Alain Guiavarch & Maël Canonne
Publié le 21/09/2010

Peut-on désirer sans souffrir ?


Alain Guiavarch & Maël Canonne auraient rencontré Valérie Lemercier en octobre 2008, lors du lancement de leur roman photographique KLAC Artists'Book à la Villette (http://www.klac.fr).
Le problème c'est qu'elle ne s'en souvient plus malheureusement. 
Elle avait pourtant incité Jean-Michel Ribes à les rencontrer mais celui-ci n'a pas été franchement convaincu par ce duo d'imposteurs, sans doute parce que le plus petit avait commandé un lait-fraise au Restaurant du Théâtre du Rond-Point. 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 10 avril 2015 à 09:09

L'OIM (Organisme Informatiquement Modifié)

ou Dieu prisonnier de sa propre création

Je suis mort il y a longtemps, très longtemps. A présent, je ne suis qu’un malheureux tas d’os jetés et oubliés à six pieds sous terre – la terre de ce que mon observateur et ses contemporains appellent le « vieux monde » (après de longues décennies de lutte écologique acharnée, celle que nous autres avions bravement entamée, l’homme en passe de devenir un OIM a fini par se dire que finalement il n’y avait nul besoin d’un environnement organique pour la survie de l’espèce humaine et qu’un écran suffisait pour contenir tout l’Univers).   Selon mon observateur, il est clair que je n’ai pas eu la chance qu’il a. Pour lui, bien que j’en eusse connu les débuts, j’ai manqué une grande étape de l’aventure technologique, son point culminant notamment – comme si on venait à mourir d’une maladie incurable dont le remède serait, ironiquement, découvert dès le lendemain de sa mort. Je ne doute pas de l’honnêteté de sa compassion mais la condescendance de son observation m’insupporte (en même temps je ne peux pas complètement lui en vouloir puisque moi aussi j’avais observé et jugé ceux qui m’ont précédé sans scrupules ni tendresse). Malgré les siècles qui nous séparent je peux presque sentir le poids de son regard compassionnel et entendre ses gloussements. Il se croit supérieur, le bougre, à m’examiner sous toutes les coutures, à étudier ma physionomie archaïque, à imaginer mes gestes les plus anodins comme moi en train de me curer le nez ou humer sur mon doigt la transpiration de mes fesses à la fin de la journée. Tout cela lui parait, à la fois, désuet, ridicule, attendrissant… et révoltant : il n’en revient pas par exemple qu’on puisse s’embarrasser de tant de chair et rester assis des heures, sans rien faire, devant un monde qui ne demande qu’à être exploré. Alors qu’il plaint ma pesanteur charnelle, il rêve de la légèreté mentale absolue dans laquelle il baignera dans quelques minutes. Mon observateur n’a pas de doigts, cela fait longtemps qu’il n’en fait plus usage. Il n’a pas de jambes non plus, il y a belle lurette qu’il n’éprouve plus le besoin de marcher – ne serait-ce que pour se rendre au boulanger du coin (à ce propos, tous les métiers qui, de mon temps, avaient trait à la nourriture ont disparu maintenant. Il est inutile donc de souligner que mon observateur n’a pas de bouche – pas d’anus non plus, ça va de soi). En gros, mon observateur n’a rien qui rappelle l’humain que je fus. En voyant son corps définitivement annihilé, à peine sera-t-il passé de l’autre côté, il n’aura plus d’âge et échappera à toute notion de race ou de nationalité. Mise à part « la vue » il se verra soudain dépourvu des quatre autres sens : il ne pourra ni toucher ni entendre ni goûter ni sentir. Bien que des émotions telles que la joie et la tristesse lui resteront parfaitement « intelligibles », il ne rira plus et pleurera encore moins. Instantanément, il sera débarrassé de toute faculté à éprouver des sentiments comme la haine et l’amour – et ce sera un grand soulagement. Mon observateur n’aura plus besoin de penser ; il sera, tout simplement. Il deviendra ce qu’on appelle un OIM, une pure prestation numérique. Les OIM vivent à travers le regard de l’internaute qui les sollicite. S’ils doivent mourir (expirer) c’est parce que ce dernier se sera désintéressé de leur contenu, ni plus ni moins. Qu’ils aient l’apparence d’une date historique ou d’une citation pénétrante, d’un tube d’été ou encore d’une vidéo pornographique, les OIM se ressemblent horriblement de par leur nature informatique. La seule chose qui les différencie c’est la durée de vie des uns et des autres. Aussi on pourrait les répartir en trois grandes catégories hiérarchiques : 1- Les « culex » dont la durée de vie ne dépasse pas les deux semaines (la dernière chanson des « Enfoirés » est une parfaite illustration de brièveté de vie d’un OIM « culex »). 2- Les « isoptères » qui peuvent atteindre l’âge respectable de 50 ans voire plus (pour rester dans la musique, on citera « Thriller » de Michael Jackson qui vécut 75 belles années depuis sa parution en 1982). 3- Les « koï » dont la durée de vie peut atteindre l’âge de 250 ans voire plus (les vidéos pornographiques sont, sans conteste, les OIM les plus consultés. Une vidéo pornographique extraite du sulfureux « Russian Institute 11 » de Marc Dorcel est morte à l’âge de 261 ans ! Si son instinct de survie est assez fort et qu’il a appris à lutter contre virus et bugs, un OMI fera partie des « koï » et logera dans un « site » digne de ce nom. Dans le cas contraire, il finira sous la forme d’un journal sur le « blog » d’une midinette sans ambition numérique aucune… Je peux très bien visualiser la tableau : le transfert numérique aura lieu dans quelques minutes. Mon observateur est posté devant son écran depuis au moins un siècle. Il achève de se dématérialiser complètement. De lui, il ne reste qu’une paire d’yeux nus scrutant fébrilement l’espace numérique qui s’ouvre à lui sur l’écran. Oh oui, qu’il est fin prêt pour le grand voyage. Dans quelques minutes, il pourra enfin jouir de son nouveau statut d’omniscience numérique. Si sa volonté s’amenuise ce n’est que pour qu’il devienne pure conscience. La machine hypnotico-aspiratoire se met en branle. Il n’a aucune envie de résister, loin de là. Toute son attention est dirigée vers la source de l’aspiration. Il s’abandonne à son sort. Il ne regrette rien. Ne plus penser. Juste se laisser aller.   Trois. Deux. Un... Ca y est : mon observateur est passé de l’autre côté. Il est désormais ce dont il a toujours rêvé : une vidéo pornographique hébergée par l’un des sites les plus prestigieux en la matière. Or ce que mon observateur ignore c’est qu’il a été le dernier des derniers des hommes à être passé de l’autre côté, et qu’il n’y a donc plus personne pour le solliciter. La suite, on la connaît.

Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 21 février 2011 à 10:57

La wrinkle pride

Conseil beauté : faites l'amour

C'est comme la gay pride, mais pour les ridés, puisqu'on n'y peut rien non plus. Donc pourquoi pas un défilé intitulé "la fierté des rides" ? Horreur ? Oui, horreur, je suis d'accord. Je préfèrerais me défiler. Cette idée m'est venue en voyant l'autre jour à la télé le pape de la chirurgie, Ohana, prénom Sydney, pratiquer des injections de botox à une jeune femme de 28 ans car pour son image professionnelle, il lui fallait faire disparaître de vilaines traces de fatigue.Deux choses :1/ Ça m'étonnerait que le pape Ohana-in-excelsis-Deo s'abaisse à piquer lui-même le bétail, au prix où il facture ses interventions ! Mais là, il y avait la télé, il était important pour sa promo qu'il y parût en clair et pas en off.2/ Se faire botoxer à 28 ans ! Il eût mieux valu que cette jeune femme qui n'était pas du tout moche se fît pénétrer non par une seringue, mais par un organe un peu plus joyeux activé par l'amour d'un mec ou d'une nana dans le but de lui faire plaisir, donc de la dérider. Cela s'appelle acte sexuel, en principe c'est gratuit, on peut en abuser, ça détend, ça fait chanter le regard, ça met du rose aux joues, ça rend belle. Et après tout, s'il se produit de petits bâillements le lendemain, cela rend les yeux plus brillants. Et Sydney Ohana peut aller se rhabiller. Heu, je ne suis pas sûre qu'il se déshabille devant ses patientes, enfin je l'espère pour elles !dessin © dominiquecozette

Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

Le 6 août 2015 à 08:40

Biche oh ma biche / Zoophilie, mon amie

Pubologie pour tous

Vous y avez cru n’est-ce pas ? Que c’était une vraie pub. Ne vous cachez pas, ça arrive à tout le monde de se faire avoir. Mais en réfléchissant bien, c’est évident que c’est impossible. Vous imaginez trois mecs autout d’une table avoir cette discussion (pour souligner le côté fantaisiste de toute cette histoire, les protagonistes auront des noms de légumes oubliés) : RUTABAGA.  - Hé les mecs, j’ai bien étudié les tendances, et j’ai compris un truc, vous allez voir c’est astonishing, vous n’y avez jamais pensé. Voilà : les gens, sur Internet, ils regardent énormément de vidéos de chats ET de vidéos pornos. C'est évident : la zoophilie est une tendance qui revient. Ca vous en bouche un coin hein. TOPINAMBOUR. - Mais oui ! Je vois d’ici une campagne trash-sexy-décalé qui va rajeunir la marque en jouant sur son héritage sensualo-pop et en exploitant à fond son ADN punchy-audacieux. SALSIFI. - Juste un truc : comment on fait pour toucher la cible senior ? RUTABAGA. - Laisse ça aux créas, on va bouffer ? Y’a des frites à la cantine. T’as vu le dernier Wenders ?Et vous pensez sérieusement qu’ensuite, d’autres gens se seraient dit qu’il serait efficace visuellement et tellement second degré de jouer sur l’image du vieux pervers et de sa pin-up au 105D. En plus c’est pas avilissant c’est pas une vraie femme. Mais au cas où les gens ne comprendraient pas que c’est tendancieux-punchy-sexy-cool, on simulerait une éjaculation avec une bouteille. Vous croyez franchement qu’on se fout à ce point de vous ? Réveillez-vous. La pub a changé.

Le 20 mai 2014 à 08:29

Dieu confirme que les meilleurs continueront de partir les premiers

Lors de son traditionnel point presse du jeudi, Dieu est resté intraitable sur la question de la mort et a confirmé que les meilleurs continueront à partir les premiers, et qu’aucune résurrection n’aura lieu cette année. Interrogé sur la question, Dieu explique que sa marge de manœuvre reste infime. « Le contrat est clair nous rappelons à nous vos meilleurs éléments depuis la nuit des temps » a-t-il rappelé avant d’ajouter « Je ne vois pas pourquoi tout serait remis en cause en 2014 ». Le grand créateur confirme avoir validé ce matin même une nouvelle liste de personnes spécialement choisies pour leurs grandes qualités morales, ou leur coté boute-en-train, qui seront amenées à décéder très prochainement. Dieu répond ainsi aux attaques dont il se dit victime depuis le début de l’année de la part de plusieurs associations qui veulent avoir leur mot à dire. « Cette règle est absurde, tellement de personnes sur Terre méritaient mille fois plus de mourir » affirme un opposant à Dieu qui vient de perdre son meilleur ami. Pourquoi pas vous ? Dieu contre attaque en affirmant « avoir fait des efforts » pour laisser certains bons éléments à disposition des vivants. « J’ai tout fait pour que vous puissiez profiter de Nelson Mandela le plus longtemps possible. Et pour ça, même pas un merci » lance-t-il en lançant des éclairs de colère du regard. Il termine en lançant un avertissement. « Au lieu de pleurnicher sur ceux qui partent, demandez-vous plutôt pourquoi vous êtes encore là » a-t-il ajouté avant de claquer la porte de la salle de presse.   Le Gorafi

Le 17 décembre 2011 à 07:40

Ô Senescence !

Vieillir, c'est se suicider au temps qui passe. On ne le dit pas assez. J'ai remarqué que, arrivé à un certain âge, on devient épicurien de gré ou de force, dans le sens où on vit chaque jour comme le dernier. Il n' y a aucun remède contre cela, et la mort viendra à nous aussi sûrement que la joue vient au poing à qui sait la tendre. Dans notre société de consommation sans scrupules, même la sénilité fait recette. Les vieux sont prêts à avaler n'importe quoi pour rajeunir, comme le viagra, ou les crèmes anti-rides. Ou le concept des femmes cougars. Je m'excuse, mais une cougar, sans ses dents, ça fait pas courir grand monde ! Et notre Johnny, ils vont nous le tuer avec sa prochaine tournée, Cheveux blancs, idées noires. Ma grand-mère me donnait son avis sur la question l'autre jour : « Tu veux que je te dise ? La jeunesse, c'est dans la tête ! » La pauvre. Elle ne se rappelle même plus qu'elle a Alzheimer. Mon grand-père me disait à ce propos : « Regarde cette photo sur le mur. Elle était belle à dix-huit ans, ta grand-mère. Cette photo c'est un peu le portait de Dorian Gray, mais à l'envers. » La vie est une vaste blague et la mort en est la chute. Parfois, c'est une chute qui n'en finit plus de chuter. Chute des cheveux, chute des dents, chute de tension, chute dans la baignoire et, pour finir, chute dans l'oubli. Sans rigoler, on en finirait presque par se demander si ce ne seraient pas les plus courtes les meilleures.

