Jean-Loup Chiflet
Publié le 30/11/2014

Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide


Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?
Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !
Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :
« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »
Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…
Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.
Jean-Loup Chiflet ne manque ni de livres ni d'humour, la preuve, c'est qu'il est éditeur et aussi auteur d'une cinquantaine d'ouvrages sur l'humour et la langue, dont le fameux Sky my husband! Ciel mon mari! Il se définit lui-même comme "spécialiste, ancien élève et grammairien buissonnier". On peut circuler dans sa maison d'édition là: http://hugoetcie.fr 

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Jean-Loup Chiflet

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Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

Le 4 mai 2011 à 14:53
Le 21 septembre 2014 à 11:31

Chouette, je redeviens un ado !

Ma lettre de démission de l'Ed' Nat'

Monsieur le Proviseur, J'ai l'honneur de présenter ma démission pour la rentrée prochaine. Je ne veux plus être professeur ; je veux redevenir un élève. Merci de m'intégrer dans la classe de seconde de votre choix. Mais nous ne méprenons pas : je ne suis pas mu par le désir d'apprendre et d'enrichir ma culture générale. Cela, je l'ai fait pendant toute ma carrière ; j'ai envie de souffler comme on dit, j'ai envie de faire le con. A cinquante ans passés, voyez-vous, j'ai besoin de retrouver l'ado que j'étais. Mais avec un petit plus quand même, car les moeurs et la technologie ont bien évolué depuis. Donc, si vous me le permettez, je garderai mon smartphone en cours, histoire de bavasser avec mes potes et de filmer en live mes propres incartades (j'ai l'intention de filmer mon cul au fond de la classe : qu'en pensez-vous ?). Inutile de me demander d'apporter mes affaires, je ne les aurai pas. Par contre, faites en sorte de me mettre dans une classe pleine de filles afin que je retrouve les élans de ma jeunesse perdue. De même, pour bien m'intégrer dans le groupe, je pense qu'il est nécessaire de changer mon apparence. Vous serait-il possible de me faire crédit afin que je change mon pauvre costume contre des vêtements de grandes marques comme Nike, Adidas, Dolce & Gabana ? Un ado sans vêtements griffés, excusez-moi, c'est un pauvre qui s'ignore. Et même s'il est réellement pauvre, il se doit d'être richement pourvu, sinon on va croire que toute sa famille est au chômage. Bon, je passe sur les manuels scolaires ; je n'en aurai pas besoin. Ce qui m'intéressera en tant qu'ado, voyez-vous, ce ne sera pas l'Histoire de France ou la tragédie chez Racine (quel bouffon, celui-là !), mais l'actualité ; l'actualité des people, j'entends. Ceux qui ont la gagne, la niaque, le fric et la piscine qui va avec. Tout le reste est vanité, n'est-ce pas ? Du reste, je compte bien inviter en cours toute l'équipe de la Star Ac' pour montrer aux élèves soucieux de leur avenir comment on peut réussir dans la vie juste en passant à la télé, n'en déplaise à la conseillère d'orientation qui n'arrête pas de nous bassiner avec les études, alors qu'on sait bien que les études sont la première étape avant d'accéder à un ticket d'attente à Pôle Emploi. Enfin, concernant la cantine, vous pouvez refiler ma carte aux amateurs de poisson pané et de flamby. Ma cantine à moi, ce sera le MacDo situé juste en face du lycée. Le poisson pané, comprenez bien, ce n'est pas fun ! Et puis, j'ai envie d'être comme les autres : j'ai envie de grossir un peu et, peut-être, de passer sur un plateau télé pour parler de mes problèmes d'obésité. Voilà, Monsieur le Proviseur, ce que j'avais à vous dire pour motiver ma démission. Demain, waouh ! je redeviens un ado. A bientôt peut-être dans votre bureau, pour un prochain conseil de discipline ! Pascal Hérault.

