Astien Bosche
Publié le 25/11/2010

L'empereur des mots


Slam qui se la pète

Je veux parler sans accroc
Sans accrocher les mots
Être capable de déverser tel un flot de lait
Un flow de lettres et de voyelles qu'on sonne
De consonnes qui riment sans frime ni trimer peut-être un peu ramer
Un beau rameau d'olivier encastré sur ma te-té
 
Nouvel empereur des mots
Peureux des morts et marre des vivants
César des césures
Kaiser des cassures
Tsar star des stances
Qui met le feu dans l'assistance
Et si j’bégaye pas et que j’t'égaye toi
J’ai gagné ma soirée alors souriez c'est si rare c'est si beau
Cécile me manque mais je fais abstraction pour ne pas perdre votre attention
 
Virtuose de la prose je décompose les mots des maux
Démodés mon flow mon phrasé
NON emphasés hyperbolés oxymorés métaphoriqués alambiqués
Je transforme en or les fers
Je libère les mots dans l'atmosphère
Alchimiste activiste intégriste du verbe
J’aime quand le sens est poétique lyrique cosmique comique atypique
Ah on s'pique vite au rythme de la rime dynamique
Qui revient comme le TAC après le TIC
TAC TIC TAC TIC TAC TIC
J'astique les mots pour qu'ils brillent à la lueur du micro
ESCROC
 Ce texte n'est pas de moi je l'ai chopé dans le dico
Cambrioleur de litotes
Violeur de définitions
Profanateur d'expressions
Pourfendeur de profondeur mon texte est creux comme du Leerdamer
Mais messieurs dames ayez du coeur je veux votre bonheur
Pas un slam malsain ni un slam fast
Qui fasse maigrir les idéaux rétrécir les esprits
Je suis aware pas avare
Mais bavard barbu
Plus Babar que shiatsu
Mes cafards je les chasse devant Lamu
 
Je n’ai pas mauvaise réputation à part en diction
Alors je modère mon choix de mots pour pas chuinter ni chuter
Ni chanter petit bémol de ma vie privée
Pas dépravée ni dépourvue
 Je ne vis pas dans la rue
Sinon ça aurait été un bon jet-su
 
Je sue
Je sens que la fin est proche
Faudrait que je raccroche
Avant que je ne déclenche une clameur d'ennui
Non ce n’est pas fini
Faudra me bâillonner plus un coup de baïonnette
Et me finir à la mitraillette
Et si un jour je découvre que dans cette nation
Existe la liberté d'expression
J’aurai enfin trouvé une bonne raison
De me taire

Dandy maniant les mots avec dextérité et aisance, il aime jouer à la fois sur le sens et le son des mots, dans une recherche ludique et jouissive du verbe et de la parole. Romantique désillusionné, il traite le cynisme avec élégance, le sérieux avec mépris, et la vie et son cortège d’émotions frivoles avec ironie.

 

