Special Guest
Publié le 23/01/2011

La Conférence


Pellet et Nordey au vitriol avec le système culturel de l'Etat français

La Conférence, Christophe Pellet,Stanislas Nordey,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
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« La France s’enferme, elle bloque ses frontières aux autres, elle expulse, elle s’enferme avec son seul esprit français, on manque d’air, on étouffe, nous sommes étouffés par notre seul esprit français, qui toujours a le dernier mot, parce que l’esprit français et l’Etat français ne sont qu’un, comme ne forment qu’un les entreprises culturelles françaises et l’Etat français : on entre dans des théâtres français coupés du monde, où l’air est vicié, et même si l’on ouvrait portes et fenêtres, oui, même si on laissait pénétrer l’air extérieur dans les théâtres français, l’air des villes, l’air des banlieues, l’air des campagnes, en un seul mot : l’air du territoire français, même si cet air extérieur pénétrait dans celui déjà vicié des théâtres, l’air y serait doublement vicié : parce que l’un : l’air des théâtres français, ne va pas sans l’autre : l’air du territoire français. »

Extrait de La Conférence, texte de Christophe Pellet, mise en scène et jeu Stanislas Nordey, jusqu'au 30 janvier.
Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Le 1 mai 2016 à 12:45

En travaux : Venscontraires.net va devenir centre de ressources

Vous l’avez remarqué : depuis le 1er janvier aucun nouveau billet en ligne sur ventscontraires.net. Et pourtant on s'en était fait une règle d'or : pas un jour qui passe sans trois billets inédits qui déboulent de chez vous pour se glisser dans nos colonnes. Qu'il pleuve ou qu'il vente, qu'on soit le 15 août ou le 31 décembre, en cinq ans et demi ventscontraires n’a jamais pris de vacances. En tout 6252 articles, dessins, vidéos. Et 439 chroniqueurs qui se sont jour après jour liés à notre très inédite aventure collaborative. C'est comme ça la vie des revues, elles s'envolent, fières et joyeuses, sans souci de rendement, libres tant que ça dure. Sauf que cette fois la bourrasque a été la plus forte. Vous voulez son nom ? Restrictions Budgétaires. De « collaborative » notre plateforme va devenir « centre de ressource ». Voilure réduite de 80%. Nous ne publierons plus que des contenus maison : billets, podcasts et vidéos associés aux spectacles et événements du Rond-Point. Nous sommes en train de reformater la revue qui sera entièrement en connexion avec le nouveau site du théâtre. Nous conserverons bien sûr vos articles dans une rubrique indépendante d'archives consultables. Il est important de préciser que ceux qui souhaitent rapatrier leurs chroniques n'ont qu'à nous le demander ici. Nous leur restituerons leurs envois avant de les effacer du site. Avant de vous dire à bientôt, remercions nos deux millions et demi de lectrices et de lecteurs, toutes les âmes complices qui nous ont confié un jour une contribution, mais aussi Laure Albernhe, avec qui j'avais lancé la première version de la revue, et surtout Vincent Lecoq, d'abord chroniqueur repéré sur la piste d'envol, puis très vite responsable éditorial qui a invité sur le site tant de talents du Net, les plus grands noms du dessin d'humour. Nous lui souhaitons chance et succès pour ses prochaines aventures.   > Le nouveau site du Rond-Point où retrouver nos billets dans les sections "A voir à lire" et "Autour du spectacle"  > Un souvenir ? Le livre "ventscontraires" aux Editions Le Castor astral (10€)

Le 16 mai 2011 à 12:00

Denis Robert : "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"

Interview

Nous avons déjà diffusé 8 épisodes de ton Bankenstein, la conférence-confidence-causerie amicale sur l'affaire Clearstream que tu nous avais donnée cet automne, avant la relaxe. Qu’est-ce que ça a représenté pour toi de venir dans un théâtre parler de tes coulisses intimes, alors que tu n’étais pas encore sorti d’affaire ?Denis Robert : Ça a été très intéressant car cette situation (la scène, un public, un lieu chargé de cette histoire-là) crée une distance nouvelle par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on est. Un théâtre est lieu de (plus de) liberté et d'expérimentation. On est dans un espace-temps différent. On sent qu'on doit être vrai. C'est étrange. Dans une université, à la télévision ou dans n'importe quelle salle de conférence, le rapport aux autres est plus codé. Le fait d'être dans l'incertitude (quant à l'issue des procès) créait une énergie, un humour particuliers. Même si j'ai gagné aujourd'hui contre l'hydre Clearstream, je ne suis pas sorti d'affaires. Ils refusent de payer leurs amendes, me poussent à reprendre le combat. Il faut une mission d'enquête parlementaire européenne. Il faut des relais. Si mes livres disent le vrai, et la cour de cassation m'autorise à le dire, alors les politiques, les juges, voire les citoyens doivent se saisir du problème. Sinon il faut accepter l'idée qu'on se fait plumer en toute connaissance de cause.Qu’est-ce qui selon toi fait le lien entre toutes les activités dans lesquelles tu te lances : enquête, écriture, film, peinture, spectacle, et à présent une pièce de théâtre ? Où est le point nodal  ?DR : Des questions centrales m'habitent et me taraudent... En voici une "Comment et pourquoi un pays aussi riche que le nôtre produit autant de pauvreté? "... En voici une autre "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"... Une troisième pour la route : "Où est la bonne information (la bonne place) dans cet univers en mouvement ?"... J'essaie de répondre... Mon métier de base, c'est l'écriture... Tout part de là... Les toiles ont existé car on m'a empêché d'écrire. Je parle de la censure de mes livres... Pour ce qui est de la bédé, c'est différent. C'est un vrai travail, la bédé demande un énorme recul et un gros effort de pédagogie. De l'humour aussi... Les chorégraphies ou le théâtre, c'est encore différent et plus nouveau pour moi. J'adore expérimenter et entre deux livres ou des toiles, travailler en équipe... Le point nodal, disons que c'est de ne jamais me répéter, ni m'ennuyer, de ne pas me soucier du regard des autres et d'avancer dans ma compréhension du monde et des hommes qui le composent. Ça fait un gros point nodal...Le monde irait mieux s’il y avait plus de... ? Moins de...? DR : Plus de contre-pouvoir, de danseurs et de danseuses, d'oiseaux de nuit... Moins d'oligarques, de policiers, de policières, de Jean-François Copé...Le monde va comme il est c’est tout, on doit se battre dedans ?DR : CertesQu’est-ce que ça te fait de passer ainsi ta vie dans les vents contraires ? On s’y sent plus seul ? Moins seul ?DR : Je passe ma vie à avancer contre des vents contraires. J'essaie de tenir droit. Pour l'instant ça marche. Sans vents contraires, on se ferait bien suer... > Denis Robert contre Bankenstein, feuilleton vidéo sur ventscontraires.net