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 30 avril 2014 à 09:49

Voilà c'est l'heure

Voilà, c'est l'heure. Il flotte un parfum de danger ultime. On part au ski en famille. On ne part nulle part ailleurs avec cette sensation de prendre un vrai risque. Ni à la mer, ni dans un pays en guerre, ni même chez sa belle-mère. Seuls des aventuriers sont capables de payer pour choper des engelures, solder leur capital soleil et se casser une jambe en famille. Souvenons-nous de l'annonce publiée en 1914 par l'explorateur britannique Ernest Shackleton avant de conquérir l'Antarctique à pieds : "Cherche hommes pour voyage hasardeux, maigre salaire, longs mois d'obscurité totale, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès". Cinq mille candidats intrépides se présentèrent. Sur quel critère le grand Ernest choisit-il ses hommes ? Leur force ? Leur ingéniosité ? Leur résistance ? Pas du tout. Ernest misa tout sur leur « coefficient d'optimisme »... Seuls ceux qui voyaient dans une tempête de neige l'occasion de bien rigoler furent recrutés. C'est exactement la même chose pour le ski en famille. Il faut déjà avoir une bonne nature pour créer une famille, accepter de troquer son statut de célibataire ombrageux aux commandes de sa moto sportive pour celui de père multitâche au volant d'un Citroën Picasso. Mais seuls les types équipés d'un énorme coefficient d'optimisme vont à la montagne en hiver avec leur tribu. Les autres font des stages de poterie en Corrèze. Tout seul. Il en faut de l'optimisme pour entrer dans le magasin de skis et dire son poids en public, devant sa femme et ses enfants en rentrant le ventre. Il en faut de la pugnacité pour affronter la question existentielle du loueur : « Quel est votre niveau ? ». Autrement dit, « Que valez-vous dans la vie bonhomme ?». Comment répondre à cette question sans passer pour une baltringue (« Débutant »), un loser (« Moyen ») ou un mythomane (« Très bon ») ? Il en faut de la force d'âme pour accepter de glisser sur les minuscules skis paraboliques des années 2000 quand on a appris à skier le cul serré, en godille, avec l'élégance d'une guêpe en string sur de grands skis droits. Il en faut de la bonne volonté pour passer une semaine dans un hôtel qui s'appelle « La Chaudane » où tout est en bois clair, les murs, le plafond, le sol, la piscine, les verres, le patron, sans tout brûler et finir pyromane. Et l'épouse qui passera sa semaine dans le jacuzzi avec des pisteurs équipés de muscles dont vous ne connaissez même pas l'existence et les enfants qui brûleront sous le soleil tandis qu'une jeune et jolie monitrice vous demandera vos deux bras pour payer l'heure de cours du petit qui, encapsulé dans sa combinaison, aura, pile au moment où vous sourirez à la jeune et jolie monitrice, envie de faire caca. Et le plan des pistes conçu comme un test de QI destiné à humilier tous les pères (Comment le lire ? Comment le replier ?). Et le forfait qu'on croit toujours avoir perdu et qui ricane dans la dernière poche. Oui, tout cela est vrai, mais l'ivresse de la vitesse, le vertige des grands espaces et des silences minéraux, le flocon sur le coeur du petit, le vin chaud dans la gorge et les courbatures heureuses, ça se mérite. On a rien sans rien. Et puis, il y a aura ces moments clés, qu'il faudra savoir négocier, quand une bosse ou un petit chemin piégé se présentera. « J'y vais, j'y vais pas ? ». Avant de se lancer, le héros du troisième tronçon, père moderne, aussi efficace dans le changement de roue crevée que dans celui de couche souillée, solide, fort, doux, compréhensif, repensera à cette phrase d'Ernest, toujours lui, qui, lui aussi avait eu l'étrange idée de construire une famille et, constatant l'état de ses hommes et le manque de vivres, décida de rebrousser chemin à 175 kilomètres du pôle Sud. A sa femme, il écrira ces mots qui éclaireront la lanterne des pères-aventuriers des pistes de ski, mais aussi des ressacs atlantiques de l'été : « J'ai pensé que vous préféreriez un âne vivant à un lion mort. »

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication