Au secours les mots : Thierry Illouz défend le mot "cité"


Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.

Les enjeux du langage dépassent largement la constatation objective d’une évolution, d’un simple glissement sémantique, ainsi ils incorporent tous les mécanismes de la désignation, de la stigmatisation de la disqualification.
J’aimerais prendre pour exemple le mot magnifique de "cité". Son sens premier que je découvrais avec passion dans mes livres d’histoire est celui de la réunion, de ce tout qui englobe, qui tisse entre les gens un lien de coïncidence, non seulement géographique mais aussi moral et politique. La cité c’est le lieu où s’accomplit et s’épanouit l’idéal démocratique, c’est le lieu de la parole commune, de la parole entendue.
 Et pourtant par une forme d’intention sociale, médiatique ou politique le mot s’est chargé d’une connotation, d’un poids, d’un sens qui non seulement diffèrent de son sens premier mais en véhiculent littéralement le contraire. Etre un jeune des cités, c’est en effet porter le poids d’une rupture d’avec le groupe, d’une mise hors du collectif, une relégation, une défiance, un rejet.
Habiter les cités ne signifie plus en rien aujourd’hui participer de la démocratie d’un espace commun structuré et attentif aux attentes de ses acteurs mais simplement vivre dans de vastes ensembles architecturaux où sont parquées ce que l’on peut appeler sans risquer d’être contredit "les classes dominées".
Que ce terme noble, exigeant, philosophique depuis la Grèce antique soit devenu le symbole de ce mépris de cette distance dans tous les sens du terme mérite l’examen, ne pensez-vous pas ?
Et peut-être surtout parce que le reproche permanent adressé aux habitants des « cités » consiste, on se pince pour le croire, dans l’absence de sens "citoyen", de sens "civique" tandis que ces populations comparaissent dans les tribunaux comme à la une des journaux au titre de toutes les "incivilités".
Il faut commencer par s’occuper des mots, je le crois, ce sont les indicateurs et les indices de tous les mauvais virages et ce sont aussi souvent les protections, les parapets, les remparts.
Je voudrais si j’en avais seul le pouvoir remettre le mot "cité" sur son pied, d’égalité s’entend, de respect, de considération, c’est cela la cité que je veux, la vraie et dont je fais partie.
Le sort des mots est parfois un combat et sur ce terrain comme sur bien d’autres, comme le disait Brecht : "Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite." 

Thierry Illouz est avocat et écrivain. Le 20 octobre 2010 à 19h30, il plaidera pour la défense des monstres dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point.
(voir lien ci-dessous)

Klemperer Junior est un descendant fantomatique du linguiste allemand Victor Klemperer, qui avait étudié le détournement du langage par les Nazis. Comme son aïeul, il s'attache à observer l'évolution du langage et son usage politique, particulièrement en temps de crise.
Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, pour résister au pouvoir, à tous les pouvoirs, il faut d'abord s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Pour ventscontraires.net, Klemperer Junior a proposé à des auteurs de les réhabiliter. Participez vous aussi et postez vos contributions ici. 

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Le 20 septembre 2012 à 08:03
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L'Univers perd une bataille dans sa lutte pour pourrir la vie de Francis, de Rouen

Rouen –  Alors que tout laissait à penser que l’Univers allait pour de bon ruiner la journée de Francis, celui-ci a réussi à s’en tirer. Un camouflet pour l’Univers, même si celui-ci refuse de reconnaître sa défaite, et entend redoubler d’efforts pour pourrir les journées de Francis. Dès ce matin, Francis a compris qu’il allait passer une très mauvaise journée. Machine à café qui tombe en panne, puis un retard à son travail qui lui vaut un blâme, pour Francis, tout semble aller de travers. « Dans ces moments-là, il faut rester zen, calme, ne pas céder à la panique » a-t-il expliqué au micro des journalistes. Mais loin de s’arrêter, les choses se dégradent un peu plus avec un SMS qui lui annonce que son copain le quitte. Tandis que tout semble indiquer que l’Univers a mis à genoux Francis, celui-ci refuse de se laisser abattre et va oublier son chagrin en regardant des vidéos d’animaux mignons. « De toute façon cette relation n’était pas très sérieuse, il vaut mieux maintenant que plus tard » dit-il avant de proposer à des amis de passer boire un verre ce soir. Pour les experts, l’Univers a échoué, Francis montrant clairement des signes extérieurs de bonne humeur. Du côté de l’Univers, on tempère. « Ce n’est pas un échec, oui Francis est toujours de bonne humeur mais nous avons encore des cartes à jouer, comme le vol de sa voiture par exemple » a précisé l’Univers dans une conférence de presse improvisée. Mais dans l’immédiat, Francis était selon les premières constatations bien en train de prendre des verres avec ses amis et venait même de rencontrer quelqu’un qui lui plaisait.

