Expirée, l'inspiration ?...
J’ai pourtant tout essayé :
comme Dali, j’ai expliqué à une jeune fille de mon entourage
qu’elle était, qu’elle le veuille ou non, désormais ma muse ;
comme Philip Roth, j’ai tenté d’écrire debout, puis, puisque
cela ne fonctionnait que moyennement, j’ai ensuite, comme John
Fante cette fois, tenté d’écrire assis dans ma cabine de douche.
Mais rien n’y fait : l’inspiration, cette fille de l’air un
peu fourbe, continue de me fuir en ricanant, et ma page demeure
désespérément blanche (et maculée de gel douche de pH neutre…).
Peut-être me faut-il vivre une vie un
brin plus trépidante, pour enfin coucher sur le papier quelques
mots, qui, placés judicieusement, relateraient des événements un
tantinet plus dignes d’intérêt que le compte-rendu du dernier
changement de pile de la télécommande de mon téléviseur « HD
Ready » de bourgeois…
Aussi, lorsque la Police sonna à ma
porte l’autre jour, je fus littéralement foudroyé de bonheur,
m’écriant intérieurement « Youhou ! », et me
réjouissant à l’avance en imaginant les centaines de paragraphes
qu’allait me rapporter cet intermède judiciaire forcément empli
de quiproquos, de terribles gun-fights au milieu de flics ripoux, et
de jugements à l’emporte-pièce pris par des magistrats forcément
corrompus… Mais quelle ne fut pas ma déception quand le
représentant des forces de l’ordre qui venait de prendre la peine
de poser délicatement son gros index boudiné sur la sonnette de mon
loft provincial, m’expliqua qu’ils n’était là que pour
m’enjoindre à déplacer mon véhicule de marque japonaise aux
formes bizarroïdes de devant la porte du garage de mes charmants
voisins (oui, bon, j’avais bêtement oublié ledit véhicule à
cet endroit- là après avoir déchargé mes courses…).
Non sans les avoir suppliés de rester
et de me trouver une culpabilité quelconque dans la terrible affaire
criminelle de leur choix, je dus me résoudre à regarder, la larme à
l’œil, les valeureux garants de l’ordre regagner leur véhicule
dans le soleil couchant ; et malgré une tentative désespérée
: « Mais attendez ! J’ai l’air sympa comme ça, mais
si ça se trouve, je mange des enfants ! », ils s’en
retournèrent, indifférents, secourir la veuve et l’orphelin.
Tel un adepte de cette secte mexicaine
quelque peu étrange qu’est le « cinéma-guerilla » -
qui fait du cinéma, comme ça, pour faire du cinéma – peut-être
devrais-je tout bêtement me résoudre, moi aussi, à écrire, comme ça, pour
écrire, parce que je l’veux, parce qu’il le faut.
A tout bientôt, donc…