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Publié le 27/04/2010
 
Régis Jauffret
Chroniqueur
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"Seul l'avenir est un pays supportable"
Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret
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"L'image, qu'elle bouge, parle, crie, ou reste immobile et muette, me  met de plus en plus mal à l'aise. L'image, c'est du temps déjà passé, déjà lointain, et désormais inaccessible. L'image privée, je parle d'elle, celle où je figure, c'est de la mort. Je suis mort à chaque  image, je suis là dedans celui que je ne suis plus. Tête conservée  dans le bromure, les pixels, comme celle d'un monstre dans un bocal de forain du début du siècle dernier. Le plus grand danger, c'est la nostalgie. L'image d'un humain, c'est de la nostalgie potentielle. Le  passé me semble toujours un échec, comme une histoire d'amour dans  laquelle je ne vivrai jamais plus. Ni passé, ni présent, seul l'avenir est un pays supportable. Je demeure assez crédule pour imaginer qu'on  est en train là bas d'inventer l'éternité. Je laisse faire le temps, mais j'aimerais bien l'inonder de napalm. Pour tout dire, la mort me semble une perspective infiniment désagréable. Je ne vous la conseille pas."  Régis Jauffret



lien Théâtre du Rond-Point, Paris - Lacrimosa - Régis Jauffret
À lire aussi...
Cinq regrets
(L'été au comptoir)

J'ai mangé un bébé, et ça n'a pas bon goût.

J'ai brûlé le Joconde, et ça a fait beaucoup de fumée.

J'ai tué ma mère, maintenant, je dois faire le ménage.

J'ai épousé un bulot, et je m'ennuie à table.

J'ai couché avec le Pape, il sent fort et ronfle au lit.
"Seul l'avenir est un pays supportable" 3
Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret

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> 1er plan de Régis Jauffret_
avec son texte liminaire sur les images
> 2e plan : Phlippe Mouchès
> 3e plan : Jeanne Lacland

À Mona Lisa cette garce
Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa

1. Jour sans couleur. Votre sourire semble me dire que vous ne voulez de moi que le meilleur. Et rien d’autre. Allez vous faire foutre.

2. Il n'y a de relation facile qu'avec les chiens, les touristes ou les prostitués. Disiez-vous. Je vous envie d’aimer la facilité.

3. Le Louvre est loin et le temps à l’averse. Jamais seul, je me promène avec vous qui n’êtes pas là. Je vous ai cherchée partout. Je ne vous ai reconnue nulle part.

4. Sur ma table de travail, j’exhibe les traces des produits de vous dérivés, les dissèque comme des crapauds. Je me souviens de vous. Je suis certain que c’était ça, aimer.

5. N’écrivez pas. Voudrez-vous bien aujourd’hui avoir l’amabilité de demeurer morte ? Que je puisse ne plus m’éparpiller dans mon deuil de vous.

6. Vous ne répondez jamais. Votre docilité est consternante. Où en êtes-vous de votre deuil de moi ? Quand je pense à tous ces gens qui vous regardent.

7. Ne répondez pas à mon précédent message, je ne veux pas savoir où vous en êtes. Je ne veux plus jamais savoir.

8. Démission postée au musée du Louvre. Ce jour porte la tristesse de réaliser que ces voyages sont désormais avec vous inconcevables. Je ne serai plus votre gardien.

9. Les jours de pluie se font rares. Je passe mon temps à me venger de votre absence. Je ne parviens pas à croire que je vous suis si facile à quitter. Mais j’apprends.

10. Votre absence prend les couleurs des dimanches vides. Elle est partout. Votre absence est partout où vous n’êtes pas. C’est dire.

11. Je vous confiais : « Nous n’allons nulle part. » Votre air semblait ajouter : « et encore, pas même ensemble. »

12. Au risque de vous blesser, j’avoue que souffrir de votre absence devint plus tolérable dès lors que vous n’étiez plus là. Vôtre, toujours où vous n’êtes pas.

13. Il faut que je vous dise, il est possible qu’à vous chercher partout et toujours, sachant que je ne vous trouverai qu’inaccessible ; il est possible qu’à vous chercher sans cesse et partout sachant que je ne vous atteindrai jamais, il est possible que je devienne fou. Et vous embrasse.


Promenade gourmande
(L'été au comptoir)

A ma droite s'élevait un tas de frites, à ma gauche, une grosse tomate, quand j'entrepris cette promenade gourmande dans mon assiette. Mathilde m'avait mis de mauvaise humeur, en me contrariant sur tout, la couleur des fraises et le goût du vent. J'avais besoin de marcher. J'escaladais le beefteack, contournais le beurre maître d'hôtel pour redescendre la pente opposée en direction d'une julienne de petits légumes. Un monticule de moutarde attira mon attention. Elle fumait, entre deux haricots vers à l'ail qui faisaient dans le paysage comme deux arbres abattus. Je montai jusqu'au rebord nord de l'assiette. Loin devant moi, de l'autre côté de la table, Mathilde boudait. Elle me jetta un regard mauvais. Las des ces jeux de couple usé, je décidai de rebrousser chemin en traversant le champ de petits pois. Laissant la tranche d'aubergine à ma gauche, je passai entre les oignons frits. L'air était doux. Je décidais de m'asseoir sur un cornichon. Puis, je m'allongeai dans le persil, la tête sur un tronçon d'échalotte. C'est là que je m'endormis. Pour me réveiller sur l'évier. La table avait été débarassée. La lumière avait été éteinte. Je trouvais un mot planté dans le beurre. Mathilde était partie. Je hais le dimanche. Je hais la tristesse de la vie.
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