Le 24 mai 2017 à 19:15

Meilleurs souvenirs du Rond-Point

Vidéo album de Jean-Daniel Magnin

Quinze ans de Théâtre du Rond-Point racontés par ceux qui l'ont fait, avec des interviews originales et des archives tirées de ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point. durée : 36 min générique :Meilleurs souvenirs du Rond-PointVidéo album de Jean-Daniel MagninAvec par ordre d’apparition : voyageurs de la gare de Lyon, Yann Frisch, Edouard Baer, Jacques Bonnaffé, Zabou Breitman, Michel Fau, Sophie Perez, Pierre Guillois, Marthe L'Huillier, Bernard Pivot, Rémi De Vos, Kery James, Bertrand Delanoë, Dada Masilo, Anne Benoit, Dominique Reymond, Hélène Ducharne, Arnaud Pontois Blachère, Mélanie Lheureux, Annik Le Goff, Michel Onfray, Etienne Klein, Philippe Decouflé, Nicolas Bouchaud, Pierre Notte, Jean-Paul Muel, Daniel Pennac, Gilles Gaston-Dreyfus, Marie Rémond, Nelson Monfort, Marion Aubert, Elisa Benslimane, Julia Passot, Olivier Martin-Salvan, Boris Cyrulnik, Kader Aoun, Michel Serres, Erik Orsenna, Marjane Satrapi, Pierre Meunier, Alain Rey, Alexis Macquart, Guy Bedos, Luciano Rosso, Valérie Bouchez, Rodrigo García, Charb, Gérard Mordillat, Plantu, Frédéric Lordon, Mathieu Madénian, Thomas VDB, Ekoué et Hamé (La Rumeur), Wary Nichen, Edwy Plenel, Jean-Michel Ribes, Babx, Gaël Faye, Christine Taubira, Jacques Gamblin, l'équipe du Théâtre du Rond-Point Musique : L’Orchestre du Rond-Pointcomposition et arrangements Gilles Normand David Lescot, Jean-Claude Leguay, Christian Hecq, Philippe Fretun, Guillaume Monard, Jean-Daniel Magnin, Lionel Dublanchet, Emilie Rambaud, Jean-Philippe Vallet, Pierre Grisar, Bruno Allain, Gilles NormandRéalisation et montage : Jean-Daniel Magninavec des archives de ventscontraires.net , la revue en ligne du Théâtre du Rond-Pointet des photographies de Giovanni Cittadini Cesi

Le 24 septembre 2010 à 10:47

Origine. La nôtre.

Les Monstres arrivent au Rond-Point

Irruption. Ainsi naissons-nous. Sans norme ni contour. Lave mêlée, viande rouge, gènes en fusion, cheveux frisés, sexe divin, coeur au galop et pensées sans fin. Nous jaillissons refusant d’emblée ce monde où la parole ne peut dire l’immensité de nos désirs, la fureur de nos rêves et notre douleur d’exister. Nous crions, rage et panique, dès l’apparition de nous mêmes enfermés dans une peau d’humain. Le combat pour la liberté va durer quelques mois puis, sous les coups répétés de la civilisation raisonnante, notre génie considérable va se réduire en morale tiède et bon goût parfumé avec, comme seule autorisation de sortie, diverses églises où notre âme se cabossera sur des dogmes. Ainsi le bébé géant que nous sommes, l’enfant-dieu, le monstre lumineux pénètre penaud dans la cage du réel, rapetisse soudain et devient homme. Apparaît alors le secrétaire de mairie, le nouveau philosophe, le gastro-entérologue et le tennisman. Chez certains pourtant la braise des origines ne s’est pas éteinte, elle continue de raviver le souvenir de ce jardin perdu où dans une joie complice l’enfer et le paradis nous faisaient enjamber tous les horizons par-delà le bien et le mal. Ceux-là artistes ils sont. Et leurs chefs-d’oeuvre témoignent des êtres fantasques et démesurés que nous aurions dû être. De Polyphème le cyclope d’Homère au Minotaure de Dante, du Dracula de Bram Stoker au Quasimodo de Victor Hugo, des ogres de Grimm au Docteur Jekyll de Stevenson, de Phèdre dont Racine nous rappelle en un alexandrin qu’elle est la fille de Minos et de Pasiphaé, mi-femme mi-déesse, sans oublier Les Songes de la raison de Goya, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ou Les Monstres sacrés de Cocteau. Il en est d’autres chez qui, torturés par la norme et la loi des hommes, la braise originelle s’enflamme soudain vengeresse jusqu’à leur brûler la tête. Alors surgit de leur cervelle en cendre le seul monstre noir contenu jusque-là dans nos cauchemars et qui, le temps d’un génocide ou d’un meurtre dans une ruelle, ravage une humanité qui les étouffe. Ainsi en est-il des monstres, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il n’y aurait pas de théâtre sans eux.> Toute la saison les monstres sont au Rond-Point : Orlan, Jacques Vergès, le champion de France de Body Building, l'homme le plus tatoué du monde, les avocats du couple Fourniret, des acteurs monstres sacrés lisent des textes monstrueux, Michel Onfray et son université populaire... Voir les liens ci-dessous qui vous renvoient vers les programmes des conférences-perfomances de la Monstrueuse université, des Lectures monstres, de l'Université populaire de Caen...