Le 8 novembre 2014 à 08:12

Nancy Huston : La Morgue de la reine

Ville de province. Dans son discours inaugural d’un festival littéraire, une élue municipale dit à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! » et mon sang ne fait qu’un tour. Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour dire aux enfants que certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que, plus on connaît de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. Maurice Druon, feu le secrétaire perpétuel de l’Académie française : « Prenez un traité rédigé en français : à condition que le français en soit correct, ce traité est clair, et finalement il est bref, il est compréhensible de tous, et son interprétation ne donne pas lieu à des contestations. Il n’en va pas de même de l’anglais1. » M. Druon parlait-il ­l’anglais ? Cela m’étonnerait. Il n’y a bien sûr pas une mais d’innombrables langues françaises : vocabulaire, syntaxe, prononciation et débit varient selon le pays (180 millions de locuteurs à l’étranger, contre seulement 60 dans l’Hexagone), le quartier, la région, l’origine, le milieu social des locuteurs. Ici je ne parlerai que de celle qui se diffuse bruyamment dans l’air de la France métropolitaine, le français politico-médiatico-culturel, car il me semble que s’y préservent et s’y perpétuent, de façon subtile mais tenace, les violences et injustices de l’Histoire française. Cette langue-là est une reine : belle, puissante et intarissable. Pas moyen d’en placer une. Elle est fière d’elle-même, de ses prouesses, ses tournures et ses atours, et valorise la brillance au détriment du sens et de l’émotion vraie. Cette tendance, surprenante pour qui n’a jamais vécu en monarchie, est très présente dans les médias français encore aujourd’hui. Cela va avec les ors de la République, les sabres de la Garde républicaine, le luxe des dîners à l’Élysée. « Parfait », soupire versaillamment, dans une pub télé récente, un père à propos d’un camembert quelconque. « Parfaitement parfait », approuve son gamin, avec le même air d’aristo snobinard. Ils sont blancs, blonds, riches, c’est un gag mais ce n’est pas un gag, it makes me gag, ça me reste en travers de la gorge, je n’achèterai pas ce camembert-là. Mme de Staël trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher, comme on s’ennuie !  Les Français « parlent comme un livre » et, des années durant, j’ai été portée, transportée par leur passion du verbe. Aujourd’hui leur prolixité m’épuise. Tant d’arrogance, tant d’agressivité ! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue ? Regardez ceux qui, derrière les guichets des mairies, postes et administrations, accueillent les citoyens : c’était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut ! Véritablement elle est guindée, cette langue française, et induit des attitudes guindées.  À vingt ans, venue à Paris pour un an, j’écoute le professeur expliquer à la classe l’usage du subjonctif. Ouh, que c’est subtil ! Dès lors que plane sur un verbe le moindre doute, on le frappe d’un subjonctif. Bang ! Faut que tu fasses. Aurait fallu que tu viennes. Mais ensuite on s’empêtre dans des temps du verbe théoriques, indicibles, ridicules, n’existant que pour le plaisir de recaler les gosses aux examens : aurait fallu qu’il visse, n’eût pas fallu qu’il vinsse, Alphonse Allais s’en est moqué dans sa Complainte amoureuse : « Fallait-il que je vous aimasse […] Pour que vous m’assassinassiez ? » Jamais pu supporter la fausseté de ces temps morts, faits pour aider les prétendus Immortels à passer le temps. Jamais même pu supporter, moi, pour ma propre écriture, le passé simple. Je n’y crois pas, c’est tout. Il entra. Elle ferma. La marquise sortit à cinq heures. Non, je n’y arrive pas, ne veux pas y arriver. Quand je traduis vers le français mes propres textes ou ceux des autres, le prétérit anglais (identique dans la langue quotidienne et la littérature la plus splendide) me manque. Pour la plupart des verbes anglais, il suffit d’un mini-claquement de langue contre le palais, petit d par lequel on ­signifie que l’incident est clos. He entered. She closed. Parfois c’est un peu plus compliqué, The marquess non pas leaved mais left the house at five.  À mon goût, il y a trop de marquises dans le passé simple, et dans Proust. J’intègre la langue française post-Seconde Guerre, post-Nouveau Roman, sautant à pieds joints dans Sarraute, Duras, Beckett, Camus (quatre auteurs ayant grandi loin de l’Hexagone, entourés d’une langue autre que la française). « Je vais le leur arranger, leur charabia », promet Beckett dans L’Innommable… et il tient largement sa promesse.  Le mieux qui puisse arriver à la langue française aujourd’hui, c’est qu’elle se laisse irriguer, assouplir, « arranger » par des rythmes et syntaxes venus d’ailleurs, qu’elle cesse de se comporter en reine agacée et se mette à l’écoute de ses peuples.  Nancy Huston Née en 1953 à Calgary, dans le Canada anglophone, la romancière et essayiste est arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre des études de linguistique. Elle écrit ses premiers romans en français, puis commence à pratiquer des allers-retours entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption, notamment en traduisant elle-même ses romans. Prix Femina 2006 pour Lignes de faille, elle vient de publier Bad Girl, Classes de littérature aux éditions Acte Sud. Illustration Stéphane Trapier > l'hebdo Le 1

Le 26 mai 2014 à 09:19

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Y-a-t-il des mots qui font du bien?

