Noël au bal con
On m'avait demandé une chronique riche
en esprit de Noël. J'étais là, penché sur ma planche à
chronique, soucieux, angoissé. L'esprit de Noël. Soit je critique
la commercialisation et les blagues de l'oncle Roger après trois
verres, c'est une plate-forme dédiée au rire de résistance ici,
que diable, et je tombe dans les clichés. Soit au contraire, je
parle de la joie qui illumine les cœurs des enfants quand la nature
a revêtu son blanc manteau, et je tombe dans les clichés. Que
faire ?, me disais-je, quand soudain, l'esprit de Noël m'est
apparu. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, parce qu'il était en
slip.
- Salut mec, grimpe sur mon dos, je
vais te montrer un truc, tu vas kiffer sa race », me dit-il tout de
go.
- Ouais, ouais, je connais la
combine, tu vas m'emmener voir les Noëls d'antan, les Noëls
futurs et à la fin, y aura une morale. Tout le monde sait ça. #OLD. »
- Pas du tout, tu m'as pris pour
Dickens ou quoi ? »
- Dickens ? »
- Bah le mec qui a écrit le conte
de Noël avec les esprits et tout. »
- C'est pas l'oncle Picsou ? »
Bon. Il m'a expliqué que les
excursions dans les Noëls passés, ça ne se faisait plus trop,
parce que ça créait des drames familiaux (« Quoi ?
Maman, tu nous avais toujours affirmé « Nous, à Noël, tout
ce qu'on avait, c'était une orange et on ne se plaignait pas »
et que vois-je ? Noël 1957, deux oranges ! Je suis outré
et je vais donc me plaindre rétrospectivement. Je ne suis pas très
content de cet ours reçu en 1982 alors que j'avais expressément
stipulé dans ma lettre au père Noël « Pas de putain d'ours
cette année ! ») et que les excursions dans les Noëls
futurs, ça se faisait plus trop, parce que Noël, dans le futur, ça
ne marche plus tellement depuis que les extrémistes athéistes ont
réussi à faire rebaptiser « Fête du sapin et des boules ».
Là, je lui ai dit d'aller droit au
but, parce que je n'avais que 1500 signes à disposition et que
j'approchais des 1515, ce qui n'est jamais rassurant pour un Suisse,
et il m'a répondu « allons allons, c'est Noël, tu peux bien
dépasser pour une fois ».
Il m'a donc emmené voir l'esprit de
Noël Gallagher, ancien chanteur d'Oasis devenu chanteur de Banga
suite à un drame familial, et ça n'a pas été facile de le retrouver, il l'avait perdu, puis l'esprit de Noël Mamère, ancien
présentateur télé devenu maire pour qu'on arrête tous ces jeux de
mots avec son nom (ça n'a pas marché), puis l'esprit de Noël Godin, qui est mon idole, puis l'esprit de Léon Noël, qui habitait la route qui monte vers la forêt, au village, à l'époque, mais on ne l'aimait pas trop (je n'ai jamais su pourquoi), malgré son nom palindromique.
Il m'a demandé si je voyais où il
voulait en venir, j'ai répondu non, il a pris sa tête entre ses
mains, je lui ai répondu que c'était une attitude ridicule pour un
esprit, il est parti boudeur, j'ai terminé ma chronique.
Bons baisers de Fort-de-France.