Carmelo Marchetta
Publié le 19/12/2010

Pourquoi cette illusoire intuition, qu'hier j'avais plus d'avenir qu'aujourd'hui ?


En quarantaine, en Belgique.
Adepte de la banalyse,il s'applique à sublimer le banal et à donner du non-sens à l'absurde.
 
 
 
 

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Carmelo Marchetta

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Le 22 août 2013 à 08:11

Richard

Richard est né nu un jour il y a quelques années déjà. Puis il a grandi. Il a été élevé par ses parents dans une maison. Enfant, Richard jouait beaucoup et faisait des bêtises. Il a fait des études et a beaucoup appris. Un jour, il a trouvé un travail avec des horaires plus ou moins fixes. Richard s'est insurgé contre les guerres, les maladies telles que le cancer, le sida et il n'aimait pas non plus, les dictatures totalitaires. Richard n'aimait pas les transports en commun bondés et les trains qui n'arrivent pas à l'heure. De la même façon, Richard n'aimait pas être éclaboussé par les voitures lorsqu'elles roulent dans une flaque ni être piqué par une guêpe et encore moins être mordu par un chien. Richard n'aimait pas non plus se cogner contre les meubles ou payer des places de cinéma trop chères. Richard aimait les chatons et les chiots parce qu'il les trouvait mignons. Richard pensait que la violence ne mène à rien. Richard, dans le même esprit, n'aimait pas les gens foncièrement méchants. Richard appréciait beaucoup ses amis et il aimait l'amour (et le sentiment amoureux, ça va de soi). Richard aimait le sexe aussi parce qu'il trouvait ça bon. Richard aimait les surprises et ouvrir les cadeaux à Noël. Richard aimait la nature. Richard pensait que la cigarette est mauvaise pour la santé. Richard tombait de temps en temps malade. Richard détestait être enrhumé et devoir se moucher toutes les dix minutes. Puis Richard a vieilli et un beau jour il est mort. Sa famille et ses amis l'ont pleuré. Lors de son enterrement, quelqu'un a dit : "Bah, ce Richard quand même... ah, sacré Richard va !".

Le 4 décembre 2014 à 09:59
Le 30 octobre 2014 à 08:17

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Mon fils a toujours le nez dans les étoiles, est-ce grave ?

OUI. Si votre fils a perpétuellement le nez dans les étoiles, je m’inquiéterai pour son avenir et je prendrai conseil auprès d’un psychologue. Je suppose qu’il s’agit d’un ado. Je suppose aussi qu’il se pose beaucoup de questions sur l’univers, Dieu, les soucoupes volantes, toutes ces questions inutiles qui l’empêcheront plus tard de devenir un bon consommateur, un homme heureux, un adepte du sport, un amateur de belles voitures et de Prozac. Quand on se pose des questions, c’est bien connu, on passe à côté de l’essentiel : on n’a plus envie de jouer à la console ou de taper dans un ballon de foot. On devient rêveur. On est dans la Lune. On se voit déjà sur Mars en train de tutoyer les martiens au comptoir d’un bistrot. Là, il y a danger. Il est temps de revenir sur Terre et de songer à l’avenir. Avoir un bon métier, c’est important, même si au final on devient maître-chien à Leader-Price, parce qu’on n’a rien trouvé d’autre après cinq ans d’études en sociologie. Pour en revenir à votre fils, je m’inquiéterai aussi pour sa sexualité. Les étoiles, c’est bien joli, mais les filles s’en foutent pas mal quand il s’agit de les draguer. Personnellement, la seule fois où j’ai dit à une fille que j’avais un beau télescope, elle n’a pas du tout compris de quoi je parlais. A présent, je dis les choses comme elles sont et ça va beaucoup mieux. Bref, il serait peut-être mieux pour votre fils qu’il mette son nez dans les jupes des filles ; cela le détournerait de toutes ces mauvaises questions sur l’origine de l’univers, les trous noirs, les trous normands, la vitesse de la lumière sur autoroute, etc. Et s’il persiste, confisquez-lui son télescope ! Abonnez-le à Play-boy.