OUI. Par exemple, les mots amour, savon, choucroute garnie, vins des pays de Loire, caresse, câlin, viens dans mon lit, copains, joie, pâtisserie, service après-vente gratuit, soldes sur la lingerie fine, plombier à l'heure, sieste, Mozart, soleil, farniente, barbecue (à gaz ou pas), théâtre, ouvreuse sexy, où sont les toilettes, ma petite chérie? La liste est loin d'être close et chacun peut la compléter selon ses goûts. Ceci étant dit, les mots sont réversibles : un mot sensé faire du bien peut renvoyer à une réalité désagréable ou affligeante. Un barbecue, cela peut vous exploser à la gueule. Toutes les ouvreuses ne sont pas sexy : j'en connais qui pourrait être maître-chien. Mon plombier arrive à l'heure, mais c'est juste pour me faire un devis. Et que dire de la lingerie fine, si on n'a personne à l'offrir ? Que dire encore d'une choucroute garnie à laquelle il manque deux saucisses ? Et je ne parle même pas du savon sur lequel on glisse dans la baignoire, de l'amour de ma vie qui ne veut pas qu'on la caresse, des copains qui ont passé l'arme à gauche, de mes voisins qui préfèrent Céline Dion à Mozart et qui m'empêchent de faire la sieste, merde ! Bref, méfiez-vous des mots qui font du bien : il se pourrait qu'ils fassent très mal. La semaine prochaine, justement, nous parlerons des mots qui blessent comme redressement fiscal, hachoir à viande, Syrie, andouille, mine anti-personnel, enfoiré. Et si vous êtes bien sage, on fera un abécédaire !

Le 21 juin 2014 à 11:24

La République dans de beaux draps

Depuis 1989, où des peines-à-jouir ont rebaptisé « Assemblée nationale »  la station de métro « Chambre des députés », il était à craindre que la République ne couche plus dans le même lit. La présidentialisation des institutions n’avait pas seulement gagné les esprits, elle avait aussi contraint les corps, au point que le chef de l’État du moment choisit deux palais officiels distincts pour domicilier ses deux familles. Depuis les portes n’ont cessé de claquer à l’Élysée, entre des femmes qui s’en vont et des Présidents qui vont et viennent, ce qui suggèrerait que la literie maison est à ressorts. Mais faute d’écoutes circonstanciées de la NSA,  la qualité des ébats présidentiels demeure un des derniers secrets d’État. Seules en parlent celles qui ne savent pas, celles qui savent demeurant mutiques sur le sujet en dépit de propositions éditoriales à sept chiffres. Par peur des représailles ?  Osons l’hypothèse qu’il est plus valorisant de porter le deuil d’un amour désintéressé, que le dépit d’un coup pourri, révélant en creux le sacrifice de ses propres sens pour la seule jouissance narcissique de s’être frottée au pouvoir suprême. Qui s’y frotte s’y nique ?  Dans une France où un roi devint légendaire pour avoir cru jusqu’à 40 ans (du moins le prétendait-il) qu’il avait un os entre les jambes,  les Français sont enclins à penser que le monarque républicain qu’ils ont élu est doté d’un tempérament à la hauteur de ses prérogatives, bref que la fonction crée l’orgasme. Sinon, à quoi bon, hein ? Certes il y a des exceptions : le général De Gaulle n’avait pour maitresse que la France à laquelle il avait roulé une pelle définitive le 18 juin 1940. Georges Pompidou avait des mœurs paisiblement bourgeoises et sagement éclairées.  Ses successeurs ont en commun d’avoir été longtemps députés, donc de bien connaître la buvette à laquelle on accède par la salle des conférences où est érigée une statue du bon roi Henri IV – le souverain sévèrement ossifié – dont le socle est gravé de cette citation : «  le violent amour que je porte à mes sujets me porte à trouver tout aise et honorable. » Ca peut donner des idées. Et même de plus précises encore si, les alcools aidant on rêve d’alcôves au vu des bas-reliefs de la buvette sortis de la Manufacture de Limoges, où de langoureuses naïades ne cachent rien de leurs corps dénudés. Mais attention ce n’est parce qu’il y a souvent le bordel en séance, que  le palais Bourbon tournerait au lupanar.  C’est au sens métaphorique que l’on doit interpréter  cet effet de tribune de Jean-Marc Ayrault du temps qu’il était député d’opposition : «  Monsieur, le premier ministre, l’Assemblée nationale n’est pas une chambre à coucher ! » Pourtant l’on y couche, l’on y couche à l’Assemblée nationale, la plupart des députés disposant de bureaux avec un couchage possible. Un simple canapé clic-clac utile pour les élus de province, pas forcément commode pour des galipettes crapuleuses. D’autant que la nuit (et même le jour) les cris intempestifs peuvent être entendus des voisins,  et que toute personne étrangère qui entre dans le bâtiment doit laisser sa carte d’identité à des huissiers assermentés.  L’ « escort » badgée peut nuire à une carrière bien bordée.  Et puis, les élus de la République n’ont pas toujours la tête à ça. Surtout en ces temps de débandade politique face aux défoulements populistes.

