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Publié le 25/08/2010
 

Thomas Vinau


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Moondog, clochard céleste


Portraits 5

Louis Thomas Harding aka Moondog était le fils d’un pasteur et le neveu d’un hors-la-loi.
À l’age de seize ans, il attrape un bâton de dynamite qui lui fait perdre la vue et la foi.
Niveau jazz, il est plutôt Indiens d’Amérique.
Il part à New York croise Bernstein ou Stravinsky et devient vite le viking de la 6e avenue.
Sous le porche, il compose des symphonies en braille, invente des percussions et déclame ses poèmes dans la rue.
Au début des années cinquante, il rencontre Charlie Parker.
De temps en temps, les deux oiseaux taillent une bavette et lorsque son ami meurt, il lui compose son Bird’s Lament.
Marlon Brando, Buddy Rich, Miles Davis, Duke Ellington, Charles Mingus, Benny Goodman, tout le monde vient le rencontrer, à l’angle de la 54e et de la 6e, sous son porche, sur le pavé.
Plus tard, c’est Burroughs, Ginsberg et compagnie, qui vont s’asseoir à côté de lui.
Il travaille à une symphonie en un seul mouvement de mille mesures que tous les êtres de la galaxie comprendraient. Puis meurt en 1999, aux alentours de minuit, en écoutant Camille Saint-Saëns.
 

Topor est avec nous


Roland Topor cité fidèlement par Jean-Marie Gourio (2)
Merci O mes amis
De m'avoir égorgé si promptement
Avec une serviette autour du cou
Pour protéger mon col de chemise
Merci pour la beauté du geste
La suavité du toucher
L'élégance du tracé
La discrétion exquise de la plaie
La vivacité du coloris
Merci pour le soutien moral
Les encouragements les tapes dans le dos
Les bons sourires amicaux
Moi aussi je vous souris
Doublement
Au-dessus et au dessous du menton

Oscar Wilde, le scandale du plaisir


D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Denis Robert contre Bankenstein - 3 : Je me suis vu comme un monstre


Exclusif : les coulisses de l'affaire Clearstream

Denis Robert contre Bankenstein - 3, les coulisses de l'affaire Clearstream,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Après la décision de la Cour de Cassation entérinant la victoire de Denis Robert contre Clearstream, nous vous proposons ici un  feuilleton en vingt épisodes sur les coulisses de cette affaire. Cette conférence a été enregistrée trois mois plus tôt. DR ne savait pas encore qu’il allait gagner...
« Mon monstre à moi avait un regard de poisson mort, des muscles d'acrobate, le courage d'un âne et la folie d'un oligarque russe ayant abusé de vodka. Il avait placé au-dessus de ma tête, tenue par un fil, une enclume très lourde fabriquée à Luxembourg. Chacun de mes gestes devait être lent et pensé sinon j'étais mort. »
Denis Robert est aussi peintre : après les avoir recoupées, vérifiées, exploitées en tant que journaliste d'investigation, il grafitte les informations glanées lors de son enquête sur ses toiles comme on tague en courant sur un mur dangereux.

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> 1er épisode


> en partenariat avec le site littéraire du Nouvel Observateur,
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Bankenstein, conférence-performance enregistrée à l'Université Monstrueuse du Théâtre du Rond-Point le 22 octobre 2010
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