Alain Guiavarch & Maël Canonne
Publié le 29/01/2011

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?


Four Petrosi avec porte escamotable, plaques à induction avec programmateur tactile, hôte aspirante silencieuse et sa façade pivotante du même revêtement que les meubles. Mur végétal en agrément, mitigeur en alu brossé... et la ligne... Inutile de vous en parler davantage, je vous laisse apprécier. 
Toute la quintessence du design italien dans votre maison. Sobriété, raffinement, élégance... 
Après... c'est un budget. Mais entre nous, rendre affriolant un quotidien qui à terme ne le sera plus...
Honnêtement, est-ce que cela à un prix ? 
La cuisine, c'est LE lieu d'échange par excellence. C'est LA pièce à vivre ! 
Saviez-vous que 80 % des annonces de séparation aux enfants se font dans la cuisine ? 
Alain Guiavarch & Maël Canonne auraient rencontré Valérie Lemercier en octobre 2008, lors du lancement de leur roman photographique KLAC Artists'Book à la Villette (http://www.klac.fr).
Le problème c'est qu'elle ne s'en souvient plus malheureusement. 
Elle avait pourtant incité Jean-Michel Ribes à les rencontrer mais celui-ci n'a pas été franchement convaincu par ce duo d'imposteurs, sans doute parce que le plus petit avait commandé un lait-fraise au Restaurant du Théâtre du Rond-Point. 

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Le 3 mars 2014 à 09:18

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on vraiment désarmer un terroriste?

OUI. On peut vraiment désarmer un terroriste, à condition qu'il soit sympa et qu'il mange cinq fruits et légumes par jour. Seulement, un terroriste, ça ne se désarme facilement : il faut lui donner quelque chose en échange, sinon il s'excite comme un sale gosse à qui on prend son jouet. Par exemple, s'il accepte de rendre sa Kalachnikov, vous pouvez lui offrir un épluche-légumes pour marquer sa bonne volonté. Non, ne riez pas. Ma proposition est tout à fait sérieuse. Bien sûr, on me dira qu'il n'y a pas de rapport direct entre une Kalachnikov et un épluche-légumes. Et alors ? On peut tenter le coup, non ? Du reste, je remarque qu'on ne peut pas éplucher des carottes avec une Kalachnikov. La Kalachnikov nuit donc au bon équilibre alimentaire des terroristes, lesquels passent trop d'heures devant la télé à bouffer du pop-corn en attendant la prochaine opération. Sans compter qu'il s'agit d'une arme très bruyante qui provoque des dommages auditifs irréversibles chez ceux qui confondent l'art de la guerre avec le tir au pigeon. On le voit par ces exemples, l'épluche-légumes est l'alternative essentielle pour qui veut transformer un terroriste sympa en futur candidat à Top Chef. Le goût de la cuisine vient comme ça : on commence par éplucher les légumes entre deux actions sur le terrain, deux bombes à caser dans le métro, puis on prend goût aux carottes Vichy, au flan de courgettes, à la soupe au potiron? Avec un épluche-légumes dans la main, on devient meilleur. On devient humain.

Le 4 septembre 2011 à 08:55
Le 13 mars 2015 à 17:36

Oh l'autre cuisine !

