Christophe Esnault
Publié le 26/08/2010

Phase maniaque


Après des mois de silence – malgré les diverses sollicitations des ses amis – Fabrice resurgit étonnamment en pleine forme. Oui, il sera présent pour le réveillon et remercie ses amis de ne pas lui tenir rigueur de sa longue période où il ne voulait voir personne. Il annonce officiellement la fin de sa dépression. Il est fin prêt pour faire une gigantesque fête. Suggère une sortie en discothèque après la soirée chez Aude. Et pourquoi ne pas prendre le train tous ensemble le lendemain pour une ballade au Croisic ? Il se sent d’attaque pour se baigner. C’est lui qui offrira les plateaux de fruits de mer si ses amis acceptent cette petite virée. Il veut s’amuser et prendre du bon temps. Le trente et un décembre, on l’attend jusqu’à minuit. Il ne répond pas au téléphone. « Bonsoir Fabrice. On suppose que tu es retombé en phase dépressive… Veux-tu prendre l’heureuse résolution de te faire soigner ? Bonne année thérapeutique. On t’embrasse. »

Né en 1972. Réside en Neuroleptie. Ecrit comme un insuffisant respiratoire cherche de l’air… Traumatisé par les innombrables lectures du sublime  4.48 Psychose de Sarah Kane. Co-parolier et filmeur du groupe Le Manque. Un livre paru : Isabelle à m'en disloquer aux éditions Les doigts dans la prose.

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Le 16 avril 2013 à 09:54

« Il y a un pays où on se tire des rafales de mitraillettes dans les pieds tous les matins, un pays qui est dans une névrose mélancolique profonde, c'est la France.

Et il faut comprendre que, macro-économiquement parlant, ça coûte un ou deux points de PIB, la névrose française. C'est un vent contraire absolument massif. »

Nicolas Dufourcq, directeur général de la BPI, Rue 89, 15 avril 2013.     Le voilà donc l’ennemi intérieur, le fauteur de crise, l’agent du déclin. Il tient en deux mots et gangrène à ce point l’esprit public que d’aucun ont cru malin d’en faire un site éponyme. Les vents contraires qui empêchent le pays de prospérer s’appelle soupir de résistance, masochisme de comportement, dérision des pouvoirs. Bref une façon de voir tout en (humour ?) noir. La taxation des riches, c’est un coup porté aux pauvres privés des miettes, l’école le samedi matin, un crime contre l’intelligence, le mariage pour tous l’extinction programmée de l’humanité, les allocs réduites pour les plus aisés, la République menacée dans ses fondements égalitaires, un ministre imposteur, tout le gouvernement complice, la transparence des patrimoines ministériels l’aveu des turpitudes. L’excellent M. Dufourcq a même chiffré l’effet dévastateur de cette paranoïa nationale sur le développement des forces productives. Il est bien placé pour le savoir, à la tête de la Banque publique qui prête aux PME innovantes, il ne parvient même pas à utiliser la totalité des fonds qui lui sont alloués.  Tout est foutu ? Si « Vents contraires » publie cette chronique, alors oui.

Le 29 avril 2014 à 14:39

Papa dit régulièrement « À boire ou je tue le chien ! »

MAMAN est dans la cuisine. Tout d’un coup, elle s’écrie « Personne n’a vu mon petit ami ? » Silence. Consternation. Maman a un petit ami. Elle est en train de nous dévoiler l’existence de sa double vie. Elle est devenue folle. Sur un coup de tête, elle va nous révéler les méandres d’une sexualité que je préférerais ne pas connaître. Quelqu’un finit par lui demander « quel petit ami ? » Eh bien, mon petit ami. Maman a un naturel confondant pour évoquer ce petit ami dont je ne savais rien, dont je n’imaginais même pas l’existence. Au bout d’un moment, on finit par comprendre que maman est en train de faire un gâteau et qu’elle a besoin de son petit tamis, rangé sans doute dans le mauvais tiroir. Je suis rassuré. PAPA conduit la 4L. On est allé se promener en Bretagne. Au retour, il décide de s’arrêter au Mont-Saint-Michel. Juste rester quelques instants, faire une courte halte. Mais un agent explique qu’on doit obligatoirement stationner sur le parking payant. Papa n’a pas envie. L’agent explique qu’il n’y a pas d’autres solutions. Papa tente de parlementer. Sans succès. Tout d’un coup, papa s’énerve, remonte dans la voiture, nous lance « Regardez bien le Mont-Saint-Michel les gamins, vous n’êtes pas prêt de le revoir ! » Maman dit ordinairement « Bon, qu’il me dit, je m’occuperai de vous, le lendemain, il était mort. » Papa Maman en chantant cette chanson. Papa Maman je redeviens petit garçon.  

