Vincent Lecoq
Publié le 16/12/2010

La France engourdie


Chronique d'un hiver enneigé

Chronique inspirée par le titre à la une du Parisien du 2 décembre 2010 et dédiée à la tempête annoncée dans la journée

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Vincent Lecoq

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Le 22 décembre 2012 à 11:44
Le 25 août 2010 à 09:40

Bas de soie, crampons et boa - Chamoniarde 2/3

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition.

Je pars avec une tenue sportive, longuement étudiée, préparée, réfléchie et surtout pesée : 1 - une chemise-pantalon en flanelle anglaise pour mettre sur la peau. 2 - une chemise d’homme allant par-dessus. 3 - une cravate foulard. 4 - deux paires de bas de soie. 5 - deux paires de bas de laine très épais. 6 - deux paires de souliers à crampons imperméables et d’inégales grandeurs. 7 - une paire de pantalons larges à cordage en haut et à guêtres en bas rentrant dans le soulier. Ce pantalon est en étoffe de laine écossaise doublée d’un drap de molleton chaud et moelleux. 8 - une ample blouse de même étoffe et de même doublure dont les plis arrêtés devant et derrière matelassent la poitrine et le dos. 9 - une ceinture de cuir, disposée de manière à serrer plus ou moins le bas de la taille. 10 - une paire de gants fourrés intérieurement. 11 - une paire de gants fourrés extérieurement assez larges pour aller sur les autres, avec une épaisse fourrure en bracelet pour intercepter l’air. 12 - un boa. 13 - un bonnet juste en étoffe, pareille à la blouse, doublé de même et garni en fourrure noire, avec voile vert cousu sur le bord. 14 - un grand chapeau de paille de Chamonix doublé d’étoffe verte et garni de quatre attaches pour pouvoir le fixer solidement. 15 - un masque de velours noir. 16 – un grand bâton ferré. 17 – un tartan. 18 – une pelisse doublée de fourrure pour la nuit et les heures les plus froides de la journée.  Et un petit miroir, il faut bien emporter quelque chose de féminin.   Henriette d’Angeville, deuxième femme au sommet Mont-Blanc, 4 septembre 1838.

Le 5 février 2012 à 09:21
Le 8 juillet 2011 à 08:42

Igor

Ou bien imaginer une nouvelle version de « Petit Papa Noël », dans laquelle il ne serait plus question d’une belle nuit, mais d’un crépuscule post-apocalyptique, quelque chose de très sombre, quelque chose à des années-lumière des idées dégoulinantes de bons sentiments que l’on nous impose chaque année, que nos chères têtes blondes apprennent bêtement…   C'est la belle nuit de Noël  La neige étend son manteau noir  Et les yeux levés vers le ciel  À genoux, les petits enfants  Avant de fermer les paupières  Font une dernière prière.    … et dans laquelle le vieux monsieur généreux porterait des bottes à semelles de protection, une combinaison antiradiation homologuée, des gants en kevlar, un masque à gaz, un gilet pare-balles, car dehors, il va avoir si chaud… Dans cette version, le narrateur, un enfant de dix ans, Igor, aux traits fatigués, sans innocence, Igor, flétri, sans aucun avenir ou notion d’avenir, habiterait un bunker souterrain de 9m² avec toute sa famille. Il n’y aurait aucune cheminée, mais seulement un conduit d’évacuation et de traitement de l’air conditionné.   Petit Papa Noël Quand tu descendras du ciel Avec tes jouets par milliers.    Bunker 248 de l'abri antiatomique numéro 47, sous-sol 3, ascenseur 24. Dans cette version de la chanson, le vieillard ferait sa distribution au son des compteurs Geiger des églises et des hurlements des chiens fossoyeurs des ruines.   Ta distribution de surprises.    Dans cette nouvelle chanson, Igor se languirait de revoir un jour le soleil se lever autrement qu’à la télé. Il ne dirait plus qu’il a été sage, mais qu’il n’a rien fait, lui. [Refrain]  Dans ce nouveau couplet, il serait question de nuages dépollués et même d’animaux vivants et en bonne santé, histoire d’apporter un peu de rêve, un peu de fêtes. Le sentiment de. Dans cette version moderne du Petit Papa Noël, on évoquerait des idées positives d’avenir radieux et de félicité partagée. [Refrain]  Dans cette chanson, tout serait très beau, très à sa place : rien ne dépasserait. Dans les abris antiatomiques, les jours de fête auraient un goût particulier qui, on l’espère, ne serait pas celui âcre et violet de l’iode. Dans les abris, les gens danseraient comme des damnés, loin des réalités noircies des cendres grenat.   Dans une version alternative, plus mature, il serait question de l’aversion de l’homme pour les choses visqueuses. Les crachats, les glaires, le sperme. Puis Igor ou tout du moins une version adulte d’Igor, argumenterait : « si Dieu n’avait pas voulu la semence masculine, il aurait fait du sperme en flocons de neige » et de rebondir avec le refrain, les notions d’hivers et de froid. Pour revisiter l’enfance, il faut désapprendre l’adulte.

