Lettre d'une femme de chambre
Ma chère Emma,
Cela fait quelque temps que je ne t’ai pas envoyé de mes
nouvelles, pourtant j’en ai des choses à te raconter, si tu savais !
Depuis que je suis à Cherbourg avec Joseph dans ce petit
café, et bien oui, là ! Je m’ennuie !
Il pleut sans arrêt, on aurait dû ouvrir un magasin de
parapluies. Et puis il ne me laisse jamais m’amuser. Il lance des regards
terribles et me houspille chaque fois qu’un homme me regarde. Et après ?
Est-ce ma faute si je suis jolie ? Et puis zut, il me fait peur, à
moi ! Je commence à me dire qu’un jour on va me retrouver morte, le ventre
ouvert, comme la petite Claire, tiens !
Et puis Paris me manque, les lumières, les gens, la vie…
Tu te souviens, l’autre soir, au bal du Comte d’Orgel, j’ai
rencontré ce Monsieur Donatien, un noble, fort bel homme ma fois… Je lui ai
écrit, et il me propose une place bien payée, chez lui, à Paris ! Je
m’étais pourtant juré de ne plus jamais être domestique. Mais cette façon qu’il
avait de me regarder… Je sens que je ne vais pas m’embêter avec lui !
Peut-être même que je pourrais devenir Marquise, qui sait ? La Marquise de
Sade, ça sonne bien comme titre…
Tout est arrangé, Joseph doit partir quelques jours, à son
retour je serai loin… J’aimerais voir sa tête, à ce vieux chameau, quand il
s’apercevra de mon absence ! Ah mais…
Et toi ? Quand quitteras-tu enfin ta province et ton
Bovary, pour venir à Paris avec moi ?
Voilà, ma chère Emma, je te tiendrai au courant de la suite
de mes aventures très bientôt.
Oh, comme j’ai hâte !
Je t’embrasse,
Ton amie,
Célestine