Christophe Alévêque
Publié le 16/05/2014

Les ados sont des cons, par Christophe Alévêque


Premier épisode : branleurs surfeurs irresponsables

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Adolescent, il découvre la liberté de ton de Bedos, et la syntaxe de Desproges. Il admire l'audace de l'un et la rhétorique de l'autre. Il grandit sur scène, fait sauter les bombes pour les désamorcer, et chronique la société chez Ruquier, Drucker ou Ardisson. Il écrit et tourne partout Debout, solo explosif avec chansons, revue de presse et tirs à vue sur l'horreur d'une société molle. Après le succès de Super Rebelle au Théâtre du Rond-Point, Christophe Alévêque y revient pour démonter l'actualité. Plus que jamais, tolérance zéro pour les maîtres du monde, leurs reptiles suiveurs et autres insectes rampants. 

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Le 13 septembre 2017 à 16:33

Christophe Alévêque : l'actu, malbouffe en continu

Christophe Alévêque revient quand même, six fois, le dimanche, entre le 17 septembre et le 11 mars Rond-Point — Vous revenez, vous êtes content, ou vous êtes furieux ? Christophe Alévëque — Je suis comme tout le monde : les deux ! Donc complètement paumé... Content de revenir, mais déjà furieux de ce que je vais dire... Le Rond-Point, c’est votre Mutualité à vous ? C’est ça. Sauf que moi, j’arrive à rassembler le public... Est-ce que le monde va mal ? Il ne va peut-être pas aussi mal qu’on veut bien nous le faire croire mais pas aussi bien que l’on voudrait. Vous avez des bonnes nouvelles ? La bonne nouvelle c’est que même si tout va mal, sur scène tout se transformera en rires. Vous avez encore de l’espoir ? Oui bien sûr ! On vit des cycles. Et comme dirait Pasolini, on est dans le cycle de la merde mais on va en sortir ! Votre sujet principal, c’est quoi aujourd’hui ? Je n’en sais encore rien, c’est l’actualité qui décidera, mais je veux être sur scène, parce qu’on a le temps, on n’est pas dans un média de masse, c’est un espace de liberté totale, on est tous là, ensemble, en connivence, on fait les choses ensemble... Tant qu’on aura ça, ces moments-là, on sera indestructible ! Je ne suis ni journaliste, ni sociologue, ni philosophe, je vois le monde en mouvement, je le vois décalé, d’une manière parfois grossière, violente, mais comme il est...

Le 8 octobre 2010 à 14:48

Chocolat Show

Slam cacao

Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT T’es bon t’es bonne My hot chocolate madoneDans mes doigts fondants je t’emprisonneTu es ma cortisone in every seasonCéleste boisson des Amériques Tu m’excitesJe veux te humer te lécher te verser te toucher t’étaler t’aduler t’acidulerTaciturne et insomniaque je dors juste pour te prendre au réveilTu es mon premier rayon de soleilYou are the sunshine of my lifePADAPAPAPAMPrunelle de mes yeux Tu me rends heureuxMes matinées s’enjolivent quand tu débarques dans mon colon Tu me files mon premier frisson Tu es mon absinthe matinale Que généreusement j’avaleGrâce à toi je suis de bonne bonne bonne humeur ce matin y’a des matins comme çaDévoué à ta cause sur l’autel de ma cuisineLe matin t’es plus chaude que ma copineMaître Banania frère Benco Laissez moi vous prêcher Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT Je redeviens vierge chaque matin mon bol entre les mainsLike a virgin drinked for the very first timeTu glisses saveur réconfortante Sur ma langue devenue brûlante Troublante boisson Qui me fais revivre sans raison Le plaisir de tous ces matins Où j’allais à l’école retrouver mes copainsTu as le goût d’avant le divorce de mes parentsDe ces paquets colorés que je trouvais marrantsDe ces personnages de publicité toujours enjouésComme si un buveur de chocolat chaud ne pouvait jamais être triste« Ma femme m’a quitté Mes enfants me détestentJe viens d’être licenciéEt j’ai attrapé la pesteMais je bois du CHOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOLAAAAAAAAAAT »

Le 7 octobre 2013 à 09:10

La Berryer au Rond-Point #2

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

> Première partie             > Dernière partie Invités : Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque Candidats : Raphaël Charpentier et Michael Calais Contre-critique : Bertrand Périer et Edmond-Claude Frety Les 12 Secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau. Enregistré le 30/9/13 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point Durée : 1:14:39 Le grand oral désopilant du Barreau de Paris Entre catch verbal et jeux du cirque, cette joute oratoire mythique et saignante se déroule selon un rite immuable, où tous les coups – absolument tous les coups – sont permis. À chaque génération, les 12 meilleurs avocats du Barreau de Paris s’affrontent autour d’un invité de marque issu du monde du spectacle ou de la politique (Salvador Dali fit sensation en arrivant avec deux panthères dans la Salle des Criées du Palais de Justice). La « Berryer » – c’est le nom d’un avocat du XIXe siècle qui défendit toute sa vie ceux qui n’avaient pas les faveurs du pouvoir – se transporte exceptionnellement dans la grande salle du Rond-Point pour nous faire partager l’expérience unique d’une profession qui célèbre le travail dans le temps sacré d’une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole.

Le 3 juillet 2014 à 10:04

2m50

Encore une histoire de sexe

Ils sont dans l’obscurité totale, sous l’eau, à 1500 mètres de profondeur.Ils mesurent 18 mètres de long, pèsent chacun leur trois tonnes, et possèdent à eux deux 16 bras et 4 tentacules.La femelle ? Elle fait sa timide.Ce que l’on comprend, quand on sait que l’organe sexuel de son partenaire mesure 2 mètres 50 de long et qu’il fonctionne comme une seringue hypodermique à haute pression. Son but pour assurer la survie de l’espèce est de percer le bras de sa dulcinée pour la féconder. Avec sa lance à incendie, il attaque tout ce qu’il trouve, et parfois, sans le vouloir, c’est à lui-même qu’il fait l’Amour.Son nom est truffé de A : Il s'agit du calamar géant. Sa réplique minuscule pourra, farcie, frite ou à l'armoricaine, se retrouver dans nos assiettes et nous pénétrer de sa texture si particulière. Mon suc te remonte à la gorge, chantait Léo Ferré, avec son goût d’entre dégoût. C’est l’éternité qui dégorge, et la mort qui tire son coup.Un autre animal, de la même façon, injecte son sperme dans n'importe quelle partie du corps de sa partenaire — le dos, le cœur, la tête. Un animal petit, noir, et non comestible que l’on trouve aussi sur les bureaux… Des fourmis ? Non, pas des fourmis. Des mouches ? Non, sur un bureau… Des trombones ? Non, pas des trombones, tu chauffes… Des punaises ? Bingo ! Les fameuses punaises de lit qui envahissent les capitales américaines, allant jusqu'à occuper les étages élevés de l'Empire State Building au grand dam des services de la morale sanitaire. Les mâles sont de formidables fornicateurs, ils font l'horrible chose plus de deux cents fois par jour. Avec d'autres mâles punaises, ou des femelles, ou n'importe quoi qui passe par là.Un chat. Une cuisse. Une chauffeuse.Ça laisse rêveuse.

Le 11 novembre 2013 à 14:59

La Berryer au Rond-Point #1

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

> Deuxième partie Invités : Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque Candidats : Raphaël Charpentier et Michael Calais Contre-critique : Bertrand Périer et Edmond-Claude Frety Les 12 Secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, A.V., Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau. Enregistré le 30/9/13 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point Durée : 1:10:48 Le grand oral désopilant du Barreau de Paris Entre catch verbal et jeux du cirque, cette joute oratoire mythique et saignante se déroule selon un rite immuable, où tous les coups – absolument tous les coups – sont permis. À chaque génération, les 12 meilleurs avocats du Barreau de Paris s’affrontent autour d’un invité de marque issu du monde du spectacle ou de la politique (Salvador Dali fit sensation en arrivant avec deux panthères dans la Salle des Criées du Palais de Justice). La « Berryer » – c’est le nom d’un avocat du XIXe siècle qui défendit toute sa vie ceux qui n’avaient pas les faveurs du pouvoir – se transporte exceptionnellement dans la grande salle du Rond-Point pour nous faire partager l’expérience unique d’une profession qui célèbre le travail dans le temps sacré d’une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole.

