Guillaume Siaudeau
Publié le 14/03/2011

L'oeuf ou la poule ?


Au retour du supermarché
Il se demande lequel
De l'oeuf ou de la poule
Sera le premier
Dans son assiette.


Sur le même thème, lire aussi : L'œuf et la poule, de François Denivet


Guillaume Siaudeau est né en 1980 et vit à Nantes. Il a publié quelques bouquins de poésie et contribué à quelques revues. Il est le créateur de la revue de poésie "Charogne". On peut retrouver ses écrits et publications sur son blog

 

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Le 16 avril 2012 à 08:28

Chronique rurale

Huitième jour : l'enterrement de ma mère.

> Premier épisode                    > Episode suivant   Ce matin au petit jour, j’ai enterré maman sur la plage. Je l’ai récupérée après que la poule l’ait traînée toute la nuit et lui ait bouffée consciencieusement toutes les parties les plus grasses. Elle ne lui a laissé que les os et les poils. Beurk. J’ai dit une prière en espérant que quelqu’un l’entende, même si j’ai renoncé depuis longtemps à l’idée d’un Dieu « utilitaire ». J’ai l’impression en effet que la présence du Créateur est toute relative, c’est une sorte d’absence finalement. Ca ne me gêne pas outre mesure, d’ailleurs, puisque j’ai bien compris que vivre seul était précisément le principe de la condition humaine. Dieu nous propose de faire avec. Croire en Dieu est donc un acte purement gratuit, un des derniers encore possibles sur cette Terre. De cela je l’en remercie. Il faudra que j’en touche deux mots au Curé.   Après avoir sauté sur le sable à pieds joints pour bien tasser, j’ai quitté le corps de ma mère vers 9h30, et me suis dirigé vers le Nord. C’est ici que vous me retrouvez. Un vent saharien et radioactif me balaie gentiment la frange. Je croise un restaurant routier dont le toit, soufflé par l’explosion, a été entièrement recouvert de  cadavres d’ouvriers polonais employés par un sous-traitant de Bouygues sur l’ex-chantier de l’EPR, avant l’accident. Je les salue amicalement. Pas de réponse des polaks, belle mentalité !   Un peu plus loin, un peu plus tard. Dans une zone hyper- radioactive - comme l’est maintenant cette partie sinistrée de la Manche -, la sensation du temps est décidément très étrange. Je confirme même une nouvelle fois que je suis le témoin –et la victime- d’une véritable accélération du temps, une sorte de micro-climat spatio-temporel, encore un truc pas prévu par Einstein… Si je dis ça, c’est que mon ventre ne cesse de s’arrondir davantage, une journée semble être à minima l’équivalent d’un mois, et ce que je dois bien désigner comme mon utérus - malgré les doutes persistants sur ma féminité - est sujet à des contractions de plus en plus fréquentes. Je  suppose que j’approche du 7ème mois de grossesse. Je culpabilise un peu de n’avoir pas prévenu le Père et Nadine. Il me suffit pourtant de fermer un instant les yeux, et je les visualise tous les deux : l’un debout en chaire, éclairant les foules béates de la Maison de Retraite par ses enseignements contemplatifs ; l’autre assise en caisse n°4, éclairant pareillement la clientèle par l’évangile de ses deux seins fièrement dressés, son badge d’hôtesse ornant le droit tel un sermon sur la montagne.

Le 22 avril 2015 à 09:01

[title]Le corps et la machine[-title]

