Laure Albernhe
Publié le 02/10/2010

Deux fois plus fort que l'Académie française!


Il paraît que l'Académie française a adopté une nouvelle disposition dans son règlement intérieur : elle impose désormais de ne recruter les futurs candidats à l'immortalité que chez les jeunes de moins de 75 ans. C'est le site du Figaro, qui s'y connaît en matière de personnes âgées, qui a publié cette information hier. Sur ventscontraires.net, on fait mieux, on recrute dans la population créative de moins de 150 ans.

 

 

Laure Albernhe parle dans un micro, c’est son métier. Elle fait ça très tôt le matin et sur une radio qui s’appelle TSFJazz. Parce que le jazz, elle aime ça. Elle aime aussi beaucoup les mots, alors il lui arrive d’écrire, ce qu’elle a fait comme journaliste pour le quotidien économique La Tribune puis, bien des années plus tard, pour le Magazine Jazzman.
 

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Laure Albernhe

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Le 12 septembre 2010 à 17:20

« Vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie incomplètes »

Ségolène Royal, « A vous de juger » sur France 2, jeudi 9 septembre 2010

La dame du Poitou n’y va pas de main morte pour illustrer son propos sur la malfaisance, à l’égard des femmes, du projet de réforme gouvernemental reportant l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans. Au pied de la lettre ce n’est même plus  SOS-femmes battues, mais on achève bien les femmes foutues. C’était au cours de la seule grande émission de la télévision sur les retraites, dont François Fillon était la tête d’affiche et Ségolène Royal la « guest star. » Une prestation sans peur, saluée par la critique, mais pas sans reproches. Il est fréquent en politique que les mots se bousculent dans la bouche de l’orateur qui veut écraser l’interlocuteur de toute la force de ses convictions. Le risque est alors maximum, de lapsus ravageurs ou d’ellipses obscures. Chez Ségolène Royal on a bien sûr compris que le verbe « frapper » métaphorisait la brutalité de la réforme et que par « durées de vie » il fallait entendre « durées de cotisation ». D’autant que l’indignation féministe succédait à l’indignation sociale pour les ouvriers « frappés » également par les 62 ans. Mais, justement, si la réforme est globalement injuste, les femmes sont plutôt plus pénalisées encore par le passage de 65 à 67 ans du droit à la retraite à temps plein.  Précisément à cause des carrières « incomplètes ». L’intention était bonne, l’exécution malhabile, le ségolénisme reste un art à parfaire.

Le 10 décembre 2013 à 09:08

L'Académie française avoue avoir perdu tout contrôle de l'expression "à bon entendeur..."

La langue française nous prouve encore qu’elle n’en fait qu’à sa tête. Plusieurs académiciens prennent la plume aujourd’hui dans une tribune du quotidien Le Monde pour faire part de leur impuissance et annoncent que l’expression « à bon entendeur, salut ! »serait, selon eux, devenue aujourd’hui totalement hors de contrôle. « Nous déplorons la perte de contrôle de la locution depuis plusieurs mois, mais faisons notre possible pour rétablir un contact » déclare René Girard qui occupe son fauteuil d’académicien depuis 2005. Selon lui, une majorité de Français ne comprend plus la nature de cette expression et l’utilise dans un mauvais contexte, « ce qui lui fait perdre systématiquement son sens initial » ajoute-t-il. Une situation ordinaire mais qui dérape. « Parfois, les expressions nous échappent. Souvenez-vous du drame de “C’est que du bonheur !”, il avait alors fallu des mois pour réussir à la ramener dans le droit chemin. » rappelle l’académicien. Et pour les académiciens, il est peut-être encore temps d’éviter un nouveau désastre linguistique. « On se trouve, au jour d’aujourd’hui, en face d’une aberration et d’un non sens total » s’exclame l’académicien qui souhaite s’engager pour une interdiction totale de la locution dans l’attente d’un retour progressif à la normale. L’homme de lettres cite plusieurs exemples très récents comme une petite annonce publiée sur un site spécialisé : « A vendre écran télé led 117cm très bon état. A bon entendeur, salut ! » ou bien un statut sur un réseau social : « Fini les vacances, retour au boulot lundi, à bon entendeur salut ». Les académiciens annoncent être passés aujourd’hui en état d’alerte de niveau 2 pour tenter de reprendre le contrôle sur la locution. Aux dernières nouvelles, elle aurait été aperçue ce matin au bas d’un menu de restaurant, puis en phrase d’accroche dans l’introduction d’une lettre de motivation. « Si nous ne faisons rien, cette expression sera partout, sur toutes les lèvres, dans tous les papiers, manchettes de journaux, on ne fait rien, nous sommes perdus, à bon entendeur… » termine l’académicien. Le Gorafi Photo:iStock/amite   

Le 15 octobre 2010 à 08:00

Des vieux jeunes, des jeunes vieux, des monstres?

