Cabinet de Curiosités
Publié le 21/01/2011

"Je refuse qu'avec mon argent on mette du pipi et du caca sur les scènes de théâtre"


Hanokh Levin par Romane Bohringer


C'est lors du cabinet de curiosité de Gabor Rassov que Romane Bohringer a dit ce texte du dramaturge israélien Hanokh Levin.
En effet, à quoi servent nos subventions ? A toutes ces merdes que créent les artistes ?
Scandale ! En tendant l'oreille, on entend les voix de Gabor Rassov et Didier Bénureau qui font "Hou! hou!" pour s'indigner avec elle.

réalisation Laure Egoroff, France Culture

Illustration : une des célèbres boîtes de conserve contenant la merde de l'artiste italien Piero Manzoni
Pour les pédants on a du matériel
Sur une idée de Jean-Michel Ribes, une émission de France Culture pilotée par l'équipe de la fiction, en collaboration avec le Théâtre du Rond-Point.
Chaque mois, un ou une écrivain ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres que des comédiens viennent interpréter en public.
> site de la fiction sur France Culture 

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Le 29 avril 2013 à 10:21

"Postillon"

Les mots que j'aime et quelques autres

Petit éclat de salive projeté sur votre interlocuteur quand, lors d'un déjeuner, vous lui racontez l'ascension du Ballon de Guebwiller avec votre grand-mère pour lui prouver qu'elle pouvait encore apprécier le bon air des Vosges. L'acteur passionné peu également postillonner. C'est vers le deuxième acte qu'il arrose le public, lorsqu'il demande avec véhémence la clémence de son roi. Si la pièce et forte, les trois premiers rangs de spectateurs ne lui en tiennent pas rigueur. L'effet cathartique fonctionne à plein, ils ressentent sa douleur mais pas les mini-crachats dont il les recouvre. Le postillonnage est également fréquent dans les lieux publics. Raison pour laquelle, à La Poste par exemple, le préposé à qui vous demandez si vos allocations familiales sont arrivées est séparé de vous par un Hygiaphone, petite paroi en plastique transparent percée de trous minuscules pour que le son passe mais pas les postillons.Ce qui est surprenant, c'est que le postillon désigne également le cocher qui conduit la malle-poste chargée de porter le courrier aux quatre coins du pays. Le postillon est donc d'une certaine façon un postier, donc quand vous parlez à l'employé de La Poste derrière un Hygiaphone pour le protéger de vos postillons, vous ignorez que lui-même est un postillon et... et... Bon, je ne sais plus très bien où je voulais en venir. Désolé...  Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013 > Le livre sur le site de l'éditeur > Le livre sur le site du Rond-Point des Livres

Le 15 septembre 2015 à 08:18

Perdu dans Tokyo #11

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

Mercredi 9OtariesBrice découvre Tokyo dans le typhon. Trottoirs inondés, vêtements, chaussures, sacs, pareil. Brouillard de pluie, voile humide, on se noie. On ne s’entend plus sous les parapluies et le bruit de l’eau qui tombe. Trop de flotte, on s’isole dans un aquarium. Créatures inconcevables, balades parmi les enfants rois, avec déjeuner de loutres et otaries sous des ballons. Tragédie humaine du spectacle de la domestication des bêtes. Passionnant théâtre, toujours. A l’Institut Culturel Français, un trio de jazz, concert. On boit, on écoute, quelques Français, des Japonais, de la belle musique. Le compositeur et pianiste se cite, parle beaucoup, joue le Parisien exemplaire, il présente ses différents albums, les montre, promotion très décomplexée. Un auteur et comédien français donne plus tard une conférence sur l’art d’être spectateur devant une assemblée éparse de Japonais dociles. Il leur demande de se déchausser, ils s’exécutent. L’humour et le décalage, filtrés par une traduction simultanée, passent difficilement. Il en est déconcerté. Deux heures sur la philosophie, les installations et performances de son groupe, et discussion avec un maître universitaire qui déduit rapidement que les Français raisonnent avant de créer, au contraire des Japonais qui créent d’instinct et analysent plus tard. Question modestie, maîtrise, perfectionnisme, contrôle de soi et beauté du geste, on a tous beaucoup à apprendre des otaries de l’aquarium de Tokyo Suncity. Jeudi 10Parkings à parapluiesVisite du temple aux quarante-sept samouraïs errants, menacé par la construction d’un immeuble voisin, édifice gênant. Au musée des arts contemporains de Tokyo, espaces gigantesques où se perdent des œuvres plutôt décoratives, trois Occidentaux cherchent à trouver de l’intérêt aux choses parmi des gardiens figés, figures de cire. Dans le métro, on ne pose rien au sol. Sacs sur les genoux. Dans les restaurants et les bars, des paniers sont prévus pour les affaires. Rien au sol jamais. Question d’hygiène. On observe les règles. Des sacs en plastique longilignes sont distribués à chaque entrée de chaque magasin pour les parapluies, ne pas foutre de l’eau partout. Il y a devant le musée des arts contemporains de Tokyo des rangées de parkings, consignes à parapluies. Cette installation là vaut toutes les sculptures des salles sages aux tableaux de paysages et aux majestueux morceaux de bois. Vendredi 11DésarmementRépétition intense et filage, réussi. Nous avons fait quatre filages, la pièce à chaque fois, a duré précisément une heure vingt ni plus ni moins. Ils trouveront là-dedans la liberté et la folie, les couleurs opposées des figures incarnées. Pour l’instant, on joue la pièce, on la déplie, la déroule, elle est là. Ils font ça bien, très bien. Ils exploseront, ça viendra. Akiko ne doit plus jouer une femme qui choisit de devenir Catherine Deneuve, mais une fille possédée, comme envoûtée. Natsuki ne doit plus incarner une jeune fille douloureuse qui se charcute le corps, mais devenir la souffrance qu’on apaise. Yoko ne sera plus la mère nerveuse mais la panique des mots perdus, du langage qui échappe, la peur d’avoir raté tout. Kaze ne jouera pas le fils taiseux qui passe mais la puissance d’un silence salvateur contre le bruit, il sera le désarmement de la maison. A ce propos, You, mon interprète, me montre des photos des opposants au ministre Abe, qui défilent le 9 septembre pour défendre le 9è amendement qui prône le désarmement. Photo d’artistes assis, des hommes metteurs en en scène et une comédienne. You est debout, derrière, au centre. Elle me raconte que Ruiji Sakamoto, le compositeur, est très engagé contre Abe et la direction, pour elle et pour eux effrayante, que prend la politique actuelle. Samedi 12La tourEn haut de la tour de Tokyo, à trois cents mètres, un Dijonnais, seul, prend des photos, accent prononcé de l’Est, émerveillé par Tokyo où il passe trois semaines, « ils sont aux petits soins, je reviendrai ». De là-haut, on aperçoit des tours, des jardins, des stades où des puces réunies en fanfares se déplacent de manière synchronisée, et s’entraînent à former des signes de l’alphabet japonais. En bas, je compte le nombre d’avenues, de voies ferrées et de périphériques qu’il faut traverser avant d’atteindre le jardin de Hamarikiu. Neuf au total, et des minutes longues à attendre d’avoir le droit de traverser une autoroute. Au bord des routes successives, bordé par l’eau, le jardin est un espace de paix, de recueillement, d’une beauté à tomber. Trois cents yens l’entrée et neuf voies et routes à franchir, on ne passe par là, on choisit d’y venir. Repartir par Shidome, passer devant l’horloge de Miyazaki, et trouver d’étranges sculptures plantées dans un monde pudibond, de bons hommes à quatre pattes, fesses à l’air, qui se reniflent le derrière et sur lesquelles on peut s’asseoir. Pays des contradictions. Dimanche 13FilagesLes filages s’intensifient, une