Quand on tourne trop sa langue de bois dans la bouche avant
de parler, on donne des verges pour se faire battre. Invité à réagir aux événements
de Tunisie où, depuis trois semaines déjà, une révolte sociale et morale contre le régime Ben Ali est réprimée
férocement par la police, le ministre
de la Culture improvise une formule moins ciselée que celles dont il nous
enchantait dans ses épopées de têtes couronnées, du temps où il s’appelait « Fred
».
Qu’a-t-il voulu dire au juste en trouvant « exagéré »
qu’on puisse avancer que « la
Tunisie est une dictature univoque » ? Beau diseur et fin lettré, il s’est peut-être risqué à suggérer
que la dictature est un mot qui ne recouvre pas seulement un sens mais
plusieurs ? Du point de vue
des victimes ce n’est pas convaincant sur le coup. Ou plutôt sous les coups. Même une dictature qui ne serait plus « univoque
» mais à l’inverse « équivoque »
n’en serait pas plus supportable, l’ambiguité servant plus sûrement de masque à
la terreur.
Il était le premier des ministres du gouvernement Fillon à
s’exprimer publiquement sur le sujet. Certains de ses prédécesseurs, rue de
Valois, auraient saisi l’occasion pour se ranger du côté des « forces de
l’esprit » (comme disait « Tonton »). Artistes matraqués, journalistes
embastillés, bloggeurs hadopisés, les prétextes ne manquent pas en ce moment. Ça n’a pas suffi. M. le
ministre de la Culture et de la Communication, bonsoâââârr…