Oh l’autre. Oh l’autre cuisine ! Ça y est : j’ai réussi mon épineux transfert qui tient presque de la transfiguration proprement dite. L’objectif de l’opération miraculeuse, c’était de repêcher savamment ma chronique de février dernier prévue pour le dossier « Qu’est-ce qu’on mange demain ? » qui était restée misérablement sur la touche, étant donné que, très niguedouillement, j’avais oublié de l’expédier à l’intrépide Jean-Daniel Magnin.Place donc, grâce à mon madré subterfuge, à l’autre cuisine, la cuisine des temps prochains, que devraient mettre à l’honneur, et même magnifier, quelques-unes des recettes de prédilection de Pierre Desproges. Qu’est-ce qu’on mangera d’autre demain ? Des cigales melba et du chat grand veneur. C’est la réponse catégorique de Pierre Desproges. Il l’a fournie, comme un vignoble fournit du vin capiteux, dans sa dernière bombe glacée à retardement : le livre Encore des nouilles qui vient de sortir sous la bannière des Échappés, la maison d’édition de la bande à Charlie, ornée rabelaisiennement de dessins de… Wolinski, Cabu, Tignous, Charb, Luz, Riss (oui, c’est comme dans un rêve zinzin, ils sont tous là, à part Honoré !) Il s’agit d’un recueil des chroniques culinaires tordboyautantes que Desproges a frigoussées de septembre 1981 à novembre 1983 pour « la revue bourgeoise, repue et bien élevée » (dixit sa rédac-chef elle-même Élisabeth de Meurville) Cuisine et vins de France. Des chroniques, rassemblées pour la première fois en volume, qui ne plurent pas alors à tout le monde. Une abonnée fit même savoir à l’état-major du magazine qu’elle ne le lisait plus sans arracher préalablement la page du malotru. Au menu de Encore des nouilles : La cigale melba pour six personnes. « Comptez une douzaine de cigales (de la Havane, ce sont les meilleures). Enfoncez-les vivantes dans un teckel que vous aurez préalablement muselé pour éviter les morsures. Jetez le teckel dans un fait-tout avec deux litres d’eau salée. Quand l’eau frémit, le teckel aussi. S’il se sauve, faites-le revenir avec un oignon. À l’aide d’une écumoire, chassez le naturel. Attention : s’il revient au galop, ce n’est pas un teckel, c’est un cheval. En fin de cuisson, passez au chinois, ou au nègre si vous n’avez pas de chinois. » La recette du chat grand veneur : « Quand le chat pète, le mérou bout et quand le chat bout, le mérou pète. » Et « les salades niçoises concoctées dans la Meuse, surchargées d’olives en carton et de queues d’anchois marron merde où les quartiers de tomates anémiées, sauvagement tranchées à Verdun, à peine épépinées, jamais pelées, se gercent et se racornissent dans cet infâme vinaigre d’alcool où le plus pingre gargotier punit ses cornichons. » Mais qu’est-ce qu’on mangera d’autre demain une fois qu’on se sera gavé de cigales melba, de chats grand veneur et de salades niçoises surchargées de queues d’anchois marron merde ? La réponse vient encore de Pierre Desproges : De la « Petite Sucrée ». Ce qui s’avère être le nom familier du pot-au-feu Marie-Croquette, une recette inédite provenant du cahier de bons conseils familiaux de Monsieur Cyclopède qui aurait fait la joie de Jonathan Swift. « Prendre une petite Marie bien ferme, de 7 à 8 mois environ, si possible élevée au lait sans hormones, afin d’éviter le goût de poisson. L’œil doit être vif, le cuisseau dodu. Compter 500 grammes par personne, avec os. Plongez votre petite Marie dans une cocotte pleine d’eau froide. (Si elle se sauve, faites-la revenir avec des échalotes.) Ajoutez sel, poivre, thym, laurier, hochets, tétines, etc. Quand l’eau frémit, la Marie aussi. Lier alors avec 50 grammes de farine Galia premier âge, ou 30 grammes de moutarde à moutard. Après une demi-heure de cuisson à feu modéré, votre Marie ne doit plus se débattre, et la chair doit être d’un beau rouge vif. Il ne vous reste plus qu’à servir en robe des champs, avec une sauce poulette façon bonne femme, ou en croque-bébé avec sauce biquette. Ce plat est connu également sous le nom de « Petite Sucrée ». On peut aussi le confectionner avec un Jean-Marie : on obtiendra alors un « Petit Salé » ». Mais après-demain, quand on sera à court de cigales, de chats, de salades, de Petites Sucrées, que pourra-t-on bien manger d’autre ? Hé bien, en cette inquiétante période-là, et cette fois, la réponse est de moi, il ne nous restera plus en l’espèce qu’à manger la moitié de nos mots. On peut déjà s’y mettre. Encore des nouilles : Chroniques culinaires, de Pierre Desproges, Illustré par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski, et avec une préface d'Elisabeth de Meurville (éd. Echappés 2014)

