Chers spectateurs,
grâce au coussin de culture, offrez-vous pour la rentrée l’indispensable objet
qui vous accompagnera tout au long de la saison culturelle. Plus que
l’incontestable gain de confort qu’il apportera à votre postérieur fatigué par
les insupportables fauteuils qui équipent théâtres et salles de spectacles, le
coussin de culture est avant tout le moyen de reprendre la parole en douceur. Offrant
une face rouge et une autre verte, il permet de marquer son enthousiasme ou son
dégoût. Il suffit pour ce faire, de le brandir vigoureusement au dessus de sa
tête en orientant la face appropriée vers la scène. Prenez garde tout de même à
ne pas fâcher vos voisins de derrière en abusant de cet usage. Si votre
voisin direct ne partage pas votre appréciation du spectacle, vous pouvez le frapper
sans retenue armé de votre coussin. Attention, il n’est pas garanti qu’il soit,
comme vous, l’heureux propriétaire d’un coussin de culture. Dans ce cas, il
sera peut être tenté de vous frapper à son tour avec la première chose qui lui
tombera sous la main : le programme, son sac, son parapluie, son poing, un
autre spectateur… Durant un
spectacle comique, si votre voisin direct s’entête à éclater de rire
systématiquement quelques dixièmes de seconde avant vous, ou pire, quelques
dixièmes de seconde avant même que l’effet comique soit totalement achevé par
son ou ses interprètes, étouffez-le en appliquant uniformément votre coussin
sur sa bouche et son nez. Une fois
le spectacle terminé, plutôt qu’une ovation bruyante et désordonnée, frottez
votre coussin de culture contre votre torse d’un mouvement circulaire et
régulier, face verte orientée vers la scène. Si vous n’avez pas apprécié,
levez-vous, tournez-vous, et fessez-vous (délicatement) à l’aide de votre coussin, face rouge orientée
vers la scène. Dans le
cas d’un rejet profond du spectacle, pendant le salut, rien ne vous empêche de
propulser violemment votre coussin de culture directement sur les acteurs. Grâce
à la texture douce et soyeuse de sa toile 100% coton, et à son fourrage en
plume de goéland (oiseau bien connu pour son esprit critique), les dits acteurs
vous en seront reconnaissants. Sur le chemin du retour, dans le
taxi, le métro ou le bus, placez votre coussin sous
votre tête et reposez vous un peu. Faites le vide. Vous l’avez bien mérité. Alors,
cher spectateur, n’hésitez plus, exprimez-vous, impliquez-vous, commandez sans
plus attendre votre coussin de culture. Attention, il n’y en aura pas pour tout
le monde !
Profondément,
La régie
PS :
Journalistes, critiques, partenaires institutionnels, le coussin de culture
« face rouge / face verte » existe aussi en version « face verte
/ face verte », et en version « face rouge / face rouge ». Une
version « face blanche / face blanche » est en cours de conception.
Quand ta profession se décide à la grève Tu savoures avec joie cette journée de trêve Qui permet de rester chez soi à se détendre Tout seul, pour une fois, sans aucun compte à rendre. Mais comment faire face aux autres syndiqués Qui ne manqueront pas de venir critiquer, Le lendemain matin, ton absence notoire Et feront circuler à travers les couloirs Que tu as désiré, en n’allant pas au front, Montrer ton allégeance à l’égard du patron. Pour éviter, l’ami, cette mise au placard Devance la mêlée comme tout bon briscard. Fais-toi des tous premiers, au mot d’ordre lancé, A saisir cette info pour la faire passer. Fais suivre les e-mails, mais surtout improvise Un accompagnement qui les personnalise ; Un petit mot de toi : « Amis et camarades, Plus on sera nombreux…» Ce genre de salade. Ayant montré ainsi ton implication Qui pourra se douter de ta défection Et si tu mobilises et que la foule est dense Bien malin qui pourra affirmer ton absence.Remets-en une couche à deux jours d’y aller En prenant soin surtout de ne pas étaler. Il serait, en effet, tout à fait embêtant D’être soudain perçu comme un grand militant. On te ferait marcher aux côtés des ténors Et tu dirais adieu à ton jour de confort Ou pire et ce serait, avoue-le, pas de bol Il te faudrait, l’ami, porter la banderole.Venons-en maintenant au jour de la manif. Bien qu’au chaud dans ton lit, tu dois rester actif. En fin d’après-midi, appelle un vieux copain. Un de ces bons grognards qui sont sur le terrain ; Distributeurs de tracts, adhérents de toujours Qui mangent la saucisse au moment des discours. Tu lui demandes alors ce qu’il en a pensé Et tu as les détails de ce qui s’est passé, De quoi, le lendemain, tenir la dragée haute A tous ceux qui pourraient vouloir te mettre en faute.