Le parti du Chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt)
Carte postale de Budapest
"Il est si mignon, il ne va pas te voler !" Voteriez-vous pour le nouveau parti dont les affiches ont envahi Budapest cet été ? Ce toutou à cravate qui rassemble bien visiblement sa duplicité dans une jolie double queue, promet la vie éternelle, le droit de vote aux animaux, la bière gratuite, l'abrogation des impôts, l'ouverture de relations diplomatiques avec les extraterrestres, l'entrée des virus au Parlement (sous un espace vitré pour éviter la contagion), une réforme de la météo avec neige en hiver sauf sur les routes nationales, le Rallye de Monte Carlo en Hongrie... "Le MKKP est fondamentalement différents des autres partis au sens où nos
promesses ne sont clairement que des promesses. C'est un programme rationnel et urgent pour faire décoller le pays. C'est la seule option raisonnable.", précise le programme du Chien à deux queues hongrois. Après les Turcs, les Habsbourg, une dictature fasciste qui fait alliance avec les Nazis et enfin l'occupation soviétique, les Hongrois n'expérimentent vraiment la démocratie que depuis la chute du mur. En donnant des gros coups de volant à chaque élection. Des virages de plus en plus rageurs, au vu des tombereaux de promesses non tenues par les partis qui se sont succédés au pouvoir. Cette année, le pays a fait un tête à queue à droite : les électeurs viennent de confier tous les leviers à Viktor Orban, un libéral nationaliste très sarkozyste dans sa manière de monopoliser le pouvoir. Son opposition de centre gauche s'est volatilisée au profit d'un nouveau parti populiste d'extrême droite ouvertement antisémite et bouffeur de Roms, le Jobbic ("Y'a bon à droite"). A ceux qui ne savent plus à quel bulletin se vouer, le parti du Chien à deux queues veut apporter un peu d'air frais en présentant ses candidats à la mairie de Budapest et de Szeged aux très prochaines élections municipales. Ils sont sans doute encouragés par la victoire du comique islandais Jon Gnarr à la mairie de Reykjavik en juin dernier. Après le crash qui a rendu visible à tous les Islandais la collusion entre finance et politique, son "Meilleur Parti" s'est imposé en proclamant : "Un seul Père Noël pour faire des économies, un ours polaire pour le zoo de Reykjavik, Disneyland à l’aéroport, un Parlement sans drogues d’ici 2020". Des promesses dont pourrait s'inspirer Eva Joly avec son projet de "déprofessionnalisation de la politique"...
Il existe un lieu, au milieu d’un pays ravagé par 50 ans de
soviétisme, où vous trouverez une centaine de statues datant de l’ère
stalinienne de leaders, tyrans, criminels, officiers de l’Armée Rouge et autres
partisans antipathiques. Tous ces Lénine, Staline, Dzerzhinsky déboulonnés
après l’indépendance de 1991 ont été récupérés un à un par un certain Viliumas
Malinauskas.
Ce PDG d’une usine de conserves de champignons a voulu
recréer l’atmosphère pesante, propagandiste et terrifiante de la pensée unique qui
a opprimée la Lituanie pendant plus d’un demi-siècle.
Sous couvert du devoir de mémoire, ce parc d’attractions (c’est
ainsi qu’il est présenté) vous propose ainsi de pénétrer un camp sibérien
reconstitué au milieu des pins et des marais, entouré de miradors et d’haut-parleurs
hurlants chants patriotiques et hymnes staliniens. L’ambiance est donnée tout
de go via la visite d’un wagon qui vous (dé)portera au prochain Goulag, puis
par un parcours pédestre égrenant les statues des tortionnaires les plus belliqueux
de la Terreur Rouge autour desquelles les familles se pressent de se faire
photographier (sic) et où l’on oscille
doucement entre ironie et indignation.
Comble de l’effroi vous découvrirez une boutique de
souvenirs aux effigies des tyrans croisés plus tôt, mais aussi un restaurant dont
les serveuses vêtues d’un foulard rouge vous accueillent et vous proposent de
revivre la cuisine frugale de l’ère soviétique (comprenez 2 sardines et 3
rondelles d’oignons) en lisant un journal russe arborant le portrait du petit
père des peuples.
Quand on apprend que la Lituanie a vu la déportation d’un
tiers de sa population et la mort de 250.000 personnes, ce parc d’attractions, qui
semble frôler parfois une nostalgie fétide plutôt que la dénonciation d’une idéologie,
laisse un gout amer, une nausée qui vous tenaille longtemps encore après avoir
quitté les barbelés du Gruto Parkas sous le regard inquisiteur d’un Josef
Stalin en bronze de 3 mètres de hauteur.
En effet, plusieurs d'entre eux risquent de fermer boutique suite à cette loi qui interdit désormais, y compris aux skieurs, de garder leur visage couvert dans les lieux publics.