Le 1 avril 2012 à 10:08

Christophe Alévêque dit la vérité

Super rebelle et candidat libre

Comment Super Rebelle va-t-il traverser l’élection présidentielle de 2012 ? Super Rebelle se porte candidat à la présidence de la république! Mais en candidat virtuel : un vrai faux candidat. La politique ne m’intéresse pas, c’est trop sérieux, en tous les cas ça devrait l’être ! Je veux monter une vraie parodie de campagne électorale jusqu’à la venue de Super Rebelle au Rond-Point, le dernier meeting et les résultats en direct ! Super Rebelle va dans les mois qui viennent se déplacer en province, sur les marchés, il va serrer des pognes un peu partout. Il va faire ce que font les vrais candidats : des meetings, des rendez-vous. J’ai déjà fait la fête de l’Huma, j’organise des rendez-vous «cafés politiques » dans un bar du neuvième arrondissement, et je bosse avec une agence de communication qui joue le jeu. Je fais tout comme eux, les politiques, mais je suis un miroir déformant ! J’ai bien l’intention d’être à la hauteur de ce qui va se passer en 2012. Si tout se passe proprement dans l’élégance et l’intelligence, Super Rebelle n’aura aucune raison d’exister. Mais à mon avis, ça va encore très vite déraper, et dans tous les sens, et j’ai bien peur d’exister ! Le spectacle au Rond-Point sera un vrai show, avec quatre musiciens sur le plateau, des chansons, des surprises, des sketchs… Et je me fais ma play-list, puisque j’ai vu que les socialistes avaient engagé un spécialiste pour qu’il dresse sa play-list de chansons de campagne ! J’aurai peut-être sur scène des invités surprises ! Je veux jouer à mettre en place, à travers un faux meeting, un vrai moment de décryptage des événements politiques. Je vais éplucher la presse, décortiquer l’actualité du moment… Je suis un bouffon de la République, c’est mon rôle de faire le clown devant des gens venus se changer les idées. Et en effet, je veux que leurs idées changent ! (propos recueillis par Pierre Notte)

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 25 février 2014 à 10:18

Marilou Leïla : "Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là !"

Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?

