Special Guest
Publié le 06/02/2011

Yannick Jaulin


Le dodo, un monstre gentil (+ un conte cruel en bonus)

      Partager la vidéo 
Le conteur Yannick Jaulin a jeté son dévolu sur un monstre doux disparu, le dodo, oiseau pédestre déambulant sur l'Ile Maurice, exterminé par les colons européens à la fin du XVIe siècle. S'il a disparu de la planète, l'animal se trouve encore à piétiner sur quelques pages de votre livre favori, Alice au Pays des Merveilles, car Lewis Carroll fut le seul à lui offrir un refuge.
Mais nous ne vous en dirons pas plus, puisque vous pouvez croiser le Jaulin à 18h30 au Rond-Point. Pour savoir tout tout tout sur le dodo.
En attendant, voici quelques réflexions sur la monstruosité douce, ainsi qu'une histoire horrible avec père noël sanglant, en bonus. Brrrrrr…
Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

Plus de...

Yannick Jaulin

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 5 mars 2011 à 17:05

Denis Robert contre Bankenstein - 1

Exclusif : les coulisses de l'affaire Clearstream

Après la décision de la Cour de Cassation rendu le 2 février dernier entérinant définitivement la victoire de Denis Robert contre Clearstream, la multinationale de la finance, nous vous proposons ici un  feuilleton en vingt épisodes sur les coulisses de cette affaire. Cette conférence a été enregistrée trois mois plus tôt. DR ne savait pas encore qu’il allait gagner...Il raconte en exclusivité pour ventscontraires.net comment il a survécu face au monstre qui nous tient tous en ce moment entre ses griffes. On pourrait l'appeler Mister Finanz ou Master Subprime. Denis Robert lui préfère le nom plus XIXe de Bankenstein : « Mon monstre à moi avait un regard de poisson mort, des muscles d'acrobate, le courage d'un âne et la folie d'un oligarque russe ayant abusé de vodka. Il avait placé au-dessus de ma tête, tenue par un fil, une enclume très lourde fabriquée à Luxembourg. Chacun de mes gestes devait être lent et pensé sinon j'étais mort. »Denis Robert est aussi peintre : après les avoir recoupées, vérifiées, exploitées en tant que journaliste d'investigation, il grafitte les informations glanées lors de son enquête sur ses toiles comme on tague en courant sur un mur dangereux.> épisode suivant> en partenariat avec le site littéraire du Nouvel Observateur, bibliobs.comBankenstein, conférence-performance enregistrée au Théâtre du Rond-Point le 22 octobre 2010

Le 11 mars 2013 à 14:34

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #3

La révolution de la subjectivité

> Premier épisode                > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 20 mars 2013 à 14:29

Yannick Jaulin

Cabinet de curiosité - Pour les pédants on a du matériel

Une émission France CultureChaque mois, un écrivain vous ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres, une littérature savoureuse et décapante, que des comédiens viendront interpréter en public.Yannick Jaulinavec Yannick Jaulin, François Marthouret et Marie-Eve Perron « Suis-je un conteur, un auteur, un acteur ? Je pourrais me définir comme un acteur qui fait des histoires »« La colère qui m’a mis debout m’a fait tendre l’oreille et rendu complice de ceux qui, aux bords du monde, résistent aux dominants de tous ordres et nous font grandir à notre propre liberté. Ceux qui disent pour ne pas être emmurés dans leur propre effroi. Ceux qui disent pour témoigner du burlesque et du sublime.  Dans ces livres, les mots pour nommer où je me suis glissé comme dans un duvet, moi, oiseau sans plumes, héritier d’une langue sans nom. J’ai pioché dans O’Brian l’irlandais ou Basile le sicilien, pétrisseurs d’une autre langue, mais aussi Gaston Miron le québécois, René Char ou Jean Echenoz, pour la liberté dont la leur témoigne. » Emission coproduite par France Culture et le Théâtre du Rond-Point sur une idée originale de Jean-Michel Ribes. Enregistrée le 7 février 2011 au Théâtre du Rond-Point Réalisation Laure Egorroff Diffusée sur France Culture le lundi 28 février 2011 à 20h Durée : 58:53