Le 8 mai 2010 à 08:00

SMS : désactiver le Noodle

Opérateurs téléphoniques : il y a de quoi se suicider

Un type vient de m’appeler de Queenstown, une petite île au sud de la Nouvelle Zélande, pour me prévenir que la messagerie de son portable est envahie par des SMS envoyés en masse depuis mon numéro. Ils contiennent des slogans contre les multinationales, le pouvoir de la finance, enfin ce genre de choses. Ces messages sont si nombreux qu’ils bloquent son appareil. Ils viennent tous de chez moi. Inutile de préciser que je ne lui ai jamais rien envoyé, qu'il doit s’agir d’un genre inédit de spams particulièrement vicieux car ils pompent votre compte en banque. Mon interlocuteur néo-zélandais a bien sûr appelé son opérateur pour arrêter l’invasion, en pure perte. Alors, en cherchant sur Internet, il a trouvé un forum mentionnant ce nouveau type de propagande virale. Une parade existe : il faut demander à son opérateur qu’il « désactive le noodle ». C’est à l’émetteur faire opposition.  On ne tombe jamais sur la même personne, c’est strictement impossible, le logiciel dans lequel ces téléconseillers sont enfermés y veille scrupuleusement. Je leur ai à tous demandé de me désactiver le noodle. Je pense que ce terme ne figure pas dans la section du logiciel à laquelle ils ont accès. Au lieu de traiter la question, ils me serinent un laïus prémâché pour me vendre de nouvelles options, de nouveaux avantages, de nouveaux cadeaux qu’il serait complètement abracadabrant de ne pas accepter. Cerise sur le gâteau, ils me demandent avec une voix faussement enjouée si j’ai été satisfait de notre échange. Et moi, lassé de répondre : « oui oui… » par solidarité,  je craque, j’exige que me soit passé le chef, un spécialiste, un responsable. Ils aimeraient pouvoir le faire. Ils ne le peuvent pas. Le logiciel refuse. Je hurle : « – Ecoute bien mon garçon : l’argumentaire que tu me dévides, le kit de conversation qui te sort du gosier, tout a été écrit de A à Z, tu en conviens ? Et tu sais par qui ? – là je me suis mis en conférence audio pour que Gabor en perde pas une miette – tu ferais bien de relire la Typologie de la Clientèle qui doit être rangée dans ton premier tiroir à droite. Elle est de moi, oui, c’est moi qui l’ai écrite quand, comme toi, j’étais vacataire, free lance, intermittent mercenaire au service de la Marque, bombardé responsable junior de je ne sais quelle étude qualitative ou quantitative ou prédictive ou allez vous faire foutre. C’est moi le père de ton foutu laïus. Relis ta bouffonne Typologie de la Clientèle et tu verras que je fais partie du 1% de Prescripteurs AAA+++, me prends plus pour une andouille B ou C, me parle plus avec ce sourire en carton. Et cette fois-ci j’espère bien que notre conversation est enregistrée, écoute bien : tant pis si ça doit me ruiner, mais j’enverrai moi-même une vague de SMS à tous mes contacts racontant cette histoire, avant d’aller me coucher ».

Le 30 novembre 2011 à 09:00

Conversation entre un dépressif et un terrien

Texte inédit de David Foenkinos

Le dépressif : Je voulais te dire quelque chose.Le terrien : Oui.Le dépressif : En ce moment, je vois quelqu’un.Le terrien : Moi aussi.Le dépressif : Quoi ? Toi aussi, tu vois quelqu’un ?Le terrien : Ben oui. Je te vois toi. Tu es en face de moi.Le dépressif : Mais non… je parlais de voir quelqu’un.Le terrien : Quelqu’un ? Je le connais ton quelqu’un ?Le dépressif : Ben non. Je ne crois pas. En général, c’est mieux de voir quelqu’un qui n’a pas de relation avec son entourage.Le terrien : Je ne te suis pas du tout.Le dépressif : Je vois un psy quoi !Le terrien : Ah d’accord. Tu aurais dû le dire toute de suite. Je n’ai jamais compris cette manie de dire quelqu’un pour parler d’un psy. C’est la seule profession qu’on ne dit pas, c’est louche, non ?Le dépressif : Si tu veux tout savoir, je ne réfléchis pas à ça en ce moment.Le terrien : Et pourquoi pas le boucher ?Le dépressif : Quoi, le boucher ?Le terrien : Pourquoi on ne dirait pas « quelqu’un » pour parler d’un boucher. Quand tu vas acheter de la viande, tu dis à ta femme que tu vas voir quelqu’un. C’est pas plus con. Tiens, moi je vais faire ça. A partir de maintenant, mon quelqu’un c’est le boucher.Le dépressif : Bon je crois que je n’aurais pas dû venir te voir.Le terrien : Oui, pardonne-moi. C’est ton quelqu’un qui m’a embrouillé. Je ne supporte pas qu’on ne définisse pas les choses. Tant qu’on y est, on pourrait dire que « quelque part » c’est la Suisse. Et même la Suisse du Sud, si je veux.Le dépressif : J’ai l’impression que tu ne vas pas fort en ce moment. Je me demande si tu ne devrais pas voir quelqu’un.Le terrien : Ah, non j’ai déjà mangé de la viande hier.