Il n'y a pas que le Rond-Point qui honore les monstres

Il faut que je commence par avouer que je n'ai pas compris le sens de cette publicité : des têtes de vieux (grimées) sur des corps de jeunes (dans le vent). Et ce slogan : "Ne vieillissez pas trop vite". C'est une pub pour une radio, qui diffuse de la musique de jeunes, mais que les vieux peuvent aussi écouter, je crois. Ou alors peut-être que si on écoute cette radio quand on est jeune, on devient vite vieux, mais on reste habillé en jeune (à skate). Bref. Je n'avais pas compris jusqu'à ce que cette campagne fasse parler d'elle autrement, c'est-à-dire par voie de presse. C'est parce que le maire de Clichy l'a interdite sur les panneaux d'affichage de sa ville que j'ai enfin eu son décryptage.Dans le Nouvel Observateur n° 2396, la journaliste Elodie Lepage a interviewé à ce sujet la sémiologue Mariette Darrigrand, qui parle de monstres. On est en plein de la thématique de saison du Rond-Point. "Cette pub joue avec la figure du monstre au sens d'être humain déformé : le corps et la tête ne sont pas en conformité. On est devant une créature, ça ranime Frankestein et les peurs liées aux manipulations génétiques. Si c'était une œuvre d'art, ce serait intéressant, mais dans le cadre d'une pub, qui est censée séduire, ça gêne et donc ça ne passe pas." A l'heure du botox et du règne tout-puissant de la chirurgie esthétique, on trouve sur Internet un logiciel qui propose de se projeter dans le temps, et en l'occurrence, celui de la vieillesse. Dans les manifs anti-retraites, il y a de plus en plus de jeunes, qui pensent déjà à leur lointain avenir. Je me dis qu'il doit être bien difficile d'être jeune en 2010 pour vouloir vieillir si prématurément.

Le 21 février 2011 à 10:57

La wrinkle pride

Conseil beauté : faites l'amour

C'est comme la gay pride, mais pour les ridés, puisqu'on n'y peut rien non plus. Donc pourquoi pas un défilé intitulé "la fierté des rides" ? Horreur ? Oui, horreur, je suis d'accord. Je préfèrerais me défiler. Cette idée m'est venue en voyant l'autre jour à la télé le pape de la chirurgie, Ohana, prénom Sydney, pratiquer des injections de botox à une jeune femme de 28 ans car pour son image professionnelle, il lui fallait faire disparaître de vilaines traces de fatigue.Deux choses :1/ Ça m'étonnerait que le pape Ohana-in-excelsis-Deo s'abaisse à piquer lui-même le bétail, au prix où il facture ses interventions ! Mais là, il y avait la télé, il était important pour sa promo qu'il y parût en clair et pas en off.2/ Se faire botoxer à 28 ans ! Il eût mieux valu que cette jeune femme qui n'était pas du tout moche se fît pénétrer non par une seringue, mais par un organe un peu plus joyeux activé par l'amour d'un mec ou d'une nana dans le but de lui faire plaisir, donc de la dérider. Cela s'appelle acte sexuel, en principe c'est gratuit, on peut en abuser, ça détend, ça fait chanter le regard, ça met du rose aux joues, ça rend belle. Et après tout, s'il se produit de petits bâillements le lendemain, cela rend les yeux plus brillants. Et Sydney Ohana peut aller se rhabiller. Heu, je ne suis pas sûre qu'il se déshabille devant ses patientes, enfin je l'espère pour elles !dessin © dominiquecozette

Le 12 mai 2011 à 08:00

Tout est chaos ? A côté !

