Christophe Alévêque
Publié le 16/05/2014

Les ados sont des cons, par Christophe Alévêque


Premier épisode : branleurs surfeurs irresponsables

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Autres épisodes :


Adolescent, il découvre la liberté de ton de Bedos, et la syntaxe de Desproges. Il admire l'audace de l'un et la rhétorique de l'autre. Il grandit sur scène, fait sauter les bombes pour les désamorcer, et chronique la société chez Ruquier, Drucker ou Ardisson. Il écrit et tourne partout Debout, solo explosif avec chansons, revue de presse et tirs à vue sur l'horreur d'une société molle. Après le succès de Super Rebelle au Théâtre du Rond-Point, Christophe Alévêque y revient pour démonter l'actualité. Plus que jamais, tolérance zéro pour les maîtres du monde, leurs reptiles suiveurs et autres insectes rampants. 

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Le 6 octobre 2010 à 08:14

En octobre, le brame des biches

Playmates du mois

Les cerfs sont des animaux grégaires.Ils se répartissent en deux groupes la majeure partie de l'année (hors période de reproduction) :- d'un côté les femelles, qui forment des hardes faites de plusieurs petits noyaux où la hiérarchie est très importante et se remarque surtout pendant les grands rassemblements. La "chef " se montre nerveuse, vigilante et toujours très attentive, alors que les autres paissent tranquillement; si un bruit, une odeur, est inquiétante elle prévient ses compagnes par de petits cris, le groupe s'ébranle alors, dans l'ordre et la discipline. La biche dominante ouvre la marche (ou la course), la "sous-chef" la ferme.– chez les mâles, tout se passe autrement. Le dominant est tout simplement le plus fort, il peut tyranniser les plus faibles, comme les laisser aller devant, et les suivre à distance. Il n'a aucune tâche de protection, si un danger survient, les mâles se sauvent les uns derrière les autres, sans aucune autre distinction que la rapidité et le sens de la fuite.Pour la reproduction, ce système de clan s'arrête vers le début de l'automne, c'est la période du rut (octobre). Les sujets les plus âgés seront les premiers à manifester leur désir. Les cerfs abandonnent donc leurs quartiers, pour rejoindre leurs compagnes, chaque mâle va se trouver un territoire (parcelle nuptiale) et essayer de retenir le plus grand nombre de biches. Il délimite son territoire en bramant.

Le 25 février 2014 à 10:18

Marilou Leïla : "Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là !"

Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?