Le 8 décembre 2015 à 10:14

Rire avec le pire

On m’a souvent demandé comment il était possible de faire rire le public avec ce qui s’est passé le vendredi 13 novembre, faire rire avec le pire. Comment est-ce possible ?  Quelques jours après les attentats, j’étais encore comme tout le monde, sidéré, débordé par l’émotion, prostré, impuissant. Et je suis remonté sur scène, sans peur, enfin… sans la montrer, mais avec une vraie appréhension : comment parler de ces événements tragiques, moi le bouffon ? Il n’était pas question que j’évite le sujet, que je sois terrorisé, pas question de leur laisser penser qu’ils avaient gagné. Pas question que je lâche un centimètre de liberté. Et pas question de rester paralysé, désarmé, devant l’horreur. Il fallait que tout cela sorte, que j’évacue, que l’action gagne sur la dépression. Dans ces cas-là, on se pose beaucoup de questions, sur son rôle, sur son métier, sur les limites de son métier. On dépasse le cadre classique de l’humour, on rentre dans le registre de la thérapie de groupe, on n’est plus un clown, mais une sorte de médecin sans diplôme. Le rire devient profondément humain devant l’inhumain, il nous aide à crever l’abcès, à prendre des distances, évacuer la psychose, éreinter la barbarie.       J’avais préparé ma revue de presse, qui consiste en quelques notes et beaucoup d’improvisation, mais je ne voulais pas l’imposer. Alors j’en avais prévu une deuxième, sur d’autre sujet, au cas où… le public ne soit pas encore prêt, n’ait pas envie, ne supporte pas, que mes paroles paraissent déplacées, et surtout irrespectueuses envers les victimes. J’ai été le premier surpris. À peine avais-je évoqué les attentats, que la salle s’est mise à applaudir,  comme pour me dire : Vas-y ! Fais-le ! Parle ! Pour nous, pour les victimes, contre ces salopards, contre la folie. Essaye de mettre des mots sur l’incompréhensible, nous sommes avec toi. Dans ces cas-là, le public nous porte et c’est lui qui fixe les limites,   ses explosions de rire répondent aux explosions de ceinture. Ce rire incontrôlable qui vient des entrailles, qui libère, qui aide à crever l’abcès. Ce rire qui nous fait passer de celui qui subit, à celui qui réagit. Dérisoire certes, mais jubilatoire. Noir peut-être, mais salvateur.  C’est un exercice impossible que de retransmettre par écrit ce moment, le public est déjà dans la salle avec moi depuis une heure, nous sommes complices, il s’est déjà détendu. L’ambiance et l’énergie qui règnent dans le théâtre sont  très difficiles à faire transpirer à travers des mots, d’autant plus que je ne suis ni Proust, ni Dostoïevski.   Je vais juste vous faire partager quelques extraits, les moins violents, les moins crus, vous donner une idée de la façon dont on peut aborder un sujet pareil. Pas simple… L’important au départ c’est de se moquer de soi, de sa propre psychose, de raconter… «  Qu’une chaise métallique qui tombe à la terrasse d’un café à côté de vous, vous fait sursauter et presque planquer sous la table (ce qui m’est effectivement arrivé). Montrer à quel point cette peur, même si elle est humaine, peut être ridicule. De s’apercevoir avec une certaine lucidité qu’à partir de maintenant, quand on va boire un verre où manger un bout et qu’on sort fumer une cigarette, on se retrouve en première ligne. La bonne nouvelle, c’est que, si ça continue, les fumeurs mourront d’autre chose que du cancer. » … On désacralise, on parle de la mort, sans retenue, sans tabou. Et puis, on annonce une autre bonne nouvelle… « Il faut toujours voir le côté positif des événements, grâce aux attentats, les ventes de drapeaux français ont augmenté de 400%. Le drapeau national est devenu une valeur sûre, qui devrait être cotée en bourse, comme une autre valeur sûre et également nationale, le chômage. Ce drapeau français pris en otage par un  parti d’extrême droite, vient d’être libéré et restitué à ses propriétaires. Notre président ayant demandé gentiment à ce que tous les citoyens l’accrochent à leur fenêtre, comme il a demandé le 11 janvier au peuple de France de descendre dans la rue, tellement il était mécontent de sa propre politique. » … On fait diversion… Et on revient sur le sujet… « Sans vouloir vous affoler, à l’heure où je vous parle, vous savez qu’un des terroristes est encore dans la nature ? Un écolo surement… Visiblement, celui-là a eu peur de se faire sauter au dernier moment. Si même les terroristes ont peur, dans quel monde on vit ! Cet assassin a maintenant le choix entre se faire tuer par l’État Islamique, qui n’aime pas les martyrs vivants, ou la police, qui n’aime que les martyrs morts. Si vous le croisez, conseillez-lui le suicide, au moins une fois dans sa vie, il aura décidé par lui-même.         … L’essentiel, c’est de rester groupés, ensemble, unis. Certes, en janvier l’union nationale avait duré 4 jours, les gens étaient descendus dans la rue par millions, là elle a duré 4 heures et il est interdit de se regrouper. Bon… Certes, nos politiques ont rapidement montré le contre exemple dans la surenchère, la palme de la connerie revenant à un homme politique dont je tairais le nom, par égard pour sa famille, et qui a suggéré, dans un moment de génie de  « Rétablir la peine de mort pour les kamikazes ». Mais nous sommes en période de campagne électorale, je le rappelle pour les abstentionnistes qui auraient oublié qu’ils n’iraient pas voter. Et le débat doit continuer à exister, pas facile, pour les candidats et les partis, de continuer à se faire la guéguerre, pendant qu’on est en guerre, dans un pays en crise. À part, évidemment pour les surfeurs du FN. Plus la vague est sale et boueuse, plus elle pue, plus ils s’éclatent. S’ils pouvaient se mettre au pétard, ça les détendrait et ça nous ferait des vacances. … Mais allez ! Restons groupés. Même si… C’est vrai, il y a cette polémique à propos des services de sécurité… La polémique en France, c’est un sport national. Un événement égal une polémique. Un accident de bus dans le sud ouest, polémique. Pourquoi le camion était-il arrêté sur la route, pourquoi le bus arrivait-il en face, pourquoi y avait un virage, pourquoi le virage existe, pourquoi les véhicules utilisent de l’essence, pourquoi l’essence brûle ?   Des orages violents sur la côte d’Azur, 20 morts, polémique. N’a-t-on pas trop construit sur la Côte d’Azur ? On a envie de dire, regardez ! Non, pas par là, c’est la mer, de l’autre côté. Pour les attentats, pareil, polémique. N’y aurait-t-il pas des failles dans le système de surveillance des terroristes potentiels ? Je ne suis pas un spécialiste, mais après une seconde et demie de réflexion intense, j’aurais tendance à penser que : sûrement… C’est étonnant, de voir comment une réalité devient une polémique et une polémique créée un polémique qui elle-même fait polémiquer.   Mais, bonne nouvelle, il faut toujours rester optimiste, tout cela prouve que nous sommes dans une véritable démocratie, puisque même les terroristes peuvent s‘exprimer. » … À cet instant, je dois l’avouer, certaines personnes rient jaune dans la salle, d’autres s’esclaffent franchement et se demandent aussitôt, après avoir regardé leur voisin : mais comment ai-je pu rire ? Mais nous sommes ensemble, nous résistons, nous désacralisons, nous sommes vivants.     Là, il ne faut pas désarmer, mais insister. … « C’est vrai, nous avons un problème avec les fiches S. La police connaissait les noms des terroristes avant, c’est un début… À la limite, on préférerait qu’ils ne les connaissent pas, mais qu’ils les arrêtent avant, ce qui paraît compliqué également. D’autant qu’il y a des milliers de S en France : 10.500. Non, pas de panique ! Restez dans la salle, on a bloqué les issues. Personne ne peut entrer, bon, sortir non plus… Espérons qu’il n’y ait pas le feu. Pas de panique ! Même si le premier ministre a avoué qu’il y en avait en réalité 20.000… Restons calme !  Et voyons le bon côté des choses, en une semaine, il y en a une quinzaine de moins ! Il n’en reste plus que 10 485 ! On avance… » … « Et puis rassurez-vous, heureusement, des idées de génie ont vu le jour, comme celle des portiques de sécurité. C’est très rassurant, et surtout ça relance l’industrie des portiques, en temps de crise, c’est un plus.   Vous me direz, c’est mieux que de ne rien faire. Alors que faire ? Mettre des flics et des militaires partout ?  Selon le principe de l’entonnoir…Vous ne connaissez pas le principe de l’entonnoir, je vous explique. Alors… Là où il y a des flics et des militaires, les terroristes ne vont pas, par exemple les aéroports et les gares. Donc, ils vont ailleurs… Donc, il faut mettre des flics et des militaires ailleurs aussi… Jusqu’au moment où il ne restera qu’un seul et dernier endroit où il n’y a pas de flics et de militaires, et on est sûr que c’est là que les terroristes vont aller ! Donc c’est là, qu’il faut en mettre le plus. Des questions ? » … « En attendant, dormons tranquille, l’état d’urgence va durer 3 mois… renouvelable. M’est avis qu’on va en prendre pour un bail. La question fondamentale, maintenant : pendant combien de temps va-t-on appliquer le programme du FN ? Avant qu’ils ne soient élus… » … « Vous voulez une autre polémique ? J’en ai plein en rayon. Sommes nous réellement en guerre, comme le disent nos dirigeants ?  On est en guerre contre un état, donc dire qu’on est en guerre contre l’Etat Islamique, c’est reconnaître que l’Etat Islamique est un état. Alors sommes nous en guerre ? Et si oui, contre qui ? Cochez la bonne case.   … « Et d’ailleurs qui sont ces barbares ? Des fanatiques ? Je vous rappelle au passage la définition du fanatique : un héros qui pour le triomphe de ses idées est prêt à faire le sacrifice de VOTRE vie. Des kamikazes ? La racine du mot est japonaise, comme vous le savez et signifie, comme vous ne le savez peut-être pas : «  vent divin ». Or ceux dont il s’agit, ne sont que des pets foireux… Qui sont ces djihadistes qui quittent la France ? Pourquoi cette fuite de cerveaux ? Que se passe-t-il dans leur tête ? Rien… Ou trop. Essayons de comprendre l’incompréhensible. Revenons en arrière. En janvier, les frères « Poichiches » se gourent d’adresse avant d’aller chez Charlie, perdent une chaussure avant de s’enfuir, oublient leur carte d’identité dans leur voiture… Lors de l’attentat déjoué de Villejuif, le terroriste se tire une balle dans le pied en montant dans sa voiture. À Saint Quentin Fallavier, le mec fait tomber une palette avec du matériel informatique, son patron l’engueule, il devient terroriste (Air France et les deux chippendales à côté ce sont des amateurs). Puis il lance sa voiture contre une citerne et il n’arrive même pas à se tuer… Dans le Thalys Amsterdam Paris, le mec s’enferme dans les toilettes après avoir trouvé une kalachnikov dans un parc à Bruxelles, sort, et hurle, les yeux en orbite : «  Y’a plus de papier » ! En novembre, on est passé à une autre catégorie… Même si les 3 du Stade de France sont arrivés en retard au match… avec des billets dans la poche… mais il faut lire… On peut faire un premier constat : c’est sûr, les cerveaux c’est pas eux. » … « En Tunisie, maintenant… Nous ne sommes pas  les seuls à subir des violences, d’autres pays vivent sous la terreur depuis des années… mais c’est loin. A Sousse, donc, un jeune étudiant, propre sur lui, arrive par la mer, en Zodiac, sur la plage de l’hôtel, plante son parasol, sort une kalachnikov et massacre 38 personnes en chantant « A ga dou dou dou, pousse ta banane et moule café ! » Et c’est ensuite, après un contrôle anti-dopage, qu’on s’aperçoit que le mec est chargé comme une mule, avec du Captagon. On peut donc en conclure que Dieu ne leur suffit pas. Entre parenthèse et entre nous, ces assassins feraient mieux de picoler pour se désinhiber, au moins ils viseraient  à côté. Pour ça, il