Le 3 juillet 2013 à 10:31

L'homme augmenté

Les progrès du futur #4

Oscar Pistorius fut un pionnier : ce fut le premier homme à devenir plus performant grâce à des prothèses. Malgré ses déboires avec la justice, il ouvrit une voie dans laquelle beaucoup d’autres s’engouffrèrent bientôt. En particulier, la miniaturisation aidant, dès les années 2030 tout le monde avait le phone greffé à l’oreille, au sens propre du terme. Là encore, la sonde cérébrale était bien pratique pour fouiller rapidement son carnet d’adresse.   D’autres furent plus créatifs : prenant modèle sur les requins, les adeptes de hockey subaquatique se firent greffer un ruban électrosensible sur les flancs, afin de mieux percevoir les impulsions électriques dans les muscles de leurs adversaires. Cette innovation, conjuguée à l’invention des branchies amovibles, rendit ce sport beaucoup plus populaire, au point d’en faire une discipline olympique. Malheureusement, le monopalme mécanique, très spectaculaire, fut interdit par les pisse-froid du comité olympique par peur des accidents.   Pendant ce temps les amputations volontaires se multipliaient. De tristes sires se désolaient, déclarant qu’on crachait à la face de Mère Nature et que s’ouvrait l’ère des monstres. Ce à quoi les prothètes, menés par le philosophe Bernabé Fakebum, rétorquaient que l’homme étaient prothésé depuis son premier outil. Et ils inventaient de nouveaux dispositifs ludico-sexuels inspirés des céphalopodes.

Le 24 février 2012 à 12:33

Activité n'est pas travail

Une vie à peigner la girafe

Quand j’avais vingt ans, je cherchais un travail. On m’a demandé de peigner la girafe. Je me suis donné beaucoup de mal pour bien faire : échelle de corde pour l’escalade et brosse le poil, brosse le crin. Des heures durant. Quand j’avais trente ans, il me fallait nourrir mes enfants. On m’a demandé de peigner la girafe, pour avoir de l’argent. J’ai dit : « Pas question ! Je n’ai pas fait toutes ces études pour en arriver là! Je refuse de perdre mon temps et mes forces à de pareilles balivernes. Je ne suis pas prête à n’importe quoi pour survivre ! » Nous avons mangé des cailloux, dignement, mes enfants et moi. Quand j’avais quarante ans, je voulais encore travailler. Etrange obsession. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai organisé une vaste campagne pour revendiquer la liberté des girafes à vivre ébouriffées. J’ai convaincu la terre entière que les girafes étaient aussi belles et heureuses, poil en bataille que poil peigné. Un homme est venu me dire : « Arrêtez de peigner la girafe ! » Je l’ai gratifié du petit sourire suffisant de celle qui a tout compris avant les autres. Quand j’avais cinquante ans, j’avais pris des goûts de luxe qui me réclamaient salaire. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai plongé l’animal dans une préparation dépilatoire, puis je l’ai peint en vert. On m’a virée, j’ai perdu un procès long et coûteux contre la Ligue Protectrice des Animaux et mes goûts de luxe. J’ai pleuré sur mon sort d’artiste incomprise. Quand j’avais soixante ans, on m’a expliqué que j’étais trop jeune pour la retraite. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai trouvé cette activité émouvante et belle, j’ai vécu des moments de communion intense avec la girafe. J’ai découvert ma vocation de peigneuse de girafe. Quand j’avais soixante-dix ans, j’ai demandé à peigner la girafe.

Le 29 avril 2012 à 07:36

Combien de temps ?

Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps ! J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend !  Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?   J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps… Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet ! Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ? Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour ! J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts… Mais combien, combien de temps dure la mort ?      