Le 24 juin 2010 à 18:39

L'enfant sous la table

Je n'ai jamais osé penser écrire pour le théâtre – mais j'aurais dû. Tout était théâtral dans la famille où j'ai grandi, une famille de Juifs algérois où chaque homme avait le verbe plus haut que son beau-frère et où chaque femme savait pertinemment museler son mari. Tout n'était qu'embrassades et coups de gueule, histoires drôles et parties de poker homériques, secrets et faux-semblants. Les adultes vivaient dans le jeu permanent. Pour autant ce n'était pas sur scène (le salon-salle à manger de l'appartement, puis de la maison familiale), mais dans les coulisses que je me sentais le plus à l'aise. Lorsque la "smala" débarquait en nombre de Paris ou de Nice et que les voitures encombraient la cour à l'arrière de la maison, on dressait la grande table. Le soir, après le dîner, les hommes (et quelques femmes) allaient taper le carton dans le bureau de mon père. Les autres femmes (et quelques hommes, les plus discrets et les plus doux) restaient dans la salle à manger. Moi, je me glissais sous la table, et je jouais au petit train avec les porte-couteaux. Tandis que là-bas, dans le bureau, on s'affrontait dans un nuage de fumée, au-dessus de moi, les paroles volaient, les secrets s'échangeaient, les sentiments se déversaient. L'un de mes oncles, pièce rapportée, désignait la famille (celle de sa femme et de ma mère) en disant "Les Borgia". Un jour, j'ai demandé "C'est qui, les Borgia ?" Mon père a répondu : "Des empoisonneurs." Il y a peu, je me suis rendu compte que ma première pièce de théâtre est depuis longtemps en chantier dans ma tête. Sur la scène est dressée une grande table autour de laquelle une douzaine de personnages bruyants sont attablés. Au début, sous la table, un petit garçon joue sans avoir l'air d'entendre ce qui se dit. Mais on ne reste pas enfant éternellement. La pièce s'intitule Samedi chez les Borgia.

Le 5 juin 2014 à 09:20
Le 6 avril 2010

Saint Marcel

L'art du tripatouillage

Quand, le soir venu, la menaçante oisiveté me tombe dessus, j'aime tripatouiller des choses, des recettes de cuisine, des petits bouts de texte. Ça me soulage. Tripatouillage et bidouillage sont les deux mamelles de ma tranquillité d'esprit. Mais pourquoi parler de deux mamelles quand un mot contient aussi insolemment le préfixe -tri- trois dans sa constitution? Tripatouiller, donc, serait patouiller trois fois, comble du patouillage embrouillé.  Vérification faite auprès de l'incollable Robert, le mot ne vient ni du grec ni du latin, ni même du persan ou du haut-allemand. Il vient, platement, d'un mot bien de chez nous "tripoter", lequel vient lui-même de "tripot", qui n'a rien à voir avec des tables à trépied ou des tourniquets tripodes. Tripatouiller est la version populaire de tripoter. Serait-ce donc pratiquer les manigances les plus inavouables, car conçues dans un tripot sous l'effet euphorisant de breuvages alcoolisés? Là encore, que nenni, nous dit le savant Robert, tripatouiller c'est "remanier sans scrupule un texte original". C'est donc se livrer à l'immémoriale activité de tous les écrivains, le palimpseste. C'est faire ce à quoi nous invitent les auteurs les plus reconnus, imiter, réécrire, s'inspirer de. Heureusement la mention robertienne d'absence de scrupule réintroduit un peu d'amusante immoralité dans tout cela. Tripatouiller permet ainsi le palimpseste irrespectueux, le débordement hasardeux, l'effacement bienheureux.  Dans la cuisine donc, je tripatouille allègrement. Une pâtissière lettrée de mes amies m'a fait parvenir une recette de cake aux fruits confits qu'elle prétend avoir trouvée dans Proust, encore lui. Je change tout. Les petits raisins infusés dans le thé deviennent des abricots au rhum. L'angélique, trop céleste, est avantageusement remplacée par le cédrat, plus voltairien. Le moule chemisé me prend de court. Il restera tout nu. Et pendant qu'il dore au soleil du four électrique, je vais tripatouiller ailleurs. Les voies du tripatouillage sont infinies. Je reprends ma déviante activité dans mon bureau. Je m'attaque à une liasse de feuillets. Je biffe, je rature, je relis, je cherche le mot juste, je le mastique et le rumine. Je donne libre cours aux phrases les plus débridées. A nous deux Marcel! La nuit sera longue, car, moi, jamais je ne me suis couchée de bonne heure.

Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 29 avril 2014 à 14:39

Papa dit régulièrement « À boire ou je tue le chien ! »

MAMAN est dans la cuisine. Tout d’un coup, elle s’écrie « Personne n’a vu mon petit ami ? » Silence. Consternation. Maman a un petit ami. Elle est en train de nous dévoiler l’existence de sa double vie. Elle est devenue folle. Sur un coup de tête, elle va nous révéler les méandres d’une sexualité que je préférerais ne pas connaître. Quelqu’un finit par lui demander « quel petit ami ? » Eh bien, mon petit ami. Maman a un naturel confondant pour évoquer ce petit ami dont je ne savais rien, dont je n’imaginais même pas l’existence. Au bout d’un moment, on finit par comprendre que maman est en train de faire un gâteau et qu’elle a besoin de son petit tamis, rangé sans doute dans le mauvais tiroir. Je suis rassuré. PAPA conduit la 4L. On est allé se promener en Bretagne. Au retour, il décide de s’arrêter au Mont-Saint-Michel. Juste rester quelques instants, faire une courte halte. Mais un agent explique qu’on doit obligatoirement stationner sur le parking payant. Papa n’a pas envie. L’agent explique qu’il n’y a pas d’autres solutions. Papa tente de parlementer. Sans succès. Tout d’un coup, papa s’énerve, remonte dans la voiture, nous lance « Regardez bien le Mont-Saint-Michel les gamins, vous n’êtes pas prêt de le revoir ! » Maman dit ordinairement « Bon, qu’il me dit, je m’occuperai de vous, le lendemain, il était mort. » Papa Maman en chantant cette chanson. Papa Maman je redeviens petit garçon.  

