Nous avons aimé
Publié le 22/10/2010

David Foenkinos fait parler Lennon


Un chroniqueur de ventscontraires.net a encore frappé

Depuis mercredi, on trouve enfin en librairie le nouveau roman de notre chroniqueur David Foenkinos, après le succès public et critique du précédent La délicatesse. C'est un long monologue que Lennon : John Lennon chez la psychanalyste qui est installée dans son immeuble et que, donc, on n'entendra jamais, elle. L'ex-Beatles s'y raconte, en toute immodestie, en toute (brillante) intelligence. Et avec pas mal d'humour, ça lui fait au moins un point commun avec l'auteur du livre.
En avant-première et affectueusement pour les lecteurs de ventscontraires.net, voici un extrait de cet ouvrage paru chez Plon : la première visite des Fab'Four à New York City.


“ Vous n'avez jamais mis les pieds dans un pays, et des milliers de personnes sont là à vous attendre. Dans le froid, dans la nuit, peu importe. Les aéroports étaient le lieu des premières scènes d'hystérie. Parfois, j'ai pensé que ce n'était pas possible. Ce que je voyais ne pouvait être qu'une distorsion de mes iris. Le vêtement de mes hallucinations. Mais non, tout ça était bien réel. Aussi réel que je suis là à vous parler. En arrivant à New York, j'ai levé le bras pour saluer la foule. J'étais un chef d'Etat, j'étais la reine d'Angleterre devant ses troupes. On nous a précipités dans une salle. Avec des centaines de journalistes. Des milliers, peut-être, je ne sais pas. Il aurait pu y avoir le début de la Troisième Guerre mondiale ce soir-là que personne n'en aurait parlé. Tous les Américains voulaient nous découvrir. Ils voulaient savoir comment on parlait, comment on bougeait. On a été grandioses. On était vraiment drôles en conférence. Notre humour a joué dans la Beatlemania. Je ne sais pas comment on faisait, mais il n'y avait jamais de blanc. A chaque question, l'un de nous trouvait quelque chose à dire, une blague ou je ne sais qoi. Je me souviens qu'on nous avait demandé si on aimait Beethoven, et Ringo avait répondu : "Oui, surtout ses poèmes."

Après la conférence, on a quitté l'aéroport en Cadillac. Pour aller au Plaza. Sur la route, les filles continuaient de crier. Une fois à l'hôtel, dans notre chambre, on a trouvé ça dingue de voir autant de chaînes à la télévision. On est restés au moins une heure, fascinés, à regarder tous les programmes possibles. Pour nous, c'était là le symbole ultime de la démesure. Mais il fallait rester concentrés. On devait affronter un défi majeur : l'Ed Sullivan Show. Cette émission était la Mecque. Fallait pas qu'on se plante. Et ça a été énorme. En quinze minutes, l'Amérique entière nous connaissait. Les parents inquiets de l'hystérie de leurs enfants ont été rassurés de nous voir. Surtout le visage poupin de Paul. Je suis certain que notre succès vient de là : nous étions comme une folie maîtrisée. Une révolution douce. Nous étions à la fois subversifs et respectueux. C'était comme s'introduire dans une maison, baiser la fille au premier étage, mais avant de faire tout ça, on aurait pris soin de bien s'essuyer les pieds sur le paillasson. ”


> Lire les chroniques de David Foenkinos sur ventscontraires.net
Vous n'imaginez pas le nombre de manuscrits, de films, de livres, de projets que le Rond-Point reçoit chaque mois. Et parmi ces monticules, il y a des perles qui n'ont pu trouver place dans la programmation déjà très fournie du théâtre. La tête pleine de pages vibrantes et le cœur chaviré, nous publions ici ce que nous avons aimé et que nous désirons vous faire partager.
 

