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Publié le 29/09/2010
 

Cedric Citharel


Chroniqueur

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Manuel de communication à l'usage des méchants


Leçon 1 : l'oxymore

Parce que les ficelles de la communication ne doivent pas être le seul apanage des institutions, voici quelques astuces à l’usage de ceux qui se retrouvent habituellement du mauvais côté du bâton. 
Au même titre que l’on a remplacé le terme bombardement par celui de frappe chirurgicale, les braqueurs de banques ne commettront plus des vols à main armée mais des cambriolages libératoires de liquidité. Les casseurs se livreront à des lancers de pierres citoyens. Les tueurs en série deviendront des spécialistes en cessation de vie solidaire. Et bien sûr, les terroristes seront requalifiés en combattants de la liberté.
 

The People's Republic of Stokes Croft (PRSC)


Carte postale de Bristol
La fresque vous éclate au visage sitôt franchie la frontière sud de la République Populaire de Stokes Croft – le pays où les taggers sont rois. Pas sûr que vous en ayez déjà entendu parler… Bombardé avec le reste de la ville par les Nazis, ce quartier de Bristol était resté "délibérément et criminellement négligé par les autorités", dixit  la Constitution du nouvel Etat. "C'est ici que la municipalité installait ses centres pour drogués et  sdf – tout ceux qu'elle ne voulait pas voir dans le centre de la cité. On va en faire un joyeux centre d'excentricité", précise  Chris Chalkley, Président de la République en bonnet de laine rencontré dans son quartier général de Jamaica Street où il vend tableaux et porcelaines taggées RPSC. "Les habitants ont décidé il y a quatre ans de prendre les choses en main eux-mêmes." Et vous l'annoncent dès votre arrivée via une signalétique jaune et noire très stencil posée au pochoir sur les murs : PEOPLES REPUBLIC OF STOKES CROFT, WE MAKE OUR FUTURE;  WELCOME TO STOKES CROFT, CULTURAL QUARTER, CONSERVATION AREA, OUTDOOR GALLERY.
Quelle municipalité accepterait de voir de simples habitants nommer une place "Turbo Island" et d'y planter de mini statues de l'Ile de Pâques ? De s'opposer à l'implantation d'un hypermarché Tesco dans un ancien Comedy Club ? De peindre le mobilier urbain en jaune ? De chercher des jumelages avec d'autres villes du monde et de métamorphoser rues et façades en une chapelle Sixtine mi-rock mi-train fantôme (voir visite virtuelle) ? Le Président Chalkley entouré de quatre directeurs gère les relations musclées avec la mairie et pilote les initiatives en cours : ouverture de galeries, centres d'art, restaurants, et même un musée ready made où se rassemble avec malice l'histoire de la jeune république (on pourra y voir la photo d'un tagger enfermée dans une cage d'oiseau, une bouteille en plastique contenant les cendres d'un sdf dont la PRSC a financé les funérailles...). Et bien sûr, la mise en fresques du nouveau quartier-galerie: "Tout le monde est libre de peindre en plein jour. Mais il y a des propositions si généreuses sur les murs que les taggers doivent être à la hauteur", dit Chris Chalkley en pointant du doigt l'œuvre du célèbre graffeur Banksy : un ours blanc lance un cocktail molotov sur trois bobbies armés de boucliers. On peut l'admirer en dégustant un ramier garni à l'oseille, aux pois rouges et à la confiture de betterave sur la terrasse du café Canteen qui vient d'ouvrir à Stokes Croft et depuis laquelle, chers aficionados de ventscontraires.net, je vous écris cette carte postale.

Pauvres pommes



La devise de Steve Jobs était : « Ayez toujours faim, restez fou ». Les Africains victimes de la famine ont déjà rempli la moitié du programme…

Uchronique du second quinquennat (4)


La passation de pouvoir

Presque 10 jours après l’élection, Nicolas ne s’en remet toujours pas. Il a développé un nouveau tic, verbal cette fois : il ponctue toutes ses phrases par « j’les ai niqués».  « Alain, ça en est où l’Afghanistan j’les ai niqués ? », « Carlita, tu peux me passer les patates j’les ai niqués ? », « J’ai pas envie de voir la tronche d’Angela et Barack au G20 j’les ai niqués »… Ce n’est plus un langage fleuri c’est Jardiland.   Nicolas a décidé de maintenir la cérémonie de passation de pouvoir. Il envisage dans un premier temps de demander à François d’arriver en voiture dans la cour de l’Elysée, puis d’en repartir aussitôt à pied, seul, sous les huées, pour symboliser sa défaite. Mais son entourage le dissuade de faire cette proposition au camp adverse. Le jour dit, Nicolas sort donc de sa superbe voiture rouge – le constructeur officiel de l’Elysée est devenu Ferrari, en hommage à l’Italie – et s’élance, sous les clameurs de ses supporters, vers son destin et le perron de l’Elysée. Sa tenue est décontractée, il porte un t-shirt bleu roi sur lequel on peut lire « JE SUIS LA FRANCE ». Il grimpe au trot les marches de l’entrée, puis se retourne, embrasse son épaule droite, embrasse Carla B, fait un bras d’honneur en l’air et entre au château.   Nicolas écourte la cérémonie de passation (« Non mais ça va, je connais, venez-en au fait les gars »). Il a été décidé que le Président porterait à nouveau le Grand Collier de la Légion d’Honneur (« Ca fera plus solennel , plus crédib »). Nicolas prend le collier des mains du grand chancelier, et se l’enfile tout seul. Le collier recouvre une partie de l’inscription de son t-shirt : on lit maintenant « JE SUIS RANCE ».   C’est reparti pour 5 ans.
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