Le 12 décembre 2014 à 08:46

Croire

– Le Bon Dieu n’existe pas.– Pas possible !– Comme je vous le dis.– Mais qu’est-ce qui vous fait croire ça ?– Je n’en sais rien. Une intuition.– Autant dire que vous n’en savez rien…– Comment voulez-vous savoir ? On n’est sûr de rien. Juste un faisceau de présomptions…– Hum, hum…– Depuis le temps qu’on annonce son retour sur la Terre et qu’on ne voit rien arriver… Au moins le Père Noël, lui, il est ponctuel.– Vous croyez au Père Noël ?– Pas vous ?– Si, bien sûr. La petite souris, en revanche, j’ai des doutes.– Vous pensez que ce serait un stratagème parental ?– Quelque chose comme ça, oui…– En même temps, sous l’oreiller, la dent disparue est bien remplacée par un bonbon ou un chocolat…– C’est vrai.– Et ça je suis désolé mais ça n’arrive quand même pas par l’opération du Saint-Esprit !– En ce qui me concerne, ça fait longtemps que la petite souris ne se déplace plus chaque fois que je perds une dent.– Mais quand vous perdez une dent, vous la mettez sous l’oreiller ?– Non.– C’est bien ce que je pensais…– C’est-à-dire, à mon âge…– Bien sûr ! Vous perdez une dent et c’est comme si vous n’en aviez rien à foutre. Vous abandonnez la malheureuse chez votre dentiste qui va vous mettre un implant.– Exactement.– Et la petite souris oubliée, négligée, délaissée, qui voit, comme ça, une dent passer sous son museau, vous y pensez ?– Pas tellement.– C’est bien ce qu’il me semblait. Pour croire, il faut quand même y mettre du sien.

Le 6 décembre 2013 à 15:52

Marius von Mayenburg: "Nous sommes tous des voleurs impénitents"

Marius von Mayenburg, auteur et metteur en scène associé à la Schaubühne de Berlin, est un des auteurs les plus inventifs du moment. Joué partout en Europe et au-delà, il voit une de ses dernières pièces, Perplex, créée au Rond-Point dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Pièce folle qui transforme le théâtre en jeu de quilles, écrite pour ses acteurs préférés et qui ont donné leur nom aux personnages qu'ils interprètent. Jean-Daniel Magnin – Il est passionnant de suivre, d'une pièce à la suivante, la façon dont tu réinventes la forme narrative pour raconter une histoire sur scène. Exemples les plus évidents, parmi tant d'autres : ce sont les personnages qui disent les indications scéniques, ou - comme dans Le Moche – différents personnages glissent en douceur sur le même acteur. Des innovations toujours en lien avec les enjeux de la pièce. Pour toi cette "modernisation permanente" de l'écriture théâtrale est-elle nécessaire ?Marius von Mayenburg – Je ne pense pas tant que ça à la forme. Je ne veux pas m'ennuyer, je veux jouer. La plupart du temps la forme va naître par nécessité. Ou du désir de travailler avec tel ou tel acteur.– Tu y réfléchis en amont ou ça se développe durant le processus d'écriture ?– Les deux. Ce processus démarre souvent bien avant que le premier mot soit couché sur la page.– Bien sûr tout a déjà été inventé. Cependant nombre de tes innovations ont été reprises par d'autres écrivains de théâtre. As-tu le sentiment d'être observé, attendu, voire même copié ?– Non. Nous sommes tous des voleurs impénitents. Le théâtre est un art parasitaire. Nous nous servons dans des films, dans les arts plastiques, la littérature. Et chez les artistes de théâtre. Nous volons intentionnellement et sans le faire exprès, le vol est si normal chez nous que la plupart du temps on ne s'en aperçoit même pas. C'est ainsi depuis toujours (Shakespeare etc.). Le théâtre est un art fugace, voilà pourquoi personne ne se sent coupable. Si quelqu'un estime qu'il y a quelque chose à voler chez moi, je m'en réjouis.– De nos jours de nombreux écrivains de théâtre s'écartent du dialogue traditionnel au profit d'une espèce de "partage du récit", où le théâtre devient plus ou moins la communication partagée d'une histoire ou d'un conte narré face public. Qu'en penses-tu ?– Je pense qu'il nous est de plus ne plus difficile de suivre un déroulement scénique qui représente la réalité comme une suite chronologique d'événements. On le ressent comme trop autoritaire. La narration à plusieurs d'une histoire répond à un point de vue sur une réalité que nous n'éprouvons plus comme une succession causale d'événements chronologiques, ordonnés selon une hiérarchie implacable. Nous la percevons plutôt comme un réseau d'événements simultanés qui se relativisent les uns les autres. Voilà pourquoi le récit se fragmente en plusieurs voix, souvent contradictoires. Il en résulte l'illusion d'un récit démocratique : ce qui est vérité ou mensonge, c'est au spectateur de le décider. Tout est relatif. Et donc relativisé. Conflits et rencontres sont évités. Si je trouve de telles expérimentations nécessaires, elles ne sont pas pour moi l'avenir du théâtre. – Le théâtre est-il pour toi éternel ? Existera-t-il encore dans cinquante ou cent ans ?– C'est si beau de voir les acteurs au travail. Pourquoi les gens devraient-ils cesser de faire ça ?– Dernière question : quel a été ton point de départ pour Perplex ?– Au départ c'était une frustration après un travail de mise en scène avec des acteurs qui m'avaient mis à bout de nerfs. Ensuite la nostalgie et le désir de retravailler avec mes acteurs préférés : Robert, Eva, Judith et Sebastian*. Alors je me suis assis et j'ai écrit la pièce pour eux. Et j'ai mis là-dedans tout ce que j'avais envie d'expérimenter avec ces comédiens. Et ensuite on l'a fait.*Eva Meckbach, Judith Engel, Robert Beyer, Sebastian Schwarz, comédiens de la Schaubühne qui ont donné leur nom aux personnages de la pièce mise en scène par Marius von Mayenburg Perplex, de Marius von Mayenburg, traduction Hélène Mauler et René Zahnd, L'Arche éditions Photo Iko Freese