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À voir aussi

Le 8 novembre 2010 à 08:35

Félix Fénéon

Les cracks méconnus du rire de résistance

Il est passé à la postérité pour ses magistrales et très mordicantes critiques artistico-littéraires aux temps du post-impressionnisme. On relève beaucoup moins que Félix Fénéon fut aussi un agitateur redouté perpétuellement pisté par la maison parapluie. C’est qu’il crachait feu et flammes contre « la cochonne de galette », « la maladie votarde », « la tripouillerie patronale », « la racaille jugeuse » ou « l’inondation ratichonnesque » dans les canards libertaires les plus virulents de la Belle Époque (La Revue anarchiste, L’En dehors, Le Père Peinard). Qu’il servait de boîte aux lettres à des subversifs exilés. Qu’il donnait asile à des déserteurs recherchés. Et qu’on le soupçonnait d’avoir trempé en 1892 dans l’attentat à la bombe contre le commissariat parisien de la rue des Bons-Enfants en travestissant, à l’aide de la garde-robe de sa maman, l’auteur du forfait, le légendaire Émile Henry, en paisible citadine ressemblant probablement un peu au Jack Lemmon de Certains l’aiment chaud. Le fameux préfet Lépine apostrophé un jour par Fanny Fénéon, qui se plaignait d’une filature, n’avait pas pu se contenir : « Madame, je regrette de le dire, vous avez épousé un assassin. »Si nous faisons risette dans cette rubrique aux « méphistophélique Fénéon », comme l’appelait le chansonnier belge Léo Campion, c’est que « ce diable d’homme » était par ailleurs un grand comique, « réalisateur humoristique, spécifie Lugné-Poé, du difficile poème de vivre dans l’énigme ». Félix Fénéon ne cultivait cependant pas que le mystère et le goût du complot rocambolesque. Quand il prenait l’air, on ne voyait et on n’entendait que lui. Sa dégaine était dandyesque (haut de forme, manteau flottant, complet puce, souliers vernis). Sa diction était précieuse (il martelait ses syllabes comme un George Sanders dans les films de Douglas Sirk). Son flegme était inaltérable. Et, s’entêtant à ne jamais demander son chemin, il s’égarait continuellement, s’escrimant à ne consulter aucune horloge, il ne prenait ses trains qu’en marche. Mais c’est surtout lorsqu’il était traîné en justice que Félix Fénéon ne passait guère inaperçu. D’autant moins que, pour lui, le monde entier était une scène de théâtre et de music-hall. C’est ainsi que se retrouvant dans le box des accusés du procès des Trente aux côtés de 29 autres sympathisants du courant illégaliste-anarchiste, il avait pris soin de peaufiner les effets cocasses de chacune de ses répliques comme s’il débutait au Deux-Ânes. Et qu’il n’avait pu s’empêcher d’interrompre soudain le président du tribunal en train de le questionner pour lui demander s’il y avait moyen d’obtenir, à l’intention d’amies diverses, quelques cartes d’entrée pour la représentation judiciaire du surlendemain.Le jour dit, ne souciant que de faire pouffer son public, Fénéon dépasse toute mesure. Il fait remettre par un huissier en pleine séance un colis à l’avocat général Bulot. Défaisant distraitement le paquet tout en poursuivant la conduite des débats, le magistrat empêtre tout à coup ses doigts dans un immonde pâton fécal et doit courir se laver les mains sous les lazzis du farceur.Terminons avec un bel exemple de la passion de Félix Fénéon, vrai cinglé de haïkus, pour les tournures lapidaires canon. Voici une des innombrables Nouvelles en trois lignes qu’il a larguées en 1906 dans le journal Le Matin : « Un agent de police, Maurice Marollas, s’est brûlé la cervelle. Sauvons de l’oubli le nom de cet honnête homme. »Pour lire les hommages à Fénéon de l'Oulipien Paul Fournel sur ventscontraires.net

Le 9 novembre 2010 à 10:00

Martin Page et "La mauvaise habitude d'être soi"