faudrait changer le livre sacré et ça…   À noter que chez nous, pays laïc, on a le choix entre Dieu et les anxiolytiques. Chez les fous de Dieu, c’est visiblement les deux… la foi a des limite. »  … « À ce propos, fin octobre 2015, un prince saoudien a été arrêté au Liban, avec deux tonnes de Captagon dans son avion. Était-ce pour sa consommation personnelle ? L’Arabie Saoudite et le Qatar… nos amis, nos alliés… qui financent le terrorisme, paraît-il… Enfin… Pour être plus précis, ce sont des grandes familles Saoudiennes ou Qatari qui financent le terrorisme, nuance. Et qui dirigent l’Arabie Saoudite et le Qatar ? Les grandes familles. Des questions ? La France leur vend des armes, l’avantage c’est que le jour où on va se les reprendre sur la gueule, au moins on mourra français. DAESCH, c’est 2 milliards de budget annuel, qui proviennent de trafic d’armes,  de contrebande de pétrole, de kidnapping, donc de l’argent des rançons… Que nous ne payons jamais, je vous le rappelle ! Et… des joyeux donateurs ! Est-ce que Dieu est au courant de tout ça ? Tout ça transite par des comptes off shore. Malgré des dehors rustres, voire primaires, et des idées d’un autre âge, le terroriste est branché … Quand ça l’arrange. … Il pense que son sacrifice va lui rapporter 72 vierges au paradis. Mais quel paradis ? Fiscal ? Dans celui-là, il risque d’être déçu, il y a une majorité de putes. A ce propos une idée me vient à l’esprit… Au lieu d’attendre que ces fous méritent leurs 72 vierges au paradis, si on leur en offrait 72 tout de suite, ça les calmerait. Je sais, ils sont très nombreux, 20 000 fiches « S » en France, et nos vierges de plus en plus rares… Mais mesdames, mesdemoiselles,  pensez-y, votre sacrifice,  c’est pour sauver la nation, le monde ! » … « Continuons… Que se passe-t-il dans la tête de ces grands malades ? Si on fait une synthèse, priez pour nous, on s’aperçoit que ces faux êtres humains ont souvent des tensions dans leur couple et qu’ils sont traumatisés par la mort du père. Bon… Si tous ceux qui répondent à ces critères passaient à l’acte, la France serait Andorre en deux mois. Donc, il faut chercher ailleurs… D’après les psy, le lavage de cerveau ne suffit pas, la drogue non plus. Ces gens s’emmerdent, s’ennuient à mourir, leur vie n’a aucun sens, la religion est très loin, c’est un prétexte, la goutte d’eau qui fait déborder leur folie… Ils sont en manque affectif, ce qui veut dire qu’ils ne baisent pas. Ils sont immatures intellectuellement, ce qui veut dire cons des bites. On ajoute une pincée de troubles psychiatriques, une cuillère de parano, une louche de séjours en prison… Vous remuez et vous obtenez le portrait robot du robot tueur.   De plus, le terroriste, toujours d’après les psys, se « déteste lui même, mais ne le sait pas. » Aidons-les à se haïr ! Avant qu’ils ne nous détestent. Si vous connaissez, dans votre entourage, quelqu’un qui répond à ces critères, poussez le dans l’escalier. » … « Que faire ? Traiter le mal à la racine ? Convoquer Georges Bush et Tony Blair devant un tribunal ? Encore plus dur que d’éradiquer le terrorisme. Faut-il intervenir militairement au sol en Syrie ? Ou laisser faire les Américains comme dans le Thalys ? Laisser faire les Russes s’occuper de la dèche ? Poutine a le sens du dialogue. On a le choix entre Bachar el Assad et la dèche, entre le boucher de Damas et les charcutiers de l’EI, le tout même pas hallal. Compliqué… Aux dernières nouvelles, Bachar ne serait plus l’ennemi numéro un, il a perdu la pôle position au détriment de l’EI. La nouvelle tactique serait : on s’occupe d’abord des charcutiers et ensuite du boucher, c’est le marché. Comme en quarante avec Staline… On s’occupe d’abord d’Hitler et ensuite de Staline. Bon… y’a eu des failles… On laisse faire les arabes entre eux ? Ceux qui financent et ceux qui tuent vont se retrouver face à face. Imaginez le merdier avec toutes les tendances, les courants, les mouvements, pire que chez les écolos ! Mais eux au moins, ils sont drôles. » … « Restons désespérément optimistes, le terrorisme, c’est comme la dette grec. Tout le monde sait pertinemment que les grecs ne rembourseront jamais, reste à savoir quand. Pour le terrorisme, c’est pareil, on sait très bien qu’ils ne gagneront jamais, reste à savoir quand.  Et souvenez-vous, un fasciste, car ce sont avant tout des fascistes, les livres d’histoires le prouvent, c’est quelqu’un qui perd la guerre. »   Voilà… Et puis à la fin on craque, on verse une larme, ça aussi il faut que ça sorte. Mais, on a le sentiment, à raison ou à tort, d’être plus fort qu’eux, d’être utile, de servir à quelque chose, avec ses petits bras, sa petite voix et son petit stylo. À la fin du spectacle, les gens viennent vous voir, vous serrent dans les bras et vous disent tout simplement merci. On ne se connaît pas, mais on s’embrasse, on est vivant et on a même pas peur. Encore et toujours, on a besoin du rire pour démonter les chimères des idéologies totalitaires et nauséabondes. Non pas seulement parce que le rire libère, mais aussi parce qu’il nous ouvre les yeux sur le monde tel qu’il est et non pas tel que les fanatiques voudraient qu’ils soient. Et vous savez le plus drôle, c’est qu’on n’est même pas obligé d’en rire. On est libre, tout simplement, et on compte bien le rester. Et vous savez quoi ? J’espère bien que bientôt, je ne parlerai plus de tout ça, d’ici là, la COP 21 aura sauvé le monde. Je le dis sans aucune pudeur, j’ai besoin de vous, de vos rires, de votre énergie, j’ai besoin de cette communion, j’ai besoin de votre soutien, pour que continue à vivre cette liberté. Venir au spectacle est devenu un acte de résistance, assister à un spectacle d’humour, un acte quasi politique. Le monde est absurde, le monde est devenu fou, je sais… Mais nous en faisons parti.    Pour tout ceux qui sont morts, en janvier, en novembre, on ne lâchera rien. Debout ! Et hop !

Le 19 août 2015 à 11:11

Perdu dans Tokyo #1

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

17 aoûtPremier jourParis. Paris cinq heures. Vivre à l’heure de Tokyo, il est déjà midi là-bas. Cinq heures à Paris un dix-sept août. L’air opaque des fantômes au dehors. Dedans, le silence et les acouphènes. Peur panique de partir cinq semaines. Maison dans l’obscurité plongée. Valise ouverte, prête, mais la fermer se serait partir. Je refais du café. Lundi 17 août, c’est le matin de la réouverture des portes du Rond-Point, c’est ma date de départ pour Tokyo, j’y mènerai un stage d’une semaine, j’y donnerai une conférence, et j’y finirai la mise en scène de Moi aussi je suis Datherine Deneuve, en japonais, entamée en 2010, interrompue pour cause d’accident nucléaire, tout simplement. Roissy. Décollage de Roissy, on ne peut partir plus loin, l’autre bout du monde exactement. Dans l’avion, une dame japonaise me fait demander via l’hôtesse de l’air japonaise si je veux bien céder ma place à un jeune homme dont on me dit qu’il est son fils alors qu’il pourrait être son grand-frère. Protocole déjà compliqué, j’obtempère. Devant moi, deux frères et sœurs, la vingtaine, se chamaillent, et regardent des films, lui d’animation, elle comédies romantiques. A côté, une jeune femme qui a de gros problèmes digestifs, et les odeurs qui vont avec. Juste derrière, un type qui tape comme un malade sur l’écran vidéo accolé à mon appui tête, pas de chance. J’essaie deux films, je tiens vingt minutes en tout. Je prends deux somnifères, et je ferme les yeux sur mon sort. Narita. Arrivée à Narita, Yoko et Masako sont venues me chercher. Dans le bus vers Shinjuku. Masako est en forme, on parle, beaucoup. On passe devant Disneyland. Elle désigne Yokohama, là-bas sur la gauche, je lui explique que c’est impossible, et je lui montre le Palais Impérial et le parc Yoyogi. On rit beaucoup, elle est nulle en géographie tokyoïte. Yoko sort sa brochure de Moi aussi je suis catherine deneuve, elle apprend son texte. Déjeuner en bas de l’hôtel, je découvre une soupe de canard avec nouilles dans un bistrot où fumer est possible. Promenade. Cri strident des grillons ou cigales, monstres radioactifs. Comme les corbeaux japonais, énormes bestioles, qui boufferaient nos corneilles. 19h30 Ça y est, il fait nuit noire ici. Un dix-sept août. À dix-neuf heures trente. Masako me dit que ces amis japonais n’ont pas bien compris la couverture du Charlie Hebdo, « tout est pardonné ». Ils y lisent une ambigüité. S’agit-il d’aspirer au pardon et à la paix dans le monde, mais comment alors pardonner les massacres perpétrés ? Contradiction française. On s’explique. On parle du Rond-Point, état des lieux après le 8 janvier, la position du directeur, les phrases antérieures sur les affiches et sur les sacs, « on ne vous empêche pas de croire, vous ne nous empêcherez pas de penser ». Dans le restaurant, en sous-sol, des groupes de japonais en chemisettes blanches crient, rient, boivent beaucoup et fument énormément. La cigarette n’est pas interdite dans les lieux publics.  En revanche, fumer à l’extérieur est prohibé, si ce n’est sous des kiosques prévus pour, à certains endroits très précis, avec alignements de cendriers. Contradiction japonaise.  Nuit dans Shinjuku, repérages, affiches gigantesques de Mission impossible. Des meutes de jeunes femmes filment depuis leurs portables des écrans géants sur lesquels sont projetées des images d’un éphèbe torse nu à abdos très dessinés sous une veste blanche qui chante très fort en dansant beaucoup. Retour à l’hôtel, seule connexion possible à Internet sur le socle des toilettes. Prodige japonais, le wc est doté de plusieurs propositions de jets d’eau provenant de l’intérieur du meuble, plusieurs propositions de puissance de tir et de températures du jet, avec sons artificiels pour couvrir les bruits naturels, et en sus donc une connexion viable pour l’Internet.

Le 30 août 2014 à 08:12

Mathilda May : "Open space, un lieu où des gens se trouvent condamnés à vivre ensemble."

« Hharghr grùchtrbtr chtrhkof ? » Mathilda May écrit et dirige cette fresque folle sur le monde du travail. Six personnages dans un open space sont condamnés à vivre ensemble le temps d'une journée.Une épopée tragique et drôle, entre Kafka et les Monty Python.   Pierre Notte : « Open Space », c'est un lieu de travail. Mais qu'est-ce qui caractérise particulièrement cet endroit ? Mathilda May : C'est avant tout un lieu où des gens se trouvent condamnés à vivre ensemble. Ils n'ont rien à voir les uns avec les autres, mais l'espace les contraint à cohabiter. Le spectacle se joue sur une journée complète, de l'ouverture du bureau à la fermeture. On va vivre avec eux une journée de travail dans cet espace commun. Les thématiques du travail et de la cohabitation sont finalement assez rarement traitées au théâtre, elles sont pourtant d'une puissance formidable. On va suivre les habitudes, les petits problèmes et les grands fantasmes de chacun au fil du temps ordinaire d?un jour au bureau. Le lieu lui-même n'est pas marqué par une époque, mais on sent bien que les patrons successifs ont tenté de le moderniser un peu, d'y ajouter leur touche personnelle. Il y a une cabine pour les fumeurs, mais il reste un vieux minitel. Il y a la machine à café, et tout autour un espace qui a vécu, où se superposent des objets emblématiques d'époques différentes. C'est là que travaillent six agents au même niveau, que rejoignent un patron, un réparateur de machine à café, un ambulancier, une femme de ménage...   Que va-t-il se passer ? On va faire connaissance avec les six travailleurs ou agents de cette petite boîte. On découvre les caractères de chacun, leur problématique de vie, leur façon d'être par rapport au monde et avec eux-mêmes. Les attirances, les rivalités, les agacements... Puis on va rentrer dans la tête des uns et des autres. Les colères, les fatigues. Il y a celui qui s'endort, il y a celle qui boit un peu trop et qui sent le sol tanguer, se dérober. Il y a celui qui fantasme sur le réparateur de la machine à café. Il va finir par vivre le paroxysme d?un moment romantique avec un homme, alors que toutes ses collègues sont amoureuses de lui. Il y a le battant, qui veut toujours se rapprocher un peu plus près du patron, et ses rêves de grandeur. Et puis il y a les cauchemars de celui qu'on a mis au placard, que personne ne voit ni n'entend jamais. Il est transparent, et même s'il tente de se suicider, personne ne s'en aperçoit. On ne sait pas ce qu'ils font, comme métier, ni quel est l'objet de leur production. On pourrait penser qu'il s'agit d'une petite compagnie d'assurance. C'est leur intimité qui m'intéresse, confrontée aux obligations du boulot, à la hiérarchie, à la routine... leurs affinités entre eux, les attirances, les répulsions, les révélations. On comprend peu à peu, dans cet espace partagé par tous, que la boîte est en train de couler. Il y a aussi la mort, qui rôde. Ce qui me touche, c'est l'absurdité de tout cela, de la paperasse, des places à prendre, à trouver ou à garder, et dans tout ça les sentiments amoureux.   Tout est affaire de danse, de rythme, de musique, mais jamais de texte, pourquoi ? Ou pourquoi pas ? Le spectacle est né des sons. J'avais en tête l'espace sonore, et les bruits du spectacle qui se déclinent en trois catégories. D'abord la musique, de bout en bout originale, avec des chants tyroliens ou des choeurs. Ensuite les sons en « live », c'est-à-dire tous les bruits provoqués en direct par le matériel de bureau, les dossiers qu'on classe, la machine à café, les grincements des fauteuils, les bâillements du matin, la mise en route, les crayons qu'on taille... Et troisièmement, le « sound design », les trois cents « tops sons » qui ponctuent l'action. La chasse d'eau quand quelqu'un va aux toilettes, les avions qui défilent au dehors quand on ouvre la fenêtre, et la pluie, l'orage, le vent, les coups de poings d'un combat de boxe, les sonneries des téléphones; les talons aiguilles d'une femme agaçante qui prend de la place par le bruit qu'elle fait, incessant... Tout est ensuite affaire de rythme, de coordination des mouvements, des images, des corps dans l'espace. Mais ce sont des comédiens, non des danseurs, qui racontent l'aventure humaine d'une journée de travail, sans paroles, mais avec des onomatopées, des borborygmes. Avec des ellipses en direct, avec des ralentis dans l'action, des retours en arrière, des focus sur un personnage unique, des arrêts sur image. Ce n'est pas tout à fait sans texte, mais c'est sans mots, sans paroles précises. Et pourtant, tout le monde comprend, reçoit. J'ai vu les spectateurs se positionner dans une attention toute particulière, le corps un peu en avant, en totale empathie avec les comédiens. Ils sont sollicités autrement, à d'autres zones. Le langage scénique est compréhensible par tous, c'est un langage de signes, de codes, de sons et de bruits qui fait sens. C'est une musique que tout le monde connaît et reconnaît, et qui touche, je crois, à un autre endroit le public. Moins cérébral, plus émotionnel, plus sensible. On renoue peut-être avec une sorte d'archaïsme du langage des nourrissons, qui comprennent tout sans avoir les mots ! Vous êtes danseuse, chanteuse, musicienne, comédienne, romancière, et aujourd'hui l'auteure d'un spectacle sur le monde du travail... comment voulez-vous qu'on s'y retrouve ? Il y a une logique dans tout ça ! J'ai commencé tardivement à écrire. J'ai écrit mon premier roman à quarante ans, puis je suis passé à l'écriture scénique, j?ai créé avec Pascal Légitimus le spectacle plus si affinités, dans lequel nous jouions une rencontre dans un avion, sans parole possible, avec des bruits, des borborygmes... ça a été le déclencheur de Open Space. J'ai traversé souvent des rédactions de magazines, j'ai toujours été fascinée par le vacarme de ces endroits ouverts, où tout le monde s'agite, parle en même temps, le bruit dingue et la parole incompréhensible... Et tout cela a donné Open Space. Jamais je ne me suis sentie autant à ma place, parce que toutes mes histoires artistiques se rejoignent dans celle-ci. La musique d'abord, puis la danse et la comédie. Et nous racontons par le mouvement, la danse et la musique une histoire. J'ai le sentiment d'avoir constitué une petite troupe, après des auditions de plus de cent cinquante acteurs pour en choisir sept. C'est une compagnie qui s'est constituée. Je ne veux pas quitter la scène pour autant, rien ne m'empêche de rêver de jouer à nouveau un jour dans une grande comédie musicale...   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 11 novembre 2014 à 09:16