Le 30 novembre 2011 à 12:13

« Depuis 2002, chaque année la délinquance a recruté dans ce pays. »

Claude Guéant, Assemblée nationale, mardi 29 novembre 2011.

Ce serait d’ailleurs un des seuls points positifs pour l’emploi en France. Nul besoin de passer par le Pole Emploi, toute demande pressante exercée auprès d’un guichetier de banque suffit pour entrer dans la carrière. Une formation spécialisée, suivie en prison, peut permettre le cas échéant au "junior"  d’accéder au niveau "senior", ouvrant de fructueuses perspectives dans le secteur du convoyage de fonds. Une autre filière pour les jeunes sans qualification est envisageable à partir d’un stage dans le négoce des hallucinogènes, avant d’accéder à des postes plus intéressants dans la pharmacopée des rave parties ou  la diffusion de poudre en boites de nuit. La connaissance de langues étrangères reste un avantage comparatif au moment de l’embauche. L’espagnol est requis dans le transport intercontinental de colis. Enfin pour les demandeurs d’emploi habiles de leurs mains, des emplois à haute technicité politique sont accessibles en période électorale où une provocation à l’émeute est convenablement rémunérée par tout candidat faisant de la peur du désordre son propre fonds de commerce. Atttention, seuls des CDD sont à espérer dans cette activité qui offre néanmmoins quelques ouvertures en cours de mandat, lors d’éventuels troubles sociaux. Hélas, le code pénal freine une croissance riche en emplois. Des allègement ou suppressions de dispositions inutilement tatillonnes, seraient un encouragement à la baisse du chômage.     

Le 4 juin 2010 à 10:00

Zapiro

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité. Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle. > www.zapiro.com

Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Le 19 février 2013 à 10:21

"L'information est bien trop sérieuse pour se permettre de faire de l'humour avec"

