Manijeh
Publié le 11/03/2012

SMS


Rire et résistance en République islamique d'Iran

Dans mon pays, la soif de rire se fraie un chemin de manière irrésistible. Sitôt que le gouvernement ferme une vanne, l'esprit moqueur ressort par un autre canal : par exemple les SMS, qui ces dernières années sont devenus un véritable phénomène de société chez nous. Au point que lors de contrôles routiers après une nuit de fête, les policiers prêtent autant d’attention à votre portable qu’à votre taux d’alcoolémie.
Toutes générations et tous milieux confondus, les Iraniens s’échangent par SMS les dernières blagues sur le sexe, le pouvoir, la dévotion et l’hypocrisie morale. Exemple cette blague qui fait fureur sur les portables des jeunes filles sur le chemin du collège : « Un cul dévale en courant les rues de Téhéran. Depuis leurs balcons, les habitants lui demandent : “Pourquoi cours-tu si vite ?“. Le cul répond hors d’haleine en disparaissant au bout de la rue : “J’ai entendu qu’à présent ils arrêtent tous ceux qui ont la raie au milieu !“ ». Ou l’histoire de cet Iranien d’origine turque se trouvant à la Mecque à circambuler autour de la Kaaba et qui s’exclame : « Oh Dieu, que je suis heureux d’être enfin auprès de Ta tombe ! ».  

Je suis Iranienne et comme tous les Iraniens j'adore rire. Un proverbe chez nous dit : "Quand les pleurs ne peuvent rien, il ne reste que le rire". Je vous écris de la rue Bahar (rue Printemps) au centre de Téhéran.
 

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Le 15 septembre 2011 à 08:25

La guerre des bouffons

Qui ose dire que le cinéma français manque de créativité ? A l’heure où le monde arabe rugit pour recouvrer sa liberté, où les marchés financiers s’affolent, alors que les reconduites à la frontière s’accélèrent avant la grande échéance de 2012 et que la Grèce est pointée du doigt comme une feignasse, que nous pond notre cinéma ? Deux adaptations, enfin deux resucées, sortant coup sur coup, du roman de Louis Pergaud : « La guerre des boutons », déjà immortalisé par le génial Yves Robert dans son film de… 1962. 50 ans après, il est rassurant de constater que nos créateurs sont poussés par le même vent d’inspiration débridée et parfaitement nouvelle.  Quelle peut être la raison de cette soudaine éruption, non de boutons, mais de « copié collé » ? Un ras-le-bol des zips et autres fermetures éclair, qui se coincent sournoisement dans les tissus et parfois dans nos chairs ? Non. La vérité, toute bête, se niche ailleurs : les droits du livre de Pergaud tombent dans le domaine public en 2011. En clair, plus besoin de verser un centime à l’éditeur ou aux ayants droit de l’auteur pour adapter le roman.  N’écoutant que leur audace, qui ne leur disait rien, deux producteurs se sont emparés de la bête. Avant de se livrer une vraie guerre cette fois, la guerre des bouffons, à coup de têtes d’affiche et de stratégies marketing hautement élaborées. Au final, la promotion, non le talent, fera la différence. Il ne reste plus qu’à nous tourner vers d’autres cinémas ou vers le théâtre pour trouver des raisons d’espérer. Sinon, vous pouvez toujours débourser dix euros pour aller voir un téléfilm avec plein de boutons au cinéma. Mais à la sortie, il y a fort à parier que vous emprunterez à l’un des gamins du chef d’œuvre d’Yves Robert cette réplique culte : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ».