Frédéric Ferrer : Wow ! Et si on changeait de planète ?

Conférencier agité de la langue et mouillant sa chemise devant les urgences qui nous menacent, Frédéric Ferrer revient le 24 janvier au Rond-Point. Prophétisera-t-il la catastrophe ou l’espoir fou ? En tout cas il nous fera rire, même si les temps de l’espèce humaine sur Terre sont comptés. Anthropocène épuisant le globe, changement climatique, menace d’astéroïdes… l’humanité devra partir. La découverte récente de plusieurs exoplanètes en zone d’habitabilité nourrit tous les espoirs.  Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Frédéric Ferrer – Je trouve notre rapport très drôle (et assez complexe). – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue ce sont les appauvrisseurs, réducteurs et manipulateurs du langage, qui font florès en ce moment un peu partout dans le monde, et les mets beaucoup trop épicés. Ce qui la sauve, c’est notre désir de ne pas prêter notre bouche aux appauvrisseurs, réducteurs et manipulateurs du langage qui font florès en ce moment un peu partout dans le monde, et un grand verre d’eau quand un met est vraiment trop épicé. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je n’arrive pas à l’enrouler sur elle-même. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– L’une des rencontres qui a sans douté été des plus déterminantes pour ma langue (devenant événement pour moi) est celle d’un jeune scientifique, dont je ne me souviens pas du nom, à qui je n’ai pas parlé, et que je n’ai pas non plus rencontré personnellement (de sorte que je peux dire aujourd’hui que vraiment nous ne nous connaissons pas du tout, ce qui fait qu’il ignore totalement ce qu’il a provoqué en moi ce jour là à Bruxelles, et même jusqu’à mon existence), mais dont la conférence en néerlandais, langue que je ne parle pas et ne comprends pas, m’a permis d’accéder à un autre monde (en atomisant totalement et éparpillant façon puzzle le rapport que j’avais à ma propre langue).Et s’agissant maintenant de la question de la nourriture quotidienne, ma langue a la chance de pouvoir profiter des recettes inattendues et merveilleuses de Lou, 7 ans, et Marin, 4 ans. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais écouter les langues extra-terrestres et faire des hypothèses sur le devenir de la mienne.  

Le 6 septembre 2016 à 10:19

Blandine Pélissier : "En matière d'égalité hommes-femmes, le monde de la culture est en retard sur le reste de la société"

Blandine Pélissier est comédienne, metteuse en scène et traductrice du théatre contemporain anglo-saxon vers le français. Depuis plusieurs années elle milite avec le collectif H/F pour une véritable parité dans le monde du spectacle. Un milieu que l'on pense a prioiri émancipé et où pourtant il y a énormément à faire.Un exemple? Il y a cinq ans, nous avions voulu consacrer une saison entière du Rond-Point aux femmes : la majorité des spectacles programmés sur nos trois plateaux allaient être écrits ou mis en scène par des femmes. Cet enjeu nous a enthousiasmé et l'équipe s'est mise à lire des manuscrits, rencontrer des artistes, voir des spectacles au féminin. Les choses avançaient pour le mieux, de très bons et très forts spectacles s'annonçaient, sauf que la délicate alchimie présidant à l'élaboration d'une saison s'avéra bien plus difficile et lente à "monter" cette année-là. Comme si nous avions divisé par deux, par trois ou peut-être par un chiffre beaucoup plus grand les œuvres parmi lesquelles nous pouvions faire notre choix. Je ne veux pas dire par là que les projets portés par des femmes étaient moins intéressants , évidemment pas, mais nous avions la plus grande peine à trouver suffisamment de spectacles signés par des femmes déjà en tournée ou en cours production. Au final ce fut une réelle déception : nous n'avions réussi à programmer que 11 spectacles "Femmes, femmes, femmes" sur 33 — un tiers. Et c'est à ce moment-là que nous avons été contactés par la comédienne et traductrice Blandine Pélissier qui nous proposa, avec le collectif H/F, de nous joindre à quelques théâtres qui s'engageaient  à annoncer une « Saison 1 égalité homme-femme » dans les théâtres publics… Quelques années plus tard, on devra à ce mouvement l'instauration de "short lists" paritaires lors des appels d'offre pour la direction des centres dramatiques ou des grands théâtres publics, mais depuis les choses ont-elles vraiment changé dans le milieu du spectacle ?C'est sur ces questions, et au-delà, que Blandine Pélissier a bien voulu s'entretenir avec nous.

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