Le 16 novembre 2013 à 08:53

Mario Rigoni Stern, clochard céleste

Portrait 45

Mario Rigoni Stern est un morceau de neige. Il né en 1921 dans sa montagne, à Asiago en Vénétie et meurt en 2008 au même endroit. Ne croyez pas pour autant que ses pieds n'ont pas goûté plus large. La seconde guerre mondiale le souffle comme un flocon, incorporé par les Italiens, qui soutiennent l'Allemagne. Champs de guerre de France, d' Albanie, puis contre les Russes, puis emprisonné par les Allemands, avec les Russes qu'il devait combattre. Lorsqu'il comprend que le printemps n'empêche personne de mourir, il choisit l'hiver. Mario Rigoni Stern s'évade par la neige en 1943. Deux années d'errance, de la Prusse Orientale jusqu'à Turin. Deux années à marcher dans sa faim comme dans les congères. Après guerre, une fois rentré, il devient employé du cadastre pour se consacrer à la montagne et à l'écriture. Mario Rigoni Stern est le flocon qui brûle la langue de tous les sergents perdus dans la neige. Mario Rigoni Stern est la goutte glacée qui capture la lumière au bout des serres d'un rapace. Mario Rigoni Stern est la larme figée au bord de l'oeil de Primo Lévi. Il sait que les promesses du ciel fondent comme le givre. Que la mort est une couverture pleine de souvenirs. Que des baies poussent dans l'hiver. Il se consacre à sauver ce qu'il reste. L'allure d'un arbre, l'odeur d'un plat, du tabac partagé, la piste d'un oiseau, l'amitié. Des traces de pas dans le grand vide blanc d'après l'horreur. En France il est édité par La fosse aux Ours.

Le 30 novembre 2012 à 07:17

L'enclume des jours

Aujourd'hui, je réclame la suppression du mois le plus calamiteux de l'année: novembre. Novembre est froid, long et moche, novembre ressemble à l'apparition de la mort dans un film de Bergman, novembre est idéal pour aller faire une loooooongue ballade dans des sous-bois boueux et glaciaux avant de rentrer chez soi bien au chaud pour se pendre, c'est en novembre que les ventes d'anti-dépresseurs explosent ainsi que le nombre de tentatives de suicides, tentatives ai-je écrit car on rate même sa mort en novembre...   Vous me direz qu'il y a malgré tout deux jours de congé en novembre. Tu parles! Le premier pour aller au cimetière, le second pour célébrer la fin d'une boucherie. On a vu plus festif !   Je propose donc de fusionner octobre et novembre en un nouveau mois appelé octembre. Cela sonne mieux qu'octobre (lequel m'évoque toujours un landau dégringolant des escaliers, c'est bizarre).   Sur ma lancée, je propose également de supprimer le dimanche, le jour le plus chiant de la semaine, surtout si on ne va pas à la messe (d'autant que je n'ai pas l'impression que cette cérémonie ressemble à Jamel en scène ou à la Gay Pride - non, là, j'exagère, surtout par les temps qui courent - ).   Fusionnons aussi dimanche et vendredi en un seul jour : le vendremanche. Oui à la semaine de 6 jours: 4 jours de boulot et le ouiquende, vendremanche et samedi. Pas mal, non ? Et de plus, les mois étant plus courts, leurs fins seraient moins difficiles pour beaucoup (ce qui n'est pas négligeable surtout par les temps qui courent encore et toujours).   A l'heure où j'écris, nous serions donc vendremanche 25 octembre.  Et on se prendrait pour les personnages d'un roman de Boris Vian...

Le 22 novembre 2010 à 16:01

Au bord de la Laponie, Andreas Eklöf et le silence nordique

Tant qu'il y aura du froid

Patterns for three pianos – in four parts - Andreas EklöfLe concert va commencer. Je dois jouer. Je voudrais aller jusqu’au silence, le capter, le comprendre, le donner. Comme le froid, le silence ne supporte que lui-même, un peu de rareté, et rien d’autre. Glenn Gould y est arrivé. Il est monté au nord, au plus nord qu’il lui était possible par train. Il joue. Puis il ne joue plus, il ne joue plus jamais en public, il ne donne plus aucun concert, il ne fait qu’enregistrer. Mais moi, je viens d’ailleurs ; ma radicalité, je la place ailleurs. Et puis, j’en viens du nord, ce n’est pas lui ma seule matière à silence. Ma radicalité, elle est dans le Cd que je viens de donner. Le concert va commencer. On se presse, on entre, on s’assoit. On est venu nombreux de Stockholm. Une personne lit en attendant. Elle est venue m’écouter jouer du piano, mais j’aimerais surtout qu’elle écoute le premier morceau du Cd. Nor., c’est le nom de mon album. Je ne souhaite pas qu’il soit écouté en concert, ni même dans une grande pièce. Le son doit être réglé en médium. Dans le premier morceau, il y a trois pianos, il y a des pauses et des soupirs, et peu de notes. Alors, au moment où je pense que l’on commence à m’écouter, à écouter, à s’habituer à la musicalité, je fais silence, au milieu du morceau, j’éteins tout, j’arrête de jouer, j’arrête d’enregistrer. Même les sons de la pièce sont niés, je pense que l’on s’en rend compte, j’aimerais que l’on s’en rende compte. Un simple soupir n’aurait jamais suffi à donner le silence. Et je repars, dans la pièce, dans la pièce dans laquelle je joue, dans celle dans laquelle vous l’écoutez. La personne a arrêté de lire, elle attend. Je dois commencer à jouer. Peut-être que je vais y arriver. Son attention va se porter sur les sons du piano, elle va se concentrer, ralentir, refroidir, elle va se crisper, s’intensifier. Peut-être que je vais y arriver, peut-être que pendant ce concert je vais l’emmener jusque-là, peut-être qu’il va être question de faire silence, de faire silence ensemble. 

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