Le 23 février 2011 à 12:43

L'illusion arctique de John Roos

Tant qu'il y aura du froid

Je ne sais pas comment. Je ne sais pas comment vivre avec ça. J’ai conscience d’avoir fait quelque chose d’important, mais que personne n’est capable de le voir. Même pas moi. Il m’a fallu des dizaines d’années pour comprendre, des dizaines d’années où l’on m’a écarté de l’exploration polaire.Je me suis trompé. C’est vrai.Je me suis gravement trompé. On me l’a dit. William Parry, puis mon neveu, James Ross. Ils me l’ont dit, et puis ils se sont tus et j’ai cartographié le Mont Croker. Je sais que c’est important, que tous les explorateurs se serviront de cette erreur, qu’ils l’utiliseront pour avancer, pour percer le Passage du Nord-Ouest à travers les glaces, par le nord du continent américain. C’était le 31 août 1818, au nord de la terre de Baffin. Des siècles plus tard, on saura qu’en Arctique, c’est déjà l’hiver, qu’il n’est pas possible d’aller plus loin. Il n’est plus possible de rejoindre la Chine par le Grand Nord.Je me suis laissé envahir par les personnalités de Parry et de mon neveu, je me suis laissé envahir par leur doute mais j’ai tenu bon, j’ai dessiné le Mont Croker sur la carte. J’aurai dû écouter Saccheus, mon traducteur groenlandais, j’aurais dû lui laisser plus de temps avec les inuit. Il était sans doute lui-même submergé par leurs découvertes en montant à bord de l’Isabella et l’Alexander, nos voiliers qu’ils pensaient vivants. Si nous avions eu plus de temps, si nous en avions été capables, capables d’écouter ce qu’il se passait vraiment.Cette première rencontre entre nous et les Eskimos polaires.Mais nous n’avons pas su voir, pas su écouter. Concentrés par la recherche du Passage, obsédés par la recherche du Passage. J’aurais alors appris à regarder les courants et la houle, à voir que le Mont Croker était un mirage, une illusion optique, un ice blink, une réflexion du soleil sur la glace. Certainement pas une falaise qui bloquait l’entrée du Passage du Nord-Ouest.

Le 7 juin 2014 à 08:55

Glenn

Glenn dort parfois nu même souvent, mais le lundi surtout ou bien encore les jours de pluie. L'homme a inventé le sexe sur le lit pour oublier que Dieu avait mis des monstres dessous, très serrés les uns contre les autres. L'intimité dans un lit occulte un peu facilement les 2 millions d'acariens qui l'occupent aussi. Comme on fait son lit, on se couche, oui, mais lequel ? Il y a cette scène dans Freddy les Griffes de la Nuit, celle de la mort de Glenn (Johnny Depp), durant laquelle le jeune homme est aspiré par le lit (avec la télévision d'ailleurs, tiens) puis recraché en un impressionnant geyser de sang. Ce n'est pas anodin tant le sommeil est sans doute l'événement quotidien le plus perturbant qui soit puisqu'il nous voit chaque jour inexorablement perdre conscience. Le lit est cet endroit dans lequel nous perdons pied, physiologiquement parlant. Seul notre subconscient survit dans cette expérience qui met nos hormones sens dessus dessous, ce qui en fait un évènement encore moins rassurant tant l'homme aime tout contrôler. Alors le corps a inventé le rêve comme pour enfoncer le clou encore plus loin : il est la superstar de la nuit au grand dam de l'homme. Il n'est guère étonnant que ce dernier ait d'ailleurs bien souvent cantonné le sexe au même endroit. Quand on y pense, le sexe est également une perte de conscience. On meurt dans un lit bien souvent aussi. Avec des draps blancs immaculés comme un jour de mariage : ça fait réfléchir. Le lit est, avec les WC, l'endroit où l'homme se résigne à admettre qu'il n'est qu'un animal comme un autre. En 2145 nous dormirons dans des lits verticaux en compagnie de poules qui donneront du lait lorsqu'on leur pressera les crêtes. Nous serons dirigés par un état totalitaire qui enverra des sous-marins sur Mars pour exploiter le peuple étranger avant de l'éradiquer. Le sexe sera prohibé et l'homosexualité cantonnée à un couple étalon élevé en Argentine pour des études financées par le Nouveau Planning Familial. Le racisme sera cloné et la peur de l'autre deviendra une religion à part entière : on crucifiera des Chinois autant que les gousses de vanille qui seront jugées trop exotiques. Une grosse pastèque sera pape. La Kaaba abritera une baby carotte que tout l'islam vénèrera comme s'il était le Prophète même. L'homme aura rationalisé le sommeil, le lit deviendra un objet de controverse que quelques artistes engagés dresseront comme étendard (du côté hiver seulement, faut pas pousser) mais sans grand succès. Même Lady Gaga XIV s'y cassera les dents. Glenn sera recraché par un Freddy bionique tous les premiers dimanches du mois après le porno kabbalistique en hébreu diffusé sur Canal ++. Les censeurs seront vénérés comme des saints alors que les bouddhistes remettront au goût du jour la Macarena. Réveil chassieux, réveil heureux. Mais avant tout, mon lit restera à jamais cet endroit où nous ne dormirons plus jamais ensemble, Glenn.

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