Entretien exclusif avec Le Gorafi

Depuis maintenant plus de 3 mois, ventscontraires.net ouvre chaque semaine ses colonnes à ses formidables confrères du Gorafi. La rédaction de ce média d'investigation totalement indépendant et résolument sérieux nous a accordé une interview exclusive que nous sommes fiers de publier aujourd'hui. Ventscontraires.net : Pour les quelques lecteurs de ventscontraires.net qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous raconter l'origine du Gorafi et nous expliquer votre concept ? Le Gorafi : Le Gorafi est né en février 2012, mais il y a eu auparavant quelques tentatives par Jean-René Buissière qui le premier en 1826, fit imprimer à Paris le tout premier numéro. Dans la grande famille du Gorafi on pourrait citer « l'Os à Moelle » de Pierre Dac et plus près de nous, notre cousin américain The Onion. Beaucoup prétendent que nos informations ne sont pas très sérieuses. D'un, c'est insulter nos lecteurs qui quotidiennement nous lisent avec attention. D'eux, c'est mettre en cause la probité et le sérieux de nos journalistes. Toutes nos informations sont vraies, le reste n'est que jalousie mal digérée. Et l'information est bien trop sérieuse aujourd'hui pour se permettre de faire de l'humour avec. Saura-t-on un jour qui se cache derrière Le Gorafi ? Mais tout le monde sait qui se cache derrière, il n'y a aucun mystère ou secret. Nos journalistes ont leurs cartes de presse (ils en ont plusieurs, on est jamais assez sûr). L'édito est parfois signé Jean-François Buissière, qui est le président du Directoire du Gorafi. Nous avons quelques grandes signatures comme Paul Regard, ou Basile Sangène. Nous sommes très nombreux, et représentés dans tous les pays. Il n'y a rien à cacher au Gorafi, certains veulent instrumentaliser cela, nous ne savons pas pourquoi. Encore et toujours la jalousie. Qui sont vos maîtres et modèles en journalisme ? Comme dit plus haut, l'Os à Moelle et The Onion. L'Os à Moelle car en des temps très troubles, à l'approche d'une guerre, les journalistes de « l'Os » ont su faire preuve de courage et d'abnégation. C'est hélas un style de journalisme qui s'est perdu. Aujourd'hui, il n'y a que des compromissions avec le pouvoir en place, les enquêtes sont baclées, on protège ses arrières. Nos confrères américains sont aussi d’un grand talent, même s’ils nous en fait beaucoup copié, rétrospectivement. Il y a une très jolie façon d'arranger les mots pour en faire des paragraphes construits. Nous avons repris aussi de chez eux cette technique qui consiste à prendre une photographie en rapport avec le texte de l'article et de l'intégrer dans l'article, comme une illustration immédiate de ce qu'on lit. Le lecteur est bluffé, car il a d'une part des mots, et d'autre part une image. Une avancée que nos lecteurs, qui ne peuvent pas déchiffrer les suites complexes de mots et de lettres, ont aussi apprécié. Nous ne laissons personne sur le bord de la route. Que pensez-vous des journalistes qui bidonnent ? C'est un grand drame, si ce n'est LE drame. Prenez par exemple, tous les articles de « Ivre, il » qui a fait son « buzz » à une époque. Nous avons en outre révélé que les articles en question étaient de la main d'un seul et même journaliste. De manière générale, l'information est traitée de manière légère, trop légère, sans approfondissement. Par exemple, personne ne parle des milliers de personnes qui depuis trois semaines ont débarqué en avion depuis le Mexique. On a parlé que d'une seule personne, Florence Cassez, alors que nous sommes sûrs que parmi les autres voyageurs arrivés depuis, il y a des gens qui ont des histoires à raconter. Avez-vous un avis sur des personnalités comme les Yes Men qui cultivent l'art du canular ? C'est très dangereux. Le canular, à notre sens, devrait être beaucoup plus réglementé et contrôlé. On ment aux gens, on ment de manière industrielle. Et ça, personne ne le note. Nous sommes des adultes, censés donner l'exemple. Pensez aux enfants qui voient donc les adultes jouer des tours à d'autres adultes. Ils voudront faire la même chose, plus tard. Sans parler de la violence psychologique qu'engendre le canular. S'il y a bien quelque chose que jamais le Gorafi ne fera c'est s'abaisser à ce genre de pratique. Nous avons trop de respect pour nos lecteurs pour abuser de leur confiance. Il est arrivé à plusieurs reprises que des journaux reprennent pour argent comptant des articles de The Onion. Serait-ce pour vous une consécration ? Nous avons déjà des articles qui ont été repris par la presse nationale et internationale. La presse belge a été la première à reconnaître notre compétence, sur l'affaire des héritiers de la couronne Française qui attaquaient en justice le créateur de la blague sur le couleur du cheval blanc d’Henri IV. Nous sommes pris au sérieux, même si la grande majorité de la presse hexagonale tend à vouloir passer sous silence notre travail et s'en approprie parfois les fruits, mais nous ne sommes pas dupes pour autant. Comment se déroule une conférence de rédaction du Gorafi ? Comme dans n'importe quelle autre rédaction d'un journal. Nos journalistes arrivent avec leurs idées et leur projet. Parfois il se passe des choses dehors alors nos journalistes vont investiguer sur ces choses, on voit l'importance qu'elles ont et on décide ou pas de les traiter. Ces choses sont ensuite transformées en mots et en lettres pour donner ensuite des articles, qui peuvent selon les cas, être illustrés. Comme beaucoup de sites d'information, nous dépendons de l'information, de toutes ces choses qui se passent dehors et que nous ne contrôlons pas. De sorte que notre site peut être bouleversé si des choses arrivent. Certains des internautes qui commentent vos articles n'ont pas l'air sérieux sérieux. Comment le vivez-vous ? Très mal. Car en ricochet cela à tendance à amoindrir la portée de l'information de l'article. Nous allons prochainement revoir le fonctionnement du site. Ce genre de commentaire pourrait être sanctionné ou interdit. Nos journalistes en ont aussi assez d'être parfois moqués ou tournés en ridicule. Avez-vous un scoop que vous pourriez révéler en exclusivité aux lecteurs de ventscontraires ? Nous allons nous pencher prochainement sur l'arrivée du MP3 dans le monde de la musique et des réseaux sociaux, on sent que c'est quelque chose de totalement nouveau et qui va apporter pas mal de révolutions, nous enquêtons dessus.

Le 11 septembre 2010 à 09:47
Le 29 octobre 2011 à 08:18
Le 21 décembre 2011 à 12:13

Viktor Orban reprend sa fréquence à Klubradio, la seule radio d'opposition

Carte postale de Hongrie

Le site du Monde.fr nous apprend que l'unique radio d'opposition en Hongrie, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias, proche du gouvernement conservateur de Viktor Orban, a annoncé son directeur mardi 20 décembre au soir, à Budapest. "Je n'en reviens pas, je n'aurais jamais cru qu'une radio qui existe depuis dix ans, écoutée par un demi-million de personnes, puisse être traitée de telle sorte", a déclaré Andras Arato, directeur de Klubradio, dans une interview accordée dans la soirée à la chaîne de télévision commerciale ATV. Comme je vous en parlais en juillet dernier, la même Autorité de répartition des fréquences avait contraint la chaîne d'info à devenir musicale, pour qu'elle se taise. Ce à quoi la chaîne avait répliqué en chantant les news :En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 10 juillet 2010 à 12:03

Ramize Erer

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (5)

Elles ont de belles rondeurs, les héroïnes de Ramize Erer. Le visage, les seins qui tendent leur chemise et les fesses, toujours pommelées. Devisant sur un coin de bureau ou un carré de pelouse, affalées sur un canapé, ces délurées s’épilent, raillent les machos, fument et boivent en toute décontraction. Ces hédonistes en petite culotte goûtent leur liberté et les joies du sexe. La vie, quoi, allégée de l’oppression mortifère des barbus. Pour les intégristes, ce sont des parangons de « Mauvaise fille », titre de l’un des premiers albums de Ramize Erer paru en 1999 et inspiré d’un slogan entendu lors d’une manifestation à la fin des années 1970 alors qu’elle était lycéenne : « Les gentilles filles vont au paradis, les mauvaises filles vont partout !» En brossant avec férocité la chronique de la vie amoureuse de ses contemporains, la féministe Ramize Erer va aussi partout. Dans les bureaux, dans les foyers, dans l’intimité des couples, surtout là où les conservateurs grincent des dents. Fille d’un comptable et d’une mère au foyer, cette cousine de traits et d’inspiration de Wolinski, fut l’élève, à sa sortie de l'Académie des beaux-arts, du caricaturiste Oguz Aral alors qu’il dirigeait le célèbre hebdomadaire d'humour Gir-Gir. A Istanbul, cette belle blonde réputée pour son extrême timidité, a affermi l’originalité de son style et son audace dans un milieu très masculin où rares sont les dessinateurs osant évoquer les relations hommes-femmes pour critiquer le conformisme de la société turque. Las, les menaces des extrémistes qui la visaient ainsi que son mari, Tuncay Akgün, également dessinateur et patron du journal Leman, se sont multipliées. Il y a deux ans et demi, Ramize Erer a dû quitter la Turquie. Réfugiée en France avec ses enfants, elle poursuit de Paris sa collaboration avec le quotidien stambouliote Radikal. Et entretient sa notoriété par son trait léger, son humour mordant et ses jeunes femmes émancipées. Lors d’une audition publique le 17 mars 2010, Nimet Çubukçu, ministre turque chargée de la Famille et de la Condition féminine, a rappelé que les articles 9 et 10 de la Constitution établissaient l'égalité entre hommes et femmes mais a convenu des lenteurs législatives : « une loi adoptée en quinze minutes peut mettre quinze ans pour être mise en vigueur et il faut parfois cent cinquante ans pour qu'elle s'inscrive dans la réalité culturelle. » Avec Ramize Erer, elle s’inscrit en bulles tous les jours.

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