Martin Page
Publié le 28/08/2014

Travailler tue. Ne pas travailler aussi


La stratégie des dinosaures

Dès qu’on essaye de nous faire croire que des choses saines sont excitantes, il y a anguille sous roche. Comme ces gens qui disent que le travail, c’est la santé. N’importe quoi. C’est totalement idiot. Si c’était le cas, les médecins prescriraient du travail, pas des médicaments.
Remettons les pendules à l’heure : le travail est une maladie. On ne s’en aperçoit pas, parce qu’on est payé pour cette maladie. La stratégie est brillante.
Regardez les gens dans le métro à six heures du matin, vous verrez sur leur visage que le travail n’est pas une chose saine. Il est moins dangereux d'avoir la grippe ou un zona que de travailler. C'est un virus virulent qui vous pourrit la vie pendant quarante ans.
Je pensais à ça après avoir vu un documentaire sur la disparition des dinosaures. C’est fascinant de penser qu’une espèce qu dominait la planète a subitement disparu. Il y a plusieurs théories pour l’expliquer. La principale est celle de la météorite qui s’écrase sur terre et soulève un nuage de poussière qui cache le soleil. Résultat : la faune et la flore s’éteignent.
Avouons-le, l’explication est un peu simpliste.
J’ai une théorie différente.
Selon moi, les dinosaures ont disparu parce qu’ils ont refusé de travailler.
Ils avaient atteint un stade de leur évolution où ils allaient accéder à la civilisation. Mais ils aimaient trop leur vie de loisir et de flânerie. Ils aimaient tendre lentement le cou pour manger de jeunes pousses sur les arbres, se rouler dans la boue et se réchauffer au soleil.
Alors ils ont refusé de domestiquer le bétail et de développer l’agriculture, de construire des routes et des villages. Ils ont refusé de travailler.
Ils se sont laissé mourir pour ne pas évoluer vers la civilisation.
Il y a une grande sagesse dans la fin des dinosaures : plutôt que de gâcher sa vie à être utile et productif, pourquoi l'espèce humaine ne mettrait-elle pas en œuvre sa propre disparition ?

 

 

Martin Page est né en 1975. Il passe sa jeunesse en banlieue sud et vit aujourd'hui à Paris. Il est écrivain; auteur de romans (Comment je suis devenu stupide, La Disparition de Paris et sa renaissance en Afrique...), d'un traité sur la pluie et de livres pour les enfants; il écrit également des préfaces et des textes critiques. Ses livres sont traduits dans une quinzaine de pays. Et il a un blog là: http://www.martin-page.fr/blog 

Plus de...

Martin Page

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 12 juin 2011 à 10:00

Manuel de communication à l'usage des honnêtes gens et des délinquants

Juin - méprisez vos adversaires

— Sire, le peuple à faim ! — Eh bien, qu’il mange. — Mais Sire, il ne peut pas. — Il n’a qu’à se forcer !   Comme l’illustre ce petit dialogue, réputé avoir été tenu peu de temps avant la révolution, entre Louis XVI et l’un de ses conseillers, il est parfois possible de balayer d’un revers de main les doléances ou les critiques de vos détracteurs. En effet, s’il est des situations dans lesquelles il faut se montrer diplomate, il en est d’autres qui ne nécessitent aucun effort. Après avoir passé la moitié de l’année à recourir à des trésors d’hypocrisie et de mauvaise foi pour faire valoir vos droits, pendant ce mois de juin, vous avez bien le droit de vous lâcher un peu. Certains de vos détracteurs ne méritent tout simplement pas que vous dépensiez votre temps et votre énergie pour réfléchir à une quelconque stratégie afin de leur répondre. Faites le leur comprendre en coupant court à la conversation. Attention néanmoins à bien choisir les victimes de votre mépris, sans quoi, à l’instar de Louis XVI, cela pourrait vous coûter votre tête.   Au SDF qui fait la manche, un : « Tu n’as qu’à travailler. » coupera court à toutes ses revendications. S’il est petit et malade, vous pouvez ajouter : « Fainéant. » Ne le faites pas s’il est plus costaud que vous.   À votre adjoint, qui propose une autre stratégie de vente que la vôtre, un simple : « C’est complètement con. » devrait faire comprendre qu’il a pour devoir de rester à sa place et d'adhérer totalement aux idées de son supérieur, c’est à dire aux vôtres.   Quelques exemples :   "Tout est question de volonté, pas de moyens" – Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis).     "C’est stupide." – Nicolas Sarkozy au sujet de l’intégration des œuvres d’art dans le calcul de l’ISF. "Il n’y a pas d’alternative." – Nicolas Sarkozy dénigrant les 35 heures.

