Rémy Delmet
Publié le 18/01/2011

Apollinaire à l'Elysée


ou une ministre-cartomancienne à Carthage

Le couple de dictateurs carthaginois aurait-il pu prédire la crise politique de son pays ? Possible. Peut-on en dire autant de notre Ministre des Affaires Etrangères ? Rien n’est moins sûr. Les premiers auraient dû prendre conseil auprès d’Asfour le devin*; la MAM, elle, de Tirésias* ! 
  
*Asfour le devin, conte tunisien par Ayadi Boubaker, Seuil Jeunesse, 2010
*Les Mamelles de Tirésias, Guillaume Apollinaire, 1917
A commencé historien d'arrhes, a poursuivi Arc-et-Haut logue, a basculé con servateur - mari niais sur paix niche.
A tenté les planches et s'essaye maintenant à la plume sur un rafiot où les vents contraires l'éloignent peu à peu de sa Picardie...

Caractère : Chafoin les 12 et 26 du mois
Signe astrologique : Pétard à mèche ascendant ardéchois
Signe particulier : Sudation importante de l'orteil gauche
Citation préféré : "Mais si, je te dis qu'il fallait tourner après la supérette !" 

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Rémy Delmet

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Le 8 novembre 2012 à 10:28

L'émirat de Dubaï responsable de la crise européenne ?

Econotrucs #8

Mon titre est sciemment provoquant, mais pas complètement absurde. Je me suis intéressé récemment au facteur déclencheur de la crise, à l’étincelle qui a fait partir l’incendie grec et donc européen. Je pensais comme beaucoup que la crise grecque avait débuté avec la fameuse annonce du gouvernement Papandréou (tout juste élu en octobre 2009) : la dette grecque était deux fois plus élevée que prévue, ses prédécesseurs ayant truqué les statistiques pendant des années. Pourtant, après cette annonce les marchés financiers ne réagissent pas immédiatement, et c’est plus d’un mois plus tard - fin novembre - que le taux d’intérêt sur la dette grecque se met à grimper en flèche. Pourquoi cette inquiétude subite ? L’émirat de Dubaï vient d’annoncer qu’il pourrait peut-être restructurer sa dette (autrement dit faire défaut sur une partie de cette dette). Quel rapport avec la Grèce, me direz vous ? Il est assez simple. Si un état comme Dubaï, faisant partie d’une union économique (les émirats arabes unis) pouvait faire défaut, alors rien n’empêchait la Grèce d’en faire autant. Les marchés se sont mis à observer la Grèce d’un autre œil. Le taux d’intérêt grec a grimpé subitement, rendant la dette grecque de plus en plus insoutenable, augmentant le risque de défaut, entraînant de nouvelles hausses de taux, etc. Les marchés financiers sont aveugles et moutonniers : l’annonce de Dubaï leur a fait subitement ouvrir les yeux, et ils ont tous foncé tous droit : haro sur la Grèce ! On connaît la suite : Les dirigeants européens ont d’abord considéré que la dette grecque était un problème grec, puis se sont rendu compte quelques mois plus tard que ne pas aider la Grèce enverrait un signal négatif aux marchés et plomberait toute l'Europe, mais craignant l’aléa moral ont d'abord « aidé » la Grèce en lui prêtant à des taux stupidement punitifs, ce qui a aggravé le problème grec et n’a pas évité la contagion à d’autre pays européens. Je vous rassure, la crise grecque aurait éclaté de toute façon. Alors pourquoi cette histoire d’étincelle venue de Dubaï a-t-elle son importance ? Parce que la crise européenne ayant démarré par la Grèce, elle a influencé les premières analyses de la crise : D’une part, les spécificités grecques - dont on ne trouve pas d’équivalent dans les autres pays de la zone euro - ont longtemps aveuglé nos gouvernants sur la nature européenne et institutionnelle de la crise, et d’autre part la Grèce a longtemps focalisé l’attention sur l’unique question des dettes publiques. Pourtant avant la crise, des pays comme l’Espagne ou l’Irlande étaient tout à fait vertueux en matière de finances publiques : leurs difficultés actuelles proviennent de l’explosion de bulles immobilières et financières, autrement dit, de problèmes de dettes privées (qui ont dû être portées par la suite par les états). La crise aurait par exemple pu démarrer par l’Irlande qui, plombée par une crise bancaire et une crise immobilière - directement liée à la crise américaine de 2008 - a songé avant que la Grèce ne le fasse, à demander de l‘aide. Si cela avait été le cas, peut-être que la première analyse de la crise aurait été toute autre. (On se serait rappelé par exemple que les dettes publiques de beaucoup de pays s’étaient dégradées avec le sauvetage désordonné des banques européennes par chacun des pays, en l’absence de mécanisme européen adéquat). Mais la Grèce a été le premier domino à tomber, et il a fallu plus de deux ans aux dirigeants européens pour se rendre compte de la nature fondamentale de la crise, et de sa cause profonde : L’échec de presque tous les paris économiques fait au moment du traité de Maastricht, qui nous oblige aujourd’hui à repenser très sérieusement l’architecture économique et politique de la zone euro.

Le 9 octobre 2012 à 08:05

Super Mario contre les spéculateurs

Econotrucs #7

Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.

Le 8 avril 2010

Comment gagner 100.000 dollars sans bouger

Je vis dans une petite rue d'East Atlanta

Une petite rue qui n’a jamais valu grand-chose. Encore moins après la crise de septembre 08. Je me souviens, sur Fox News, ils avaient annoncé la fin du monde. The end of the world, en toutes lettres sur l’écran. Rien que ça. Alors avec ma femme, on s’est installé sur les marches de devant avec de la bière et des cigarettes et l’on a commencé à regarder les mauvaises herbes grimper et bouffer les 2 maisons d’en face – les proprios venaient de se faire éjecter. Après les pillages en règle, les chiures de mouches et la pisse d’âne, des types sont arrivés dans un camion et ils ont cloué des planches aux fenêtres et aux portes d’en face. De notre côté, on faisait fondre des pilules roses dans la bière. Plus la rue se détériorait, plus la nature la bouffait, plus le prix de notre maison chutait. Comme ça pendant des mois. À perdre. Juste perdre. Et puis il s’est pointé dans le soleil qui tombait. On aurait dit John Wayne, putain ! Sauf qu’il était Canadien. Il a descendu la vitre de son chevrolet Tahoe noir, 320 chevaux. – Comment est le voisinage ? – Tranquille, j’ai dit. – Je vais acheter ces deux maisons, il a dit. – Okay, j’ai répondu. Mais il a fait mieux que ça : il les a achetées, les a remises à neuf et doublées de volume, pelouse impeccable, haie de bambous et mimosas, et puis, et puis il les a vendues ! Obama venait d’être élu et Fox News, écœuré, pariait sur un hiver rigoureux. Notre rue s’embellissait de jour en jour. Chaque matin, on se réveillait, et chaque matin, on gagnait. En quelques mois, la valeur de notre maison fit un bond de 100 000 dollars. Comme ça, sans bouger. Alors avec ma femme, on s’est installé sur les marches de devant avec de la bière et des cigarettes et l’on a commencé à regarder les Corvettes passer au ralenti.

Le 4 février 2011 à 08:22

« Ça montre qu'elle [MAM] n'est pas droit dans ses bottes : elle a fait son mea culpa. L'affaire est close »

François Baroin, France Info, jeudi 3 février 2011

Depuis quand un ministre du Budget est-il autorisé à donner l’absolution à une pécheresse ? Porte-parole du gouvernement il n’a pas à porter la parole de Dieu, même si son avatar est hyper-président. Certes il y avait eu confession la veille sur Canal+, quand Michèle Alliot-Marie reconnut que, durant ses vacances de Noël en Tunisie, elle aurait mieux fait de ne pas emprunter l’avion d’un de ses riches amis locaux, drôle de paroissien benaliste. Elle s’épanchait auprès du bedeau Denisot, lequel, jusqu’à plus ample informé, n’est pas davantage habilité à effacer l’ardoise. Quand bien même la pénitente aurait récité dans la Boîte à questions : « Confiteor Deo omnipotenti et vobis, fratres, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, opere et omissione: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ».  Pas d’absolution, donc pas d’ « affaire close ». Et qu’elle ne vienne pas se plaindre. Si elle était juive, ce n’est pas même pas un rabbin qui pourrait passer l’éponge, mais le « Prochain » qui a été offensé. On imagine MAM implorant le pardon des manifestants tunisiens ! C’est la France qui, pour le coup, ne serait pas non plus à l’aise dans ses « bottes » car, faut-il le rappeler, MAM est sa ministre des Affaires étrangères. Aux dernières nouvelles, elle passerait ses vacances pascales à Rome, dans le quartier Prati Trionfale, c’est à deux pas du Vatican où il paraît que les Indulgences se négocient pour rien.