Je sais pas vous, mais tout est chaos   Entre la gare et le lieu où je travaille, il y a un gymnase*, dans lequel des hordes d'adolescents apprennent les équations différentielles pour pouvoir un jour présider aux destinées de la nation. Tous les jours, donc, je partage un bout de chemin avec eux et même que parfois, je traverse au rouge. Cela me permet de me tenir au courant des aspirations de la « génération Z » (au passage, si quelqu'un connaît quelqu'un au nommage de générations, j'aimerais bien leur dire deux mots), ce qui tombe super bien puisque je dois être « plus transgénérationnel ». Or, l'autre jour, alors que je tentais un dépassement hasardeux, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre un jeune homme, muant et florescent, affirmer : « J'adorais ça quand j'étais petit. » Sans être vieux jeu ou quoi que ce soit, il me semble que les jeunes d'aujourd'hui sont nostalgiques de plus en plus tôt. Je suis ouvert d'esprit, j'ai moi-même, sans aller jusqu'à la nostalgie, eu quelques accès de mélancolie pendant mon adolescence, mais je ne sais pas si c'est bien, si vite... Oh, oui, on y pensait, on en parlait entre nous, on regardait avec envie ceux qui pensaient déjà que c'était mieux avant. Mais ça se faisait différemment, de manière plus naturelle. Je comprends, ils vont sur Internet, ils voient des sites nostalgiques, ils ont envie d'essayer eux aussi mais est-ce bien raisonnable ? Sinon, l'honneur est sauf, il avait aussi une coupe de cheveux ridicule.* NDLR : En Suisse, le gymnase est un lycée.

Le 23 avril 2011 à 10:30

Les yeux d'Elsa

Pubologie pour tous

Avant de se plonger dans les yeux d’Elsa, il faut savoir que cette campagne d’affichage, datant de 2010, a été une petite révolution dans le monde bien rangé du luxe. Pourquoi ? Parce qu’il y a un PRIX. Place Vendôme, déjà faire de la pub c’est limite, alors mettre un prix, vous n’y pensez pas. C’est putâssier. Avec un â, comme dans Versâilles. Alors pour compenser, on donne à la montre un nom en forme de phrase. Nom qu’on illustre par une photo d’un jour qui se lève, d’un beau bleu-vert lagon lagune laguna de la couleur des yeux de l’égérie. C’est fait exprès d’ailleurs. Pour ce genre de publicité, on fait un casting de stars, on les place devant la fenêtre, et si leur couleur d’yeux est celle du ciel, eh bien c’est gagné. Et sinon, il y a Photoshop. Là il y a eu Photoshop, c’est d’ailleurs pour cela qu’Elsa, 42 ans, a l’air d’en avoir 17. Mais les 42 ans d’Elsa ne sont pas un défaut. Ils sont une force. C’est son expérience qui lui permet de jouer si bien le jour qui se lève, amour. On le voit bien, dans ses yeux laguna, l’amour du jour qui se lève. Elle semble même un peu surprise d’ailleurs que l’amour se lève le jour, c’est probablement parce qu’elle était en train de faire la fofolle sur un trampoline de fils de soie, c’est pour ça qu’elle est décoiffée. Mais pas trop parce que les fils de soie ça ne rebondit pas très bien. Elsa, elle joue très bien l’air chagrin-enamouré-rêveur. Mais ça ne marche pas. Parce qu’on ne lui a pas dit à Elsa, mais faire la moustache avec ses cheveux, ça ne fait pas très chagrin-enamouré-rêveur, même si c’est rigolo. Mais surtout, Elsa, elle ne va pas nous faire croire que le jour se lève alors qu’il est dix heures à sa montre. Parce que soit elle vit au Pôle Nord Elsa, soit elle croit que tôt le matin c’est dix heures. Et ça c’est bien un truc de riches.

Le 30 novembre 2014 à 09:22

Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide

Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.

Le 21 mai 2014 à 15:36

Comment ça va, "Famille" ?

