Alban Orsini
Publié le 15/11/2010

"Seul l'avenir est un pays supportable" 4


Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret

      Partager la vidéo 
Voici le plan que je vous propose pour continuer le film "cadavre-exquis" lancé par Régis Jauffret

> voir le film complet en cours de montage

Né en 1980, écrivaillon de petites choses éparses de-ci de-là, ouvert à rien, décidé à tout, Alban Orsini n'aime pas parler de lui à la troisième personne mais adore les kebabs sur assiette, le son des fils en métal sur les mâts des bateaux amarrés, fumer ses cigarettes entre le pouce et l'index et le théâtre ce qui au final revient au même.
Pour l'instant publié en revue, Alban Orsini a pour ambition d'apprendre l'algorithme de résolution du Rubik's Cube pour rendre la vie meilleure et les moments plus doux... Il est également rédacteur pour le webzine Culturopoing.
Le blog d'Alban Orsini
 

Plus de...

Alban Orsini

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 15 mars 2012 à 09:20
Le 4 juin 2015 à 17:26

Le jeu le plus long

« Venez voir, j’ai trouvé quelque chose ! » L’urgence dans la voix de Christophe nous fit oublier instantanément nos jeux d’Indiens ; nous laissons tomber nos fougères, arcs de fortune, pour rejoindre notre camarade immobile, penché au-dessus d’une crevasse, dans cette partie de la forêt encore vierge de nos aventures. Lorsque nous vîmes ce qu’avait découvert Christophe, un silence terrifiant pétrifia nos petites personnes. Au fond du ravin, parmi la mousse et les orties, le corps d’un homme, inanimé. De son long bâton, autrefois un fusil, Jérémi toucha la dépouille. À notre surprise, l’homme n’était pas mort, et fut réveillé par ce contact timide. Nous ne bougions toujours pas, tétanisés — curieux aussi. « Que... qu’est-ce que je fous là, demanda le ressuscité, hagard ? »Il nous regarda un à un, se redressant difficilement sur ses coudes, les membres crissants enserrés dans ses habits en charpie.« Vous êtes qui, les gosses ?— Des Indiens, répondit Christophe, qui n’était visiblement pas sorti de son rôle. Je suis le grand chef sioux... Et Jérémi est un guerrier d’une tribu adverse.— Des Indiens, hein, réfléchit l’homme... Et les cow-boys ? Qui joue les cow-boys ?— Personne, expliqua Christophe. On n’aime pas les cow-boys. On est tous des Indiens.— Mais des Indiens qui se font la guerre, précise Louis.— Et toi, qui tu es, demandais-je à l’homme ?— Eh bien... Un cow-boy, je suppose... Il en faut bien un. » D’un geste sûr et maîtrisé, il extirpa de son holster invisible deux doigts vengeurs et « pan, pan, pan, pan », nous abattit un par un, sans que nous ayons eu le temps de bander nos arcs ou brandir nos tomahawks. Il souffla satisfait la fumée de son index, et tourna les talons, tandis que nos corps troués dévalaient dans des râles de souffrance les versants du ravin duquel nous l’avions réveillé. Et c’est à ce moment-là que nous nous retrouvâmes confrontés à la question de la mort. À quel moment, exactement, est-il toléré d’arrêter de jouer au mort ?De se lever... et d’enfin reprendre le cours normal de sa vie ?N’est-il pas raisonnable de rester immobile quelques minutes au moins, pour reconnaître, et rendre digne, l’acte de bravoure de celui qui nous exécute ? Ou bien l’étiquette exige-t-elle de feindre la mort pendant plus longtemps, bien plus longtemps, sans quoi le jeu de la vie et de la mort ne serait qu’une série de conflits arbitraires et sans issue satisfaisante ? Ces questions nous taraudèrent bien des nuits — des nuits qui se transformèrent en semaines, puis en années, et nous restions là, inanimés au fond de ce petit ravin, des acteurs de marbre enfermés dans le dilemme insoluble du jeu et du réel, de la mascarade et de la vérité. Nos trois corps poussaient, étouffés petit à petit par les vêtements infantiles dans lesquels ils avaient chu. Jusqu’au jour où un groupe de petites filles essoufflées croise notre sépulture sylvestre.L’une d’elles nous jette un caillou. « Arrête Sophie, tu es folle !— Quoi, c’est des morts, qu’est-ce que ça peut faire ?— Ils sont morts, tu crois ?— Ben oui, ils sont tout ridés tu vois bien. »Toutes poussèrent un délicieux cri en voyant Jérémi se redresser, grinçant et gémissant, extirpé de son rôle par le projectile.— Qu’est-ce que vous faites là, les filles ?— On...— Arrête, lui réponds pas, c’est un fantôme !, redoute la plus petite.— Mais non ; Sophie hausse les épaules : on joue aux princesses, qui s’enfuient du château.— C’est notre père, le roi, qui veut nous marier à un affreux type, explique une rouquine.— Ah... Je vois... » Jérémi observe un à un les petits visages, confondus entre terreur et curiosité, puis reprend :« Et les archers du roi... Ils sont à votre poursuite, j’imagine ?— Oui... Et toute son armée », précise une mignonne, tandis que secrètement, Jérémi extrait avec sang-froid trois flèches invisibles de son carquois imaginaire.