Voici plusieurs éditos que je me pose cette question : "Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?" Quand allons-nous cesser de voir le jeune monde dans lequel nous entrons avec des yeux inquiets ou désabusés ? C'est le thème sur lequel je souhaite construire le cycle de "Trousses de secours" la saison prochaine au Rond-Point. Et puis — envie de réactions de votre part — je me suis un peu lâché dans un style "fin du monde" dans mon dernier billet. Par la boîte contact du site, Marilou Leïla vient de m'envoyer une lettre qui m'a bouleversé. Je vous la confie :   Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini ! "Nous ! Nous, on vient dans le monde qui vient ! Est-ce que tout vous fait si peur ? Est-ce que vous ne pouvez vraiment rien imaginer de beau dans l'avenir ? On y est, vraiment, à ce No Future des Punks de votre jeunesse ? Mais alors, nous, qui n'avons pas encore vingt ans, qui sommes justement le monde qui vient, qu'aurons-nous alors ? Si vous n'y croyez déjà plus, que nous reste-t-il entre les mains ? Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini, l'apocalypse n'aura pas lieu ! Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là ! Devons-nous nous excuser d'être ce que nous sommes ? D'être connectés ? D'être technologiques ? Nous n'y pouvons rien, avons-nous connu autre chose ? Il est terrible de cesser de croire à la vie avant même de l'avoir vécue, mais devant tant de cynisme, de désespoir, de pessimisme, comment faire autrement ? Et pourtant j'y crois, moi, au monde qui m'attend. Et je l'aime déjà, parce que je n'ai pas le choix. Il me faudra lutter, car je devrai survivre." Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. "Non, nous ne sommes pas les zombies technologiques que vous voulez faire de nous. Nous regardons le monde d'un point différent. Vous regrettez un univers qui s'écroule, mais qui ne nous appartient pas, que nous ne connaissons pas, que nous avons même du mal à imaginer. Moi, je n'ai rien su des frontières jusqu'à mes dix-huit ans. Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. Les francs sont des jouets dans mes souvenirs, comme des cailloux ramassés par terre qu'on échangeait contre un bonbon ou un petit jouet. Les francs n'appartiendront jamais à autre chose qu'à mon enfance, et ne peuvent avoir d'autre sens que celui que je leur donnais quand j'avais huit ans. Pas grand sens donc ; car l'argent ne signifie rien quand un tas de feuilles est un trésor..." Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles. "Je suis enfant de l'internet et de la technologie, quand mes premiers amis se trouvaient dans les cours d'école aussi bien qu'à l'autre bout du monde, au gré des forums et des échanges sur un groupe de rock ou un manga. Mon adolescence s'est faite rythmée de smartphones, et de réseaux sociaux. J'ai un profil facebook, un compte twitter, trois adresses mails, plusieurs identités virtuelles. Je passe des nuits à réouvrir les canaux de communication de manifestants du bout du monde, pour leur permettre de raconter, de montrer, de s'exprimer. Je télécharge illégalement des films, des séries. Je lis des e-books sur l'écran de mon ordinateur. Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles." Puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ? "Et pourtant. Et pourtant, si je ne parle pas à mon voisin de siège, c'est parce que j'ai passé la nuit à discuter avec d'autres. Si j'ai des centaines de livres, sur mon disque dur, j'ai une passion pour les vieux livres, ceux qui sont reliés, et je passe tous mon temps libre dans les bibliothèques de Paris. Si je télécharge illégalement de l'image, c'est que je n'ai pas d'argent pour en acheter le DVD puisque tous l'argent que je gagne "en trop" passe dans les places de cinéma, quand je me rends dans les salles trois à quatre fois par semaine. Je pourrais continuer longtemps, en réalité, mais je me sens mal de m'épancher à ce point. Votre article était un autre parmi des centaines que j'ai lu, et il y a un trop plein. J'ai pris un chemin de lutte, j'ai pensé mon humanisme et ai conscience que je devrais combattre pour lui... mais puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ?Ce message comme réponse à un atroce sentiment de solitude...Aimez-nous ! Au moins un peu... Même si c'est avec un petit sourire en coin qui dit "si seulement tout était si facile...". Même si vous nous trouvez naïfs, imbéciles, ou puérils... Aimez-nous dans le monde qui vient...Nous n'avons pas encore de voix, et vous parlez pour nous, de nous. Essayez peut-être de ne pas être trop méprisant... on pourrait encore vous surprendre.Avec tout mon respect, et toute mon admiration,Marilou Leïla."

Le 8 octobre 2010 à 14:48

Chocolat Show

Slam cacao

Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT T’es bon t’es bonne My hot chocolate madoneDans mes doigts fondants je t’emprisonneTu es ma cortisone in every seasonCéleste boisson des Amériques Tu m’excitesJe veux te humer te lécher te verser te toucher t’étaler t’aduler t’acidulerTaciturne et insomniaque je dors juste pour te prendre au réveilTu es mon premier rayon de soleilYou are the sunshine of my lifePADAPAPAPAMPrunelle de mes yeux Tu me rends heureuxMes matinées s’enjolivent quand tu débarques dans mon colon Tu me files mon premier frisson Tu es mon absinthe matinale Que généreusement j’avaleGrâce à toi je suis de bonne bonne bonne humeur ce matin y’a des matins comme çaDévoué à ta cause sur l’autel de ma cuisineLe matin t’es plus chaude que ma copineMaître Banania frère Benco Laissez moi vous prêcher Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT Je redeviens vierge chaque matin mon bol entre les mainsLike a virgin drinked for the very first timeTu glisses saveur réconfortante Sur ma langue devenue brûlante Troublante boisson Qui me fais revivre sans raison Le plaisir de tous ces matins Où j’allais à l’école retrouver mes copainsTu as le goût d’avant le divorce de mes parentsDe ces paquets colorés que je trouvais marrantsDe ces personnages de publicité toujours enjouésComme si un buveur de chocolat chaud ne pouvait jamais être triste« Ma femme m’a quitté Mes enfants me détestentJe viens d’être licenciéEt j’ai attrapé la pesteMais je bois du CHOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOLAAAAAAAAAAT »

Le 7 octobre 2013 à 09:10

La Berryer au Rond-Point #2

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

> Première partie             > Dernière partie Invités : Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque Candidats : Raphaël Charpentier et Michael Calais Contre-critique : Bertrand Périer et Edmond-Claude Frety Les 12 Secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau. Enregistré le 30/9/13 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point Durée : 1:14:39 Le grand oral désopilant du Barreau de Paris Entre catch verbal et jeux du cirque, cette joute oratoire mythique et saignante se déroule selon un rite immuable, où tous les coups – absolument tous les coups – sont permis. À chaque génération, les 12 meilleurs avocats du Barreau de Paris s’affrontent autour d’un invité de marque issu du monde du spectacle ou de la politique (Salvador Dali fit sensation en arrivant avec deux panthères dans la Salle des Criées du Palais de Justice). La « Berryer » – c’est le nom d’un avocat du XIXe siècle qui défendit toute sa vie ceux qui n’avaient pas les faveurs du pouvoir – se transporte exceptionnellement dans la grande salle du Rond-Point pour nous faire partager l’expérience unique d’une profession qui célèbre le travail dans le temps sacré d’une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole.

Le 21 mars 2018 à 14:09

Pierre Guillois : "Opéraporno, bien sûr il y a de l'inconscient"

Opéraporno de Pierre Guillois et Nicolas Ducloux arrive le 20 mars au Rond-Point. Comme l'écrit Jean-Michel Ribes : la comédie, en faisant la satire de la pornographie "plutôt que de la rendre plus désirable encore en l’interdisant, n’est-elle pas la meilleure façon de lui ôter son venin ? Le cinéma s’en est parfois occupé, le théâtre un tantinet, l’opéra jamais. Voilà qui est fait grâce à Pierre Guillois et à Nicolas Ducloux." – Opéra ? Pierre Guillois — Il s’agit plutôt d’un bouffe ou d’un théâtre musical, mais accoler porno et opéra est irrésistible et indique mieux l’endroit de profanation sur lequel nous prétendons nous divertir avec les chanteurs. La musique légère connaît une tradition grivoise... Nous poussons seulement le bouchon un peu plus loin, époque oblige. Sous les atours « faciles » d’une œuvre libertine se cache un défi immense : celui de conduire une pièce lyrique dans les affres du sexe le plus déviant en relevant le pari d’une comédie réussie et d’une musique capable d’émouvoir.   — Porno ? — Notre opérette (donc) est plus ordurière qu’érotique. Est-ce encore de la pornographie ? Probablement pas. Mais scandaleuse oui et sexuelle absolument : l’ordre familial est pulvérisé et son ciment moral détruit à coup de sodomie, inceste, pratiques scatologiques et autres perversions particulièrement dégoutantes. Les interprètes ne seront pas exposés tels des acteurs de film X mais devront jouer de sensualité pour incarner dans toute leur complexité ces protagonistes lubriques lâchés au cœur de situations intolérables et terrifiantes.   — Comique ? — La seule clé de notre salut est l’humour. Le rire seul nous sauvera du véritable outrage. Il ne s’agit pourtant pas de prendre tout cela à la légère. En se jouant des plus grands tabous, des peurs les mieux enfouies, l’écriture prétend faire jaillir un humour particulièrement féroce. Le rire n’en sera que plus libérateur, plus puissant, provenant du plus profond, du plus intime, du plus secret de l’être – car nous avions oublié que toutes ces choses étaient possibles et combien elles étaient interdites   En partenariat avec Théâtre-Contemporain.net qui a réalisé cet entretien

Le 14 septembre 2017 à 15:52

Christophe Alévêque : rire de l'autocensure de la presse et de son couvre-feu moral

Christophe Alévêque revient quand même, six fois, le dimanche, entre le 17 septembre et le 11 mars Rond-Point — 2017, 2018... Vous n’avez jamais envie de changer de métier ? Christophe Alévëque — Quelquefois, j’ai l’impression de faire un métier tellement dérisoire ! Mais est-ce que le dérisoire n’est pas une réponse possible à toutes les violences que nous sommes en train de vivre ? Est-ce que vous riez toujours beaucoup en lisant la presse ? Ça dépend des pages. En général, les unes me font rire. Ce sont souvent des caricatures. Puis les fins d’articles sont intéressantes. Pour ce qu’il y a entre les titres et les conclusions, c’est souvent du remplissage. Qu’est-ce qui vous amuse ? En tant qu’humoriste, à peu près tout, mais surtout ce qui est caché, ce que je devine et qui me saute aux yeux. C’est mon matériel, mon bifteck ! Qu’est-ce qui vous effraie ? La même chose, mais cette fois-ci en tant que citoyen. C’est ce qu’on se prend tous dans la figure tous les jours. Qu’est-ce qui vous rassure ? Si je ne croyais plus à des progrès possibles, je ne monterais plus sur scène. La grande question existentielle, c’est : « Oui, nous vivons plus longtemps aujourd’hui, mais pourquoi faire ? » Une revue de presse, c’est comme une revue du Lido ? J’avais exigé vingt-cinq danseuses autour de moi, on me les a refusées. Est-ce qu’il y a des rubriques qui vous rebutent ? Les peopleries. Je n’ai aucune distance par rapport à ça. C’est le néant. Je doute et désespère de l’espèce humaine à chaque « page people. » Mais parfois, une peoplerie peut cacher un vrai problème de société. L’horoscope, les mots croisés, le programme télé ? Je suis souvent effondré à la lecture d’un programme télé, même s’il peut s’y cacher du très bon voire de l’excellent. À nous de trier. Mais c’est plutôt l’information qui m’intéresse, les dossiers, la réalité de l’info, et le traitement médiatique qui en est fait. Pour en faire quoi ? Le décrypter, le décoder. J’écoute la radio, je lis les journaux, mais je ne vais pas résumer l’info pour déconner. Je lis des choses dissimulées entre les lignes, elles me sautent aux yeux, et je les simplifie, je vulgarise, je partage. Vous savez ce que vous allez faire sur scène ? Je le saurai essentiellement le jour même.

