cent ans ?– C'est si beau de voir les acteurs au travail. Pourquoi les gens devraient-ils cesser de faire ça ?– Dernière question : quel a été ton point de départ pour Perplex ?– Au départ c'était une frustration après un travail de mise en scène avec des acteurs qui m'avaient mis à bout de nerfs. Ensuite la nostalgie et le désir de retravailler avec mes acteurs préférés : Robert, Eva, Judith et Sebastian*. Alors je me suis assis et j'ai écrit la pièce pour eux. Et j'ai mis là-dedans tout ce que j'avais envie d'expérimenter avec ces comédiens. Et ensuite on l'a fait.*Eva Meckbach, Judith Engel, Robert Beyer, Sebastian Schwarz, comédiens de la Schaubühne qui ont donné leur nom aux personnages de la pièce mise en scène par Marius von Mayenburg Perplex, de Marius von Mayenburg, traduction Hélène Mauler et René Zahnd, L'Arche éditions Photo Iko Freese

Le 22 juin 2017 à 17:36

Inventer le réel

Rire de Résistance / saison 11

La réalité est-elle l’accomplissement de nos rêves, la concrétisation de nos désirs ou l’évolution implacable d’un déterminisme planétaire qui  nous emprisonne ? La barbarie est-elle la réalisation de nos cauchemars que tâchent d’effacer nos rêves de progrès, de justice et de beauté en faisant naître l’écologie, les droits de l’homme, Mozart, Hugo ou Matisse, ou sommes-nous condamnés à perpétuité à nous agiter dans la forteresse d’une destinée inéluctable, sans espoir de s’en évader, fracassant nos utopies contre ses murailles de certitudes ? Libres d’agrandir la vie en inventant un réel désiré par nos songes ou se résigner à accepter une fatalité inamovible, ordonnant nos existences selon un schéma préétabli. S’il est un endroit où le rêve est fécond c’est le Théâtre, petit lieu où sont nées de grandes idées, la démocratie et la liberté d’être soi entre autres. C’est sur sa scène que la parole du poète dit son rêve du présent et son désir d’avenir brisant les ténèbres qui s’accumulent, en anéantissant la fatalité du populisme. Au Rond-Point, cette saison encore plus que les précédentes, nous avons décidé d’augmenter nos rêves et les vôtres. La Ministre de la Culture et la Maire de Paris ont souhaité que je poursuive pendant les cinq prochaines années la mission que m’avaient confiée Bertrand Delanoë et Catherine Tasca en 2001, célébrer la vivacité de l’écriture dramatique d’aujourd’hui en la partageant avec le plus large public. En les remerciant j’ai accepté leur demande. Continuer à conduire le Rond-Point accompagné d’une équipe exceptionnelle avec l’audace joyeuse d’un bateau pirate, c’est un rêve ! Jean-Michel Ribes

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