Le 11 juin 2013 à 10:01

Lyon : Une jeune fille choquée après que son copain a raccroché le premier 

LYON – Une jeune fille a été fortement choquée ce matin après un échange téléphonique avec son ami, demeurant à Saint-Étienne, qui a été le premier des deux à raccrocher. Surprise, elle tente encore de comprendre les raisons qui ont pu le pousser à un tel acte. Reportage. Un banal coup de fil qui vire au psychodrame La journée s’annonçait pourtant belle ce dimanche dans la capitale des Gaules. Juliette, 17 ans, appelait son ami, Éric à Saint-Étienne. Soudain, c’est le drame. Alors qu’ils sont sur le point de terminer leur conversation, le jeune homme sans histoires prend l’initiative de raccrocher le premier. « Je venais juste de lui dire au revoir, j’ai eu à peine le temps de lui dire “Allez, à trois on raccroche ? 1, 2 , 3” puis, plus rien ». En couple depuis plus de six mois, Juliette a déclaré ne pas comprendre les raisons d’un tel geste lors d’une conférence de presse. Selon elle, « Éric est quelqu’un de très équilibré, je ne comprends pas ce qui s’est passé ». Du côté du jeune homme, qui a refusé dans un premier temps  de répondre aux questions des journalistes, ce sont les parents qui se sont exprimés. Selon eux, « la conversation a été très correcte, il n’y a eu aucune volonté de heurter ou de choquer de la part d’Éric ». Une source proche du dossier précise « Il n’y a aucune raison de croire qu’Éric a agi sur un coup de tête ». Toujours selon les enquêteurs, il semblerait surtout que le garçon n’ait fait qu’exécuter une demande de Juliette. Selon les proches du couple, ce n’est pas la première fois qu’Éric se comporte de manière désordonnée : «Lors d’une sortie, il y a plusieurs semaines, Juliette aurait plaisanté en lançant “Et si on se faisait un restaurant” ». Éric l’aurait alors amenée dans un restaurant proche, ils y auraient “plutôt bien mangé”. Une impulsivité qui pourrait expliquer le drame d’hier. Dans l’immédiat, la jeune fille a préféré rester avec sa famille et a annoncé qu’elle ne ferait pas d’autre déclaration à la presse. Joint par téléphone, Éric nous a dit ne pas vouloir s’exprimer sur le sujet avant de raccrocher, une fois de plus, en fin de conversation. Le Gorafi Illustration : casenbina /  iStock  

Le 20 mai 2014 à 10:31

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Faut-il participer à la Fête des Voisins ?

OUI. Inutile d'être invité. Vous débarquez comme ça, les mains dans les poches: « Salut, je suis votre voisin. Vous me reconnaissez ? » Bien sûr, personne ne vous reconnait. Et pour cause : vous vous faites passer pour le voisin du dessus (ou du dessous), celui qu'on ne voit jamais, dont on ignore le nom et qui est peut-être un autre. Mais on trouve que vous lui ressemblez, il n'y a pas de doute là-dessus, encore que le voisin du dessous (ou du dessus) était peut-être en fait une voisine qui s'habillait en homme et portait la moustache. Là-dessus, les avis divergent : n'était-ce pas plutôt un bouc ? Et s'il s'agissait d'un bouc, y avait-il une chèvre dans l'appartement ? Quelqu'un s'insurge : « on devrait interdire les animaux dans l'immeuble, y compris les poissons rouges ! » « Pas d'accord ! s'écrie le chien du troisième, qui a déjà bien abusé de la sangria. » Le débat s'envenime. Il y a les pour, les contre, les partisans du Modem, les sans-opinions, les mangeurs d'oignons. Bientôt, on en vient à se jeter le taboulé à la figure, la salade niçoise, les merguez pas cuites, la dinde de Noël. C'est la guerre dans l'immeuble. Une guerre belliqueuse. Vous, bien sûr, vous ne faites que passer. Vous n'êtes qu'un observateur mandaté par l'ONU. Vous repartez incognito après avoir bu un dernier verre en douce. Vous titubez un peu. Votre vue se brouille. Pas grave ! Vous changez de quartier. Autre fête des voisins. On vous reconnait. Pas vous ! On vous tire par la manche. Vous résistez, mais mollement. On vous allonge sur la table. Vous pensez peut-être qu'on va vous faire cuire avant ? Non, pas du tout. On va vous mangez comme vous êtes. Tout cru.

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