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 11 septembre 2012 à 10:56

Sex Toy

Entretien avec Jean-Marie Gourio

Jean-Marie Gourio est l'auteur d'un des romans remarqués de cette rentrée littéraire. Son Sex Toy publié chez Julliard nous entraîne dans le sillage de Didrie, une jeune fille de 13 ans, perdue dans un monde trop grand pour elle, entre pornographie omniprésente, binge drinking et questions existentielles. Un ouvrage sombre, inspiré, haletant, désespéré, tragique et dérangeant. Pour ventscontraires.net - où il a déjà publié 135 pensées, brèves et haïkus - Jean-Marie Gourio a accepté de répondre à quelques questions. - L'univers que vous décrivez dans Sex Toy est très sombre. Considérez-vous qu'il est conforme à la réalité ou avez-vous noirci le trait ? - Les deux. Il est conforme à ce que vivent certains adolescents. Quant à noircir le trait, il fonce de lui-même du fait même que c'est la gamine de 13 ans qui raconte sa vie et donc trace les contours de son désarroi, c'est elle qui parle, nous sommes dans sa tête. Il faut imaginer une fillette au bord d'une falaise sujette à un terrible vertige, il y aura donc l'image de cette silhouette immobile au bord du gouffre et ce qu'elle ressent. Le malaise ressenti est immense. Bien plus grand que ce que nous pourrions discerner en restant hors d'elle. Peut-on dire que nous grossirions le trait en quittant la périphérie et en nous installant en son coeur pour le décrire ? Au même titre, il y a une monde entre l'image d'un alcoolique qui titube en criant des insanités et ce qui se passe dans sa tête à ce moment-là. La noirceur totale. La mort. La peur. La rage. La violence. Il n'y a pas de noir ajouté à la noirceur. Au contraire, les mots l'éclairent et la font voir. Comme chez Soulages.   - Sexe, alcool, Internet, l'univers des adolescents en 2012 vous semble-t-il plus dangereux que celui dans lequel vous avez évolué ? - L'Univers dans lequel j'ai évolué, un lycée en banlieue, à Vitry, était très proche de celui de Didrie. Alcool. Scarifications en classe. La violence sexuelle me paraît avoir été moins grande, même si je me souviens avoir assisté très jeune à des scènes extrêmement violentes qui se passaient au bord de la Seine, près de la centrale hydroélectrique d'Alfortville, un lieu où nous allions traîner. Je me souviens du surnom donné à la gamine malmenée, Pip-Pip. ( Les deux cheminées rouges de cette centrale sont visibles depuis les trains qui arrivent en Gare de Lyon) Chaque fois que j'arrive à Paris, je repense à ces moments, au Lycée Romain Rolland, à la Cité des combattants, à la Cité Balzac, dont une barre vient d'être détruite à l'explosif. C'est dans cette cité qu'une gamine a été aspergée d'essence et brulée vive, dans un local à poubelles, il n'y a pas si longtemps. Je suis de là-bas.   - Les adolescents que vous mettez en scène sont en perte totale de repères. Le retour annoncé de la morale à l'école vous semble-t-il une solution pour y remédier ? - Bien sûr que non. Il n'y a de morale que celle du cœur. L'affection doit être la morale à respecter entre jeunes élèves et professeurs. Je ne connais pas de savoir qui ne se transmette sans chaleur.   - Est-ce plus difficile d'être un parent aujourd'hui qu'il y a 20 ans ? - Il est toujours très difficile d'être parent. Curieusement, si faire des enfants est un acte naturel, être parent ne l'est pas du tout. On apprend à conduire en conduisant. Cela peut être dangereux quand la vie tourne et se perd en lacets.   On vous connaît subversif et anti-conformiste. Peut-on dénoncer les dérives d'une société sans devenir un vieux con ? - C'est vite arrivé et c'est bien de le savoir. Cela permet de faire taire ce vieux con qui n'a de cesse de vouloir installer son mobile home au milieu de votre esprit et de faire des barbecues en regardant la télé, dos tourné à la mer. A cela sert le théâtre, le cinéma, la littérature. A regarder la mer. Et voir les baigneurs qui s'y noient.   - Quels retours avez-vous reçu de vos lecteurs ? - Beaucoup de lectrices ont été frappées par la justesse de la voix de la petite Didrie. J'ai eu la plaisir de m'entendre dire que ce livre était mon meilleur texte. Je croise les doigts. Le culot aura payé.   - S'il fallait trouver une note d'espoir dans votre roman, laquelle pourrait-ce être ? - Ce livre existe. Il a été écrit, compris, édité, et peut être lu. Jean-Marie Gourio, Sex Toy, Julliard