Le chroniqueur de ventscontraires.net publie deux nouveaux livres

Martin Page fait partie de l'escadre de ventscontraires.net depuis le début, on peut lire ses drôles de billets là et les chroniques de Klemperer Jr, un projet qu'il a initié là. Mais ce sont loin d'être ses seules activités d'écriture. Il est aussi romancier, et vient de le prouver à nouveau avec un roman jeunesse à lire même si on a dépassé la date-limite de l'adolescence, Le club des inadaptés (Ed. L'Ecole des Loisirs). Et il est novelliste. Son dernier ouvrage paru aux Editions de l'Olivier est un recueil de sept nouvelles irrésistibles de loufoquerie, réunies sous le titre énigmatique de La mauvaise habitude d'être soi. Sept bijoux d'absurdité à l'implacable logique qui vous tournent la tête, dont voici un extrait pour ventscontraires.net. (Les illustrations du livre, tout aussi loufoques que les textes, sont signées du "Requin Marteau" Quentin Faucompré)."Je suis bien plus proche des autres depuis que je vis à l'intérieur de moi-même. La conscience de mon insularité m’a permis de réaliser qu'il est nécessaire de construire des ponts pour aller vers autrui ; qu'il n'y a rien de naturel ni d'évident. Ce n’est pas parce que l’on habite le même monde que l’on peut se comprendre et être proches les uns des autres. Au contraire. Les gens qui pensent ainsi se trompent. Il y a des zones d'ombres à l'intérieur de moi-même et cela m'effraie. J'ai peur de ce qu'elles renferment, je crains de m'y perdre. Mais comme je suis curieux et aventureux, je les explore doucement, pas à pas, avec une lampe de poche et mon appareil photo. Je fais des découvertes : des choses oubliées, qui me reviennent en mémoire quand je les vois, des choses inédites aussi, qui me surprennent. J'ai ainsi retrouvé des jouets d'enfance, des vieux meubles, des fruits en bocaux et des animaux empaillés, des nounours et des vêtements poussiéreux, des armes (revolver, fusil de chasse, piège à loup, dague) et des fioles contenant des liquides vert, mauve et rouge, des photos jaunies, des mannequins en plastique vêtus démodés, des coquillages et des pièces en or dans une boîte en fer.Habiter à l'intérieur de soi-même, c'est à la fois vivre dans un lieu familier et côtoyer l'étrangeté. Il n'y a pas de ciel, pas d'horizon, cela ne paraît pas très grand et pourtant il n'y a pas de limites. Je ne veux pas dire que j'y suis confronté à l'infini, mais, plutôt, que l'espace s'étend au gré de mes pas. Mon domicile dépend de mes explorations."(extrait de la nouvelle "A l'intérieur de moi-même" / illustration : Quentin Faucompré)

Le 29 décembre 2010 à 08:00

L'égarement des éléphants d'Hannibal

Histoires d'os 5

La dynastie des Stuart régnait de nouveau sur l'Angleterre et les doctes sujets de sa Majesté Charles II ignoraient tout de l'existence des dinosaures dans le royaume. Aux yeux du Révérend de cette tranquille paroisse, le gros os qui avait été extrait de la carrière voisine présentait "la figure exacte de la partie inférieure de l'os de la cuisse d'un homme ou, du moins, de quelque autre animal." Mais l'os était vraiment très gros. Au moins huit pieds de long selon sa propre estimation! De quel homme, de quel animal pouvait-il donc provenir?   Les érudits locaux penchaient pour une explication liée à l'histoire ancienne. Selon eux, le fémur aurait appartenu à un éléphant de guerre de la grande armée d'Hannibal qui se serait égaré sur le chemin de Rome. "Un sacré égarement!", leur rétorquait le pasteur avec circonspection, rappelant qu'on avait retrouvé plusieurs de ces os gigantesques dans les campagnes environnantes, jusque dans les décombres d'une vieille église en ruines. Il refusait de croire que même aux temps païens d'avant le christianisme, les Romains, ces bâtisseurs connus pour leur esprit pratique, aient eu l'idée saugrenue d'inhumer de tels animaux dans une terre consacrée. Et si c'était le cas, pourquoi se seraient-ils donné la peine de n'en enterrer qu'une seule patte ? Une patte beaucoup plus grande que celle de l'éléphant qu'il avait eu la chance de pouvoir admirer lors de la foire d'Oxford...    