Le 1 avril 2010

Si l'on donne de l'argent à Médecins sans Frontières, on peut bien boire un verre avec un sarkozyste.

Cette année, j'ai décidé de devenir ami avec mes adversaires politiques.

Je ne m'entends pas particulièrement bien avec les gens dont je partage les idées, alors je vais tenter ma chance avec les sceptiques de la pollution, les pourfendeurs du code du travail et les boursicoteurs satisfaits de l'ordre social.Fréquenter ceux qui nous ressemblent n'est pas la solution aux problèmes du monde. Je l'ai fait pendant des années et j'en vois aujourd'hui les limites. Certes cela tient chaud, mais au final on se sert de l'image caricaturale d'un ennemi pour justifier sa propre inertie.Si l'on désire changer la société, je crois que nous, les gens de gauche, n'avons pas de meilleure stratégie à mettre en oeuvre que de devenir amis avec des gens de droite. C'est un sacrifice, j'en conviens. Mais si l'on donne de l'argent à Médecins sans Frontières, on peut bien boire un verre avec un sarkozyste.Il ne s'agit pas de les rallier à notre cause. Ce serait peine perdue. Personne ne change de bord après une discussion : les opinions politiques n'ont rien de politique, ce sont des histoires de ressentiment, de jalousie, de fidélité familiale.En revanche, je pense que mon idée a des chances de changer les choses ; car si les gens de gauche fréquentaient des gens de droite, cela permettrait à ceux-ci de s'apercevoir qu'ils ne sont guère différents. Après tout, les gens de gauche sont contre la société de consommation, mais ils ne renoncent pas à consommer ; ils sont contre le travail des enfants, mais pas au point de renoncer à acheter des vêtements fabriqués par des enfants et oui, ils sont pour l'écologie mais ils ne vont pas pour autant cesser de prendre l'avion. Il y a plus de points communs que de différences entre ces ennemis politiques et c'est pour cette raison que la détestation est si grande.Bien sûr cette révélation risque de déprimer les gens de gauche. Le choc sera tel qu'ils n'auront d'autre échappatoire que d'aller encore plus à gauche, non pour des raisons politiques, mais par orgueil. Ils travailleront enfin à devenir de réels adversaires de cette droite qu'ils n'aiment pas, c'est-à-dire dont, principalement, ils n'aiment pas les manières.C'est une constatation mélancolique : ce n'est qu'en apprenant à découvrir ce qui nous rapproche de nos adversaires que l'on pourra commencer à s'en différencier.Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com         

Le 20 mai 2013 à 09:33

Lenny Bruce

1925-1966

Né en 1925 à Long Island dans une famille juive, Lenny Bruce se débarrassa de sa jeunesse en devenant soldat en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. À son retour du front, il fonda sa propre église et s’autodésigna pasteur ; il fit du porte-à-porte et récolta de l’argent pour une léproserie en Guyana. Le Jésus qu’il proposait n’était pas très convenable, alors la police l’arrêta.
   Son humour iconoclaste et son éloquence n’étant appréciés ni par l’Eglise ni par les tribunaux, il trouva asile dans les cabarets. Il continua ses prêches ; son ambition était de guérir les lèpres du racisme et de l’hypocrisie.
  La société ne le toléra pas longtemps ; elle n’avait pas encore compris qu’il est plus efficace d’encenser ou d’ignorer les irréductibles. Des policiers arrêtaient Lenny Bruce à la fin de ses représentations. On l’accusait de proférer des obscénités. Pour lui, la seule obscénité c’était le silence. Il s’attaquait à tous les pouvoirs et dévoilait la haine derrière la respectabilité. Il était juif, noir et indien à la fois. Cette guerre contre l’injustice et l’humiliation ne lui laissait aucun répit. Il n’avait pas l’intention de déposer les armes.
    Sa femme était strip-teaseuse. Lui exhibait son âme. Un abîme le séparait du public. Sur scène, il se trouvait en équilibre ; comme un funambule, il mettait sa vie en jeu en marchant sur un fil. La drogue et l’alcool sont les seuls anges-gardiens sur qui l’on peut compter dans ces cas-là. Bob Dylan a écrit une chanson en hommage à Lenny Bruce où, par une phrase, il dit tout : « Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal ».
  Selon un critique, un de ses rares admirateurs à l’époque, il ne parlait pas : il faisait du jazz. Il improvisait avec sa voix, ses émotions et ses idées. C’est en jouant qu’il se créait. Il découvrait parfois ses monologues au moment même où il les prononçait. Lenny Bruce était un artiste. Dans ses one-man-shows, l’humour se mêlait à la politique, la grâce poétique à la colère. Il se moquait du succès et de la reconnaissance. Les rires et les applaudissements ne l’ont jamais corrompu. Il ne cherchait pas à plaire à n’importe quel prix. Il méprisait les compliments de ceux qui croyaient trouver dans ses spectacles de quoi conforter leur bonne conscience progressiste. Il n’hésitait pas à engueuler et à insulter son public. Une telle indépendance coûte cher : il perdit son métier, sa femme, sa maison.
  Aujourd’hui la censure n’est plus nécessaire. Les comiques font des sketchs sur le téléphone portable, leurs amours ou la cigarette. On jette Lenny Bruce en prison chaque jour où l’on ne reprend pas son flambeau. Il n’est pas une relique de la génération beatnik. Il fait partie de notre trousse de secours humaniste. Il est vivant si nous le voulons. Je voudrais que l’on se souvienne de lui comme d’un honnête homme. C’est beaucoup moins fascinant que son image de rebelle scandaleux. Non, il n’était pas scandaleux, ni vulgaire. C’était un héritier de La Fontaine et de Chamfort.
   Laissons-le terminer. À la fin d’un spectacle à New York, il s’adressa ainsi au public : « Je suis désolé si je n’ai pas été très drôle ce soir. Parfois je ne suis pas drôle. Je ne suis pas un comique. Je suis Lenny Bruce ».

Le 8 août 2014 à 08:08

Au secours les mots : Stéphanie Hochet défend le mot "flexibilité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici. La modernité a commencé avec le caoutchouc qui, après avoir rendu des services à l’homme a pris l’homme à son service ; si une matière peut être à ce point malléable, pourquoi l’homme ne le serait-il pas aussi ? On a utilisé des élastiques avant d’inventer les horaires élastiques. Vous n’êtes pas prêt à travailler à cinq cents km de chez vous ? Vous n’acceptez pas de bosser la nuit alors que vous avez une famille et que (sans vous offenser) vous n’avez plus vingt ans ? Une entreprise délocalise et s’installe dans un pays où la main-d’œuvre ne va pas manifester de si tôt pour obtenir un salaire décent. C’est la sainte flexibilité du travail. On aime tellement notre économie qu’on lui prête des qualités de gymnaste. Qui n’a pas admiré la souplesse insolente de ces athlètes défiant les lois de la pesanteur, jouant de l’équilibre avec leur corps ? Les beaux jeunes hommes pendus aux anneaux, biceps tendus. Et les saltos des gamines roumaines. Dans hévéa, il y a Ève. Ce qui s’impose à l’homme s’impose encore plus à la femme. De la ductilité à la docilité, il n’y a qu’un pas. Des femmes, on attend non seulement qu’elles se coulent dans le moule, mais aussi qu’elles deviennent le moule : assez solides pour contenir l’ordre, assez souples pour s’y conformer. Le social a contaminé la flexibilité, au point que le mot a cessé d’être beau. Même le joli terme souplesse est en train de devenir suspect. On apprécierait que la politique cesse de rendre inutilisables les vocables les plus purs. Il est urgent pour les chômeurs de regarder la télévision quand les prochaines compétitions de gymnastique auront lieu. Extension des muscles, souplesse du mouvement, réactions précises. Un exemple de flexibilité. L’énergie alliée à la légèreté. Femmes au foyer, chômeurs, râleurs patentés, inadaptés de la croissance, soyez flexibles ! Et puis non, ne le soyez pas. Soyez paresseux et jouisseurs comme les chats voluptueux, doux, souples, flexibles eux aussi… Stéphanie Hochet est l'auteur de six romans, dont Combat de l'amour et de la faim, Prix Lilas 2009. La distribution des lumières est sorti pour la rentrée littéraire 2010 chez Flammarion. Elle collabore au Magazine des livres, à BSC News et à Libération. En savoir plus : http://stephanie.hochet.over-blog.com/ Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com       