Le 2 février 2012 à 08:20
Le 5 septembre 2015 à 08:27

E-passeur.com

Cher e-réfugié, merci de nous avoir choisi. Avant la guerre, tu étais médecin, avocat, étudiant en Syrie et tu te retrouveras bientôt sur les routes, devras supporter la faim, la soif, le froid, traverser des mers. Mais maintenant, grâce e-passeur.com, tu as un vrai compagnon de route. Plus besoin de chercher des passeurs malhonnêtes dans chacun des pays traversés, nous resterons en contact tout au long de ton périple. Tu pourras nous envoyer des messages Whatsapp, parler à ta famille par Skype, lire les tweets des autres migrants, te diriger par Google Map et nous liker régulièrement sur Facebook ! Avec ton smartphone, tu pourras réserver ta place sur une barque de pêcheur, dans un camion frigorifié, dans un container de navire de marchandises, retenir un matelas dans un campement de clandestins ou encore poster tes selfies pour que la vieille Europe se réveille enfin ! Rappelle-toi, elle n’avait pas vu les quatre millions de syriens déplacés avant que la photo du petit Aylan circule sur les réseaux sociaux. Tu pourras aussi profiter de nos conseils en cliquant sur notre rubrique « vie pratique » : Comment te glisser entre la remorque et la cabine du chauffeur d’un poids lourd, comment effacer tes empreintes digitales en les brûlant à l’acide ou en arrachant la peau de tes doigts. Tu vois, ami internaute, on n’arrête pas le progrès.  Souviens-toi, le plus grand nom de l’histoire du numérique était le fils d’un réfugié syrien : Steve Jobs. Viens donc vite rejoindre e-passeur.com !

Le 11 juin 2010 à 08:00

C'est quoi l'esprit "ventscontraires.net" ?

Une question qui nous est souvent posée

Cher ami et co-rédacteur en chef,Nous sommes drôlement contents, les internautes sont de plus en plus nombreux à proposer leur contribution à ventscontraires.net. Il est vrai que nous ne publions pas toutes les propositions qui nous sont faites, loin s'en faut, au nom du sacro-saint "esprit ventscontraires.net". Mais qu'en est-il de cet esprit ? Saurions-nous nous-mêmes le définir ? Sans doute pas. Il se dessine, au fil des jours et des publications, il se précise. Nous en sommes vous et moi les garants, parce qu'il faut bien trancher, vous êtes d'accord ? Aussi faisons-nous des mécontents, des mal-comprenants, des coléreux, des "j'en-ai-marre-votre-club-est-trop-fermé". Je ne sais quoi leur répondre, cher ami et co-rédacteur en chef…Votre Laure Albernhe bien embêtéeChère amie et co-rédactrice en chef,Qu'est-ce que l'esprit ventscontraires.net demandez-vous ? C'est vrai, bonne question, je me lance. Premier temps : imaginez un avion à décollage vertical. Au début il fallait décoller. On dirait que c'est fait. C'était l'esprit vertical de ces deux derniers mois. Même si certains se sont montrés déçus par nos refus, déjà sept internautes nous ont rejoint comme chroniqueurs, d'autres suivent. Et rappelez-vous, le premier billet est arrivé d'Atlanta, le dernier du Mexique... Bon, nous avons décollé. A présent il faut avancer, non ? Je me dis que l'esprit que nous invoquons n'est pas simplement le pur désir d'écrire ou de jouer avec les mots, les images ou les sons. C'est aussi l'envie de nous lancer en avant et de foncer à contre courant. En survolant quoi ? Eh bien l'actualité, cette grosse crêpe mondiale à la sauce mantra qui nous aligne les cerveaux où que l'on se trouve sur la planète. Alors hop, chers Internautes, chers chroniqueurs, chère Laure-bien-embêtée, à nous de jouer, survolons-la, l'omelette baveuse, piquons dessus, griffons-la du bout de nos ailes – en rase-motte ou en tourbillonnant comme des hirondelles. A nous l'actualité. Si nous restons légers, chère amie et co-rédactrice en chef, nous lui peindrons une moustache !Votre Jean-Daniel Magnin fort enthousiaste

Le 12 mai 2011 à 13:32

Ce maudit orgasme

M le mot-dit

Racontez-nous votre M, votre mot-dit maudit du moment, justifiez votre haine et dépassez-la en détournant ou remplaçant le maudit… en maximum 2000 signes. Aujourd'hui Sophie Dulac déteste le mot "orgasme" :Avec son préfixe en or prétentieux et son final en consonance de maladie respiratoire, le mot fait pédant et dédaigneux. IL pue l’encyclopédie médicale bradée consultée à la va vite au fond d’une bibliothèque municipale poussiéreuse avec des sourires empruntés. IL s’imprègne des premières cigarettes, des petits émois d’adolescents amoureux qui s’instruisent en cachette avec les courriers du docteur Ruth. IL est le vilain point de mire des apprentis  libidineux. IL manque pourtant de dimension et la cible atteinte laisse un sentiment d’imperfection. La volupté est peut être ailleurs, dès les premiers effleurements, le froissement d’un déshabillé, un souffle sur l’oreiller, un corps à explorer, des murmures partagés. Lui le vaniteux de la jouissance transforme l’or en pacotille et  le trésor de se réduire en manifestation physiologique. Le mot plait pourtant, s’affiche, fait vendre. Entre le nouveau régime protéiné et les bons plans shopping, il conjugue les genres et  les styles. De la presse gay, économique, au glamour féminin ou plus populaire, on le décortique, on l’autopsie, passé au scalpel IL reste tout aussi laid comme un organe éclaté. Lui qui pourrait symboliser ce qu’il y a de plus beau n’évoque qu’un mécanisme, enterre la sensualité, allègue le sexe et oublie la chair. Sophie Dulac Vous désirez "mot-dire" à votre tour ? > c'est ici que ça se passe !

Le 4 septembre 2011 à 08:55
Le 3 juillet 2013 à 10:31

L'homme augmenté

Les progrès du futur #4

Oscar Pistorius fut un pionnier : ce fut le premier homme à devenir plus performant grâce à des prothèses. Malgré ses déboires avec la justice, il ouvrit une voie dans laquelle beaucoup d’autres s’engouffrèrent bientôt. En particulier, la miniaturisation aidant, dès les années 2030 tout le monde avait le phone greffé à l’oreille, au sens propre du terme. Là encore, la sonde cérébrale était bien pratique pour fouiller rapidement son carnet d’adresse.   D’autres furent plus créatifs : prenant modèle sur les requins, les adeptes de hockey subaquatique se firent greffer un ruban électrosensible sur les flancs, afin de mieux percevoir les impulsions électriques dans les muscles de leurs adversaires. Cette innovation, conjuguée à l’invention des branchies amovibles, rendit ce sport beaucoup plus populaire, au point d’en faire une discipline olympique. Malheureusement, le monopalme mécanique, très spectaculaire, fut interdit par les pisse-froid du comité olympique par peur des accidents.   Pendant ce temps les amputations volontaires se multipliaient. De tristes sires se désolaient, déclarant qu’on crachait à la face de Mère Nature et que s’ouvrait l’ère des monstres. Ce à quoi les prothètes, menés par le philosophe Bernabé Fakebum, rétorquaient que l’homme étaient prothésé depuis son premier outil. Et ils inventaient de nouveaux dispositifs ludico-sexuels inspirés des céphalopodes.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication