Je veux pas de vos cachets ! Laissez vivre le monstre en moi !
Il sortit son regard jaune de sa poche et l’afficha sur son visage.
Il croqua dans une grosse pomme. Elle était bien juteuse, il se lécha les babines.
Il aimait les pommes. Et toi, tu les aimes, bel homme ?
Tu penses aux yeux jaunes et tu as raison.
Pourquoi avoir adopté ce regard sournois et brutal pour manger une pomme ?
Là n’était point le terme du voyage.
Après avoir pris des forces, il courut vers la véranda, enjamba les piles de livres en attente du déménagement et décrocha le seau qui pendait au bout d’un clou, sur le mur de gauche.
Il jeta le seau par terre, férocement, furieusement, en poussant des cris de bête, des hurlements de loup en chasse, des grondements de tonnerre déchaîné un soir d’été.
Il s’acharna sur le seau à coups de pieds, à coups de bâton et coups de toutes sortes d’objets qui se trouvaient là.
Puis il sortit un revolver neuf acheté pour l’occasion et il le déchargea sur le seau. Transformé en passoire.
Défoncé !
Pourquoi tant de rage contre un pauvre seau ?
Il rangea son regard jaune dans sa poche et repris son sourire juvénile.
Et ses beaux yeux d’ange :
« Il vaut mieux que ce soit un seau que toi, mon frère ! »