Le 12 mai 2011 à 13:32

Ce maudit orgasme

M le mot-dit

Racontez-nous votre M, votre mot-dit maudit du moment, justifiez votre haine et dépassez-la en détournant ou remplaçant le maudit… en maximum 2000 signes. Aujourd'hui Sophie Dulac déteste le mot "orgasme" :Avec son préfixe en or prétentieux et son final en consonance de maladie respiratoire, le mot fait pédant et dédaigneux. IL pue l’encyclopédie médicale bradée consultée à la va vite au fond d’une bibliothèque municipale poussiéreuse avec des sourires empruntés. IL s’imprègne des premières cigarettes, des petits émois d’adolescents amoureux qui s’instruisent en cachette avec les courriers du docteur Ruth. IL est le vilain point de mire des apprentis  libidineux. IL manque pourtant de dimension et la cible atteinte laisse un sentiment d’imperfection. La volupté est peut être ailleurs, dès les premiers effleurements, le froissement d’un déshabillé, un souffle sur l’oreiller, un corps à explorer, des murmures partagés. Lui le vaniteux de la jouissance transforme l’or en pacotille et  le trésor de se réduire en manifestation physiologique. Le mot plait pourtant, s’affiche, fait vendre. Entre le nouveau régime protéiné et les bons plans shopping, il conjugue les genres et  les styles. De la presse gay, économique, au glamour féminin ou plus populaire, on le décortique, on l’autopsie, passé au scalpel IL reste tout aussi laid comme un organe éclaté. Lui qui pourrait symboliser ce qu’il y a de plus beau n’évoque qu’un mécanisme, enterre la sensualité, allègue le sexe et oublie la chair. Sophie Dulac Vous désirez "mot-dire" à votre tour ? > c'est ici que ça se passe !

Le 9 avril 2011 à 08:45

Tornade chantilly sur Mgr Léonard, primat intégriste

Carte postale de Belgique

Bonjour les aminches,A Bruxelles, c'est la bamboula.Notre internationale pâtissière vient d'entarter Monseigneur Léonard, le primat intégriste de l'Eglise catholique belge.Louvain-la-Neuve, mardi 5 Avril 2011Alors qu’il se rendait à l’université catholique de Louvain-la-Neuve à un débat avec le professeur de physique théorique Jean Bricmont sur le thème « Concilier science et foi, est-ce bien raisonnable ? », Mgr Léonard est tombé dans une embuscade pâtissière.Une première tarte à la crème a atterri sur son visage au moment où il entrait dans le bâtiment universitaire. Une fois débarbouillé, André-Joseph Léonard a pu gagner sans encombre l’auditoire Coubertin où on l’attendait. Mais à peine le primat de l'église catholique belge avait-il pénétré dans les lieux qu’il recevait de plein fouet trois nouvelles tartes dégoulinantes.Les quatre jeunes entarteurs de l’archevêque intégriste, qui n’en étaient pas à leur coup d’essai (en 2011, opérations Éric Zemmour et Melchior Wathelet), se sont ralliés depuis peu à l’Internationale pâtissière.Gloup, gloup, gloup, gloup !Entartons, entartonsl’homophobe ratichon !Déclaration à chaud des Maurice Gloup :"Entartons, entartons les homophobes en robeEt les anti-avortements qui, dégueulassement,Protègent ceux qui tripotent les petits enfants.Que M'sieur SIDA ne s'en fasse pas,la capote, eux, ils ne la mettent pas."

Le 21 février 2011 à 10:57

La wrinkle pride

Conseil beauté : faites l'amour

C'est comme la gay pride, mais pour les ridés, puisqu'on n'y peut rien non plus. Donc pourquoi pas un défilé intitulé "la fierté des rides" ? Horreur ? Oui, horreur, je suis d'accord. Je préfèrerais me défiler. Cette idée m'est venue en voyant l'autre jour à la télé le pape de la chirurgie, Ohana, prénom Sydney, pratiquer des injections de botox à une jeune femme de 28 ans car pour son image professionnelle, il lui fallait faire disparaître de vilaines traces de fatigue.Deux choses :1/ Ça m'étonnerait que le pape Ohana-in-excelsis-Deo s'abaisse à piquer lui-même le bétail, au prix où il facture ses interventions ! Mais là, il y avait la télé, il était important pour sa promo qu'il y parût en clair et pas en off.2/ Se faire botoxer à 28 ans ! Il eût mieux valu que cette jeune femme qui n'était pas du tout moche se fît pénétrer non par une seringue, mais par un organe un peu plus joyeux activé par l'amour d'un mec ou d'une nana dans le but de lui faire plaisir, donc de la dérider. Cela s'appelle acte sexuel, en principe c'est gratuit, on peut en abuser, ça détend, ça fait chanter le regard, ça met du rose aux joues, ça rend belle. Et après tout, s'il se produit de petits bâillements le lendemain, cela rend les yeux plus brillants. Et Sydney Ohana peut aller se rhabiller. Heu, je ne suis pas sûre qu'il se déshabille devant ses patientes, enfin je l'espère pour elles !dessin © dominiquecozette