Le 9 mai 2013 à 10:15

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #6

> Premier épisode           > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 26 septembre 2014 à 09:22

Claude Lelièvre : "Les violences à l'Ecole ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés"

Ça va bien à l'école ? #3

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Troisième et dernière partie de cet entretien exclusif. > Première partie Les faits divers donnent l'impression d'une violence croissante à l'école. Selon vous est-ce la cas ? Lorsqu'on y réfléchit, on se rend compte qu'il est impossible de se prononcer de façon sûre (ou même approchée) dans un sens ou dans l'autre. D'abord parce que ce qui est caractérisé comme violence et ce qui est posé comme seuil du non tolérable varie avec les établissements, avec le statut de celui qui parle (enseignant, personnel de direction, conseiller d'éducation, élève, etc..) et avec son âge ou son sexe (comme le montrent nombre d'enquêtes à ce sujet). Ensuite parce chacun selon la place et la façon dont il peut anticiper les résultats d'un signalement (''positifs'' ou ''négatifs'' pour lui, pour l'établissement, etc) a plus ou moins ''intérêt'' à une certaine ''publicité'' ; ce qui peut aussi varier selon telle ou telle période (plus ou moins jugée propice à l'accueil de ces ''signalements''). Et ce n'est pas automatiquement parce que des ''signalements'' (à l'administration, à la justice, dans la presse) sont plus fréquents que les violences (ou certaines violences) sont ''réellement'' plus fréquentes (on peut sans doute faire une comparaison, à ce sujet, avec la tendance à l'augmentation du nombre de signalements des viols). Ce qui peut être tenu pour assuré en tout cas, c'est que les violences à l'Ecole sont toujours sous-estimées et qu'elles ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés. Ainsi en 1883, au sein même du prestigieux lycée Louis Legrand, en pleine période du ministère de Jules Ferry. Chahuts dans la cour, refus d’obéissance. Cinq élèves sont mis aux arrêts, ce qui a pour effet d’accentuer le désordre. Trois cents élèves montent dans les dortoirs : les vitres, les vases de nuit, les lavabos sont cassés et jetés ; les matelas sont éventrés à coups de couteau. Le vice-recteur accourt et décide de faire entrer dans le lycée soixante sergents de ville. Armés de tessons de vase de nuit et de barres de fer arrachés aux lits, les élèves se battent contre eux . Les dégâts matériels sont évalués à 20000 francs/or (soit le revenu annuel moyen de dix enseignants). Une centaine d’élèves sont exclus. Cela n’empêchera pas une autre révolte, cinq ans plus tard. De 1870 à 1879, on comptabilise quatre-vingt révoltes lycéennes (sur guère plus d’une centaine de lycées existant alors en France). Ainsi, durant cette décennie, 8% des lycées de France se sont révoltés chaque année, en moyenne, pour des raisons disciplinaires. Imagine-t-on ce que cela serait actuellement ? Que ne dirait-on pas ! Ces révoltes, qui ont lieu dans des établissements secondaires n’accueillant pourtant guère alors que des ‘’fils de famille’’ ( pas plus de 2% d'une classe d'âge, l'élite sociale et scolaire) peuvent être très violentes : maîtres frappés, mobiliers brisés. Il est fait appel à la gendarmerie ou à la police voire à l’armée, le plus souvent à la suite de barricades dressées dans les dortoirs. Et l'on remarquera qu'un nouveau type de scolarité est à peine institué (à savoir la création en 1880 d'un secondaire féminin réservé à des jeunes filles également de la bonne bourgeoisie) que des violences éclatent au grand jour. C'est ainsi que le 1° décembre 1882, le journal conservateur « L’Abbevillois » ne manque pas de faire le compte-rendu d’une manifestation quelque peu débridée dans un lycée de jeunes filles de Montpellier pour s’en prendre au nouveau pouvoir républicain : « Une directrice d’externat déplacée harangue les externes qui démolissent les barrières, brisent les vitres et vomissent des obscénités à la face de la directrice de l'internat. Elles ont beuglé la Marseillaise. Ces infantes, élevées sur les genoux de la République dans le culte des idées nouvelles que résume la formule ‘’ni Dieu ni Maître’’, promettent de fières épouses aux infortunés crétins qui voudraient bien les honorer de leur confiance. Que de promesses, sapristi, dans les incartades de ces Louise Michel en herbe pour qui l’insurrection est déjà le