Voici plusieurs éditos que je me pose cette question : "Qu'allons-nous aimer dans le monde qui vient ?" Quand allons-nous cesser de voir le jeune monde dans lequel nous entrons avec des yeux inquiets ou désabusés ? C'est le thème sur lequel je souhaite construire le cycle de "Trousses de secours" la saison prochaine au Rond-Point. Et puis — envie de réactions de votre part — je me suis un peu lâché dans un style "fin du monde" dans mon dernier billet. Par la boîte contact du site, Marilou Leïla vient de m'envoyer une lettre qui m'a bouleversé. Je vous la confie :   Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini ! "Nous ! Nous, on vient dans le monde qui vient ! Est-ce que tout vous fait si peur ? Est-ce que vous ne pouvez vraiment rien imaginer de beau dans l'avenir ? On y est, vraiment, à ce No Future des Punks de votre jeunesse ? Mais alors, nous, qui n'avons pas encore vingt ans, qui sommes justement le monde qui vient, qu'aurons-nous alors ? Si vous n'y croyez déjà plus, que nous reste-t-il entre les mains ? Aimez-nous, attendez-nous ! Tout n'est pas fini, l'apocalypse n'aura pas lieu ! Ne nous refusez pas avant même que nous ne soyons là ! Devons-nous nous excuser d'être ce que nous sommes ? D'être connectés ? D'être technologiques ? Nous n'y pouvons rien, avons-nous connu autre chose ? Il est terrible de cesser de croire à la vie avant même de l'avoir vécue, mais devant tant de cynisme, de désespoir, de pessimisme, comment faire autrement ? Et pourtant j'y crois, moi, au monde qui m'attend. Et je l'aime déjà, parce que je n'ai pas le choix. Il me faudra lutter, car je devrai survivre." Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. "Non, nous ne sommes pas les zombies technologiques que vous voulez faire de nous. Nous regardons le monde d'un point différent. Vous regrettez un univers qui s'écroule, mais qui ne nous appartient pas, que nous ne connaissons pas, que nous avons même du mal à imaginer. Moi, je n'ai rien su des frontières jusqu'à mes dix-huit ans. Je suis enfant de l'espace Schengen et de l'euro. Les francs sont des jouets dans mes souvenirs, comme des cailloux ramassés par terre qu'on échangeait contre un bonbon ou un petit jouet. Les francs n'appartiendront jamais à autre chose qu'à mon enfance, et ne peuvent avoir d'autre sens que celui que je leur donnais quand j'avais huit ans. Pas grand sens donc ; car l'argent ne signifie rien quand un tas de feuilles est un trésor..." Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles. "Je suis enfant de l'internet et de la technologie, quand mes premiers amis se trouvaient dans les cours d'école aussi bien qu'à l'autre bout du monde, au gré des forums et des échanges sur un groupe de rock ou un manga. Mon adolescence s'est faite rythmée de smartphones, et de réseaux sociaux. J'ai un profil facebook, un compte twitter, trois adresses mails, plusieurs identités virtuelles. Je passe des nuits à réouvrir les canaux de communication de manifestants du bout du monde, pour leur permettre de raconter, de montrer, de s'exprimer. Je télécharge illégalement des films, des séries. Je lis des e-books sur l'écran de mon ordinateur. Dans le métro, j'ai toujours mon casque sur les oreilles." Puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ? "Et pourtant. Et pourtant, si je ne parle pas à mon voisin de siège, c'est parce que j'ai passé la nuit à discuter avec d'autres. Si j'ai des centaines de livres, sur mon disque dur, j'ai une passion pour les vieux livres, ceux qui sont reliés, et je passe tous mon temps libre dans les bibliothèques de Paris. Si je télécharge illégalement de l'image, c'est que je n'ai pas d'argent pour en acheter le DVD puisque tous l'argent que je gagne "en trop" passe dans les places de cinéma, quand je me rends dans les salles trois à quatre fois par semaine. Je pourrais continuer longtemps, en réalité, mais je me sens mal de m'épancher à ce point. Votre article était un autre parmi des centaines que j'ai lu, et il y a un trop plein. J'ai pris un chemin de lutte, j'ai pensé mon humanisme et ai conscience que je devrais combattre pour lui... mais puis-je me battre pour un monde que personne n'estime ?Ce message comme réponse à un atroce sentiment de solitude...Aimez-nous ! Au moins un peu... Même si c'est avec un petit sourire en coin qui dit "si seulement tout était si facile...". Même si vous nous trouvez naïfs, imbéciles, ou puérils... Aimez-nous dans le monde qui vient...Nous n'avons pas encore de voix, et vous parlez pour nous, de nous. Essayez peut-être de ne pas être trop méprisant... on pourrait encore vous surprendre.Avec tout mon respect, et toute mon admiration,Marilou Leïla."