Le 30 octobre 2010 à 10:20

Pour votre sauvetage demandez un devis !

Conseil Citoyen 10

Un hasard malheureux et qui reste un mystère Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre, Ne pouvant accuser que ta seule imprudence A vouloir pimenter un peu plus tes vacances. Le problème l’ami, ainsi enseveli, C’est que tu es français, on n’est pas au Chili, Et même dans le cas de ta prise en otageTu risques de payer les frais de sauvetage. Rappelle-toi le prix du baptême de l’air Offert à ta maman pour son anniversaire. Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille, Compte les spéléos, les maîtres cynophiles… C’est à se demander s’il vaut mieux remonter Respirer, à l’air libre, à jamais endetté Ou finir, dans le fond, comme un aventurier, Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé. Toi pour qui l’aventure était, assis peinard, De regarder des gens sauter du Fort Boyard.   Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie, Demande aux sauveteurs de te faire un devis. Comment le demander ? Mais en morse bien sûr ! En tapant quelque part avec une chaussure. Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères ! Aucun professionnel, juste des volontaires Et un chien et demi : un berger, un caniche. Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches L’autre pour la photo, car soyons réalistes Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes. Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte.   S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort, Le temps que les médias s’installent au dehors. L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher, Ce serait d’être deux et que l’autre amoché Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau, Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut. Avec une bouchée, un peu de peau de coude, Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood. Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle. Les médias relaieront en parlant de miracle.   Quand enfin tombera, de là haut, la facture Fais valoir l’audimat de ta mésaventure, L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas Et comment, en soudant le pays sur ton cas L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles. Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

Le 12 juillet 2011 à 16:13

La radio d'info Klubradio résiste en chantant

Carte postale de Hongrie

En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 31 juillet 2012 à 08:58

Décapité deux fois !

Autour du théâtre du Rond-Point, il n'est pas rare que les jardiniers des Parcs et Jardins de la Ville de Paris mettent à jour d'étranges restes humains en renouvelant les plantations florales et arborées. Particularité commune à tous ces squelettes exhumés : ils sont sans tête. C'est que le site a été utilisé pendant la Grande Terreur pour enterrer à la va-vite les milliers de corps guillotinés place de la Révolution – notre actuelle place de la Concorde.Il y a deux jours, le jardinier Maurice Chaublanc a fait une macabre et singulière découverte en creusant un trou destiné à accueillir un palmier pendant les semaines chaudes de l'été : un corps sans tête et… sans pieds ! Après analyse du squelette à l'institut médico-légal, on sait à présent qu'il s'agit là d'un homme d'une trentaine d'année qui a été guillotiné à la hauteur des chevilles avant d'avoir eu le cou sectionné. Un raffinement de cruauté inédit, penserez-vous ? Il n'en est rien. De l'avis des spécialistes consultés par notre reporter, il s'agit tout simplement d'une étourderie des bourreaux au moment du supplice. Signe que les cadences étaient infernales pendant les mois rouges de la Terreur, voici un malheureux qui, malgré ses protestations, aura été positionné à l'envers sur la guillotine par des préposés surmenés et épuisés. Une erreur humaine donc, heureusement corrigée dans la foulée puisque le cadavre a été racourci par les deux bouts !

Le 24 juillet 2015 à 08:30
Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

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