Vincent Lecoq
Publié le 08/12/2010

La nouvelle émission de télé-réalité de TF1 arrive


Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Vincent Lecoq

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Le 24 juin 2010 à 18:39

L'enfant sous la table

Je n'ai jamais osé penser écrire pour le théâtre – mais j'aurais dû. Tout était théâtral dans la famille où j'ai grandi, une famille de Juifs algérois où chaque homme avait le verbe plus haut que son beau-frère et où chaque femme savait pertinemment museler son mari. Tout n'était qu'embrassades et coups de gueule, histoires drôles et parties de poker homériques, secrets et faux-semblants. Les adultes vivaient dans le jeu permanent. Pour autant ce n'était pas sur scène (le salon-salle à manger de l'appartement, puis de la maison familiale), mais dans les coulisses que je me sentais le plus à l'aise. Lorsque la "smala" débarquait en nombre de Paris ou de Nice et que les voitures encombraient la cour à l'arrière de la maison, on dressait la grande table. Le soir, après le dîner, les hommes (et quelques femmes) allaient taper le carton dans le bureau de mon père. Les autres femmes (et quelques hommes, les plus discrets et les plus doux) restaient dans la salle à manger. Moi, je me glissais sous la table, et je jouais au petit train avec les porte-couteaux. Tandis que là-bas, dans le bureau, on s'affrontait dans un nuage de fumée, au-dessus de moi, les paroles volaient, les secrets s'échangeaient, les sentiments se déversaient. L'un de mes oncles, pièce rapportée, désignait la famille (celle de sa femme et de ma mère) en disant "Les Borgia". Un jour, j'ai demandé "C'est qui, les Borgia ?" Mon père a répondu : "Des empoisonneurs." Il y a peu, je me suis rendu compte que ma première pièce de théâtre est depuis longtemps en chantier dans ma tête. Sur la scène est dressée une grande table autour de laquelle une douzaine de personnages bruyants sont attablés. Au début, sous la table, un petit garçon joue sans avoir l'air d'entendre ce qui se dit. Mais on ne reste pas enfant éternellement. La pièce s'intitule Samedi chez les Borgia.

Le 21 octobre 2010 à 08:00

À vendre : 1 gramme d'espoir

Carte postale du Chili

Madame, Monsieur, Après quelques semaines d’absence, la Régie revient sur les ondes contraires avec dans sa valise une exclusivité qui vous laissera sans voix. En ces temps de doute, de peur et d’introversion, la Régie vous propose d’acquérir, et ce pour quelques euros, l’objet qui, en toutes circonstances, vous redonnera goût à la vie.Quel est ce miracle de poche ?  Un flacon, madame, monsieur. Et que contient ce flacon ? L’espoir !!! Précisément, 1 gramme d’espoir ! Durant son absence, la Régie n’a pas perdu son temps. Profitant d’une convalescence bien méritée au Chili, elle s’est rendue pour vous sur le toit du monde médiatique, à 700 mètres au-dessus des 33 mineurs piégés sous la terre de San José. Quelle expérience formidable que de sentir la ferveur de ces familles dans l’attente du retour de leur pères, frères ou fils. Quel suspens ! Quelle intrigue ! Seront-ils présents pour Noël ? Comment font-ils pour assouvir leurs besoins naturels ? Ont-ils Internet ?  Bref, c’est là, assis à l’ombre d’une TVmobile, éclusant un café d’une rare qualité en compagnie de mon nouvel ami Spielberg (qui ne faisait que passer), que l’idée m’est venue de rapporter à mes tristes compatriotes un peu de l’espoir ambiant.Ce flacon, qui se glissera avec aisance dans votre sac madame, dans votre sacoche monsieur, dans votre poche ou dans la boîte à gants de votre voiture, contient 1 gramme de l’essence de cet événement tragique et magnifique à la fois. 1 gramme mâché, gorgé, estomaqué, intestiné, colorecté… Vous suivez ? Après des jours de négociation, et quelques billets glissés dans des poches adéquates, il m’a été donné l’autorisation de prélever une centaine de kilos d’excréments de nos 33 mineurs. Excréments que j’ai soigneusement fait trier, découper, peser et tailler par un diamantaire local rencontré lors d’une de ces soirées privées qui se tenait tard le soir à l’abri des regards du monde. Cher compatriote dépressif, que vous soyez le travailleur entassé dans le trop plein d’un métro en grève ou que vous soyez le gréviste dans l’attente vaine d’une réaction d’un gouvernement autiste, n’attendez pas le burn out ! Ouvrez votre flacon d’espoir, plongez-y le nez, et inspirez un bon coup… Voilà, ça va déjà mieux ! N’hésitez plus, commandez sans plus attendre votre gramme d’espoir en flacon. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Profondément, La régie 