Le 30 avril 2014 à 09:49

Voilà c'est l'heure

Voilà, c'est l'heure. Il flotte un parfum de danger ultime. On part au ski en famille. On ne part nulle part ailleurs avec cette sensation de prendre un vrai risque. Ni à la mer, ni dans un pays en guerre, ni même chez sa belle-mère. Seuls des aventuriers sont capables de payer pour choper des engelures, solder leur capital soleil et se casser une jambe en famille. Souvenons-nous de l'annonce publiée en 1914 par l'explorateur britannique Ernest Shackleton avant de conquérir l'Antarctique à pieds : "Cherche hommes pour voyage hasardeux, maigre salaire, longs mois d'obscurité totale, danger permanent, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès". Cinq mille candidats intrépides se présentèrent. Sur quel critère le grand Ernest choisit-il ses hommes ? Leur force ? Leur ingéniosité ? Leur résistance ? Pas du tout. Ernest misa tout sur leur « coefficient d'optimisme »... Seuls ceux qui voyaient dans une tempête de neige l'occasion de bien rigoler furent recrutés. C'est exactement la même chose pour le ski en famille. Il faut déjà avoir une bonne nature pour créer une famille, accepter de troquer son statut de célibataire ombrageux aux commandes de sa moto sportive pour celui de père multitâche au volant d'un Citroën Picasso. Mais seuls les types équipés d'un énorme coefficient d'optimisme vont à la montagne en hiver avec leur tribu. Les autres font des stages de poterie en Corrèze. Tout seul. Il en faut de l'optimisme pour entrer dans le magasin de skis et dire son poids en public, devant sa femme et ses enfants en rentrant le ventre. Il en faut de la pugnacité pour affronter la question existentielle du loueur : « Quel est votre niveau ? ». Autrement dit, « Que valez-vous dans la vie bonhomme ?». Comment répondre à cette question sans passer pour une baltringue (« Débutant »), un loser (« Moyen ») ou un mythomane (« Très bon ») ? Il en faut de la force d'âme pour accepter de glisser sur les minuscules skis paraboliques des années 2000 quand on a appris à skier le cul serré, en godille, avec l'élégance d'une guêpe en string sur de grands skis droits. Il en faut de la bonne volonté pour passer une semaine dans un hôtel qui s'appelle « La Chaudane » où tout est en bois clair, les murs, le plafond, le sol, la piscine, les verres, le patron, sans tout brûler et finir pyromane. Et l'épouse qui passera sa semaine dans le jacuzzi avec des pisteurs équipés de muscles dont vous ne connaissez même pas l'existence et les enfants qui brûleront sous le soleil tandis qu'une jeune et jolie monitrice vous demandera vos deux bras pour payer l'heure de cours du petit qui, encapsulé dans sa combinaison, aura, pile au moment où vous sourirez à la jeune et jolie monitrice, envie de faire caca. Et le plan des pistes conçu comme un test de QI destiné à humilier tous les pères (Comment le lire ? Comment le replier ?). Et le forfait qu'on croit toujours avoir perdu et qui ricane dans la dernière poche. Oui, tout cela est vrai, mais l'ivresse de la vitesse, le vertige des grands espaces et des silences minéraux, le flocon sur le coeur du petit, le vin chaud dans la gorge et les courbatures heureuses, ça se mérite. On a rien sans rien. Et puis, il y a aura ces moments clés, qu'il faudra savoir négocier, quand une bosse ou un petit chemin piégé se présentera. « J'y vais, j'y vais pas ? ». Avant de se lancer, le héros du troisième tronçon, père moderne, aussi efficace dans le changement de roue crevée que dans celui de couche souillée, solide, fort, doux, compréhensif, repensera à cette phrase d'Ernest, toujours lui, qui, lui aussi avait eu l'étrange idée de construire une famille et, constatant l'état de ses hommes et le manque de vivres, décida de rebrousser chemin à 175 kilomètres du pôle Sud. A sa femme, il écrira ces mots qui éclaireront la lanterne des pères-aventuriers des pistes de ski, mais aussi des ressacs atlantiques de l'été : « J'ai pensé que vous préféreriez un âne vivant à un lion mort. »

Le 25 décembre 2010 à 12:15

La schizophrène et Noël

Tiraillements gastronomiques d'une Franco-Slovène

C’est décidé, cette année je fête Noël en France. La preuve, je suis là. J’attends avec impatience les prochaines chutes de neige pour batifoler dans les congères. Je suis prête je vous dis. J’ai fait tous mes cadeaux. J’ai acheté des livres, des DVD, et deux places pour le théâtre. J’ai tout prévu pour Noël, tout. ça me réjouit. D’habitude, je ne sais jamais ce que je fais, ni où je suis. Mais cette année j’assure. Je suis à Paris, avec des Français. Je laisse de côté ma moitié slovène, je la débranche, je la cache dans le placard comme un amant encombrant. Le soir du réveillon, je dînerai français, parfaitement ! Au menu, foie gras, huîtres puis dinde aux marrons. Et en dessert, la traditionnelle… J’allais écrire bûche, mais soudain un doute affreux m’envahit. Bûche ou… potica ? La bûche, c’est délicieux, oui, surtout au chocolat, et puis c’est typique… mais la potica !! Ce joli gâteau tout roulé tout moelleux tout crémeux (voir la photo) fourré aux noix aux noisettes au choco… bref qui fond sur la langue dans la bouche et jusque sur les hanches, ah il est simplement… « trop bon » comme on dit ici ! Oui, « trop bon », mais 100% slovène. Alors qu’est-ce que je fais ? Un menu français et un dessert slovène ? Je ressors mon amant du placard ? Ou bien je mets mes deux moitiés d’accord et j’achète des sorbets chez Picard ? Mais non, des sorbets un soir de réveillon c’est sinistre, c’est comme voir la neige qui fond. Ah j’en ai marre, vivement la diète ! Vesel bozic ! Joyeux Noël !

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