Le 4 septembre 2014 à 11:33

72 saisons en Enfer

Si la divinité s’est retirée du monde pour le laisser aller à sa guise et à sa perte, tout ce qui ne relève pas du non-agir et du non-vouloir est de l’ordre du Malin. Or, il n’y a rien de plus volontaire que le dressage de l’enfant. Jamais la puissance contraignante ne s’exerce sur l’individu avec autant d’opiniâtreté que pendant ses jeunes années. Pendant 18 ans, soit un quart de notre vie, nous avons du écouter, répéter, copier, recopier, être corrigé, puni, conseillé et orienté, faisant de nous ces « morceaux d’hommes » que nous avons appris à connaître et détester : des superflus infichus de réparer un évier bouché mais susceptibles de disserter pendant des heures sur un film que nous n’avons pas vus ; des « civilisés », c’est-à-dire des personnes capables de réagir à l’horreur du monde par une moue boudeuse. J’ai toujours pensé qu’une école digne de ce nom devrait régulièrement lâcher deux ou trois crocodiles dans les couloirs. Pour la maigre perte de quelques petits enfants dévorés (et que les parents pourraient sans doute aisément refaire à l’identique ; cette chose étant, comme le vélo, une fois apprise, fort difficile à oublier) tous les autres seraient brusquement éveillés au caractère magiquement incertain de la vie. Sans la présence de la mort violente, la vie cesse d’être un miracle. Elle devient, elle-même, une mort. L’enfant naît avec Tout ; et l’éducation est sa liquéfiante descente parmi les ombres – sa perte lente mais sûre de sa jeunesse fabuleuse, héroïque, à écrire sur des feuilles d’or. La plupart ne s’en remettent jamais. Les freaks d’hier deviennent les technocrates de demain. Les fées Clochette se réveillent en Carabosse. C’est que les âges de la vie reprennent ceux du monde. L’âge d’or, c’est l’enfance, et tous les enfants sont les Brahmanes de la seule authentique religion, Carnaval. L’âge d’argent, c’est l’adolescence, et tous les teen-agers sont des Kshatriyas mi-Lancelot mi-Kurt Cobain, en guerre contre l’injustice et intensifiés par la vivacité de leurs sentiments amoureux. L’âge d’airain, c’est l’adulte moyen, et, de 30 à 60 ans, tous les hommes ne sont plus que des commerçants, les sempiternels Vaishyas monnayeurs de tout – et surtout des maigres restes de leur intégrité passée. L’âge de fer, c’est la vieillesse, et, pour quelques merveilles d’hommes et de femmes qui sont déjà sur l’autre cycle, et dont les yeux réfractent la lumière azuréenne de l’âge d’or, la plupart des personnes âgées ne sont guère plus que les esclaves volontaires de la vie, fantômes d’eux-mêmes obsédés par leurs échecs, amers, inquiets, anxieux, étrangers à la sagesse ou à la sérénité. Si le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté ; la maturité, c’est toujours le génie perdu à profusion. L’éducation repose sur une croyance discutable : celle qu’on puisse apprendre quoi que ce soit. A ce titre, comme toujours, les tenants d’une éducation progressiste (républicaine, laïque, tolérante) et ceux d’une éducation réactionnaire (religieuse, militaire) sont deux biscuits d’une même farine : ils pensent qu’un enfant finira forcément par penser comme eux. Ce qui est, non seulement malsain, mais bête. L’école ne doit pas s’occuper des âmes mais des corps ; elle ne peut être que de l’ordre de la répétition contraignante de gestes. Ce qui doit toujours être appris, ce n’est jamais une doctrine, ou une « façon de penser » ; c’est seulement une suite ininterrompue de mouvements : écrire, dessiner, jouer un instrument, danser, courir, démonter un réveil, tracer une équation sur le tableau noir, fixer le volatil. Toute pensée qui ne naît pas d’une pratique, c’est-à-dire de la confrontation douloureuse entre nos rêves et la force de résistance de la réalité, n’est qu’une sale manie. Même l’apprentissage de la pensée doit donner l’impression d’un artisanat conceptuel – et tous les grands modèles professoraux que nous avons connus et imités dans notre jeunesse, ces êtres d’exception qui faisaient de leur cours des enchantements de chaque journée, ressemblaient souvent à des enfants qui construisaient soigneusement le parcours complexe d’un train électrique… Voire à des enfants qui veulent impressionner leurs parents, et qui passent deux heures dans la salle de bain à se passer de la gomina dans les cheveux et renouer leur nœud papillon de prestidigitateur. Et c’est pour cela que nous les aimions. C’est pour cela que nous voulions nous réapproprier certaines de leurs méthodes, certains de leurs thèmes. Derrière chaque grand éducateur, il y a un enfant qui se déguise en Mandrake et qui ne veut pas louper son tour de magie devant son public de « grands ». Ce qu’il nous apprend alors, c’est Mâyâ ; c’est le caractère illusoire de la réalité, de nos vies, de nos croyances, de nos passions. Et c’est la façon dont on va devoir dealer avec Mâyâ. Ce qu’il nous apprend, c’est à faire de chaque instant le lieu d’une ascension et de chaque échec le support d’une épiphanie. C’est à ne pas nous laisser raconter par les « grands de ce monde », les sempiternels hommes de volonté et propagandistes d’eux-mêmes, mais que notre non-croyance ne se transforme pas en amertume. Ce qu’il nous apprend, c’est à voir dans chaque personne, même la plus corrompue et la plus laide, le petit enfant qui a été maltraité et abusé, et qui ne comprend rien à ce qu’il fait ou pourquoi il le fait. Ce qu’il nous apprend, c’est comment le monde marche et pourquoi il marche si mal ; et la manière de ne pas contribuer au Mal tout en refusant d’en être la victime. C’est à ne pas succomber aux ténèbres que nous avons décelées chez autrui – et de savoir reconnaître les nôtres. Ce qu’il nous apprend, c’est le corollaire et miroir du voile de Mâyâ. C’est qu’il nous apprend, c’est le Regard Parfait.

