On n’en entend plus guère parler. Et pourtant, flottant dans leurs pantalons « groovy » découpés dans des drapeaux américains chapardés, les yippies personnifièrent youpitamment, à la puissance mille, tout ce qu’il y eut de plus déraisonnablement libérateur et de plus burlesquement transgressif dans les années 68. En lançant à la mer la bouteille de tequila de « la révolution dans le plaisir sans entraves », le maxbrotheresque yip (Youth International Party) parvint à « foutre une belle merde » dans les rangs des piliers de l’establishment US comme dans ceux des contestataires psycho-rigides rêvant de substituer à l’oppression capitaliste un despotisme bureaucratique éclairé.
C’est ainsi que, ne doutant de rien, les guérilleros loufoques yippies, galvanisés par leurs fuck-leaders Abbie Hoffman et Jerry Rubin, préconisèrent et pratiquèrent dans les seventies le sabotage branquignolesque des cérémonies lugubres, le déboussolage des horloges publiques, l’invasion malotrue des plateaux télé en direct life, la diffusion à grande échelle de vrais secrets d’État ou de fausses directives officielles, le déclenchement incongru des dispositifs d’alarme, l’attentat pâtissier à répétition, l’impression de faux diplômes, le coulage à pic bouffon des meetings électoraux, la mise en panique des Bourses à l’aide de fumigènes et d’avalanches de dollars, le travestissement gredin (« Prends l’habit de juges, de pasteurs, de flics, deviens un imposteur ! »), le cisaillage-surprise des cravates dans les endroits huppés ou la propagation de beaux appels au désordre : « La révolution, c’est abolir les programmes et changer les spectateurs en acteurs. »
On se doute que quelques faits d’armes tirebouchonnants des turlupins yippies sont passé à l’Histoire.
- En 1967, au grand gala des sénateurs libéraux, des galapiats yip yip s’étant fait engager pour renforcer le personnel de la réception entrent dans la salle du festin entièrement nus et servent aux sénateurs en lieu et place des quartiers de tartes aux pommes prévus… des têtes de cochons. - En 1968, des manifestants contre la guerre du Vietnam, chargés rudement par la flicaille et gazés, réussissent 24h plus tard à injecter les gaz lacrymogènes de la répression de la veille dans le système d’aération du Hilton. - En 1970, à différentes reprises, des adeptes du « Do what that wilt ! » camouflent leurs tires en taxis et viennent cueillir à la sortie de leurs hôtels des délégués de congrès de big boss pour « les débarquer de l’autre côté de la frontière de l’État ». - En 1971, le procès du « troublemaker » Abbie Hoffman, auteur du légendaire « Steal this book », est épique. « Quand nous sommes arrivés devant la Cour, le juge portait sa robe de juge, mais nous portions nous aussi des robes de juge. Nous nous sommes levés et lui avons dit : « Vous êtes tout seul, on est plusieurs, vous êtes coupable ! » (…) Nous avons fait de chaque audience un théâtre, un cirque, une école et le champ de bataille d’une lutte à mort. » Un soir, après des débats mouvementés, Abbie Hoffman, sur son 31, flanqué de son pote l’écrivain-cinéaste Norman Mailer et d’une poignée de comparses, vêtus aussi chiquement qu’eux, a surgi dans le club ultra sélect où son juge avait l’habitude de dîner et s’est installé avec sa bande à la table à côté de lui. « On lui a offert un verre. Le juge a demandé au garçon de transporter sa table à l’autre bout de la salle. Nous l’avons poursuivi avec la nôtre. »
Et si, comme les tueurs à gags yip yip, nous prenions le pli de « recréer la réalité partout où nous allons en vivant nos désirs » frappadinguement ? Et si, à notre tour, nous devenions d’incontrôlables yippies en faisant voir de toutes les couleurs aux père la trique de toute farine ?
Michel Onfray : "Mai 68, révolte nietzschéenne ?" ventscontraires.net Théâtre du Rond-Point
> premier épisodeLa pensée anarchiste est riche de potentialités à réactiver. La légende du socialisme libertaire mérite , comme toutes les légendes, une déconstruction afin de rendre à cette force de frappe intellectuelle et politique toute sa puissance contemporaine. Il s'agit de pratiquer le droit d'inventaire dans un corpus foisonnant et contradictoire : l'individualisme de Stirner ou le collectivisme de Kropotkine ? Le pragmatisme de Proudhon ou l'utopie débridée de Fourier ? La pruderie de Sébastien Faure ou le libertinage généralisé d'Emile Armand ? Le millénarisme de Godwin ou le municipalisme de Bocklin ? La violence de Ravachol ou le pacifisme de Reclus ?"
Michel Onfray
ventscontraires.net diffuse en feuilleton la conférence de Michel Onfray sur le post-anarchisme, donnée au Théâtre du Rond-Point avec l'Université Populaire de Caen > L'intégralité de la conférence est disponible dans un coffret 4 Cd édité par Frémeaux et Associés > Captation diffusée par Cinaps TV, la chaîne de la culture et de la connaissance (disponible sur la TNT en Île-de-France)
Jacques Gamblin : "J'aime pas que ça commence", ventscontraires.net, Théâtre du Rond-Point
Jacques Gamblin commence au Rond-Point son spectacle "Tout est normal mon coeur scintille" un jour férié (le 11 novembre)… ça démarre vraiment mal. Jacques Gamblin n'aime pas les débuts. Il le dit : ce qui le dérange, c'est que ça commence. Même sa carrière, il aurait préféré qu'elle ait déjà commencé plutôt qu'elle débute avec un début... "Il y eut un début. Engagé à 18 ans comme régisseur son et lumière dans une jeune compagnie qui parcourait la France horizontalement et verticalement en 4L avant de s’implanter en Bretagne et dans laquelle après deux ans d’activités plutôt manuelles, j’ai tenté de faire l’acteur. Ma première prestation eut lieu dans une église dans laquelle ni Jésus ni son père spirituel ne nous ont sauvés du désastre car nous n’avons pas joué faute de spectateur. De retour au bercail après cet échec, le premier rond-point nous fut fatal, j’étais au volant, très concentré, avec un permis de conduire qui sortait à peine de l’imprimerie, tandis qu’un idiot pressé nous a coupé la route. Le camion a rendu l’âme et nous nous sommes retrouvés aux urgences en observation. Une fois observés, nous sommes rentrés à pied mais sains et saufs. Le lendemain la deuxième représentation est donc devenue ma première et ainsi de suite jusqu’à maintenant car on ne rattrape pas le temps perdu."
D'après les statistiques, plus on passe de temps devant la télévision, plus on s'approche vite de la mort. Temps perdu à jamais retrouvé, même pas à l'ombre des jeunes filles en fleurs... mais à l'ombre des écrans divers (téléviseur, ordinateur, smartphone)... le teint se fane et les yeux se cernent et on oublie même quand on a 17 ans de ne pas être sérieux...
Les yeux cernés de cercles opaques, anaphrodisiaques, occultent la pensée.
Les yeux cernés ont la malchance de ceux qui dansent dans l'oublié.
Les yeux cernés ne peuvent pas voir la transe de la beauté.
Les yeux cernés ont oublié de voir la vie du bon côté.
Les yeux cernés sont la sentence d'une conscience inhabitée.
Les yeux cernés croient pourtant voir le faux miroir de la pensée. Ils
vont sans espoir dans les lavoirs du regretté.
Les yeux cernés sont sans le voir la marque tatouée du désespoir.
Les yeux cernés sont dans le noir, les yeux fermés sont sans espoir.
Les yeux cernés sont aveuglés...