Le 9 janvier 2015 à 10:24
Le 24 mars 2015 à 09:32

Logique séparée du monde de l'autre

« or before I go stark mad with the uncertainty of things & the inability to continue a quiet programme of solitary nocturnal writing » , H.P.  LovecraftL’autre est devant et agit pour moi. C’est un choix par défaut. On n’a pas trouvé autre chose pour l’instant. Il accepte. Il n’a pas le choix. L’autre de soi est la construction qu’en avant sans cesse on construit pour être protégé des bruits, des visages, des paroles, des actes : leur monde ne nous convient pas. Il en souffre, mais moins que moi. Il a confiance. C’est ensemble. La nuit ici est favorable. La nuit est un écran. La nuit est scène où nous avons construit nos ruines, celles qui nous conviennent. On soutient dans l’espace le passage des phrases. Elles sont fragiles. Elles ne supporteraient pas le monde gris, et froid, le monde avec l’argent, le monde avec les formalités, les courses, les heures salariées, les chemins contraints. J’ai rompu progressivement. On s’est dissocié progressivement. Si je tendais la main à travers l’écran, je rejoignais les choses grises et concrètes, dont le contact me déplaisait. Le destin du monde m’indiffère, l’aventure est finie. On a assez sédimenté. Il suffisait de se retourner. Alors je suis entré dans l’écran, et maintenant, lorsque ma main passe à travers ce sont elles, les phrases que je tends dans la nuit. Et ce sont toutes les phrases et les visages et le grand silence du passé. Ceux-là, qui oeuvraient, sont mes frères. Il en viendra d’autres, heureusement, dans le monde gris qu’ils ont repris. Je les salue à distance. C’est l’avantage d’être soi et son autre – on continue ici les corvées mais c’est lui qui fait le travail, et passé l’écran il y a les phrases et la nuit. Il y a une seule phrase. Au bout de la phrase il y a un blanc. C’est la partie qu’on doit réaliser soi. L’autre va son chemin, on a peine pour lui, c’est l’argent c’est les trains et c’est l’état usé du monde. Là on doit juste compléter la phrase dans la nuit, on est dans les grandes constructions où on arrive en traversant l’écran. Je n’ai plus de maison parce que je n’ai plus de monde. C’est la tâche de l’autre avec tous les autres. Ici où on marche on se salue de loin, on est nombreux les travailleurs dans la nuit de l’écran et les grandes constructions dans la nuit. Parfois l’autre revient. On essaye que ce soit plus possible. On se tient, on se serre fort. On est même et autre. On n’a pas vraiment besoin de se dire. Il y a si longtemps, quitté le monde, que j’ai plus besoin de dire, ni à lui ni à personne. La phrase à construire dans la nuit, le fragment de phrase qui est nôtre, n’exige pas qu’on parle ni qu’on dise. Il se réalise pour lui-même et n’appartient pas au monde, là où sont les mauvais vents, le mauvais gris, le terrible bruit et l’impasse de ce qui finit. Je ne dis pas que nous ayons choisi cet équilibre. Je ne dis pas que cet équilibre nous convienne. Je dis encore moins que je n’aie pas nostalgie du monde, et regret de la retraite dans la nuit de l’écran, où seul le passé parle, et que ce fragment de phrase qu’il nous revient de faire est déjà désigné par la vieille nuit et lui appartient. Je dis que l’autre et moi, ou le contraire, on s’en accommode parce que. Il y a ici de la beauté. Le seul truc curieux c’est quand lui, parfois aussi, parfois quand même, le dit aussi.

Le 8 mars 2011 à 12:35

Françoise G., par Laure A.