Le 17 août 2010 à 16:08

Maman (3)

Mon chéri, Les cousins de Carpentras m’ont dit qu’ils t’ont vu sur FR3 région, mais ils ne sont pas sûrs que c’était bien toi à cause du maquillage. C’est quoi cette histoire de maquillage? J’espère que tu ne traînes pas à travers Avignon la bouche et les yeux faits. Il faut que ces histoires-là soient derrière nous maintenant. Nous ne t’avons pas payé ton festival pour te voir recommencer les mêmes bêtises. A propos, les cousins disent qu’il faudrait que tu demandes une facture pour la cave dans laquelle tu joues et une autre aussi pour le dortoir. Il paraît que l’on peut peut-être se faire rembourser une partie des frais parce que c’est de la culture. Je t’ai envoyé des chemises blanches en coton léger, toi qui transpires beaucoup. Ce sera quand même mieux que des tee-shirts pour trouver du travail. Car n’oublie pas que tu fais tout ça pour trouver du travail. Si tu rencontres un patron, mieux vaut que tu présentes bien sinon tu vas encore te retrouver à pleurnicher tout l’hiver de ne pas avoir de quoi manger. Les cousins me disent aussi de te dire que le fils de leur ami est lui aussi à Avignon (tu sais celui qui est acteur). Il joue cette année dans le vrai festival. Tu peux aller le voir de leur part, il pourrait peut-être t’aider, vous avez le même âge. Il pourrait te trouver un petit quelque chose à faire et même dans les costumes, toi qui as toujours aimé coudre, du moment que c’est dans le théâtre au fond… Bonnes vacances, Je t’embrasse, Maman

Le 31 mars 2012 à 08:26
Le 12 juillet 2015 à 08:15

L'épouse, fée de la famille

Quelques perles tirées d'un Manuel scolaire d'Économie Domestique pour filles dans des écoles catholiques en 1960

FAITES EN SORTE QUE LE SOUPER SOIT PRÊT Préparez les choses à l'avance, le soir précédent s'il le faut, afin qu'un délicieux repas l'attende à son retour du travail. C'est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu'ils rentrent à la maison et la perspective d'un bon repas (particulièrement leur plat favori) fait partie de la chaleur nécessaire d'un accueil. SOYEZ PRÊTE Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. Soyez enjouée et un peu plus intéressante que ces derniers. Sa dure journée a besoin d'être égayée et c'est un de vos devoirs de faire en sorte qu'elle le soit. PENDANT LES MOIS LES PLUS FROIDS DE L'ANNÉE il vous faudra préparer et allumer un feu dans la cheminée, auprès duquel il puisse se détendre. Votre mari aura le sentiment d'avoir atteint un havre de repos et d'ordre et cela vous rendra également heureuse. En définitive veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle. RÉDUISEZ TOUS LES BRUITS AU MINIMUM Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Essayez d'encourager les enfants à être calmes. Soyez heureuse de le voir. Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire. ÉCOUTEZ-LE Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n'est pas le moment opportun. Laissez-le parler d'abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. Faites en sorte que la soirée lui appartienne. NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS S'IL RENTRE TARD À LA MAISON Ou sort pour diner ou pour aller dans d'autres lieux de divertissement sans vous. Au contraire, essayez de faire en sorte que votre foyer soit un havre de paix, d'ordre et de tranquillité où votre mari puisse détendre son corps et son esprit.