plus sacré des devoirs ! » Le métier d'enseignant est-il toujours « le plus beau métier du monde » ? « Le plus beau métier du monde » ? Pour qui ? Pour les enseignants ? Pour les non-enseignants ? Par rapport à quoi et à qui ? Selon une enquête ''Viavoice'' commanditée par le Nouvel Observateur et menée auprès de plus de 5000 personnes représentatives de la population française active de plus de 15 ans en octobre 2013, les enseignants déclarent à 85% « être heureux au travail » (alors qu'ils ne sont que 73% à le dire pour l'ensemble de la population active). Les enseignants se retrouvent au troisième rang (sur 23 catégories professionnelles distinguées par l'enquête), précédés seulement par les « cadres de la fonction publique » et les « agriculteurs » (qui sont respectivement 90% et 86% à se déclarer « être heureux au travail »). Ils sont aussi 79% (contre 63% pour l'ensemble des catégories professionnelles) à déclarer exercer « une activité professionnelle qui passionne », et 91% (contre 79%) à « faire une travail utile ». Par ailleurs une étude récente du SE-Unsa ( l'un des principaux syndicats d'enseignants) portant sur 15000 enseignants montre que 84% des enseignants déclarent être satisfaits du travail qu'ils accomplissent et 62% qu'ils s'y épanouissent. Mais 84% d'entre eux considèrent que l'opinion publique ne comprend pas leur travail, et la moitié se sentent incompris par leur entourage. L'enquête internationale (TALIS) de 2013 sur l'enseignement au niveau du collège dans les pays membres de l'OCDE révèle qu'à peine 5% des enseignants français en collège ont « l'impression que la profession d'enseignants est valorisée dans la société » (contre 31% en moyenne dans les 34 pays de l'OCDE étudiés). Serait-ce le résultat d'une dégradation avérée ? Pas si sûr, car le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps (voire très longtemps) est de n'être pas estimé à leur juste valeur. Il y a déjà un demi siècle, en 1965, ils pensaient massivement être peu reconnus (et, par exemple, de ne bénéficier de l'estime que de moins de 15% des commerçants, industriels ou militaires). Pourtant un sondage IFOP réalisé en 1959 avait établi que la considération du public les plaçait certes après les médecins et les prêtres, mais presque à égalité avec les ingénieurs, et bien avant les notaires ou les officiers. Selon une enquête effectuée par la SOFRES en 1977 ( et publiée dans le « Monde de l'éducation » de février 1978), plus des trois quarts des professeurs pensaient - il y a déjà plus d'une génération - que leur métier leur valait un prestige faible ou nul. Et une étude menée en 1972, il y a plus de quarante ans, avait montré que la très grande majorité des enseignants estimaient que leur prestige avait reculé. Pour la période récente, il est à noter qu'un sondage CSA effectué en octobre 2013 indique que, pour près de huit Français sur dix, enseignant est un métier d’avenir. L’enquête révèle que 81% des sondés ont de la « considération » pour eux et « une image positive du métier »  (89% chez les sympathisants de gauche, 74% chez ceux de droite), et que les trois-quarts seraient fiers que leur enfant devienne enseignant. Selon 87% des sondés, les professeurs aiment leur métier ; 82% d’entre eux pensent qu’ils s’investissent dans leur travail et 77% estiment qu’ils méritent une plus grande reconnaissance. Un an auparavant, un sondage IPSOS sur « Les  Français et l’école » (réalisé fin juillet 2011 auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de personnes pour le magazine « L’Histoire ») allait sensiblement dans le même sens. Il apparaissait notamment que les deux tiers des Français « encourageraient leur enfant à devenir enseignant s’il le souhaitait » (17% « tout à fait », 49% « plutôt », 29% « plutôt pas » et 6% « pas du tout »). Finalement, avec l'historien Antoine Prost, « on peut se demander, à voir le même thème repris de génération en génération, si la nostalgie d'un âge d'or où l'enseignant était quelqu'un de bien considéré n'est pas un trait caractéristique du milieu lui-même. L'autodépréciation, le sentiment d'être ignoré , délaissé, mal compris, envahissent en tout cas le corps enseignant qui s'imagine avoir dans le public une réputation plus négative que celle dont il jouit effectivement » (1981, « L'enseignement et l'éducation en France » in « L'Ecole et la famille dans une société en mutation », Nouvelle Librairie de France, p. 327).