Je m'appelle « Famille », presque comme Camille ; et j'aime bien rimer avec Brindille (moins avec Faucille). Je suis un nom commun féminin, assez fier (ou fière) de désigner un groupe d'humains primordial, à la base de toute société. Je suis venue d'Italie, mon ancêtre romain s'appelait familia, c'était la fille d'un certain famulus, qui était un esclave de maison, souvent un captif, une prise de guerre. La belle Andromaque, dans l'Enéide, devenue esclave de guerre, se dit être famula. Les famuli, garçons et filles, formaient une familia, sous l'autorité d'un maître – il avait le culot de se dire paterfamilias – et vivant sous son toit. Les Romains, d'ailleurs, opposaient la familia à la gens, l'ensemble des personnes issues d'un même ancêtre. Adieu paterfamilias Je n'étais pas très contente d'avoir cette fonction économique, patriarcale, esclavagiste, et, pour tout dire, socialement ringarde. Aussi, après la révolte de ma mère familia, moi, la française famille, j'ai préféré laisser à ma copine mesnie le soin de désigner ce groupe de personnes au service d'un tyran domestique, et devenir l’emblème d'une réunion toute biologique, celle des personnes issues d'un même ancêtre. Adieu ce vieux paterfamilias, plutôt entrepreneur (paternaliste, évidemment) que grand-papa ; Je devenais la détentrice d'une affaire génétique, ce qui était nettement plus moderne et plus valorisant. Mon rôle devenait particulièrement important en français d'Afrique, où la « famille », la grande famille, comprend aussi les oncles, tantes, cousins-cousines, des alliés, et même des tas de gens unis par des liens traditionnels. Mais, comme pour me rabattre mon caquet, ce qu'on appelle par mon nom, en Europe ou en Amérique, s'est réduit à un tout petit groupe formé par « papa-maman-bébé », au mieux avec plusieurs mômes. Quand je pense qu'on a dit famille nombreuse pour seulement deux adultes et trois bambinos ! Enfin, il faut suivre son temps, quand on est mot. Exeunt donc les nombreux grands et arrière-grands, les tatas, les tontons, les pépés, les mémés, la mode de Bretagne pour le cousinage, et tutti, et quanti... Et dans certaines familles, on disait bizarrement que les enfants étaient ceux « d'un lit », qualifié de « premier » ou de « second ». un mot ridicule, parentèle, un autre prétentieux, fratrie, ont prétendu me concurrencer sans grand succès. Finie cette histoire d'homme-femme-enfants Cela dit, réduite au groupe minimal mais plutôt affectueux, moi, le nom féminin famille, j'allais me résigner, lorsque tout a été bouleversé.On est venu me dire : « finie cette histoire d'homme-femme-enfants ; ce que tu désignes, maintenant, c'est un ou deux adultes, sans distinction de sexe, et des enfants ». Mon pote, le mot parent, mon cousin, le mot mariage ont changé d'allure ; les dicos n'en pouvaient plus de modifier leur feuille de route, et à ce propos, on m'a proposé des PACS avec de drôles d'adjectifs, monoparental, au féminin, quand même (grâce à Grammaire, famille reste une fille : question de genre) ou encore recomposée, avec parents homos, ou divorcés, remariés, esseulés, et des enfants. On parle même de familles décomposées, ce que je trouve insultant, alors qu'en tant que nom, je ne suis ni dérivé, ni composé, encore moins décomposé (je suis obligé d'employer le masculin, parce que je suis un nom, un mot ; il va falloir réformer ça). Cependant, je me disais que mon champ d'action d'était comme ça bien étendu. Il n'en reste pas moins que les groupes qui portent mon nom tendent à se réduire : une mère et son petit, ça se permet maintenant de s'appeler « famille ». Et mon gamin, l'adjectif familial, se plaint que les gamins quittent de plus en plus tôt ce qu'on appelle son giron. Parfois même, lorsqu'on dit que quelqu'un est venu avec sa petite famille, je ne sais plus de combien d'enfants je suis le nom. Vexant, non ? Est-ce que j'ai une gueule de foyer clos ! Heureusement qu'on a compris que cette bougresse d'Etymologie, qui se prétend grecque, ne possède plus le « sens vrai » (etumos logos). Sinon, ceux et celles que je suis chargée de désigner seraient encore des esclaves. Il est vrai que parfois... En tout cas, je refuse de donner raison à André Gide, avec son fameux « Familles, je vous hais, foyer clos, etc. » Est-ce que j'ai une gueule de foyer clos ! Un peu de respect pour les mots, surtout quand ils sont beaux et nobles, comme moi, dame FAMILLE, inventrice d'un jeu épatant : « dans la famille Machin, je choisis la grand-mère ». Et quand on dit qu'on s'est tapé un petit gueuleton « des familles », je suis réconfortée. Donc, dans l'ensemble, ça peut aller.