Le 4 mai 2014 à 10:04

Tombeau pour un cow-boy

(travail en cours)

 Je vais vous raconter l’histoire d’un pauvre cow-boy solitaire. Solitaire et loin de chez lui. Mon grand-père paternel s’appelait Eugène. Il gardait les vaches.Mais c’était en Californie.Alors Eugène était cow-boy.C’est tout ce que je sais de lui. Les mythologies des familles sont des constructions en équilibres instables, empilements de petits faits pas vrais, rengaines enluminées, récits au tamis. Il y a les braves types qu’on surexpose et il y a les drôles de cocos qui finissent au placard. La gloire ou le passage à la trappe. Pour le grand-père Eugène, ce fut la seconde option. Dans omerta, il y a mort. Eugène est né le 28 août 1887 à Ancelles (Hautes-Alpes), un coin perdu du Champsaur. Ancelles… Voilà qui commence bien. Ou mal, c’est selon.La mère d’Eugène s’appelait Marianne, le père, c’était Esprit. Entre le sabre et le goupillon, on imagine un peu l’ambiance.Quant au grand frère, c’était Louis. Comme les dix-huit rois de France. Qu’est-ce qui fait que l’on s’ennuie dans ces montagnes à vaches, que l’on s’ennuie ou que l’on coince sa vie dès le démarrage dans un carcan à ambitions moyennes – faire tourner le petit patrimoine, l’améliorer un peu si c’est possible, prendre femme, avoir des enfants, et, avec un peu de chance, être trop jeune pour la prochaine guerre, être trop vieux pour celle d’après ? La famille vit là depuis des générations, on ne sait même plus qui a commencé, il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Des vaches, des mélèzes, les concours de belote et le bon mètre de neige devant la maison cinq mois de l’année. La fatalité est autoritaire. On ne va pas contre la fatalité. Dans ce bout du monde, les lointains sont tellement lointains qu’ils n’existent même pas en rêve. C’est à peine si Eugène, peut-être, se souvient d’avoir vu à l’école communale quelques gravures édifiantes du livre d’histoire-géographie : Savorgnan de Brazza, le glorieux débarquement de Sidi-Feruch, Montcalm à la bataille des plaines d’Abraham. Abstrait. Les lointains sont des linogravures et c’est tout. Ça n’est pas l’imagination qui lui manque, à Eugène – quand on n’a pas vu, on imagine mieux –, c’est l’imagination d’imaginer. C’est l’ambition d’imaginer. C’est aussi l’ambition d’imaginer qu’il pourrait avoir de l’ambition. Une tout autre ambition. Or, voilà qu’un beau jour, quelqu’un leur met une idée dans la tête, aux deux frères ou à leurs parents. C’est une idée tellement immense qu’elle passe comme une lettre à la boîte. Il faut dire qu’à l’époque, cette idée-là semble comme qui dirait partagée par pas mal de monde. Beaucoup ont déjà eu l’idée d’avoir cette idée-là, si immense, si folle et si simple à la fois. Cette idée-là, cette idée flambant neuve a beau être immense, elle se résume assez bêtement à un tout petit verbe du troisième groupe : partir. Autrement dit se faire la malle, prendre ses cliques et ses claques et aller voir ailleurs. Voilà comment le monde continue son histoire, voilà comment il se défriche et se déchiffre. C’est en tout cas ce qu’on apprend à l’école de la République. On pourrait dire qu’il y a là comme une loi naturelle à quitter son pays si son pays ne vous donne plus de quoi vivre et semble donc ne plus vouloir de vous. Mais en ces temps de conquêtes et d’expansions s’ajoute à cette nécessité universelle comme une petite démangeaison au fond du crâne, qui passe dans tous les crânes, et qui se nomme l’appel de l’inconnu. Le genre de truc qu’on ne sait pas trop ce que c’est (d’ailleurs, c’est écrit dessus). Le genre de truc qui donne des frissons bizarres où se mêlent joie immense et peur immense. Dans le Champsaur, Dieu sait pourquoi, on ne partait pas en Alabama, ni au Mexique, ni en Pennsylvanie, on partait bien plus loin, à l’autre bout du monde. À l’autre bout du Nouveau Monde. Dans le Champsaur, on partait en Californie. Alors Eugène et Louis sont partis à l’autre bout du Nouveau Monde. Ce devait être aux alentours de 1900. Les deux frères émigrent donc aux Amériques. Jusque-là, rien que de très normal. Ils font partie des centaines de milliers d’immigrants qui, chaque année à cette époque, entrent aux États-Unis. Un beau jour, la famille au complet accompagne Eugène et Louis à la gare de Gap. Les deux frangins montent dans le rapide pour Paris, agitent les mouchoirs, et tout le monde disparaît dans la fumée de la locomotive qui démarre. Eugène se prend peut-être une escarbille dans l’œil et son regard alors se floute dans une petite buée de larmes. Il doit avoir quinze ou seize ans. Deux jours de train et les voici au Havre. Ils embarquent sur un paquebot plein à craquer, traversent l’Atlantique d’est en ouest, débarquent à Ellis Island huit jours plus tard – bousculades, contrôles, visite médicale, mesures, pesées, inspection, questionnaires, formalités, et, pour régler tout ça, ils passent deux ou trois nuits sur des châlits de salles communes à faire slalomer le sommeil entre reniflements, pleurs, toux, prières, engueulades et chuchotements. Ils sont venus ici pour garder le bétail mais pour l’instant, le bétail, c’est eux, parmi des milliers de pauvres exténués venus du monde entier qui piétinent, dociles, en file indienne sous le regard méfiant et peu amène des contrôleurs, des flics et des médecins. Ils sont en bonne santé, ont une adresse où aller, un peu d’argent en poche. En plus, ils ne sont pas anarchistes, alors ça va. On les débarque sur la terre ferme, New York City – c’est grand ! –, et les voilà qui continuent vers l’ouest, traversent toute l’Amérique, monotonie des déserts, des montagnes, des grandes plaines, atteignent la Californie, se sentent loin, se sentent seuls, trouvent à se faire embaucher chez un lointain cousin (un cousin de cousin leur a donné l’adresse d’un cousin) pour garder les troupeaux – c’est tout ce qu’ils savent faire –, s’installent au sud de la ville de Los Angeles, lieu-dit Long Beach, un gros village au bord de l’océan connu pour ses immenses ranchs à vaches et à moutons. Ils passent des nuits à la belle étoile et chassent le coyote. Vaches à perte de vue, chevaux, cordes, étriers, lassos, Stetson et selle mexicaine. On leur a fourni les chaps et la salopette.Peut-être font-ils du rodéo. This is America ! Après, c’est une tout autre affaire. […]