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

Le 4 février 2014 à 08:20

Chambre de Constantin : Batman et Hulk repoussent une nouvelle attaque du T-Rex

Amiens – Situation toujours incertaine ce midi dans la chambre de Constantin, 11 ans, après la violente attaque hier soir d’un T-Rex. Une attaque repoussée de justesse par Batman et Hulk qui ont dû faire équipe bon gré mal gré. Reportage. Des voitures écrasées, les restes d’une barricade constituée de livres et de boîtiers de CD renversés. La maison des Simpson en Lego éventrée, des pièces du jeux jonchant le sol. Le spectacle de la chambre de Constantin après l’attaque du Rex d’hier soir est effroyable. Mais grâce à Batman et Hulk, l’honneur est sauf. « La première ligne de défense constituée de Lego pourtant entraînés n’a pas résisté au choc » expliquait Constantin lors d’une conférence de presse. « Nous avons été débordés par notre gauche, ils sont passés par dessus le coffre de vêtements, ils avaient l’avantage de la hauteur ». Dès lors, il ne restait plus que les deux super héros pour stopper le carnage annoncé. L’attaque, dirigée par le T-Rex et une peluche Angry Birds, n’a laissé aucune chance aux Lego pris au piège après l’effondrement de la barricade. « La maison des Simpson en Lego a pris l’attaque de plein fouet, nous n’avons rien pu sauver » racontait un sauveteur encore sous le choc. Mais tandis que la bataille semblait perdue,  l’arrivée inespérée de Batman et de Hulk a changé la donne. Les deux super héros vont s’associer, repousser l’attaque et remporter la bataille. Une victoire cependant discutable selon les experts. « Cette arrivée était un peu trop télécommandée, il est évident que les Lego ont été sacrifiés délibérément pour laisser croire à une infériorité numérique ». Pour d’autres, « la destruction de la maison des Simpson est à prendre  en compte pour donner la victoire à l’attaquant, même si le rôle de Ned Flanders est trouble : pourquoi n’a-t-il pas donné l’alerte lorsque le Rex était en vue ? ». De son côté la petite sœur de Constantin, qui supervisait l’attaque du Rex, n’a pas hésité à qualifier son frère de très mauvais joueur. « On avait dit pas plus de deux super héros par personne. Or, là on en a bien deux, c’est clairement de la triche, c’est pas bien » a-t-elle déclaré aux journalistes avant de quitter la chambre en larmes. Constantin, lui, restait sûr de son bon droit. « J’avais dit de pas toucher à la maison des Simpson, j’ai mis du temps à la faire, alors c’est tout, c’est elle qu’a commencé ». Le Gorafi  

Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 28 mai 2015 à 09:38

Inbox du futur

[Hôpital de surveillance à distance - message de relance du 11 octobre 2027] Vos données Google Implant® ont été analysées et votre taux d’ACE s’est encore rapproché du stade Alarmant. Des métastases circulent dans votre corps (cf. PJ) et pour localiser plus précisément la ou les tumeurs cancéreuses, vous devez vous rendre sous 8 jours à compter de la réception de ce message, dans le centre d’imagerie médicale le plus proche (ici). Le traitement vous sera automatiquement injecté dès que vous aurez accepté les Conditions Générales de Soins, en cliquant ici. [IFOP & Prestavote - message du 15 mai 2027] Vous trouverez ci-joint le détail de vos intentions de vote pour les élections qui auront lieu demain. Votre suffrage est d'ores et déjà prêt et programmé, aucune action supplémentaire n'est nécessaire de votre part. Si vous souhaitez toutefois le modifier, il vous reste douze heures pour vous rendre sur cette page et remplir le formulaire, la liste des pièces justificatives à fournir est ici.   [Sécurité Sociale - message du 27 avril 2028] Les données fournies par votre Google Implant® nous indiquent de votre part une non prise régulière des 5 portions de fruits & légumes par jour au cours de ces onze dernières années. En conséquence le remboursement de votre chimiothérapie Pfizer sera réduit pour passer à 22%. Pour revenir au taux de 31% vous devez suivre le régime imposé dont la prise sera vérifiée électroniquement par l’intermédiaire d'une Apple Watch™, disponible à la location pour 8,40€ par mois (hors applications) dans l’agence la plus proche de chez vous. Durant cette période vous ne devrez pas utiliser Google Implant® sous peine de voir annuler votre taux de 31% pour repasser à 22%, assorti d’une amende. PS/ À compter de ce jour, vos intentions de vote sont soumises à un contrôle de santé et d’autonomie.  [Bibliothèque municipale de Paris - message du 11 juin 2032] Vous avez dépassé votre quota de lecture de livres d'éditeurs indépendants pour l’année 2032, en conséquence votre catalogue personnalisé sera restreint à l’offre commerciale et culturelle en vigueur. Pour mieux vous conseiller d’après vos goûts et votre personnalité, nous vous proposons, afin de pouvoir lire jusqu’au 31 décembre : la réédition des œuvres complètes et définitives de Guillaume Musso en Quarto ; les trois derniers épisodes de la saga Intergalactique de Katherine Pancol et Alexandre Jardin ; le deuxième roman vérité de Lucas-Philibert d'Ormesson : Mon grand-père est un autre. [Sécurité Sociale et HSD - message du 4 décembre 2032] La chimiothérapie Pfizer et les différents traitements injectés dans votre corps ont chassé les tumeurs. D’après nos relevés vous êtes parfaitement rétabli, hormis ce petit rhume de saison et cette démangeaison au coude, et pouvez dès aujourd’hui retrouver l’ensemble de vos droits illimités à consommer, lire et voyager.  PS/ Vos intentions de vote restent soumises à contrôle pendant une période de probation de 90 jours, qui recouvre les 4 prochains scrutins. [Bibliothèque municipale de Paris - message du 4 décembre 2032] Pour fêter votre rétablissement et le retour de votre droit illimité à lire, nous vous avons réservé en exclusivité L’Intégrale des scénarios de Luc Besson 2000-2030, illustrés par Pénélope Bagieu, avec une préface de Laurent Weil. PS/ Attention, vous êtes en retard de 3 semaines pour rendre l’épisode 2 de La vie pro-active des pandas interstellaires de Pancol et Jardin, à 52% de pages lues ; l’amende a été débitée directement sur votre compte Paypal, en même temps que la prolongation automatique de votre abonnement. [Google - message du 6 février 2038] Les mots utilisés dans votre mail du 5 février à 20h31 ne sont plus homologués depuis le 1er janvier dernier. Votre mail n’a pas été expédié à la fois pour des raisons de sécurité intérieure, et pour des raisons d’inadéquation au message que vous vouliez faire passer. Pour le réécrire nous vous suggérons notre application de création automatique de correspondance qui vous aidera à mieux vous faire comprendre de votre destinataire. Ce service est gratuit jusqu’au 30 mars.  [Caisse de retraite, Sécurité Sociale & Goapple  - message du 3 novembre 2052] D'après les relevés statistiques des métadonnées de votre productivité, de vos géolocalisations, de vos communications, au cours de ces 15 dernières années, nous vous signalons qu'il vous reste 500 jours de production au taux régulier, ou 500 items échangeables au taux que vous pourrez atteindre, avant de toucher votre première mensualité. Pour fêter cet évenement, profitez dès aujourd’hui de notre catalogue de voyages avec une réduction de 8% sur les hébergements en bungalows médicalisés. Consultez notre site pour le rachat d'items et ainsi réduire vos objectifs. Vendez plus de données personnelles ou cédez plus de droits pour obtenir plus de réductions. [Institut de dépôt numérique, Goapple Federal State - message du 11 août 2070] L’archivage permanent de vos données arrive à son terme, votre disparition imminente nous oblige à vous demander les derniers accès que nous ne possédons pas, ainsi que les données non numériques en votre possession. Nous vous rappelons que l’évasion des données, quel que soit leur format ou support, est passible d’une amende jusqu’à 100.000 € et d’une peine allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement transmissibles à vos héritiers. Votre archivage sera accessible à vos proches indéfiniment selon les termes de votre contrat. Vous pouvez également, afin de repousser votre fin, acquérir des organes et prothèses de fin de vie, qui pourront vous prolonger de six mois à plusieurs années, via notre filiale Progle & Gambet. Cliquez ici pour lire les termes et conditions. [Goapple - message à Liste Famille, Liste Amis, Liste Livre, Liste Presse, Liste admirateurs, Liste admiratrices, du 30 septembre 2070] Votre parent, père, mari, amant, ami, ennemi, proche, auteur favori, meurtrier, troll, cible, vague connaissance, voisin, pire souvenir, inconnu total, erreur de destinataire, est décédé le 31 août 2070. Nous avons relevé depuis dans vos correspondances et conversations des mots et des phrases relevant du droit d’auteur. Ces emprunts pirates de sa langue vous seront facturés afin de respecter sa mémoire, et vous devrez prononcer les phrases de recueillement avant la fin de l’année en cours.   [Federal World State - message à tous, du 31 août 2071] Il nous a quitté voici une année. Une copie de sa personnalité est prête pour vous à l'adresse habituelle de son site web ou sur sa page Facebook permanente. Sa voix, ses expressions, ses tics, défauts, sa manie de l'écriture, tout cela aisément reproductible grâce aux algorithmes de nouvelle génération de l'OS Oreste 4R7. La version en ligne est disponible ici après abonnement et acceptation des Conditions Générales d’Héritage ; la version robotisée augmentée de son ADN, livrée à domicile, est à commander ici.