Une biographie tout en nuances d'une journaliste par une journaliste

« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Françoise GiroudQuand on est femme et qu'on exerce le métier de journaliste (au passage, un journaliste sur deux est une femme en France, c'est bon à rappeler en ce 8 mars), Françoise Giroud, forcément, est une icône. Laure Adler est femme et journaliste, et après avoir raconté les vies de Marguerite Duras, Hannah Arendt et Simone Veil, elle nous en dit davantage sur cette autre femme d'exception, qui a commencé comme scripte au cinéma, a participé à la naissance du magazine Elle, a créé L'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, est devenue secrétaire d'état dans le gouvernement Giscard, a écrit de nombreux livres, dont autant de best-sellers et… a pas mal de zones d'ombre.Car Laure Adler pourrait n'être qu'admirative de ce parcours sans faute, mais elle tente de garder la distance nécessaire à un bon biographe. Son livre s'intitule simplement Françoise. Elle n'a gardé que le prénom de l'icône, qu'elle nous présente avec ses forces et aussi avec ses faiblesses : Françoise qui a aimé passionnément un homme, celui pour qui elle est presque morte, celui avec qui elle a enfanté l'Express. Quand Giroud se battait, pour les femmes, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Mendès France, Françoise soupirait pour l'ambitieux JJSS. On disait Giroud dure, elle l'était, parce qu'elle s'était sortie de sa condition, et qu'elle ne voulait pas y retourner. On la disait parfois méchante, on a du mal à le croire. Mais Françoise, pendant ce temps, était femme, femme aimante, femme souffrante. Giroud a renié ses racines juives au point de les oublier, Françoise, bien des décennies plus tard, les a retrouvées, par amour pour son petit-fils (devenu grand rabbin). Si la femme publique se tenait droite, et parfois raide, c'était pour empêcher la femme secrète de vaciller, puis de tomber. Ce qu'elle a fait, et elle ne s'est jamais vraiment relevée. On a tous en mémoire l'image d'une Françoise Giroud froide, élégante, brillante ; le livre de Laure Adler, qui est un succès de librairie, nous la montre humaine, sensible, fragile. Et on est bien triste, à la fin, de la quitter.

Le 21 mai 2010 à 16:00

Ce mortel ennui

Savez-vous ce que disait Cioran : « Mais que faisait donc Socrate le dimanche après-midi ? »

Et si ce grand essayiste sous-entend par là que Socrate s’emmerdait le dimanche, cela mérite sans doute réflexion. Autant il n’y a pas lieu de craindre le dimanche matin avec ses odeurs de pain grillé, ses marchés, ses messes, ses journaux, son attente chez le pâtissier, autant il y a lieu de redouter la crise existentielle post rosbif-purée dominical et les chamailleries familiales qui l’accompagnent. On a l’impression de se lever de table avec la tête du condamné à mort après son dernier repas. On parcourt distraitement la pile de journaux ; on se surprend même à regarder les annonces matrimoniales et la rubrique astrologique. Certains tenteront de faire la queue pour aller voir un film soporifique ; d’autres traîneront leur ennui dans des parcs fréquentés par des chiens promenant leurs propriétaires où de jeunes pères divorcés s’initient au plaisir du bac à sable. Pour d’autres le problème sera de tenir jusqu’au soir pendant ces heures qui n’ont pas le même nombre de minutes que celles de la semaine. Reste la lecture ; Stendhal ? Au hasard vous lisez « Je ne puis pas encore m’expliquer aujourd’hui, à cinquante-deux ans, la disposition au malheur que me donne le dimanche… », Paul Morand ?  « Le dimanche on échange les ennuis de la semaine contre l’Ennui… ». Décidément, vous vous dites que Jacques Brel n’avait pas tort « Il n’y a pas que les taureaux qui s’ennuient le dimanche »…

Le 23 février 2013 à 09:23
Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Le 4 février 2011 à 08:22

« Ça montre qu'elle [MAM] n'est pas droit dans ses bottes : elle a fait son mea culpa. L'affaire est close »

François Baroin, France Info, jeudi 3 février 2011

Depuis quand un ministre du Budget est-il autorisé à donner l’absolution à une pécheresse ? Porte-parole du gouvernement il n’a pas à porter la parole de Dieu, même si son avatar est hyper-président. Certes il y avait eu confession la veille sur Canal+, quand Michèle Alliot-Marie reconnut que, durant ses vacances de Noël en Tunisie, elle aurait mieux fait de ne pas emprunter l’avion d’un de ses riches amis locaux, drôle de paroissien benaliste. Elle s’épanchait auprès du bedeau Denisot, lequel, jusqu’à plus ample informé, n’est pas davantage habilité à effacer l’ardoise. Quand bien même la pénitente aurait récité dans la Boîte à questions : « Confiteor Deo omnipotenti et vobis, fratres, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, opere et omissione: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ».  Pas d’absolution, donc pas d’ « affaire close ». Et qu’elle ne vienne pas se plaindre. Si elle était juive, ce n’est pas même pas un rabbin qui pourrait passer l’éponge, mais le « Prochain » qui a été offensé. On imagine MAM implorant le pardon des manifestants tunisiens ! C’est la France qui, pour le coup, ne serait pas non plus à l’aise dans ses « bottes » car, faut-il le rappeler, MAM est sa ministre des Affaires étrangères. Aux dernières nouvelles, elle passerait ses vacances pascales à Rome, dans le quartier Prati Trionfale, c’est à deux pas du Vatican où il paraît que les Indulgences se négocient pour rien.

Le 2 avril 2010

Cadeau : cliquez et gagnez 70 Euros

ventscontraires.net s'est procuré les romans à paraître ces jours-ci. Soyez à la page tout en économisant temps et argent, le Service Rond-Point les a lus pour vous  Seule ma nuque me remarque, de Astrid Biel (Ed. Pragma 21 Euros) Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ? Clara, protagoniste de ce récit tout en intériorité, mènera-t-elle à terme ce projet fou de refaire l'amour avec son père, désormais grabataire, ou retournera-t-elle auprès de Bruno, son "Homme Cendre", le mari dépressif, l'homme qui ne sait pas ce qui se trame en elle ?La réponse du Service Rond-Point Elle renonce à son père et revient se garer gentiment auprès de Bruno.Le Flegme des orchidées, de Réginald Durand (Ed. du Loquet 26 Euros)R., paléontologue septuagénaire, héberge une jeune étudiante cambodgienne, Thinrâh, enceinte de six mois. Elle vient avec des relevés de crânes retrouvés dans des fosses communes, à la recherche de ses parents. Connaît-elle le passé  de R. proche de certains dirigeants Khmers rouges rencontrés à la Sorbonne? Est-elle venue se venger? Ou cèdera-t-elle aux bienfaits de R., tenaillé par sa culpabilité ?La réponse du Service Rond-PointElle renonce à retrouver ses parents et vient avec flegme se garer auprès de R.Le Trou blanc, de Claude Dominik (Ed. Follimard 23 Euros) Myriam,  jeune Strasbourgeoise, est humiliée en public par son mari à plusieurs reprises parce qu'elle est issue d'une famille juive. Déprimée, elle va se réfugier chez ses deux sœurs, très religieuses, qui partagent la même maison. Elles la convainquent de prendre conseil auprès du rabbin de la communauté alors que Myriam s'en est écartée depuis son adolescence. Hésitante, elle se rend néanmoins à un premier rendez-vous, "pour voir", dit-elle. Peu à peu, l'homme censé lui porter secours s'avère un manipulateur qui tente à tout prix de fiancer religieusement Myriam avec son fils autiste. Myriam perd pied, va-t-elle sombrer encore plus bas ?La réponse du Service Rond-Point Elle couche avec le rabbin pour humilier publiquement son mari.21 Euros + 26 Euros + 23 Euros = 70 Euros

Le 29 avril 2010 à 18:35

Damien Glez

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (3)

