Crac boum hue!
Dans le métro parisien, cette semaine. Les gars, pas
tout jeunes, sont entrés à la station Saint-Jacques. Chapeautés de feutres
noirs, ils étaient vêtus de costumes de même couleur. Le plus grand s’est
adossé à une portière opposée au quai et le petit, plus énergique, a fait une
pirouette en s’accrochant à la barre centrale. Puis il a commencé une sorte de
monologue, assez comique, sur la conjoncture, la crise et le déficit.
Instinctivement, beaucoup des voyageurs occupant le
wagon – on était en début d’après midi – avaient tourné la tête vers l’infini,
jouant mal l’indifférence. D’autres semblaient amusés, un peu…
Sur la banquette, en face de la mienne, était assise
une jolie femme, au chic bourgeois et raffiné. Comme c’est la mode depuis
quelque temps, elle avait gainé ses jambes de bas noirs qui, je dois l’avouer,
troublaient quelque peu la lecture du volume d’austère littérature que je
tenais entre les mains. Mes pensées étaient ailleurs…
Ma voisine était sérieuse, trop, et ses jolis yeux
ne trahissaient aucun passage de folie passagère sous ses cheveux auburn…
Méfions nous de l’eau qui dort ! Les deux
lascars musiciens avaient enchaîné coup sur coup deux tubes de Jacques Dutronc.
Qu’ils chantaient bien et qu’ils étaient drôles !
Un début de sourire se dessina sur le visage de ma
voisine puis elle sourit franchement, aux anges ! Et elle se mit à chantonner
tout doucement :
« Moi, j’ai un piège à fille, un piège
tabouuuuuuu ! Qui fait crac boum hue ! Un joujou extra ! »
Croyez-moi si vous voulez, mais certaines bourgeoises ne
sont vraiment pas sérieuses.
Et c’est
vachement bien.