Sylvie Denevers
Publié le 10/10/2010

L'homme pressé


C’est l’histoire du Président d’une petite république de l’ouest de la Sarpouskozy qui voulait toujours que tout aille très vite. Il ordonnait à ses nombreux conseillers de faire des lois sur toutes sortes de sujet : le travail des nomades pauvres, l’éducation des jeunes voyous, la sécurité des policiers, la retraite des arrière-grand-parents, la défiscalisation du bénéfice des banques, la prévoyance des riches, la taille des thons bons à pêcher, la couleur des cartes d’identité, etc., etc.
Les députés et sénateurs n’avaient même pas le temps de lire tous les projets de loi, il fallait qu’ils les votent tout de suite. Ils n’en pouvaient plus.
Un jour, l’un d’eux proposa de voter une loi qui permettrait au parlement de remercier un Président qui aurait si bien travaillé qu’il aurait tout fini avant la fin de son mandat. L’homme pressé fut ainsi libéré de son lourd fardeau et put enfin vaquer à d’autres occupations. Les élus furent soulagés. Et le peuple qui avait élu ce Président ne dit rien car il était très soulagé aussi.
On a le droit de rêver, non ?
Rédacteur-écrivain
Fictions : Une rencontre cybergourmande (Editions Chiron 2002) ; Qui mange un œuf mange un bœuf  (Editions Chiron 2002) ; livre d’humour Wallace et l’oie (2003, illustré par Tania Lecaillon, fiction historique publiée en braille)
Nouvelles
 : Gentils gens ; La tribu des berniques.
Articles
 : Le journal de Nevers juin 2005 Ça va comme un lundi ; 
Mediator octobre 2005 - 3 articles 
Les futurs de l'écrit 2009 - édito et interviews 




> http://sylviedenevers.blog.lemonde.fr

 

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Le 14 mai 2012 à 08:22

L'autre jour, sur la ligne 2

L'autre jour, sur la ligne 2, y'avait Mélenchon. Comme j'te l'dis. C'était dommage parce que j'avais envie d'être au calme, là, sur mon strapontin rose et bleu, trop tacheté pour être honnête. En face de moi, y'avait une trentenaire en tailleur, on s'amusait bien, elle et moi, à faire semblant de pas se regarder, quoi, qui ça ? Moi ? Mais bon, il a fallu que Mélenchon entre dans mon wagon. Quand il est monté, j'ai tout de suite senti que c'était raté, pour le calme et la trentenaire en tailleur. D'ailleurs même pour le strapontin, c'était raté vu qu'il est entré avec toute son équipe de campagne et qu'il a fallu se lever. Du coup, debout, la trentenaire, elle était déjà moins avenante. Et ça m'a fait rire parce que Mélenchon, il portait des lunettes à grosses montures colorées et que comme ça il ressemblait à Eva Joly et à ma tante Gisèle, celle qu'avait l'habitude de porter des visons pour pas qu'on voit ses bras fripés, même sur la plage, la pauvre, elle perdait la boule. Mais je m'égare. Finalement j'ai arrêté de rire parce que Mélenchon, il m'a demandé ce qui me faisait rire, j'ai dit : « Rien », et j'ai fait comme si je lisais les stations sur le plan de la ligne 2 : Avron, Colonel Fabien, Barbès-Rochechouart... Mais comme je les connaissais déjà par cœur, je me suis reporté au décolleté de la trentenaire. Et c'est là qu'une drôle de petite femme ronde, rouge et Rom est passée par là. Elle était drôle parce qu'elle avait les genoux retournés vers l'arrière, on aurait dit une mante religieuse. Moi j'ai ri à cause du coup de la mante religieuse, Mélenchon m'a demandé ce qui me faisait rire, j'ai dit : « Rien ». Puis il m'a demandé ce que je faisais dans la vie. J'ai dit « journaliste » parce que j'avais pas d'autre idée. Il a ri, j'ai demandé ce qui le faisait rire, hein, on peut savoir ? Il a dit « Rien », et je suis sorti du métro, et de ma couette. J'avais bavé sur mes draps. Et là je me suis dit qu'aux prochaines élections, je prendrais des vacances en terre Adélie. Au moins là bas, y'a pas de métro.