Le 1 mai 2015 à 07:04

Le 1er mai est un jour triste

Aujourd’hui, premier mai on fête le travail. On le fête si bien d’ailleurs qu’on n’y va pas. C’est un peu comme si vous organisiez une fête pour célébrer votre anniversaire et que personne ne venait. C’est triste mais c’est ainsi Il y a cependant quelques exceptions à la règle, certains travaillent le premier mai en contrepartie de quoi ils sont payés double. L’éléphant du cirque a ainsi droit à une double ration de graminées, on autorise exceptionnellement les enfants à donner à manger aux singes, les lionnes restent deux fois plus longtemps dans la cage des lions et le clown a droit à un double whisky, ce qui le rend doublement plus triste. Avant, le premier mai, on offrait des brins de muguet, maintenant on le vend. Cette ravissante petite plante herbacée dont la fleuraison au printemps nous offre en merveille de formidable grappes de clochettes très odorantes peut faire crever votre chat, votre gentil toutou, voire même vos gosses et ce en raison de ses substances irritantes et cardiotoxiques qui peuvent ralentir le rythme cardiaque, augmenter la pression artérielle et engendrer bien des troubles associés à une salivation excessive. Ce qui rend d’autant plus triste la chose, c’est que les cabinets vétérinaires sont bien souvent fermés le premier mai. Au même titre que le 11 novembre, le premier mai est une journée du souvenir. Souvenir du temps jadis où les ouvriers à l’usine croyaient en la politique, en des jours meilleurs et aux lendemains qui chantent. Depuis les usines ont fermé, le colonel Fabien fait la grimace et les ouvriers n’ont plus de travail, alors pensez donc si le premier mai demeure un jour joyeux. En plus aujourd’hui il pleut, c’est triste, mais ce qu’il y a de véritablement plus triste encore, c’est de savoir que l’année prochaine, le premier mai tombera un dimanche.