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Le 5 mars 2015 à 14:06

Rodrigo García : "Les gens ont besoin de petites prisons où ils se sentent en sécurité"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García alors qu'il vient caler les derniers préparatifs de son spectacle Daisy au Rond-Point. 1er épisode : son art poétique. Jean-Daniel Magnin – La poésie est devenue minoritaire en Europe occidentale au début du XXe siècle. Et cependant tes écrits pour le théâtre ressortent de la poésie.Rodrigo García – Je suis d'accord avec Joseph Beuys quand il dit que tout le monde peut être un artiste. Je pense que tout homme, toute femme peut être un poète, peut-être pas en écrivant des livres, mais en vivant une vie avec une capacité poétique et avec liberté. Le problème est celui de la liberté. Il y a beaucoup trop de normes dans l'Europe occidentale que tu évoques trop de règles que curieusement, nous autres citoyens acceptons bien, c'est extraordinaire ! Moi, quand j'étais jeune, adolescent, inquiet et révolté, les règles de conduite ne me plaisaient pas, elles m'apparaissaient comme quelque chose d'orthopédique, d'externe.Aujourd'hui c'est étrange, je vois les jeunes qui réclament des règles de conduite restrictives, comme si les gens avaient besoin de petites prisons dans lesquelles ils se sentent en sécurité, c'est extraordinaire de se sentir en sécurité dans une prison ! C'est ce qui me vient en tête quand tu poses cette question alors qu'est-ce que je peux faire, moi, au théâtre, comme auteur ou comme directeur de théâtre ? Montrer des moments de liberté extrêmes, incorrects, pour inciter le public à se demander : comment est-il possible, alors que ces gens font ces choses sur scène, que moi, je n'en sois pas capable dans ma vie quotidienne ? C'est notre intention lorsqu'on propose une œuvre théâtrale, quand j'écris... – Avec toi, comment a démarré la maladie d'écrire ?– Je n'avais pas de vocation littéraire à l'adolescence. J'avais une vocation philosophique. Toutes mes lectures d'adolescent étaient de la philosophie et je suis arrivé à la littérature beaucoup plus tard, vers 18 ou 19 ans. Platon, Sénèque, Aristote, Schopenhauer ont beaucoup plus retenu mon attention que Musil, Cervantes, Joyce. Je n'avais pas de vocation littéraire, ni même de désir d'écrire, mais maintenant oui ! Aujourd'hui je ne peux pas ne pas écrire, j'ai besoin d'écrire.Je me souviens, j'avais des amis à Buenos Aires en Argentine, j'avais 18 ans, ils avaient un fanzine, une revue underground, photocopiée. La première chose que j'ai écrite était une espèce de manifeste contre le Christ ! Tu te rends compte, avant Golgota Picnic qui s'est joué Rond-Point, la première chose que j'ai écrite était un manifeste contre la religion, très naïf, très mal écrit, stupide, complètement stupide, un peu influencé – parce qu'à ce moment-là, je lisais le Marquis de Sade, un peu influencé par le Marquis de Sade et vraiment stupide. C'est la première chose que j'ai écrite.Plus tard, j'ai commencé à écrire du théâtre par hasard, quand je suis arrivé en Espagne. Je voulais être metteur en scène mais je ne trouvais pas de subventions pour mes propres mises en scène. Il y a eu un concours littéraire et je me suis mis à écrire un texte qui n'était qu'une copie, un plagiat de Heiner Müller. A ce moment-là, je regardais beaucoup Heiner Müller, j'avais 21 ans. Je me suis mis à écrire et j'écrivais à la manière de Heiner Müller, mais mal ! – En lisant tes différentes pièces, j'ai l'impression de lire une seule saga...– Quand les gens me disent : "Cette pièce que tu as écrite me plaît moins ou plus que la précédente", je ne comprends pas de quoi ils parlent parce que l'œuvre d'un créateur est un tout. Sur la durée de ta vie, tu développes un travail, je ne crois pas qu'il y ait le meilleur ou le pire... il y a une réalité concrète c'est que tu vieillis, il t'arrive des choses, tu peux avoir plus de connaissances, tu peux devenir moins courageux ou alors plus courageux parce que tu n'as plus rien à perdre. Ça dépend des individus mais il peut se passer beaucoup de choses. L'œuvre forme un tout parce que c'est l'histoire d'une même personne.Après il y a une question, pour moi au moins, liée à la spécificité du métier d'écrivain, c'est celle du style. J'ai dû travailler beaucoup pour trouver un style.Dans mes premières pièces, j'avais un style très flou et petit à petit, j'ai cherché mon style. Quand je parle de style, je parle d'une manière personnelle de s'exprimer. C'est un travail très agréable parce que tu dois rester enfermé chez toi toute la journée, à écrire écrire, écrire, ré-écrire pour trouver la forme. C'est un travail qui m'enchante.En général, quand je travaille sur une pièce, je l'écris, en même temps que je la répète. Je commence à écrire à 9 heures du matin et quand arrive 17 heures et que je dois partir à la répétition, je ne veux pas y aller, je veux rester à écrire à la maison parce que je suis coincé dans un problème formel qu'il faut résoudre. C'est comme un jeu d'échecs, un jeu qu'il faut résoudre. Et j'aime ça. – Tu écris pour être encore plus près de toi ou pour devenir un autre ? Je pense au Poème de l'enfance de Peter Handke : "Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?"– C'est curieux, je n'ai jamais parlé de Peter Handke, mais Handke est pour moi une authentique référence. C'est aussi pour moi un type dangereux, il a une manière de penser et de s'exprimer qui est contagieuse, qui me contamine... Ça fait un moment que je me dis qu'il faut que j'en reste éloigné. Pareil quand je lis Thomas Bernhardt ou Louis-Fernand Céline, je me dis qu'il faut que je reste éloigné de ces types, parce que si je continue à les lire, je ne pourrai plus rien écrire. Je dois donc essayer de les oublier. Je ne parlerais pas d'admiration, mais plutôt d'une correspondance vitale que je ressens à leur égard. Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

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