heure dix-huit cette fois-ci. On note, on répète, on recommence, on cherche l’absolu, la puissance, la tension, la pièce de fous, la catastrophe et la fête, la tragédie de l’invivable en cérémonie joyeuse. Ils sont quatre sur scène. Dans la salle, neuf personnes, deux assistantes, une traductrice, une interprète, un régisseur son, un régisseur général, la créatrice lumière, un agent, un ami. Jamais vu ça, plus de monde à la table qu’au plateau. SéismeOn traverse Shinjuku, passer encore d’un extrême à l’autre par un chemin arboré. Quitter les tours démesurées forées de publicités, le Kabukicho qui étincelle de bruits et de lumières, les immenses avenues à enseignes, pour se retrouver dans un carré de maisonnettes anciennes aux détours étroits, échoppes archaïques où cinq à sept clients seuls peuvent venir s’asseoir autour d’un bar minuscule. Maisonnées à deux étages, avec bar en dessous et bar au dessus, dans un labyrinthe de ruelles maigrelettes, perdues dans le cœur du quartier le plus animé et délirant de la ville. Le typhon est parti dévaster le Nord du Japon. À six heures du matin, la chambre se met à trembler, secousses vives, plus de dix secondes, réveil brutal. La ville plongée dans le silence, tout bouge, s’agite, vrombissement sourd, on est secoué, on tremble, fièvre de peur. Il est six heures, beau petit séisme au douzième étage d’un immeuble mou qui se dandine de temps en temps.FatiguésTreize millions d’habitants intramuros à Tokyo. C’est fatiguant aux heures de pointe. Partout dans la ville, des panneaux « Fire Hydrant », à chaque fois, je lis « Fanny Ardant ». Je suis fatigué. Les verrous des toilettes, des salles de bain, des chambres, de toutes les portes, sont montés à l’envers. Il faut tourner vers l’extérieur pour fermer, et vers l’intérieur pour ouvrir. Ils ont fait l’erreur sur chaque porte. Ils devaient être fatigués. Lundi 14La BavièreTraverser hier le marché ouvert, marché à la criée, aux poissons et toutes autres espèces bizarres, séchées, provenant des fonds marins. Choses indiscernables étalées dans des ruelles minuscules, labyrinthe d’étals de choses et de machins, outils et bêtes, chapelures, poulpes, gigantesques thons, petits restaurants à six places. Des cris, des bruits, des échanges, une population dense au mouvement lent, empêché par la foule, et des touristes bavarois, américains, grandes baraques là-dedans, paumés dans la bousculade japonaise. Quelques heures plus tard, après avoir parcouru Ginza et les alentours du palais impérial, se retrouver dans une fête de la bière qui investit tout un joli jardin à fontaine, avec assiettes et odeurs de saucisses, bières à foison et à la pression sur tous les plateaux, Japonais habillés en bleu, chapeaux jaunes, samedi festif, concert de musique occidentale vulgaire avec chœurs bourrins, une vraie fête bavaroise à la japonaise. Derniers joursDernières répétitions, derniers filages, celui-ci dure encore exactement une heure vingt. Incompréhensible. Les comédiens doivent se lâcher, se libérer, inventer les forces de la folie de la vie, brûler, casser, exister dans le feu de l’impérieuse nécessité d’être là. Aux costumes très beaux de Michiru, Georges répond par trois mugs, importants dans la deuxième scène, assortis aux couleurs des vêtements. Tout prend forme, sophistiqué et dingue, un ami de Yoko me félicite en anglais du « black elegant humor »,  où je ne veux que de la tragédie qui franchit les limites du soutenable, et là seulement rire, par besoin d’en sortir. Ça vient, ça commence à venir. Yoko joue le typhon. Natsuki un tremblement de terre, Kaze est un Godzilla salvateur, et Akiko une brume intense. On mythifie. IstanbulDepuis plusieurs jours, je crois entendre dans la chanson de la mère chantée en japonais le nom propre de la ville d’Istanbul. Je cherche, je ne comprends pas, je ne me souviens pas. Yoko chante, si joliment, la chanson finale, elle pleure, bouleversante, et je crois bien entendre qu’elle dit une fois encore Istanbul dans la chanson. Je cherche dans le texte, je vérifie. Dans la version française, la mère dit « viens je t’emmène dans mon existence, c’est pas le Pérou, c’est pas Byzance ». Ici, Byzance est devenu Istanbul. Souvenir sans rapport de traduction décalée, dans la version allemande des « Deux petites dames vers le Nord » à Berlin, Katarina Talbach ne disait pas « il y a des jours où je me déteste autant que tout le troisième Reich », mais disait plutôt « il y a des jours où je me déteste autant que tout le Stalinisme ». Mardi 15Dernière répétitionLes acteurs, formidables. Deux nouveaux assistants, Brice filme tout, l’administrateur semble heureux, l’ingénieur du son, Masako, You, Michiru assistent au dernier filage. Une heure dix-neuf et trente secondes. Belle énergie, grande folie préservée, ils jouent moins ce qu’ils disent que les forces qui les poussent à dire le contraire de ce qu’ils voudraient ou devraient dire. On est dans la tragédie catastrophique, et drôle. Tenue, tendue. Mais ténue. Un monde qui se fissure de partout, qui part