Une copie déplumée
L’encre a tracé sur
la page tendre comme la première neige de fines empreintes pareilles à celles
d’un oiseau qui sautille en tous sens. Cette page, c’est celle que le
correcteur a remplie de reproches en me retournant ma copie. Ils sont tous
justes, mais certains m’ont fait bien du mal. Voilà ce qu’il écrit : avant
tout, votre plan est défectueux car la charrue y tire les bœufs. Et puis, en
page 53, vous passez sous silence le travail fondamental de Y, c’est vraiment
du passé faire table rase. Plus haut, vous jetez votre bonnet par-dessus les
moulins : les hypothèses exposées en introduction sont déjà paroles
d’Évangile au bout de trois pages ! Non, non, non. Il faut entièrement
défaire votre ouvrage, le remettre sur le métier et adopter enfin une rigueur
d’horloger. Et puis, d’une manière générale, l’exposition de vos arguments est
continuellement ponctuée de métaphores, dont certaines sont par trop
approximatives. C’est très irritant pour le lecteur et vous tendez les verges
pour vous faire battre. Je ne puis que vous encourager à abandonner ce tic
déplorable. Ouvrez les yeux, épurez votre style, libérez-vous de cette chaîne.