Le 6 mai 2014 à 08:23

Résidence Sophocle

  Aujourd'hui je suis tombé sur mon fils en me risquant hors de la chambre. Le pauvre aveugle n'a pas senti ma présence, il était venu se ravitailler dans le coin cuisine, il tâtonnait à la recherche de son carton de céréales. En passant devant lui sur la pointe des pieds et sans respirer, j'ai pu aller jeter un coup d'œil à la salle de bain pour voir si sa mère y était. Il n'y avait que ses sous-vêtements qui flottaient dans le lavabo. Sa manie de rester propre en toutes circonstances. J'ai eu bien tort de m'inquiéter pour elle. Je farfouille dans la lessive par acquis de conscience, au cas où elle y aurait caché quelque chose pour moi, que sais-je, un signe, un couteau. Mais pourquoi aurait-elle eu cette idée, ils doivent me croire mort en travers du matelas conjugal. Sauf que je me suis relevé et que je vais me casser de cette taule. Je ne sais quel crime j'ai pu commettre pour mériter une humiliation pareille. J'ai dû oublier. Le problème pour m'en aller, ça va être de passer devant leur chambre. Trop risqué pour l'instant. J'attends qu'ils dorment. Une fois dehors qu'est-ce que je ferai ? Je ne suis pas certain d'aller sonner chez le voisin. Le gars ne va pas très bien non plus depuis la visite de son frangin. Ils étaient fâchés depuis des années, je crois que l'un couchait avec la femme de l'autre, aucun de ses gamins n'était de lui. Mais miracolo le cadet a décidé de pardonner, le voilà un beau jour sur le palier avec sa marmite en fonte dans les bras. Il avait mitonné un plat pour se rabibocher avec son grand frère. Les deux hommes s'étreignent en chialant. Descendent des bières et se relaient devant la gazinière pour touiller le ragoût à feu doux. C'est quand même beau la famille. Le fumet s'est mis à envahir la cour, l'immeuble entier bavait sur ce ragoût, moi compris. Mais au milieu de la nuit on a entendu des hurlements atroces – pire qu'un lion dépecé vivant. Au voisin, son frère venait de raconter qu'il lui avait fait bouffer ses deux bambins adultères en sauce. Le malheureux a eu la courante du siècle, des vipères lui roulaient dans le ventre, il voulait se vomir, se retrousser par la bouche. De bas en haut la cour s'est illuminée comme un théâtre à l'italienne, les voisins se marraient, s'envoyaient des commentaires, ça fusait d'une fenêtre à l'autre. La seule qui ne disait rien, une fois de plus, c'était la sorcière du cinquième. La sorcière de l'Est en déshabillé noir. Celle-là personne ne l'a jamais vue sortir de ses gonds. Elle suivait la scène en tirant sur sa clope. Mais elle avait eu son heure de gloire elle aussi, le jour où son gus l'avait plaquée pour une jeune Bettencourt. Sans un mot, elle avait lâché l'un après l'autre ses deux gamins endormis dans le vide de la cour. On a entendu deux splatch puis la fenêtre se refermer lentement. Je me dis que si j'arrive à me tirer d'ici, je monterai plutôt frapper à sa porte. On ne sait jamais, elle me laissera peut-être entrer. Une période de calme s'annonce. Le temps que ça incube. Même le voisin on ne l'entend plus. Lui aussi doit être en train de ruminer sa vengeance. Un plat qui se mange froid, si j'ose dire. Souvent ça implique de repartir à zéro. En fondant une nouvelle famille par exemple.

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