Le 17 août 2010 à 16:08

Maman (3)

Mon chéri, Les cousins de Carpentras m’ont dit qu’ils t’ont vu sur FR3 région, mais ils ne sont pas sûrs que c’était bien toi à cause du maquillage. C’est quoi cette histoire de maquillage? J’espère que tu ne traînes pas à travers Avignon la bouche et les yeux faits. Il faut que ces histoires-là soient derrière nous maintenant. Nous ne t’avons pas payé ton festival pour te voir recommencer les mêmes bêtises. A propos, les cousins disent qu’il faudrait que tu demandes une facture pour la cave dans laquelle tu joues et une autre aussi pour le dortoir. Il paraît que l’on peut peut-être se faire rembourser une partie des frais parce que c’est de la culture. Je t’ai envoyé des chemises blanches en coton léger, toi qui transpires beaucoup. Ce sera quand même mieux que des tee-shirts pour trouver du travail. Car n’oublie pas que tu fais tout ça pour trouver du travail. Si tu rencontres un patron, mieux vaut que tu présentes bien sinon tu vas encore te retrouver à pleurnicher tout l’hiver de ne pas avoir de quoi manger. Les cousins me disent aussi de te dire que le fils de leur ami est lui aussi à Avignon (tu sais celui qui est acteur). Il joue cette année dans le vrai festival. Tu peux aller le voir de leur part, il pourrait peut-être t’aider, vous avez le même âge. Il pourrait te trouver un petit quelque chose à faire et même dans les costumes, toi qui as toujours aimé coudre, du moment que c’est dans le théâtre au fond… Bonnes vacances, Je t’embrasse, Maman

Le 19 août 2014 à 08:32

Deux mois dans une fourmilière - suite

Comme je vous l’ai raconté dans mon premier article, j’ai effectué, pendant ma prime jeunesse, un stage de deux mois dans une fourmilière. Beaucoup de lecteurs m’ont contacté pour me demander pourquoi je n’avais pas cherché à y rester, mais en CDI. Après tout, un job bien payé et pour lequel on ne travaille qu’au tiers de son potentiel, ça ne se refuse pas. Pour mémoire, une fourmi ne travaille réellement que le tiers des heures pointées. Le reste du temps, elle l’occupe à ne rien faire, où simplement à faire ce qui lui plaît. La raison qui m'a poussé à ne pas persévérer dans cette voie, c'est que j’étais ambitieux. Pendant ces deux mois, j’ai voulu me rapprocher du sommet de la fourmilière, alors j’ai travaillé dur, très dur. Et travailler deux fois plus que les autres – ce qui ne m’amenait toujours qu’aux deux tiers de mon potentiel, un ratio somme toute raisonnable – m’a permis de gravir plusieurs échelons chez les fourmis. Le problème, c’est que ma méthode fonctionnait, mais que ça n’était pas la meilleure, et à force de me faire passer devant par toutes les fourmis qui utilisaient leur temps libre uniquement à se faire bien voir par la reine, j’ai fini par jeter l’éponge. Maintenant je suis sûr d’une chose, on ne réforme pas une fourmilière de l’intérieur. En revanche, un jet d’eau et quelques bons coups de pelle devraient parfaitement faire l’affaire.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication