Laure Albernhe
Publié le 10/02/2012

Fred Pellerin : le Québec va attaquer la France !


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Fred Pellerin est conteur. C'est dire s'il a de l'imagination. Originaire de Saint-Elie-de-Caxton, petit village québécois où, l'hiver, trois mètres de neige recouvrent les tombes du cimetière, il a trouvé une idée pour envahir la France. Il a aussi de l'avenir au ministère de la Défense.
Et semble avoir décidé depuis quelques jours de passer à l'action. Visiblement, sa tactique est bonne.

> suite
Laure Albernhe parle dans un micro, c’est son métier. Elle fait ça très tôt le matin et sur une radio qui s’appelle TSFJazz. Parce que le jazz, elle aime ça. Elle aime aussi beaucoup les mots, alors il lui arrive d’écrire, ce qu’elle a fait comme journaliste pour le quotidien économique La Tribune puis, bien des années plus tard, pour le Magazine Jazzman.
 

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Le 20 mai 2011 à 08:55

Au plus nord du continent américain #2

Tant qu'il y aura du froid

Ce que l’on voit, c'est d'abord la nuit dans ces images prises par une webcam posée dans les hauteurs de Barrow, village situé au plus nord du continent américain. Eben Hopson est né ici en 1922. > voir l’épisode précédent Eben Hopson ne comprend pas. Il n’a pas vingt ans, et cette fois-ci, il n’a pas demandé à partir de Barrow. Il est inupiaq, esquimau, indien, il n’a pas de droits civiques. Il s’est retrouvé dans un bateau, ce n’était pas le North Star, mais un bateau de l’armée américaine, de l’incorporation américaine. Direction Nome, toujours en Alaska, mais au-dessous du cercle polaire, au-dessous du détroit de Béring. Nome, une ville de chercheurs d’or, de crevards, de joueurs, de tricheurs.   Eben Hopson se rend chaque matin sur la base aérienne, la dernière base avant l’Urss. Il est là pour construire des avions, des avions russes. La guerre n’a pas commencé, alors les Américains et les Russes commercent. Eben Hopson ne comprend pas. Il est encore chez les Inupiat, en face, de l’autre côté du Détroit, des Tchouktches doivent subir le même sort, un peu plus au sud, ce doivent être des Aléoutes, des nomades, éleveurs de rennes, chasseurs de morses, amateurs de viandes crues, ne demandant rien à personne. Eben Hopson fait ce qu’on lui dit. Les Américains et les Russes entrent en guerre. Il fait ce qu’on lui dit, il embarque sur un autre bateau pour la guerre des mille miles dans l’archipel des Aléoutiennes. Au moment du bombardement d’Unalaska par les Japonais, il n’est pas loin. Quand les Américains déportent les Aléoutes dans des camps sans eau ni chauffage au centre de l’Alaska, il n’est pas loin. Quand, ils pillent les maisons, tuent les phoques sans raison, s’amusent à la chasse au phoque, il est là.La guerre se finit, Eben Hospon fait ce qu’on lui dit, il reste à Nome pour installer les radars contre les missiles balistiques russes. Il est un soldat accompli, l’Amérique a besoin de lui, il ne rentrera à Barrow qu’en 1946.

Le 22 janvier 2013 à 09:21

Neige : L'unité nationale se fissure de plus en plus

France – Premières fissures dans l’entente cordiale autour du chef de l’État face aux chutes de neige qu’affronte la France depuis quelques jours . Alors que les forces de l’État sont à l’œuvre sur tout le territoire, certains se demandent si cette opération est réellement pertinente, tant dans l’opposition que dans la majorité. Reportage. Des voix discordantes, une opération critiquée Est-ce la fin de l’état de grâce autour de François Hollande ? Si dans un premier temps, l’opposition s’était jointe dans le support total du chef de l’État face aux intempéries, le ton a désormais changé. Les voix discordantes se font entendre et l’opération est sévèrement critiquée à droite. Hier soir sont apparues les premières critiques. Valérie Pécresse a ouvert les hostilités la première : « Oui la neige c’est sympa, on peut faire des glissades mais il ne faut pas que cela dure ». Même son de cloche chez Jean-François Copé qui critique une opération qui pourrait s’éterniser. « Je trouve que nous sommes un peu seuls dans cette affaire, nous n’avons aucun support européen. Tout cela sent un enlisement à long terme ». Dans un premier temps, la totalité de l’opposition s’était rangée du côté du chef de l’État. « Dans le cadre de l’intérêt national, nous supportons totalement le choix de François Hollande dans cette opération » affirmait Jean-François Copé. Mais depuis une semaine, les observateurs notent que les chutes de neige continuent et pourraient même s’éterniser une semaine de plus. Pour les experts, cette situation peut perdurer plusieurs mois, jusqu’au printemps. « Nous combattons un ennemi que nous ne comprenons pas, il faut que nous parlions. Sans dialogue, on ne peut rien faire » a tonné de son côté Jean-Luc Mélenchon. La majorité, elle, soutient sans réserve les choix de l’exécutif. « Le Président n’a pas à se justifier, cette opération était inévitable. Si nous n’avions rien fait, le sud de la France aurait été sous la neige. Nous n’avons fait que réagir dans le cadre d’une légitime défense.» a affirmé quant à elle Najat Vallaud Belkacem, porte-parole du gouvernement. Désormais les regards se tournent vers l’opinion publique. La Nation sera-t-elle soudée autour de François Hollande ? Les analystes se perdent en conjectures. Et certains ténors de la majorité s’inquiètent des conséquences sur leur électorat: « Nous ne pouvons pas prévoir ce qui va suivre. Certains aiment bien la neige, d’autres pas, c’est un sujet où les opinions sont très très tranchées.» Les journaux ont déjà commencé à faire leur choix. Ainsi 20 minutes fait sa une aujourd’hui sur un surfer descendant les pentes enneigées du Sacré Coeur. Une photo d’une rare violence mais qu’assume le rédacteur en chef. « Il faut que les Français sachent, il ne faut pas que cela soit un sujet tabou, regardons un peu les choses en face.» Le Gorafi

Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

Le 2 décembre 2015 à 09:40
Le 5 février 2012 à 09:21
Le 20 mai 2014 à 10:31

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Faut-il participer à la Fête des Voisins ?

OUI. Inutile d'être invité. Vous débarquez comme ça, les mains dans les poches: « Salut, je suis votre voisin. Vous me reconnaissez ? » Bien sûr, personne ne vous reconnait. Et pour cause : vous vous faites passer pour le voisin du dessus (ou du dessous), celui qu'on ne voit jamais, dont on ignore le nom et qui est peut-être un autre. Mais on trouve que vous lui ressemblez, il n'y a pas de doute là-dessus, encore que le voisin du dessous (ou du dessus) était peut-être en fait une voisine qui s'habillait en homme et portait la moustache. Là-dessus, les avis divergent : n'était-ce pas plutôt un bouc ? Et s'il s'agissait d'un bouc, y avait-il une chèvre dans l'appartement ? Quelqu'un s'insurge : « on devrait interdire les animaux dans l'immeuble, y compris les poissons rouges ! » « Pas d'accord ! s'écrie le chien du troisième, qui a déjà bien abusé de la sangria. » Le débat s'envenime. Il y a les pour, les contre, les partisans du Modem, les sans-opinions, les mangeurs d'oignons. Bientôt, on en vient à se jeter le taboulé à la figure, la salade niçoise, les merguez pas cuites, la dinde de Noël. C'est la guerre dans l'immeuble. Une guerre belliqueuse. Vous, bien sûr, vous ne faites que passer. Vous n'êtes qu'un observateur mandaté par l'ONU. Vous repartez incognito après avoir bu un dernier verre en douce. Vous titubez un peu. Votre vue se brouille. Pas grave ! Vous changez de quartier. Autre fête des voisins. On vous reconnait. Pas vous ! On vous tire par la manche. Vous résistez, mais mollement. On vous allonge sur la table. Vous pensez peut-être qu'on va vous faire cuire avant ? Non, pas du tout. On va vous mangez comme vous êtes. Tout cru.

Le 6 mai 2013 à 12:10

Paul Claudel (1868-1955)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Alors là, c'est un peu fort de moka ! Le hiératique forgeur de tragédies saint-sulpiciennes déchirantes dans notre petit coin des guérilleros louf-louf. Le zouave-même qui glorifiait le tapin à la chaîne : « La taylorisation ? C'est une économie de mouvements. Tout ouvrier travaille machinalement quand il est parfait. » Et les charniers militaires : « Qu'ils sont beaux les morts de vingt ans ! Mourir pour la patrie est un sort si beau qu'ils en gardent un sourire ébloui. » C'est que l'auteur de L'Annonce faite à Marie n'a pas toujours été un croûton d'académie cocardier et bigot. Ses héritiers voudraient coûte que coûte nous cacher que, dans son adolescence impétueuse, « le charbonnier de la foi », comme l'appelait Aurélien Scholl, a été anar (« Je trouvais dans l'anarchie, confesse-t-il dans ses Mémoires improvisées, un geste presque instinctif contre ce monde congestionné, étouffant, qui était autour de nous. ») Et pas un anar à la noix de coco. Il proposait qu'on mette à la casse le vieux monde des inégalités raciales et sociales, du travail obligatoire et de l'argent-roi. Il exhortait les pue-la-sueur à brûler les usines et les banques. Il acclamait les actions terroristes contre les chefs d'État et les patrons, allant même, à l'instar de l'écrivain Paul Adam, jusqu'à considérer Ravachol comme un saint homme. Mais, me direz-vous, tout ça, c'était bien avant que Paul Claudel n'entre en écriture. Il n'y a quand même pas de traces de ces débordements-là dans ses pièces. Ah, mais si si, les mimiles, et c'est ça que ses héritiers aimeraient enterrer à tout jamais. Les actes I et II de la première version de La Ville (1890) racontent le soulèvement victorieux de « la gent vile et de petit estat » de Pantruche. Les marmiteux en pétard cuisent à grand feu tout ce qui leur rappelle le règne de la galette et promènent au bout d'une pique la tête de leur roi. « Le riche Parpaille : - Pourquoi avez-vous quitté votre travail ? Ne pensez pas que nous ayons peur de vous (…) Cris dans la foule : - Nous ne voulons plus travailler ! Parpaille, fourrant la main dans la poche : - Combien ? Vos conditions ? La paye… Cris dans la foule : - Nous ne voulons plus de paye ! Nous ne voulons plus être payés ! Parpaille, élevant en l'air une pièce d'or : - Par jour ? Cris dans la foule : - À bas ! Nous ne voulons pas d'argent ! Nous ne voulons pas d'argent ! Le gréviste Pasme : - Nous ne voulons pas de votre argent ! Allez-vous-en, car nous vous repoussons de nous ! Ô hommes malheureux ! Allons ! Chassons les riches d'ici et faisons une ville de pauvres ! Cris dans la foule : - Oui ! Oui ! En avant ! Quelqu'un crie : - Mort aux riches ! Un autre, d'une voix perçante : - Aux armes ! » On sait que les événements prendront un autre tour à partir du troisième acte, Claudel étant foudroyé par la grâce entre l'acte II et l'acte III, je ne plaisante pas. Le dramaturge veillera en effet à ce qu'en fin de représentation ses insurgés se convertissent en bloc au catholicisme romain et qu'en lieu et place de l'harmonie anarchote, ils édifient sur les éboulis du capital une monarchie de droit divin. Un des personnages-clé de la pièce, Pasme, restera pourtant irréductible, il partira fonder tout seul « une ville pour l'homme » : « - Il ne faut plus d'argent, et nous le jetterons au vent comme de la sciure de bois. » En 1987, dans le remake au bois bénit de La Ville, Claudel se hâtera de remercier ce Pasme compromettant qu'il faudrait renvoyer facétieusement dans l'arène chaque fois que la pièce se joue quelque part. On retrouve encore le Paul Claudel incendiaire dans l'acte III de la première version de L'Échange (1894) à travers le personnage de Lechy Elbernon incarnant dans le drame l'amour-plaisir pétroleur. Et c'est naturellement aux Bonnes déchaînées de Jean Genet qu'on pense ici. « Lechy Elbernon : - C'est moi qui ai mis le feu à la maison, Thomas Pollock, et ta fortune s'en va avec la fumée épaisse et jaune, et voici que tu n'as plus rien ! Hourra ! hourra ! Servantes, mettez le feu à la maison afin de la nettoyer ! Que tout ce qui peut brûler brûle ! Que la manufacture brûle ! Que la récolte brûle quand on l'a mise en meules ! Que les villes brûlent avec les banques ! Et les églises, et les magasins ! Et que l'entrepôt mammouth pète comme une pipe de rhum ! (…) Et toi, tu brûleras aussi dans le milieu de l'enfer où vont les riches qui sont comme une chandelle sans mèche. Afin que tu te consumes comme de la laine et comme de la pâte qui se réduit comme une plaque de fer ! » Dans une lettre à André Gide, en 1911, le consul de France Claudel a commenté de la manière suivante les péchés de jeunesse que nous venons d'exhumer : « Dieu, que l'on peut être bête quand on a vingt ans ! Comment ai-je pu donner le jour sans frissonner à de pareilles extravagances ! »