Le 27 mai 2011 à 09:30

Je ride me voir si belle en ce miroir

Pubologie pour tous

Quand on fait de la publicité pour les cosmétiques on se retrouve souvent devant un dilemme. Car voilà, on raconte aux gens que tout vieux et moches et gros qu’ils sont, affalés devant leur télé avec une bière et un cheeseburger réchauffé au micro-ondes, on va les rendre jeunes et beaux et minces et aussi bronzés en prime.   Le dilemme n’est pas que tout cela est impossible, ça c’est une donnée négligeable. Le problème est que pour vendre de la beauté, on ne peut pas montrer des modèles moches. Voire même un peu imparfaits.   Dans les écoles de com, on ressasse l’exemple de cette marque qui a brillamment montré des gros, des vieux, des différents pour vendre des crèmes, a été encensée par la critique et… a vu ses ventes se crasher en beauté. Donc voilà, c’est pourtant simple, les gens aiment qu’on leur parle à eux tels qu’ils sont, mais en leur montrant des eux tels qu’ils ne seront jamais.   C’est pour ça qu’on montre toujours des trentenaires pimpants avec de faux cheveux blancs dans les pubs sur les colorations capillaires couvrantes. C’est pour ça que les jeunes acnéiques n’ont pas d’acné. C’est pour ça qu’on en arrive, dans une affiche pour un anti-rides, à montrer une femme tellement lisse et retouchée qu’elle semble avoir volé sa peau à un enfant, mais qui se trouve trop de rides alors elle s’étire pathétiquement les bords du visage. Mais heureusement pour elle, il y a un super antirides qui marche tellement bien qu’avant même de l’utiliser on n’a déjà plus de rides.   Ce n’est pas prendre les gens pour des cons. C’est essayer de les comprendre au mieux. Nuance.

Le 15 octobre 2010 à 08:00

Au secours les mots : Thierry Illouz défend le mot "cité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Les enjeux du langage dépassent largement la constatation objective d’une évolution, d’un simple glissement sémantique, ainsi ils incorporent tous les mécanismes de la désignation, de la stigmatisation de la disqualification.J’aimerais prendre pour exemple le mot magnifique de "cité". Son sens premier que je découvrais avec passion dans mes livres d’histoire est celui de la réunion, de ce tout qui englobe, qui tisse entre les gens un lien de coïncidence, non seulement géographique mais aussi moral et politique. La cité c’est le lieu où s’accomplit et s’épanouit l’idéal démocratique, c’est le lieu de la parole commune, de la parole entendue.
 Et pourtant par une forme d’intention sociale, médiatique ou politique le mot s’est chargé d’une connotation, d’un poids, d’un sens qui non seulement diffèrent de son sens premier mais en véhiculent littéralement le contraire. Etre un jeune des cités, c’est en effet porter le poids d’une rupture d’avec le groupe, d’une mise hors du collectif, une relégation, une défiance, un rejet.Habiter les cités ne signifie plus en rien aujourd’hui participer de la démocratie d’un espace commun structuré et attentif aux attentes de ses acteurs mais simplement vivre dans de vastes ensembles architecturaux où sont parquées ce que l’on peut appeler sans risquer d’être contredit "les classes dominées".Que ce terme noble, exigeant, philosophique depuis la Grèce antique soit devenu le symbole de ce mépris de cette distance dans tous les sens du terme mérite l’examen, ne pensez-vous pas ?Et peut-être surtout parce que le reproche permanent adressé aux habitants des « cités » consiste, on se pince pour le croire, dans l’absence de sens "citoyen", de sens "civique" tandis que ces populations comparaissent dans les tribunaux comme à la une des journaux au titre de toutes les "incivilités".Il faut commencer par s’occuper des mots, je le crois, ce sont les indicateurs et les indices de tous les mauvais virages et ce sont aussi souvent les protections, les parapets, les remparts.Je voudrais si j’en avais seul le pouvoir remettre le mot "cité" sur son pied, d’égalité s’entend, de respect, de considération, c’est cela la cité que je veux, la vraie et dont je fais partie.Le sort des mots est parfois un combat et sur ce terrain comme sur bien d’autres, comme le disait Brecht : "Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite."  Thierry Illouz est avocat et écrivain. Le 20 octobre 2010 à 19h30, il plaidera pour la défense des monstres dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point. (voir lien ci-dessous)

Le 4 septembre 2014 à 09:39
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