Le 4 septembre 2014 à 11:33

72 saisons en Enfer

Si la divinité s’est retirée du monde pour le laisser aller à sa guise et à sa perte, tout ce qui ne relève pas du non-agir et du non-vouloir est de l’ordre du Malin. Or, il n’y a rien de plus volontaire que le dressage de l’enfant. Jamais la puissance contraignante ne s’exerce sur l’individu avec autant d’opiniâtreté que pendant ses jeunes années. Pendant 18 ans, soit un quart de notre vie, nous avons du écouter, répéter, copier, recopier, être corrigé, puni, conseillé et orienté, faisant de nous ces « morceaux d’hommes » que nous avons appris à connaître et détester : des superflus infichus de réparer un évier bouché mais susceptibles de disserter pendant des heures sur un film que nous n’avons pas vus ; des « civilisés », c’est-à-dire des personnes capables de réagir à l’horreur du monde par une moue boudeuse. J’ai toujours pensé qu’une école digne de ce nom devrait régulièrement lâcher deux ou trois crocodiles dans les couloirs. Pour la maigre perte de quelques petits enfants dévorés (et que les parents pourraient sans doute aisément refaire à l’identique ; cette chose étant, comme le vélo, une fois apprise, fort difficile à oublier) tous les autres seraient brusquement éveillés au caractère magiquement incertain de la vie. Sans la présence de la mort violente, la vie cesse d’être un miracle. Elle devient, elle-même, une mort. L’enfant naît avec Tout ; et l’éducation est sa liquéfiante descente parmi les ombres – sa perte lente mais sûre de sa jeunesse fabuleuse, héroïque, à écrire sur des feuilles d’or. La plupart ne s’en remettent jamais. Les freaks d’hier deviennent les technocrates de demain. Les fées Clochette se réveillent en Carabosse. C’est que les âges de la vie reprennent ceux du monde. L’âge d’or, c’est l’enfance, et tous les enfants sont les Brahmanes de la seule authentique religion, Carnaval. L’âge d’argent, c’est l’adolescence, et tous les teen-agers sont des Kshatriyas mi-Lancelot mi-Kurt Cobain, en guerre contre l’injustice et intensifiés par la vivacité de leurs sentiments amoureux. L’âge d’airain, c’est l’adulte moyen, et, de 30 à 60 ans, tous les hommes ne sont plus que des commerçants, les sempiternels Vaishyas monnayeurs de tout – et surtout des maigres restes de leur intégrité passée. L’âge de fer, c’est la vieillesse, et, pour quelques merveilles d’hommes et de femmes qui sont déjà sur l’autre cycle, et dont les yeux réfractent la lumière azuréenne de l’âge d’or, la plupart des personnes âgées ne sont guère plus que les esclaves volontaires de la vie, fantômes d’eux-mêmes obsédés par leurs échecs, amers, inquiets, anxieux, étrangers à la sagesse ou à la sérénité. Si le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté ; la maturité, c’est toujours le génie perdu à profusion. L’éducation repose sur une croyance discutable : celle qu’on puisse apprendre quoi que ce soit. A ce titre, comme toujours, les tenants d’une éducation progressiste (républicaine, laïque, tolérante) et ceux d’une éducation réactionnaire (religieuse, militaire) sont deux biscuits d’une même farine : ils pensent qu’un enfant finira forcément par penser comme eux. Ce qui est, non seulement malsain, mais bête. L’école ne doit pas s’occuper des âmes mais des corps ; elle ne peut être que de l’ordre de la répétition contraignante de gestes. Ce qui doit toujours être appris, ce n’est jamais une doctrine, ou une « façon de penser » ; c’est seulement une suite ininterrompue de mouvements : écrire, dessiner, jouer un instrument, danser, courir, démonter un réveil, tracer une équation sur le tableau noir, fixer le volatil. Toute pensée qui ne naît pas d’une pratique, c’est-à-dire de la confrontation douloureuse entre nos rêves et la force de résistance de la réalité, n’est qu’une sale manie. Même l’apprentissage de la pensée doit donner l’impression d’un artisanat conceptuel – et tous les grands modèles professoraux que nous avons connus et imités dans notre jeunesse, ces êtres d’exception qui faisaient de leur cours des enchantements de chaque journée, ressemblaient souvent à des enfants qui construisaient soigneusement le parcours complexe d’un train électrique… Voire à des enfants qui veulent impressionner leurs parents, et qui passent deux heures dans la salle de bain à se passer de la gomina dans les cheveux et renouer leur nœud papillon de prestidigitateur. Et c’est pour cela que nous les aimions. C’est pour cela que nous voulions nous réapproprier certaines de leurs méthodes, certains de leurs thèmes. Derrière chaque grand éducateur, il y a un enfant qui se déguise en Mandrake et qui ne veut pas louper son tour de magie devant son public de « grands ». Ce qu’il nous apprend alors, c’est Mâyâ ; c’est le caractère illusoire de la réalité, de nos vies, de nos croyances, de nos passions. Et c’est la façon dont on va devoir dealer avec Mâyâ. Ce qu’il nous apprend, c’est à faire de chaque instant le lieu d’une ascension et de chaque échec le support d’une épiphanie. C’est à ne pas nous laisser raconter par les « grands de ce monde », les sempiternels hommes de volonté et propagandistes d’eux-mêmes, mais que notre non-croyance ne se transforme pas en amertume. Ce qu’il nous apprend, c’est à voir dans chaque personne, même la plus corrompue et la plus laide, le petit enfant qui a été maltraité et abusé, et qui ne comprend rien à ce qu’il fait ou pourquoi il le fait. Ce qu’il nous apprend, c’est comment le monde marche et pourquoi il marche si mal ; et la manière de ne pas contribuer au Mal tout en refusant d’en être la victime. C’est à ne pas succomber aux ténèbres que nous avons décelées chez autrui – et de savoir reconnaître les nôtres. Ce qu’il nous apprend, c’est le corollaire et miroir du voile de Mâyâ. C’est qu’il nous apprend, c’est le Regard Parfait.

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