Le 9 décembre 2011 à 12:33
Le 26 décembre 2010 à 15:01

Il était une fois...

Carte postale de Finlande

En Finlande, on aime les téléphones portables. Et plus en particulier, ceux de la marque Nokia. Question de fierté nationale. Dans le petit village de Pukkila, près d’Helsinki, Nokia rime avec Père Noël (on n’est pas bien loin de la Laponie, où l’on sait que réside l’illustre bonhomme des neiges)…Il était une fois un gentil monsieur répondant au doux prénom d’Onni, et qui ne pensait pas mal. Il pensait même fort bien, puisqu’à sa mort, il léga à la petite maison de retraite de sa bourgade natale (il était parti faire fortune aux Etats-Unis) une grosse poignée d’actions Nokia. Laquelle finlandaise entreprise produisait, entre autres, de finlandaises bottes en caoutchouc. Pas de quoi, à l’époque, casser trois pattes à un canard, fût-il finlandais itou. Si délicat qu’il était été, Onni n’avait pas imaginé faire un si beau cadeau aux retraités de Pukkila, Nokia ayant par la suite décidé de devenir le principal fabricant de téléphones mobiles dans le monde. Avec le chiffre d’affaires qui allait avec. Oui, mais voilà : lorsque le prix des actions Nokia grimpa, grimpa jusqu’à crever le plafond de la Finlande, certains concitoyens de Pukkila souhaitèrent les vendre, ce que le doux Onni avait formellement interdit…Après une longue bataille juridique opposant les teneurs de parole aux visionnaires de la bourse, les actions, finalement, furent vendues. Au plus haut de leur cours. Avec l’argent, on fit construire non seulement une plus belle maison de retraite, mais aussi un complexe très fonctionnel autour, avec tout ce qu’il fallait dedans pour rendre ses pensionnaires et leurs familles plus heureux. Ce fut une excellente initiative. Car Nokia ne connaît plus le lustre de ses années passées et la vente de ses actions aujourd’hui rapporterait à peine de quoi repeindre les murs de la petite maison de retraite. Où, depuis, on ne lit plus le cours de la bourse.

Le 14 août 2012 à 09:00

Arthur (1939-2010)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Comme on ne l’a pas appris par les médias classiques, le dangereux flemmartiste Henri Montant, dit Arthur, a tourné le coin le 17 juillet 2010 à Plougasnou (Finistère). C’était l'un des rares pamphlétaires satiriques français des dernières décennies à avoir réellement réussi à renouer avec la lucidité critique flagellante et la verve cocasse sans merci des plus redoutables plumes tranche-dedans de la Belle-Époque, celles d’un Zo d’Axa, d’un Émile Pouget, d’un Albert Libertad. À leur instar, dans les canards sauvages (Hara Kiri, La Grosse Bertha, Charlie Hebdo première cuvée, Bakchich, CQFD, Le Canard enchaîné, Siné Hebdo…) où on lui laissait faire feu sur les couillonnades régnantes, il ne tombait dans aucun panneau idéologique, persiflait le militantisme sacrificiel (son livre-clé s’intitule Mémoire d’un paresseux, Ed. de l’Aleï, Dijon) et il ne misait vraiment que sur des rébellions inventives, drôles, hédonistes sans trop se leurrer pour autant sur l’avenir du genre humain : « L’État étend sa patte graisseuse sur l’ensemble des activités humaines, pressent-il en 1977. Toute déviance, toute dissidence sera assimilée au terrorisme. La norme sera la résignation coite. L’humanité entre sans mollir dans le grand asile silencieux, le mouroir définitif. »Pour porter un toast à la mémoire d’Arthur, je sors de ma gibecière un relevé youplaboumesque fricassé par lui des attentats ludiques poivrés contre le travail qui fourmillaient dans les années 1980.« Le groupe des « Enragés de la paresse » mure les portes des agences pour l’emploi et des Assedic en écrivant sur les murs « Le temps volé ne se rattrape jamais ». Le groupe « Grasses matinées » met une vingtaine d’horloges pointeuses hors d’usage. Le groupe « Transports à l’œil » court-circuite les composteurs de bus. Cette hantise du boulot ne les empêche pas heureusement d’en donner aux ouvriers syndiqués du bâtiment en multipliant les tas de gravats aux quatre coins de Toulouse grâce aux explosifs en vente libre dans toutes les bonnes carrières de la région. Ainsi le groupe « Vison futé » incendie la société France-Gibier. Un attentat contre le siège du Front national est revendiqué par les Francs-Tireurs patriotes du PCF, malgré les protestations du groupe Georges Marchais. L’armée n’est pas oubliée : le PARA (« Pour des Actions Résolument Antimilitaristes ») s’en prend au QG de la onzième division de parachutistes. À quelque temps de là, les vigiles du magasin Printafix se font barboter leur fichier personnel du chapardage à grande surface. Les auteurs ? Des groupes anonymes d’individus patibulaires qui signent « Comité Liquidant Ou Détournant les Ordinateurs » (CLODO) ou LASER (« Les Auteurs Sont Encore Recherchés »). Les victimes : Philips Data System, CII Honeywell-bull, Thompson-CSF et autres bienfaiteurs de l’humanité (Thomson livre des radars au Chili, Argentine, Afrique du Sud). Toutes les sociétés d’informatique ne furent pas touchées, mais toutes furent frappées par le génie du mal dont faisaient preuve les saboteurs : les ordinateurs sont extrêmement fragiles des bronches. Un rien les enrhume : une trace de doigt, un brin de poussière. Alors, vous pensez, des bombes ! » (C’est tiré des Charlie Hebdo n° 537 et 538.)

Le 28 février 2012 à 09:04
Le 1 juin 2011 à 08:30

La guerre des os

Histoires d'Os 12

La Guerre des os a bel et bien existé. Authentique western paléontologique qui opposa dans les années 1870, deux anciens amis, Edward Cope et Othniel Marsh, professeurs émérites des universités de Pennsylvanie et de Yale, lancés dans une guerre fratricide dont les nombreux cadavres gisaient au sein des sédiments des contrées inhospitalières de l’ouest.  Leur différend avait débuté le jour où le premier ayant invité le second à venir admirer sa nouvelle découverte - un dinosaure marin nommé Elasmosaurus - se vit reprocher par son confrère d’avoir négligemment placé le crâne de l’animal à l’extrémité de sa queue. Cette remarque avisée ne devait pas flatter le savant susceptible qui en prit ombrage et les deux hommes brouillés à vie se livrèrent, à sa suite, une concurrence impitoyable dont le but inavoué était de découvrir le plus grand nombre de dinosaures.  Au cours de cette course au fossile, tous les coups ont été permis, jusqu’à monnayer les services de l’illustre Buffalo Bill et de quelques guerriers crows familiers du terrain. On cachait à l’équipe adverse l’emplacement de ses fouilles, on missionnait chez elle des espions et des saboteurs déguisés en paisibles migrants et on pratiquait la débauche au sein des fouilleurs de l’autre camp. On allait même jusqu’à détruire les découvertes de l’adversaire et les coups de poings volaient aussi bas que les ptérodactyles. Tout juste si on évitait les échanges de coups de feu !  Après trente années de conflit, cette guerre des os devait prendre fin avec le décès d’Edward Cope. Elle se soldait par l’invention de plus de 80 espèces nouvelles de dinosaures  Dont le célèbre Diplodocus qui en sourit encore.

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