en vrille et finit en réconciliation. Ça existe, c’est fluide, je suis fier, heureux, cette équipe, le travail avec tous, l’avancement. Demain, nous serons au théâtre. Prénoms d’hôtelsPetites ruelles de l’Ouest de Shibuya, on note que nombre de love hotels, espaces fantasques, luxueux ou insalubres, par lesquels on peut passer ou rester, « rest or stay », pour y faire plutôt à deux ce qu’on a à y faire, portent volontiers les prénoms de nos amies françaises. Claire, Elisa. On passe devant une échoppe que j’avais remarquée la semaine précédente, il y avait une file d’attente d’une demi-heure, là, rien. On tente, on essaie, on y va, on mange par ici un sandwich chaud, brioché, à la glace à la vanille doté d’une tranche d’ananas. Un truc de fou. Comme l’alcool de cerise à Lisbonne, le cronut à New-York, la Berthillon à Paris, un repère nutritif, un point d’eau pour les zèbres, un ralliement, avec instinct grégaire tout autour mais surprise égoïste d’un goût unique et inconnu. Mercredi 16HanokeDepuis la gare de Shinjuku, départ pour Hakone, province du Sud-Ouest, avec le plus grand lac d’Asie, des parcs, un téléphérique, des vues multiples sur le mont Fuji. Jour off pendant le montage de la pièce. Prendre l’air, respirer ailleurs, trouver d’autres mondes, en paix. Ici, c’est la Suisse. Chalets, bateaux, pédalos, le calme et la végétation. Mais l’imminence d’une éruption volcanique interdit l’accès à plusieurs sites et le temps couvert efface le mont Fuji. Paradis quand même, avec petits gâteaux sucrés aux haricots noirs. OdawaraOn court dans Odawara au retour de Hanoke. Je rêve de voir la mer, une ville au bord de la mer. On marche, des plombes. Cité balnéaire, sans la mer. Lumières, clubs, flonflons, espaces de jeux, mais pas la mer. On se perd. Je renonce. Brice pas. Il veut que je voie la mer. Je verrai la mer. Il baragouine, harcèle une vieille dame, un gros petit homme, à la deuxième route à droite sous un tunnel, il la trouve. Elle est là. Bordée par le béton d’une autoroute, au bout d’un tunnel sans lumière, calme, cernée par les collines et la tombée de la nuit, au pied d’un sable noir, et nous sommes seuls au monde devant la mer que je rêvais de voir.   Les araignéesDécouverte d'un nouveau jardin près de Tokyo Dome. Grand parc de Shibuya, entre Harakuju et Yoyogi. Là, constat que les araignées japonaises ne construisent pas en un plan plane leur toile, mais en plusieurs dimensions, en relief, par trois ou quatre niveaux ou couches successives, labyrinthe de fils en apparence chaotique. Pas de jolis dessins en étoiles qui se cristalliserait en hiver, mais un brouillard de lignes à trois ou quatre dimensions. Le fil est le labyrinthe, il ne permet pas d'en sortir. La ville même de Tokyo est construite ainsi, avec points de croix névralgiques. Des fils partout, électriques, emmêlés dans les airs, impossible de les plonger dans le sol, à cause des mouvements telluriques, des séismes, et je suppose de l’humidité des sols. La ville est faite de reliefs, de dimensions opposées et de nœuds gigantesques. Très différentes architectoniques à Sienne ou à Amsterdam, villes planifiées en toiles horizontales. Soir de premièreAu même moment, à Paris, première de Démons au Rond-Point, première d’Irma la douce au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Des bouquets de fleurs au théâtre, des cadeaux dans les loges, mais ce sont les spectateurs qui apportent des présents à leurs amis comédiens. Les acteurs ici ne se font pas de cadeaux de première. Des attentions, des mots, des délicatesses. Je suis très touché par les gestes des amis, des camarades ou des collègues de France, qui font un signe depuis leur bout du monde jusqu’au mien. Un soir de première, tout en réalité est pareil partout ; la fête, la peur, le cérémoniel. On ne jouera que sept fois. Et c’est beaucoup. Hormis les grands shows traditionnels de Kabuki au Kabukisa ou les comédies-musicales hollywoodiennes, les pièces à Tokyo se jouent moins d’une semaine, toujours. Pas de public au-delà, dit-on. Il est dix-neuf heures. Les stagiaires de la fin du mois d’août sont dans la salle. Elle est pleine, trop de monde, on sort des chaises. La pièce se joue, les acteurs sont en tension tout le temps, puissants, énergiques, dans des lumières précises, découpées, un cabaret noir et grave, drôle et tragique, une boîte à monstres dont je suis fier, heureux de ce travail, à chaque seconde. Chaque seconde pendant une heure vingt et vingt-sept secondes. Accueil rêvé. C’est fait, fini, c’est là et ça vit sa vie. Moi aussi Catherine Deneuve a été créée par Jean-Claude Cotillard  à Paris, j’ai mis en scène la pièce dix ans plus tard à Tokyo sans cesser de penser à l’équipe originelle, Charlotte Laemmel, Juliette Coulon, Romain Apelbaum, Zazie Delem, et Jean-Claude. Entre-temps, elle a été mise en scène par Gérard David à Bordeaux, Vladimir Petkov à Sofia en Bulgarie, Valery Warnotte à Chicago, Atlanta et Washington aux États-Unis, et une première fois par Masaru Hirayama au Japon, qui était là aujourd’hui.