Le 25 mars 2015 à 12:46

Yannick Jaulin : "Faire quelques estafilades à une langue liposucée"

Le conteur Yannick Jaulin est parti 10 ans durant collecter « la culture des gens de la vie » (contes et chants compris) chez les vieux du pays. Il devient porte-parole militant (d’un monde paysan) avant de s'imposer comme l'un des plus importants conteurs de par chez nous. Il vient le 4 avril au Rond-Point porter quelques estafilades à une langue française bien trop homogénéisée, bien trop lisse, bien trop "liposucée" : "Ah ce français, ce véhicule des cours d'Europe, "la langue des rois"... Cette langue de pouvoir et de domination fait moins la maline, assteur!" Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Yannick Jaulin – Il y a 30 ans quand j’ai commencé à parler en public, je justifiais l’intrusion de mots de mon patois par la nécessité de défatiguer la langue française. Je la sentais déjà épuisée. Il me semblait qu’elle se rabousinait sur elle-même en même temps que disparaissait la diversité francophone.Je suis sûr aujourd’hui d’un repli de la langue.Il me semble que cette fatigue est devenue lassitude. Elle est lessivée. C’est particulièrement sensible sur BFM qui annonce sans doute l’arrivée des intelligences artificielles remplaçant allégrement les tristes présentateurs comme on a remplacé les caissières de supermarché.Du côté des politiques, la langue de bois claque comme jamais dans les voûtes du palais. Le jargon religieux de l’économie et tout son clergé servile occupe le terrain en distillant ce venin pernicieux de la peur. Et les artistes font ce que je fais. Ils donnent leur avis sur tout comme s’ils étaient compétents pour cela.Ça ne rit pas franchement dans le ventre. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– La résistance à la langue majoritaire est un exercice d’émancipation. La langue étant un outil exceptionnel d’exercice du pouvoir. Faire fleurir la langue dans une région ou une corporation est une façon de se mettre debout, devant la langue première qui est forcément celle du pouvoir. Aujourd’hui, il n’y a guère que la « banlieue » qui génère une langue colorée et violente. Mais comment faire autrement ? Frantz Fanon disait « l’homme se libère dans et par la violence », une violence qui « désintoxique » et « débarrasse le colonisé de son complexe d’infériorité. »Je pourrais faire mienne cette violence, cette « ardeur » qui me prend quand on me dit que continuer à utiliser mes mots « maternels » c’est du passéisme.Ce qui menace la langue est d’abord le manque de curiosité sur les autres langues. Dans notre pays des dizaines de langues sont utilisées au quotidien et on fait mettre des sous-titres aux films québécois parce que notre oreille n’est plus capable d’entendre la diversité.On braille comme des veaux à la liberté d’expression et on n’échange plus rien ou des lieux communs ou ce qui ne nous déséquilibre pas. Pourtant il n’y a que le déséquilibre pour se mettre en marche. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Ma langue maternelle est une langue minoritaire, un patois. Je me suis beaucoup battu pour lui redonner de la dignité. Il me semblait que l’utiliser était un acte politique dans la mesure où il me permettait de désaxer la langue des dominants.J’ai même joué au Rond-Point un spectacle sur la domination culturelle. Ce spectacle, j’ai su que j’avais eu raison de le faire en le jouant à la Réunion. Tout à coup là-bas, ils « entendaient » ce dont je parlais. Le pire sans doute « chez nous » c’est le peu de conscience que nous avons en général sur les mécanismes de domination, en particulier liés à la langue.C’est aussi pour cela que j’aime tant Frantz Fanon, le philosophe de la domination. Pour Fanon, le colonisé finit par intégrer ces discours de stigmatisation, le sentiment d’être inférieur, il finit par mépriser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu’imiter, ressembler au colonisateur.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ma famille tribale d’abord a été fondamentale (et l’est toujours puisque je parle toujours ma langue avec mes parents). Puis il y a eu les humiliations, à propos de cette langue. Elles ont été déterminantes.Puis, à 16 ans, alors que j’étais un petit belou de campagne,  je me suis retrouvé dans un grand mouvement d’éducation populaire. Je suis parti avec des dizaines d’autres collecter les anciens de mon pays pour sauver ce qui pouvait l’être d’une histoire et d’un savoir méprisés par les élites du pays depuis toujours. Nous étions encadrés par des gens de « jeunesse et sports » une antiquité mon cher !Un lieu de formation à l’esprit critique, au regard, un apprentissage de la liberté et de la responsabilité.Chaque jour de ma vie et de mon engagement dans la vie associative, le développement culturel, je suis le fils de cette éducation populaire qui me semble toujours aussi fondamentale. Regardez donc en politique, les partis sans cette dimension-là ne génèrent plus de militants, que des apparatchiks, avec leur parole pathétique et prévisible.J’aime les mots, leur histoire, leur origine. J’aurais aimé en être un savant, je n’en suis qu’un disant. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je n’en sais fichtre rien. Ça m’est toujours aussi difficile « d’écrire » sur la langue. Alors de là à la rattraper !Je suis un fils de l’oralité et ma langue se déplie quand le monde s’installe en face.Il me semble que j’irai m’épouverter comme une poule folle dans les joies du déjouqueur de mots. Que je pourrai tenter quelques expériences pour redonner du mordant à des lieux communs ne générant plus que l’ennui.J’aimerais m’amuser, taquiner ma muse pour qu’au moins à l’arrière du troupeau communiquant, je me dise qu’il reste quelques ânes à mots qui pourraient faire à l’occasion quelques estafilades à une langue bien trop lisse.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication