« Assez longtemps on a fait cheminer les hommes en leur montrant la conquête du ciel. Nous ne voulons même plus attendre d’avoir conquis toute la terre. Chacun, marchons pour notre joie. » (1891) « La seule certitude, c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc et le moins sottement possible. » (1921). C’est le moins sottement possible que le guilleret pamphlétaire et aventurier fin de siècle Alphonse Galland, dit Zo d’Axa, descendant direct probable du navigateur La Pérouse, brûlera rocambolesquement sa vie par tous les bouts « en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories – même anarchistes ». À son palmarès, notamment. • Une désertion mirobolante. Le pendard coupe court à son service militaire chez les chasseurs d’Afrique en cavalant avec la femme de son capitaine. • Une mutinerie très Bounty. Acoquiné lors de son expulsion d’Italie avec quinze déserteurs transalpins (« C’était de la graine de révoltés. On s’entendait. ») croupissant comme lui sur un vaisseau quasi-fantôme nommé Pandora (1) ayant levé l’ancre à Trieste, il fomente avec eux une amusante révolte à bord. • Et quelques évasions arsènelupinesques. Claquemuré dans une cellule de l’Hôpital français de Jaffa, il démolit son lit de fer, élargit avec un de ses débris le trou du tuyau de poêle serpentant à travers la pièce et s’enfuit dans la nuit pluvieuse, poursuivi par une horde de mamelucks hurlants. Une autre fois, à Paris, au poste de police de la rue Cuvier où, Albert Spaggiari et Francis Besse retiendront la leçon, il s’est fait la malle en sautant par la fenêtre, le larron court, court, court à travers le Jardin des plantes, traqué par une meute de pandores. Quand… Le chansonnier libertaire belge Léo Campion nous raconte la suite : « “– Arrêtez-le, c’est un anarchiste !“ Un bon citoyen se campe devant lui, et l’arrête. D’Axa lui colle son poing sur la gueule. Corps à corps. L’homme tombe. La foule se trompe. Zo d’Axa a la tête haute, le regard sûr et des manières de grand seigneur. Le bon citoyen, lui, est mal vêtu. La foule le prend pour l’anarchiste. « Ce n’est pas moi ! », hurle-t-il. Le bon citoyen, après avoir été lynché, est conduit au poste et passé à tabac ».
Mais pourquoi le turlupin d’Axa que l’historien mécréant Hem Day nommait « le mousquetaire-patricien de l’anarchie » un peu expéditivement (2) avait-il d’incessants accrocs avec la justice ? Parce que c’était un journaliste de combat fort redouté, doublé d’un féroce satiriste, dont la devise était « En joue !... Faux ! ». Et qu’il n’y allait pas par quatre chemins dans les hebdos harakiriesques qu’il créait et lançait à la mer avec le concours des plumes les plus acérées de l’époque (Félix Fénéon, Georges Darien, Octave Mirbeau, Sébastien Faure et même le futur poseur de bombes Émile Henry). Zo d’Axa sera condamné, par exemple, à 18 mois de maison d’arrêt pour « provocation au meurtre » parce qu’il a comparé le « pesant ministre Loubet » à deux de ses congénères en ces termes : « Ces gens sont de la même famille. Ils devraient être de la même branche, cette branche où balanceraient les cordes à nœud-coulant. »
On peut commander aux éditions Plein Chant la meilleure bio détaillée du gentilhomme-agitateur, Zo d’Axa L’En Dehors de Béatrice Arnac d’Axa ainsi que son foudroyant chef-d’œuvre De Mazas à Jérusalem ou le grand trimard (1895). A été réédité en outre en 2010, au Passager clandestin, l’impitoyable brûlot anti-électoral Vous n’êtes que des poires ! (1898). « Allez, électeurs ! aux urnes… Et ne vous plaignez plus. C’est assez. N’essayez pas d’apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N’insultez pas, après coup, les Maîtres que vous vous donnez. L’électeur n’est qu’un candidat raté. (…) Votez ! Faites la Chambre à votre image. Le chien retourne à son vomissement. Retournez à vos députés. » 1) Petite allusion affectueuse au splendide film d’Albert Lewin « Pandora et le vaisseau fantôme ». 2) Un peu expéditivement certes puisqu’un mousquetaire, loin d’être un flibustier sans foi ni loi, n’est, comme on sait, qu’un vil corsaire du roi.
Avant sa lecture du texte de Jean-Pierre Martinet les 9, 10, 11 février
Denis Lavant : "Le monstre économique" ventscontraires.net Théâtre du Rond-Point
Du Richard III de Shakespeare au loup errant de Mayenburg, le comédien Denis Lavant a pu apprivoiser les infinies figures du monstre. Mais toutes s'effacent, nous dit-il dans cette vidéo, devant le monstre sans visage qu'est l'économie financière...
Venez l'écouter lire La Grande Vie, texte désopilant de Jean-Pierre Martinet, qui vous fera découvrir un monstre humain trop humain : l'homme sans désir. Un antihéros désabusé qui s’est fixé une ligne de conduite : vivre le moins
possible, pour souffrir le moins possible. Mais c’est sans compter sur
Madame C, sa concierge, véloce et veuve affamée, qui guette
amoureusement son passage du haut de ses deux mètres pour le contraindre
à ses plaisirs les plus fous...
Dado n’est pas mort. Dado crie sur les murs. Miodrag Djuric dit Dado est né le 04 octobre 1933 au Monténégro. Enfant, il connaît la guerre et la mort de sa mère. Dado sait que l’homme est un monstre tendre et dégoûtant. Il arrive en France en 1956. Rencontre Dubuffet, Matta, Michaux. Il peint des monstres, des chairs, des êtres de sang et de merde. Il peint la joie aussi. La grande foutraquerie du monde. Il colle, croûte, sculpte, crotte, colore, carnage. En 1974 il va peindre chez les pygmées. En 1975 il squelettise une traction avant. Il a des tableaux à Beaubourg, New York, au centre Pompidou, à Amsterdam. En 1994 Gille Deleuze lui écrit une belle lettre de soutien. Dado travaille les murs à l’intérieur des ventres et les ventres à l’intérieur des murs. Il se rapproche du graffiti en peignant les murs de son moulin, d'un vieux blockhaus, ou d’une ancienne Léproserie. Il dit du mot œuvre qu’il est ridicule et prétentieux et que son seul travail est d’aller chercher son petit fils à l’école.
Tahar Ben Jelloun : "La religion n'a pas à envahir le champ politique" ventscontraires.net Théâtre du Rond-Point
Dominique Blanc vient de lire au Théâtre du Rond-Point son dernier texte
"Par le feu", une fiction où Tahar Ben Jelloun reconstitue les jours
qui ont précédé le sacrifice de Mohamed Bouazizi. Occasion pour
ventscontraires.net de lui demander son avis sur les actions des
intégristes religieux catholiques contre les spectacles de Romeo
Castellucci et de Rodrigo Garcia mais aussi sur les printemps arabes, la laïcité et la démocratie.