Le 2 août 2013 à 08:32

"Vous êtes tous des auteurs dramatiques"

Cet été j'écris une comédie puis une tragédie ! Jean-Michel Ribes vous tient la main

Il n'est plus admissible aujourd'hui, alors que la lune est à portée de la main, que l'on guérit et comprend tout, que vous ne puissiez écrire une pièce de théâtre - simplement parce que vous n'êtes ni doué, ni créatif, ni inventif. Nous vous proposons un certain nombre d'éléments qui vous permettront aisément d'écrire un drame ou une comédie, sans avoir un instant recours au talent que vous n'avez pas.20 personnages au choix :- Le Roi - Madame Andrée - le fils - le conseiller - la mère du conseiller - Jean-Claude - Michel son demi-frère - le capitaine de la garde écossaise - Andromaque - Andromaquette - Monsieur Peyrol (peut être anglais ou grec) - le jardinier - saint Antoine - l'Homme qui revient - Hermione - le chanteur musulman - Madame Sardine - Périclès - Richard III du Portugal12 répliques au choix et quelques rimes :1/ Bonjour2/ Tu sais, Michel, si tu continues...3/ La mer tout entière enragée t'emportera jusqu'au port.4/ Je vous rappelle que c'est ma femme que vous aimez.5/ Oui! Oui!6/ Si vous dites demain, je suppose que vous avez vos raisons!7/ Madame, s'il vous plaît... il faut qu'à petits coups de hache je me détache de vous... (Peut être utilisé au masculin en remplaçant "Madame" par Monsieur".)8/ A quelle heure tu rentres (ou "rentres-tu" si on préfère) Jean-François?9/ Juste te regarder sourire, et puis fermer les yeux, et puis t'aimer doucement au fond de moi...10/ Madame, fuyez, le Roi est hors de lui. (A dire essoufflé.)11/ -Hector? Je pensais que vous vous appeliez Alain?12/ Je pense que c'est mieux ainsi Simone, le mensonge n'a pas d'issue. (Si on est gêné par l'allitération ainSi Simone, on peut appeler Simone Bernard.)Pour ceux qui seraient tentés d'écrire une œuvre dramatique en vers, voici quelques rimes :A/ Pain, vain, matin, Simonin, alors, hein!?, cabotin, chien de chasse (enlever "de chasse").B/ Bateau, allô, pas beau, caraco, San Francisco, bateau (attention, très utilisé), Dario Moreno.C/ Chandernagor, changer de bord, alors, tribord, totor, Salvador, bague en or, cors de chasse (enlever "de chasse").4 idées de décros au choix :- la Place Saint-Marc à Venise;- la salle de bains de la fille du personnage principal;- une partie de chasse (enlever "de chasse");- un magasin de canapés.6 intrigues au choix :1/ Le père de Jean s'aperçoit qu'il est norvégien. L'avouer, ne pas l'avouer? Tout se finit bien grâce à Denise qui vient lui rendre visite dans un rêve. Il comprend que c'est elle qu'il aime, il quitte aussitôt son emploi de juriste dans une grande société dont on taira le nom.2/ Urbain de Casterheim, seigneur de Livarie, n'a qu'une fille. Cosme VII, comte d'Estremadure et de Roubaix, n'a qu'un fils. Louis le Pieux dit Louis le Brave (ou le Sérieux), évêque de Tunis, de Saint-Mandé et de Brestlitovsk, n'a qu'un rein. C'est à ce moment de l'action que débarque André, envoyé du pape Camille VI, père de trois jumeaux qui n'ont qu'un oeil.3/ Françoise aime Paul qui ne l'aime pas. Paul aime Catherine qui ne l'aime pas. Catherine aime Françoise dont le vrai nom est Liliane.4/ Jean se réveille sur une île déserte perdue au milieu de l'océan. Soudain il aperçoit son visage dans une flaque d'eau et réalise que l'île n'est pas déserte. Bouleversé il se pend. (Pour une pièce en un acte, ou un lever de rideau.)5/ Le docteur F., célèbre psychanalyste, découvre que sa patiente Mireille G. n'est autre que lui-même. Il refuse de la faire payer.6/ Koa-tang vient de mourir, sa femme Tsi-buhli le veille en silence.8 titres au choix :- Cours mon beau printemps;- La Camaraderie;- Le Cendrier attendu;- Le Tigre et la Rascasse;- L'Anniversaire de Paula;- L'Echafaud cartilagineux;- Le Décès de la veuve;- Les Alouettes suisses.Prix des places (quelques propositions) :- 2 euros;- 15 euros;- 23 euros;- 15075 euros.Une fois que vous aurez terminé votre pièce, si vous souhaitez un metteur en scène et des acteurs, vous trouverez quelques conseils pour les choisir dans un prochain article de ventscontraires.net.Bravo d'y être arrivé et merci de ne pas nous envoyer votre manuscrit. Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