Le 14 septembre 2011 à 14:57

"Tant qu'il y aura des « énervés » le rire est toujours à venir"

Entretien avec Jean-Michel Helvig

Avec près de 60 billets publiés, l'éditorialiste et écrivain Jean-Michel Helvig est un des piliers de l'équipe de ventscontraires.net. Rencontre avec ce gourmand amateur des dérapages pas toujours contrôlés de la classe politique. Comment êtes-vous tombé dans le journalisme ?Par élimination. Non pas des concurents, mais d’autres itinéraires professionnels où aucun ne m’offrait la certitude que le travail du jour ne serait pas le même que celui de la veille – on appelle ça aussi l’actualité -  ni ce privilège immense que d’être payé à lire les journaux pour les remplir ensuite.Les moments forts ? Les moments durs ?On se renforce avec les premiers, on s’endurcit avec les seconds.Vous éludez la question…Comment avez-vous deviné que je suis tombé très tôt dans le journalisme politique ?Pour ventscontraires.net, vous vous penchez régulièrement sur les « petites phrases » des politiques.Au risque du vertige parfois, je vous l’avoue. Plus exactement, ce sont plutôt leurs grosses bêtises qui sont mon fonds de commerce à l’enseigne de ce sympathique site. La ressource est inépuisable pour peu qu’on opère un tri sélectif. Les petites phrases sont préparées sciemment en amont, les grosses bêtises sont lâchées imprudemment en aval. Le propre de la bêtise est d’échapper à son auteur, aussi ne court-on pas le risque d’être manipulé en s’en saisissant. C’est jubilatoire à sonder tant il y a à dire, médire et contredire face à la boursouflure des mots, aux dérapages de sens ou aux fuites d’inconscient. Là-dessus, vous étalez une fine couche de références savantes, saupoudrez d’une pincée de mauvaise foi, mixez en 1500 signes (espaces compris), enfin confiez l’objet au web-iconographe, et voilà le lecteur internaute servi jusqu’à ce que de nouveaux arrivages repoussent peu à peu votre « bêtisier » vers le bas de l’écran. Vertigineux, vous disais-je.Ces "petites phrases" indiquent-elles, selon vous, une évolution significative du langage et de la vie politiques ?Non pas vraiment. Ce sont les moyens de communication qui ont évolué. Tout est soumis désormais à l’instantanéité et la simultanéité de la diffusion. Vous imaginez les dégâts si Youtube avait existé du temps du président Mac Mahon s’extasiant devant une crue de la Garonne : « Que d’eau, que d’eau ! ». Mais il est vrai que la rapidité de la diffusion se paie d’un raccourcissement de l’expression si l’on veut être vu ou entendu. Foin des propositions trop subordonnées, des conjugaisons trop raffinées ou du vocabulaire trop léché, si t’es pas compris en 30 secondes, tu gicles coco. Ou tu changes de métier.Cet appauvrissement coïncide-t-il, selon vous, à un appauvrissement de la pensée ?C’est l’œuf et la poule. Les grandes idéologies passent de toute façon mal sur twitter. Mais si l’on s’inscrit plus facilement sur un réseau social qu’on n’adhère à un réseau politique, il doit bien y avoir quelques raisons.Politique et humour peuvent-ils faire bon ménage ?Un ménage à trois pour peu que le journalisme s’immisce, en n’analysant plus seulement le texte et le contexte, mais en explorant le sous-texte.Quel serait votre palmarès personnel ?Tant qu’il y aura des « énervés » le rire est toujours à venir.

Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 13 décembre 2012 à 08:26

France-Allemagne : leçon de politesse comparée

Vivant à Berlin, j'ai tendance comme, je pense, de nombreux français expatriés à trouver les Allemands abrupts et parfois très désagréables, voire malpolis. Ma théorie, car ce n'est rien de plus, c'est qu'il y a un profond malentendu entre ce qu'est la politesse pour un Français et pour un Allemand. Pour nous, Français, la politesse consiste à mettre les formes, à sourire, à être aimable, à dire bonjour, à rendre le bonjour, à le re-rendre et encore et encore, à dire au revoir pendant des heures, à se présenter en faisant des ronds de jambes, à tenir la porte, bref, à rendre agréable le quotidien par pleins de petites attentions qui, si elles ne sont pas là, c'est pas grave c’est normal, mais, si elles sont là, la politesse à la française exige qu'elles soient rendues ou au moins "actées" (l'autre en prend connaissance et vous en rend grâce au minimum d'un signe de tête, d'un sourire, d'un merci). Si ce n'est pas le cas, vous êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n'êtes « vraiment pas poli ». En Allemagne, la politesse – et je crois vraiment que c'est à ça que ça correspond – c'est de respecter l'autre en respectant les horaires et les règles. Bref, rendre le quotidien agréable, dans le sens où tout est à sa place en son temps.  Si vous le faites, vous êtes poli, sinon êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n'êtes « vraiment pas poli ». Quand un Allemand ignore votre bonjour, votre sourire, votre rond de jambe,c'est  parce que tout simplement ça ne veut rien dire pour lui. C'est comme si une négresse à plateau venait, en signe de politesse, vous agiter l'étui pénien de son mari sous le nez ; je me mélange au niveau anthropologique, pardon, mais c'est pour la blague, en même temps, ah ah ah, on a ri, c’est si bon de rire, reprenons… Pour elle, c'est peut-être le comble de la politesse, mais vous, vous ne saurez pas forcément comment réagir (pour info, il convient alors de vomir en chantant joyeusement l'hymne national pygmée). Eh bien votre voisin allemand, c'est pareil. Quand vous l'attendez et que vous lui tenez la porte, pour lui, c'est bizarre, parce vous n'avez pas à faire ça : il n'est pas dans les temps pour passer la porte, elle doit se fermer, voilà. Si vous l'attendez, vous cassez le rythme normal et lui peut à bon droit penser que vous attendez quelqu'un derrière lui ou que vous avez une crampe au bras, la main collée à la porte, ou que sais-je... En revanche, si vous avez décidé de marcher sur la piste cyclable, si vous ne dites pas bonjour à tout le monde alors que vous êtes le dernier arrivé (bonjour qu'on n'est d’ailleurs pas obligé de vous rendre, car vous êtes le dernier arrivé, même si vous à l’heure, vous êtes en retard...) alors vous êtes un butor et on peut à bon droit être bien désagréable avec vous, parce que vous dites fuck à la société, avec désinvolture. Ainsi, mon joli scooter m’a, l’autre jour, valu un billet rageur d'un voisin car mon poney mécanique était parqué, un soir de neige, sous le porche qui n'est – pour reprendre les termes du billet doux (même si bon… doux écrit en allemand, ça fait un peu billet doux dur) – "ni un lieu de stationnement, ni un lieu de passage" (sic pour le lieu de passage, parce qu’un porche, si c’est pas fait pour passer en dessous, je vois pas bien à quoi ça sert, enfin bon…). Bref, je me demandais comment faire un gros bras d’honneur à ce voisin vengeur et anonyme, tant vous savez que c’est quand même plus facile de rendre la justice quand on est caché derrière un masque et qu’on n’a pas de compte à rendre. En même temps, un Allemand, lui, n’hésitera pas à venir vous faire la morale en direct, il assume bien… C’est plutôt un truc d’Américain ou de Mexicain, de rendre la justice sous pseudo (Zorro, ce gros pédoque, les super-héros, ces baltringues). Mais là, le type n’avait pas signé, je ne pouvais pas lui envoyer un chien de ma chienne, pas moyen de savoir comment lui casser les pieds de façon impolie, voire carrément insultante, c’est mieux. J’ai finalement trouvé : il me suffira tout simplement de passer sous le porche comme de rien. Cela sera bien suffisant pour dire au gars "leck mich am Arsch" (littéralement : « lèche-moi au cul », expression toute berlinoise qui correspond à notre "je t'emmerde, va te faire foutre, pauvre cul"). Bien sûr, je prends le risque de me faire dégonfler les pneus dans la nuit, mais la cordialité des relations franco-allemande est à ce prix.   Mit freundlichen grüssen, vôtre.  

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