Le 24 janvier 2011 à 13:15

Prévisions météo pour l'année 2011

Raz-de-marée de sondages et intempéries médiatiques attendus

Après un mois de janvier mitigé, les premières avaries chiffrées se dessineront début février. Progressivement, la masse média statisticienne envahira le pays. Les chiffres se feront plus fréquents, leur probabilité élevée de 80 à 85% avec des pointes pouvant atteindre par endroits 100 à 140%. La pensée critique restera couverte sur l’ensemble des régions malgré ici ou là quelques timides éclaircies. La rigueur sera aussi de mise pour échapper au brouillard sur les débats d’idées et au gel des programmes. En effet, un risque de verglas sur les conceptions politiques concrètes, innovantes et participatives est à craindre. Toutefois, en milieu d’année, après les premières transhumances estivales, un anticyclone journalistique arrivant par le pourtour méditerranéen nous apportera une embellie saisonnière. Les enquêtes ciblant des panels d’électeurs baisseront en température. Selon toute vraisemblance, la période favorisera de fortes vagues d’opinions positives caniculaires. A cette alternance de courte durée succédera un temps dépressionnaire. Les sondages d’opinion violents viendront souffler à plus de 40 nœuds accompagnés des pertes de points en rafale. Certains candidats devront donc s’attendre à de fortes chutes d’intentions de vote. Une avalanche de livres politiques s’abattra alors du nord au sud et de l’est à l’ouest, pleine de convictions brumeuses. Le degré de pessimisme ambiant gagnant le territoire, l’ambiance sera électrique, les orages verbeux éclateront progressivement. Une France soumise à la tempête numérique guettera fiévreuse, l’ouragan présidentiel, plus très loin désormais…  Conseils de Prévisions Météo : abritez-vous ! Si vous devez absolument mettre le nez dehors, sortez couvert. En cas de vents contraires, n’hésitez pas à retourner votre veste.

Le 25 août 2010 à 08:17

Le parti du Chien à deux queues (Magyar Kétfarkú Kutya Párt)

Carte postale de Budapest

"Il est si mignon, il ne va pas te voler !"Voteriez-vous pour le nouveau parti dont les affiches ont envahi Budapest cet été ? Ce toutou à cravate qui rassemble bien visiblement sa duplicité dans une jolie double queue, promet la vie éternelle, le droit de vote aux animaux, la bière gratuite, l'abrogation des impôts, l'ouverture de relations diplomatiques avec les extraterrestres, l'entrée des virus au Parlement (sous un espace vitré pour éviter la contagion), une réforme de la météo avec neige en hiver sauf sur les routes nationales, le Rallye de Monte Carlo en Hongrie... "Le MKKP est fondamentalement différents des autres partis au sens où nos promesses ne sont clairement que des promesses. C'est un programme rationnel et urgent  pour faire décoller le pays. C'est la seule option raisonnable.", précise le programme du Chien à deux queues hongrois. Après les Turcs, les Habsbourg, une dictature fasciste qui fait alliance avec les Nazis et enfin l'occupation soviétique, les Hongrois n'expérimentent vraiment la démocratie que depuis la chute du mur. En donnant des gros coups de volant à chaque élection. Des virages de plus en plus rageurs, au vu des tombereaux de promesses non tenues par les partis qui se sont succédés au pouvoir. Cette année, le pays a fait un tête à queue à droite : les électeurs viennent de confier tous les leviers à Viktor Orban, un libéral nationaliste très sarkozyste dans sa manière de monopoliser le pouvoir. Son opposition de centre gauche s'est volatilisée au profit d'un nouveau parti populiste d'extrême droite ouvertement antisémite et bouffeur de Roms, le Jobbic ("Y'a bon à droite"). A ceux qui ne savent plus à quel bulletin se vouer, le parti du Chien à deux queues veut apporter un peu d'air frais en présentant ses candidats à la mairie de Budapest et de Szeged aux très prochaines élections municipales. Ils sont sans doute encouragés par la victoire du comique islandais Jon Gnarr à la mairie de Reykjavik en juin dernier. Après le crash qui a rendu visible à tous les Islandais la collusion entre finance et politique, son "Meilleur Parti" s'est imposé en proclamant : "Un seul Père Noël pour faire des économies, un ours polaire pour le zoo de Reykjavik, Disneyland à l’aéroport, un Parlement sans drogues d’ici 2020".Des promesses dont pourrait s'inspirer Eva Joly avec son projet de "déprofessionnalisation de la politique"...

Le 8 juillet 2010 à 18:16

« J'observe aujourd'hui qu'il y a une espèce de collusion médiatico-politico-trotskyste d'extrême qui essaie de jeter l'honneur d'Eric Woerth »

Nadine Morano, cour de Matignon, 7 juillet 2010

Du « Morano » ça doit être restitué in extenso pour en apprécier toutes les hardiesses syntaxiques, audaces conceptuelles, et autres ellipses historiques.  Elle est culte dans l’inculte, la pétaradante secrétaire d’Etat à la famille qui répondit un jour sur RTL où on lui opposait une citation de Georges Clemenceau : « Georges Clemenceau a le droit de dire ce qu’il veut ».  Elle a dû faire des impasses pour décrocher son DESS d’information, communication et organisation des entreprises. Quant aux travaux pratiques ultérieurs, ils souffrent d’approximations dans la « communication de crise » dictée de l’Elysée : taper à bras raccourcis sur Mediapart et son patron Edwy Plenel, connu pour ses sympathies trotskystes de jeunesse, qui ont monté une machination à caractère fasciste visant à abattre Eric Woerth comme la presse d’extrême droite s’attaqua jadis à Roger Salengro, et comme l’honneur de Pierre Bérégovoy fut naguère « jeté aux chiens » selon l'expression de François Mitterrand.  Nadine Morano a lu trop vite ses fiches et les a récitées en langage yaourt, oubliant de caser le qualificatif « fasciste ».  Elle s’est du coup privée de la compréhension des staliniens les plus chenus, lesquels dans les années 50 avaient anticipé, en traquant eux aussi "le complot hitléro-trotskyste."

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