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Dans quel état sommes-nous ?
Publié le 01/04/2010
 

Martin Page


Chroniqueur

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Si l'on donne de l'argent à Médecins sans Frontières, on peut bien boire un verre avec un sarkozyste.


Cette année, j'ai décidé de devenir ami avec mes adversaires politiques.

Je ne m'entends pas particulièrement bien avec les gens dont je partage les idées, alors je vais tenter ma chance avec les sceptiques de la pollution, les pourfendeurs du code du travail et les boursicoteurs satisfaits de l'ordre social.

Fréquenter ceux qui nous ressemblent n'est pas la solution aux problèmes du monde. Je l'ai fait pendant des années et j'en vois aujourd'hui les limites. Certes cela tient chaud, mais au final on se sert de l'image caricaturale d'un ennemi pour justifier sa propre inertie.

Si l'on désire changer la société, je crois que nous, les gens de gauche, n'avons pas de meilleure stratégie à mettre en oeuvre que de devenir amis avec des gens de droite. C'est un sacrifice, j'en conviens. Mais si l'on donne de l'argent à Médecins sans Frontières, on peut bien boire un verre avec un sarkozyste.

Il ne s'agit pas de les rallier à notre cause. Ce serait peine perdue. Personne ne change de bord après une discussion : les opinions politiques n'ont rien de politique, ce sont des histoires de ressentiment, de jalousie, de fidélité familiale.

En revanche, je pense que mon idée a des chances de changer les choses ; car si les gens de gauche fréquentaient des gens de droite, cela permettrait à ceux-ci de s'apercevoir qu'ils ne sont guère différents. Après tout, les gens de gauche sont contre la société de consommation, mais ils ne renoncent pas à consommer ; ils sont contre le travail des enfants, mais pas au point de renoncer à acheter des vêtements fabriqués par des enfants et oui, ils sont pour l'écologie mais ils ne vont pas pour autant cesser de prendre l'avion. Il y a plus de points communs que de différences entre ces ennemis politiques et c'est pour cette raison que la détestation est si grande.

Bien sûr cette révélation risque de déprimer les gens de gauche. Le choc sera tel qu'ils n'auront d'autre échappatoire que d'aller encore plus à gauche, non pour des raisons politiques, mais par orgueil. Ils travailleront enfin à devenir de réels adversaires de cette droite qu'ils n'aiment pas, c'est-à-dire dont, principalement, ils n'aiment pas les manières.

C'est une constatation mélancolique : ce n'est qu'en apprenant à découvrir ce qui nous rapproche de nos adversaires que l'on pourra commencer à s'en différencier.

Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le rire collabo


« Le rire est le propre de l’homme », clame Rabelais, mais il peut en être aussi le sale et de résistant devenir collabo. Par je ne sais quel soudain abandon de sa nature rebelle, à moins qu’il ne s’agisse d’une poussée de candeur d’âme un peu crétine, il arrive parfois au rire de rendre visite à ses adversaires : évêques constipés, bourgeois coiffés en brosse, savant universels, artistes civilisés, militaires emplumés et autres dindons qui font commerce d’ordre et de bonne conscience dans la basse-cour d’un monde où rien ne doit crotter leur vertu bien cirée.

Amusé sans doute par l’intérêt que lui portent, tout à coup, princes et prélats de l’ordre, le rire se laisse caresser en dessous de la ceinture et, par inadvertance, lui sort du cul une blague nauséabonde. Elle enchante aussitôt l’auditoire bien pensant. On en redemande. Etonné par le succès de cette minable flatulence, le rire se nettoie avec force le bas-ventre en en pétant encore quelques-unes. On s’esclaffe de plus belle. Encore ! Encore ! Le rire accepte et fait à nouveau chanter ses tripes. C’en est fait, le rire est dans la cage. On ferme à double tour. On l’engraisse, on le gâte. Bientôt il s’affaisse, s’abaisse, s’endort.

Peu à peu, l’insaisissable insolent se mue en bouffon léchant le cul du roi des médiocres et, à la demande de son maître, envahit radios, télévisions, théâtre, livres et cinémas, y répandant farces honteuses et pétarades molles dont s’enivrent sans joie ceux qui veulent oublier qu’on leur a ôté l’esprit. Ils sont nombreux, les pauvres !

Rire du pouvoir. Rire aux ordres. Rire collabo. Quel attentat peut l’abattre ? Quel assassin ?

Inutile d’envoyer l’armée des penseurs lucides, analystes, sociologues, et autres décrypteurs des maladies du monde, elle succombera au premier calembour. Seul un rire léger, qui vole, jailli de notre envie de vivre libre, aura la peau de traître. 

(Avant propos n°4 du catalogue Le Rire de résistance, Théâtre du Rond-Point/Beaux Arts éditions)
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