Le 12 mars 2018 à 17:29

Pierre Guillois : "Opéraporno, c'est pas moi qui ai eu l'idée !"

Opéraporno de Pierre Guillois et Nicolas Ducloux arrive le 20 mars au Rond-Point. Comme l'écrit Jean-Michel Ribes : la comédie, en faisant la satire de la pornographie "plutôt que de la rendre plus désirable encore en l’interdisant, n’est-elle pas la meilleure façon de lui ôter son venin ? Le cinéma s’en est parfois occupé, le théâtre un tantinet, l’opéra jamais. Voilà qui est fait grâce à Pierre Guillois et à Nicolas Ducloux." – Opéra ? Pierre Guillois — Il s’agit plutôt d’un bouffe ou d’un théâtre musical, mais accoler porno et opéra est irrésistible et indique mieux l’endroit de profanation sur lequel nous prétendons nous divertir avec les chanteurs. La musique légère connaît une tradition grivoise... Nous poussons seulement le bouchon un peu plus loin, époque oblige. Sous les atours « faciles » d’une œuvre libertine se cache un défi immense : celui de conduire une pièce lyrique dans les affres du sexe le plus déviant en relevant le pari d’une comédie réussie et d’une musique capable d’émouvoir.   — Porno ? — Notre opérette (donc) est plus ordurière qu’érotique. Est-ce encore de la pornographie ? Probablement pas. Mais scandaleuse oui et sexuelle absolument : l’ordre familial est pulvérisé et son ciment moral détruit à coup de sodomie, inceste, pratiques scatologiques et autres perversions particulièrement dégoutantes. Les interprètes ne seront pas exposés tels des acteurs de film X mais devront jouer de sensualité pour incarner dans toute leur complexité ces protagonistes lubriques lâchés au cœur de situations intolérables et terrifiantes.   — Comique ? — La seule clé de notre salut est l’humour. Le rire seul nous sauvera du véritable outrage. Il ne s’agit pourtant pas de prendre tout cela à la légère. En se jouant des plus grands tabous, des peurs les mieux enfouies, l’écriture prétend faire jaillir un humour particulièrement féroce. Le rire n’en sera que plus libérateur, plus puissant, provenant du plus profond, du plus intime, du plus secret de l’être – car nous avions oublié que toutes ces choses étaient possibles et combien elles étaient interdites   En partenariat avec Théâtre-Contemporain.net qui a réalisé cet entretien

Le 9 mai 2017 à 16:57

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #1

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.   Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.   Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...

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