Parfois, pour se défendre, rien ne vaut un bon dictionnaire. Non pour balancer un pavé de 3,2 kilos à la tête de son adversaire –quoique- mais pour éviter la prison au titre d’offense au chef de l’Etat. Convoqué, en juillet 2006, par la justice pour un dessin représentant Blaise Compaoré, le président burkinabé, en footballeur (« je suis un bon buteur, je bute beaucoup ») Damien Glez, directeur de publication du Journal du jeudi, un hebdomadaire satirique communément appelé JJ au Burkina Faso, a dû sortir son thésaurus et argumenté sur la définition du verbe « buter » afin de ne pas se retrouver sur la touche. « Les subterfuges pour contourner la ‘’censure’’ sont ceux que la satire nous offre : les détours verbaux, difficilement attaquables devant la justice, et les biais graphiques parmi lesquels les ombres "disant" ce qu'on ne peut représenter qu'en filigrane », témoigne ce dessinateur-éditorialiste de 43 ans au parcours atypique. Né à Nancy, diplômé d’une grande école, il est devenu citoyen burkinabé après avoir effectué son service militaire comme coopérant. Une vraie histoire d’amour pour ce pays et le dessin de presse qui, en Afrique plus qu’ailleurs, contribue avec vitalité et insolence à la culture démocratique et sert de moyen d’information à la population. « Nous exerçons dans un cadre institutionnel plutôt satisfaisant », estime Damien Glez, rappelant toutefois que l’ancien collaborateur de JJ, le journaliste Norbert Zongo a été tué en 1998 vraisemblablement pour des motifs politiques. Le tollé populaire soulevé par son assassinat a servi de leçon. « L'abus de pouvoir laisse peu à peu la place à la régulation du Conseil supérieur de la Communication. » Cette instance n’est intervenue qu’une fois, à la vue d’une illustration d’une affaire de « magie noire » selon laquelle certains individus détenaient le pouvoir de faire disparaître le sexe des personnes auxquels ils serraient la main. Difficile, dans ce cas, de ne pas montrer les organes génitaux. Or, au Burkina Faso, « les sujets les plus épineux sont le sexe en raison de la très prude culture sahélienne et la religion », raconte le caricaturiste qui collabore, par ailleurs, à de nombreux titres de presse, aussi bien en Afrique, en Europe qu’aux Etats-Unis. Deux de ses dessins ont été boycottés la même semaine pour hypersensibilité religieuse, l’un sur la charia en Somalie destiné à un journal panafricain, l’autre sur Benoît XVI commandé par un magazine italien. Qu’importe. Concernant le petit monde de l’au-delà, Damien Glez s’en donne à cœur joie avec Divine Comédie (www.glez.org), son comic strip qui met en scène Lord, un rabat-joie chenu, et Pete, l’espiègle gardien du Paradis et gestionnaire des conflits de ses pensionnaires. Pas de doute, Damien Glez vise juste. En matière de dessin, sa maîtrise du lob, sa technique du coup franc font de lui un redoutable… buteur.

Le 17 février 2014 à 07:56

Myconet

Les progrès du futur #10

A cette époque, on connaissait depuis longtemps la symbiose entre les plantes et les champignons : il s'agissait d'un mariage mutuellement avantageux, dans laquelle les partenaires échangent des minéraux, des sucres et de l'eau. Dans ce cadre, les champignons dialoguent constamment avec les plantes. Mieux que ça, leur réseau (puisque les champignons sont avant tout des radicelles) relie les plantes entre elles et leur permet de procéder, elles aussi, à des échanges. Cette découverte resta cantonnée aux laboratoires quelques décennies, jusqu'à ce qu'on invente Myconet au tournant des années 2030. La célèbre mycologue Céline Plini décida de tirer parti des stupéfiantes capacités des champignons. Après quelques manipulations génétiques, au cours desquelles un de ses protégés lui nécrosa un poumon, elle mit au point un champignon capable de transporter un nouveau type d'antibiotique. Un premier dispositif expérimental relia d'abord les hôpitaux de la Pitié-Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris, avec un résultat tout à fait satisfaisant : le champignon transférait à la demande les molécules nécessaires. Fort de ce succès, le réseau fut étendu à tous les hôpitaux parisiens. Cette extension ne prit que quelques jours : la croissance du champignon était exponentielle. Les pharmaciens hospitaliers se frottaient les mains : la gestion des stocks devint bien souple et efficace. Les trafiquants se frottaient les mains eux aussi. En deux ans, ils mirent au point leur propre réseau, livrant la morphine dans toute l'Ile-de-France. Puis le principe fut encore étendu, avec la mise au point de Myconet 3D, permettant de livrer à domicile la résine des imprimantes 3D. C'est alors que le syndicat des transporteurs bretons commença ses opérations coup de poing.

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