Le 1 mars 2011 à 19:07

Ceci n'est pas un parapluie

A l'heure où un collectif de diplomates dénonce la politique étrangère de la France sous le pseudonyme de "Marly", les équipes présidentielles de l'Élysée ont sans nul doute été sujettes à d'abondantes sueurs froides. On imagine bien la crise de panique élyséenne, entre deux bains de sang libyens, pour tenter de retirer quelques photos compromettantes de Nicolas Sarkozy offrant des courbettes disgracieuses à son ami Kadhafi à qui il déroula le tapis rouge quelques semaines seulement après son élection. Cachez donc ces amis que l'on ne saurait voir; et civilisez-moi donc ce web! Dans le même temps, une image subliminale aussi brève qu'une phrase de DSK inonde les télés du monde entier, nous forçant à nous gratter la tête : le parapluie déployé du colonel criminel nous interpelle, sans doute destiné à nous livrer, à nous les "chiens", un message en bonne et due forme. Officiellement, l'objectif était de prouver qu'il n'avait pas pris la fuite vers le Vénézuela. Rien sur cette image (qui s’apparente à une hallucination collective) ne permet de définir le lieu où elle a été tournée. Mais de quelle symbolique le parapluie est-il le nom? Si l'ombrelle est un symbole solaire, le parapluie serait associé à l'ombre, au repli sur soi, et symboliserait le besoin de protection, la crainte de la réalité, le manque de dignité et d'indépendance. On ne sait pas, en revanche, s'il s'agit du parapluie qu'on déploie ou de celui que l'on tient fermé comme un bâton de pèlerin. Toujours est-il qu'il pleut du sang en Libye et que tout n'est peut-être qu'une question de (trop longs) jours avant que celui qui prétend vouloir mourir en "martyr" ne finisse par rejoindre le clan des despotes renversés.

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 25 février 2011 à 15:24

« C'est depuis la chute de Ben Ali que tout le monde est tombé sur la ministre des Affaires étrangères. C'est un bouc émissaire »

Patrick Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, Le Parisien, 25 février 2011

Pas très malin le compagnon officiel de Michèle Alliot-Marie. Certes l’intention était louable, de prendre le taureau par les cornes pour défendre la martyrisée. Mais en la masculinisant de la sorte il prenait le risque de faire ricaner sur leur couple. Injuste d’une certaine façon car si l’Académie autorise la féminisation des titres, la métaphore biblique résiste aux transferts de genre. Il n’allait quand même pas traiter madame de « chèvre », fut-elle émissaire, et quoique prétendent certains diplomates anonymes peu convaincus par les  performances de leur ministre. Tout le mal, si l’on peut dire, vient de la fête de l’Expiation dans la tradition juive, où l’on sacrifiait à Yaveh un agneau et non une brebis (le bouc faisait l’affaire) afin d’être délivré de ses pêchés. Mais même si on fait l’économie de toutes les interprétations analytiques et anthropologiques de cet acte symbolique, il reste que le bouc doit être impérativement innocent, avant d’être émissaire. Sinon, c’est la peine de mort. Rien à voir. Or, si l’on revient à nos moutons (décidément…) difficile de disculper la ministre des Affaires étrangères en titre (à l’heure où son Patrick parlait). Elle aurait un peu moins fait l’émissaire entre Paris et Tunis (et vice versa) du temps de Ben Ali, elle ne se serait pas retrouvée… le couteau sous la gorge.

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