La dent dure de Saint-Christophe
Histoires d'Os 30
Selon une légende tenace, Saint-Christophe était un colosse, un de ces géants familiers qui abondent dans la littérature religieuse médiévale. Il fallait, en effet, être doté d’une robuste constitution et d’une force sans commune mesure pour se charger de l’Enfant Roi, lourd de tous les espoirs des hommes et pour l’aider à traverser le fleuve impétueux de leurs fautes.
Réprouvé, le passeur chananéen (devenu par la suite Christophe : celui qui porte le Christ) était donc un homme d’une taille exceptionnelle et d’une allure assez terrible. Susceptible en tout cas de provoquer, dès le premier regard, la soudaine conversion de Nicée et d’Aquilinie les deux prostituées tentatrices dépêchées par le roi de Lycie au fond de sa cellule.
Mais au delà de la légende, les preuves de son gigantisme se matérialisaient surtout en deux précieuses reliques conservées, pour l’une, à Valence et pour l’autre à Munich. Il s’agissait ici, d’une molaire du géant et là, d’un de ses énormes ossements. Plus tard, il s’avéra que ces restes sanctifiés n’étaient qu’une molaire de mammouth et une vertèbre d’éléphant. Le saint patron des voyageurs et des automobilistes était-il aussi celui des cornacs ?