les enfants
par hasard par derrière par devant
à tort à travers ou simplement
en deux temps trois mouvements
l’un dans l’autre et réciproquement
les enfants
faits sous les ponts un soir de printemps
sur les toits le soir de la saint jean
dans un lit entre des draps de soie
ou dans la poussière d’un vieux divan
les enfants
seul à deux en groupe ou en priant
faits par choix par erreur partouzant
dans les trains dans les choux dans le vent
dans l’envie du moment
les enfants
faits en couleurs faits en noir et blanc
les jours ouvrés le jour de l’an
qu’on les fasse à demi
en partie à moitié finissant
les enfants
qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
pour l’amour de l’art ou pour l’argent
par la peur de la nuit solitaire ou
la peur de l’horreur du néant
les enfants
qu’on les fasse pour passer le temps
debout couché assis ou devant
la télé les infos au resto dans la rue
ou parmi les passants
les enfants
on les fait pour savoir quoi comment
faire de l’amour qu’on a au-dedans
tout au fond tout enfoui tout rentré
dans le cœur dans le sang
les enfants
on les fait pour arrêter le temps
pour filer doux au vieillissement
pour finir tranquillou pieds devant
et quitter le monde ravi content
mais l’enfant
déjà né déjà là déjà grand
déjà laid déjà trop de mouvements
trop de bruit trop de voix
trop de cris trop d’odeurs et de vents
mon enfant
sur l’avenir mon investissement
dans ce machin sale et vacillant
déjà lent déjà loin déjà mou
déjà si décevant
les enfants
on les faits pour savoir quoi comment
faire de tout l’amour qu’on a dedans
et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent
comme deux ronds de flan