Le 6 décembre 2010 à 07:23

Avis de recherche

Un homme de 38 ans, Christophe M., a disparu depuis lundi soir. Il semble qu’il ait quitté le domicile conjugal à la suite d’une altercation avec son épouse à qui il reprochait une certaine frigidité. L’homme semblerait s’être rendu ensuite chez son meilleur ami qui est actuellement absent pour plusieurs mois en raison d’une délocalisation de son entreprise en Arabie Saoudite. La femme de celui-ci déclare que Christophe M. lui a effectivement rendu visite dans la soirée de lundi mais qu’il l’a quittée vers deux heures du matin. Christophe M. a ensuite été aperçu au domicile de Monique G., secrétaire de l’entreprise qui l’emploie, où il n’est, semble-t-il resté que deux heures. « Il est venu chercher un certificat de travail » nous a déclaré Monique G qui l’a vu se diriger vers le pavillon de sa voisine, une femme célibataire, qu’il connaissait et que nous n’avons pu joindre. Un peu plus tard, une troupe de majorettes nous révèle que Christophe M. s’est rendu à leur local qu’il a quitté plusieurs heures plus tard en annonçant qu’il comptait se rendre au foyer de jeunes filles de la rue voisine.  La dernière trace que l’on ait relevée de Christophe M. se situait aux alentours du bois de Boulogne où un témoin prétend l’avoir vu s’introduire successivement dans plusieurs camionnettes en stationnement. Depuis plus rien. La famille est anxieuse et lance un avis de recherche. Merci de bien vouloir rassurer une femme et des parents terriblement inquiets.

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