[head][title]Le corps et la machine[-title][-head][body] [b]Je ne vous parle pas de mes vies parallèles dans les univers immersifs. Je vous parle de la vie primaire.[-b] Dans celle-là, mes doigts ont changé de forme, il y a plusieurs mois. J'étais le seul à m'en rendre compte, c'était d'abord un ressenti de l'intérieur. Et puis c'est devenu évident : plus longs, plus rigides, la peau plus blanche qu'avant, les articulations plus volumineuses. Une plus grande force dans la frappe. Puis ce fut le tour de mes jambes. Je les sentais moins réactives et plus courtes qu'avant. A la différence de mes bras, qui semblaient avoir grandi. Mes yeux devenaient moins souples. Regarder en face ne me posait pas de problème, mais sur les côtés, c'était un effort. Dans le même temps, mon tour d'oeil a quasiment doublé de taille, les paupières ayant reculé. [b]Je ne vous parle pas de mes vies immersives dans les univers parallèles. Je vous parle de la vie primitive.[-b] Dans celle-là, je suis allé voir un médecin, qui a confirmé que je développais tous mes symptômes. J'étais venu avec une photo d'avant, et malgré tout son professionnalisme, il n'a pu s'empêcher cinq ou six aller-retours entre l'image et la réalité. Quasiment à voix basse, il a dit : [q]"Tendinite"[-q]. Et je suis sûr qu'il a ajouté : [q]"Bof"[-q]. Il a  arraché une feuille d'un bloc de papier. Il a noté quelques mots et me les a tendus, et avant même que je réagisse : [q]"Vous donnerez ça à votre pharmacien, bonne journée"[-q]. Il me poussait dans le dos, j'ai eu juste de le temps de récupérer ma veste. A l'officine, personne n'a réussi à déchiffrer l'ordonnance. Le médecin ne répondit à aucun appel. Quelques jours plus tard, je constatai que mon cou diminuais. Je ne m'affaissais pas : précisément, ma tête entrait dans mes épaules. Mes jambes perdaient chaque jour quelques millimètres, que mes bras regagnaient. Mes cheveux étaient chaque jour plus longs et plus translucides. [b]Je ne vous parle pas de mes immersions temporaires dans les dimensions alternatives. Je vous parle de la partie [i]blood and guts[-i] de la vie[-b]. [q]"C'est à cause de la machine"[-q], m'a dit hier un ami, effrayé par ma nouvelle apparence en constante évolution. Je n'ai pas compris tout de suite de quoi il parlait. [q]"C'est ton nouvel appareil"[-q]. Il parlait ma de nouvelle interface. Elle nécessite une position particulière pour un fonctionnement optimum, mais c'est son seul inconvénient. [q]"Elle te contraint"[-q]. Elle me permet la connexion la plus rapide du marché, une immersion sans équivalent. Peut-être que dans six mois un concurrent proposera mieux, mais pour le moment, grâce à elle, mes vies parallèles n'ont jamais été aussi fluides. Je ne vois pas en quoi la machine serait liée à mon état.  * [b]Je ne vous parle pas de mes plongées quotidiennes dans les autres mondes. Je vous parle de la vie dite niveau zéro[-b]. Dans celle-là, je ressens une [FONT color=red]douleur[-FONT] légère, trop légère. Au début, ça me permettait de dire que c'était mieux que pire, mais ça finit par m'inquiéter. [U]Plus personne de me reconnaît[-U]. De toute façon je n'ose plus sortir. J'ai été contacté par une firme de santé qui a proposé de me livrer gratuitement une série de prothèses en [FONT face=Helvetica]bêta-test[-FONT], contre l'usage de certains éléments de ma vie primaire pour [a href="http:--www.megacure.com" target="_blank"]leurs recherches et leur publicité[-a]. J'ai accepté, j'ai retrouvé temporairement l'usage de mes jambes, une partie de mon cou a réapparu, et puis les prothèses ont été [a href="http:--www.megantivirustroyan.cm" target="_blank"]contaminées par un bug[-a]. Je suis revenu à mon état initial, puis en deçà. Mon corps est devenu une sorte de cube, ma tête a disparu sous la ligne de mes épaules, j'ai perdu la vue, je suis désormais incapable de me mouvoir sur mes deux membres inférieurs atrophiés.  Heureusement il me reste assez de force dans mes bras effilés pour mettre l'interface en route, vers 7h. D'ailleurs, en ce moment, je vous parle depuis mes [i]vies parallèles et immersives[-i]. Je porte une casquette, la douleur est totalement absente et le moral est bon.[-body] [-html] 

Le 1 février 2015 à 08:44

Don Diego de la Vegan

- Grand-papa, dis, c'est vrai que tu mangeais des animaux ?- Ben... pas des animaux entiers, quand même ! Mais il m'arrivait de manger de la viande, oui.- Mais pourquoi ? - Il n'y avait pas encore de steaks de synthèse à l'époque et puis... je ne sais pas, tout le monde le faisait, on ne se posait pas la question, quoi.- Mais tu les chassais toi-même avec un arc et des flèches ?- Attends, tu me prends pour un barbare ? Je les achetais prédécoupés au supermarché !- Mais le supermarché, il les chassait avec un arc et des flèches ?- Ça, c'était au Moyen-Âge. Le supermarché, il avait des abattoirs et tout.- Et tu mangeais du chat ?- Tu me prends vraiment pour un sauvage, hein. Je mangeais du boeuf, comme tout le monde.- Du boeuf ?- C'est comme ça qu'on appelait les vaches quand on les mangeait.- Et ils sont devenus quoi, les animaux qu'on élevait pour les manger ?- Quand on a interdit la viande, le gouvernement les a relâchés, c'était très beau, une très belle fête, les vaches s'ébrouaient, les poules caquetaient, les moutons moutonnaient...- Ça a dû être si émouvant !- Bon, bien sûr, ensuite, il a fallu les abattre, parce que ça devenait dangereux. Et puis parce qu'on en a profité pour constuire des complexes immobiliers sur les anciens pâturages, aussi. Mais quand même, un très grand moment. Après, il y a eu le problème avec les renards qui pesaient dans les 200 kilos à force de se gaver des poules qu'on avait remises en liberté, mais tout de même. Ça a été un moment très émouvant. - Et dis, grand-papa ?- Oui ?- C'est vrai que tu mangeais des plantes ?

Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 20 février 2015 à 12:10
Le 1 septembre 2011 à 08:34
Le 5 janvier 2013 à 09:53

Tribulations d'un best-seller avant sa publication

Histoires d'os 37

Best-seller incontesté de la paléontologie, Sur l’origine des espècesde Charles Darwin a mis plus de vingt ans à voir le jour. Et, paradoxalement, dans une certaine précipitation. En effet, dès 1836, date du retour de son voyage autour du monde sur le Beagle, le jeune Charles Darwin commençait déjà à élaborer sa célèbre théorie de la sélection naturelle des espèces sur la base de l’observation et de la description des faunes actuelles et fossiles, qu’il avait récoltées dans des territoires génétiquement isolés comme par exemple, l’archipel des Galápagos. A peu près à la même époque, un autre naturaliste, Alfred Wallace, formulait lui aussi l’idée d’une évolution des espèces. Cette convergence de points de vue et les conseils empressés de quelques disciples zélés devaient pousser le prudent Darwin (qui prétend-on, hésitait encore pour ne pas contrarier une épouse très croyante) à publier plus tôt que prévu son Extrait d'un essai sur l'origine des espèces. Titre jugé trop long par l'éditeur qui imposa le titre actuel. Le livre sortit en librairie le 24 novembre 1859 et les 1250 exemplaires de l’édition originale furent épuisés le jour même. Il sera réédité à six reprises entre 1859 et 1872. Pourtant, le compte-rendu officiel de la Royal Society, homologue britannique de notre Académie des sciences, conclura l’année 1859 en regrettant « une année scientifique un peu décevante, où rien de très important n'a été découvert »  

Le 4 août 2011 à 08:16

Les SDF nous ouvrent la voie

Dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence, des voix s’élèvent pour reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir respecté sa promesse de 2006 d’atteindre zéro SDF en deux ans. Quelle mauvaise foi ! Après tout, ce n’est quand même pas sa faute si les hivers n’ont pas été assez rigoureux et que ces malheureux ont survécu en nombre. Et puis il faut bien reconnaître qu’il n’a pas ménagé ses efforts. Durcissement des conditions d’accès aux soins, sécuritarisme et stigmatisation systématique de l’infâme assistanat, tout a été fait pour pousser les sans-abri, si ce n’est vers la réinsertion, au moins vers l’exil ou le suicide. Dans un processus qui doit relever du darwinisme social, les SDF ont su s’adapter à la dureté du milieu. Ils sont devenus plus endurants, plus résistants selon une évolution biologique proche de celles que l’on observe chez certains microbes ou virus. Cette mutation dont ils sont les précurseurs concernera bientôt l’ensemble de la société. Dans un monde privé de protection sociale, où les intérêts économiques prendront le pas sur les solidarités institutionnelles, chacun devra en effet faire preuve de force et de combativité. Et là, miracle de la nature, les SDF survivants nous ouvrent la voie et nous donnent de l’espoir. Les plus forts d’entre nous survivront et pourront asseoir leur domination sur les plus faibles. Et ça – reconnaissons-le, c’est vraiment une très bonne nouvelle.

Le 10 janvier 2011 à 20:02

Origines douteuses

Histoires d'os (6)

On avait découvert ses restes, à plusieurs années d'intervalle, dans une carrière du Sussex. De pauvres restes en vérité : un fragment de crâne humain et un débris de mâchoire qui ressemblait à celle d'un orang-outang. Le tout soigneusement emballé dans un environnement crédible. Il n'en fallait pas davantage à quelques scientifiques zélés pour y reconnaître le fameux « chaînon manquant » annoncé par la théorie darwinienne. Cette trouvaille hériterait du nom d’Eoanthropus et sèmerait une fichue pagaille dans les rangs partagés de la paléontologie. Car ce fossile remarquable contredisait toutes les découvertes effectuées dans les ravins d'Afrique de l'Est où s'imposait l'évidence d'un mécanisme évolutif tout à fait opposé, incarné par les Australopithèques. Aucun ancêtre de l'homme ne semblait devoir associer de manière aussi convaincante des caractères anatomiques simiesques et humains. Ce qui n’empêchait pas l'imposture de rassembler ses zélateurs. Et il fallut attendre une bonne cinquantaine d'années pour qu'elle soit enfin dénoncée. L'homme de Piltdown était un faux, une chimère fabriquée avec un crâne d'homme médiéval et une mâchoire d'orang-outang, vieillis, limés, traités pour donner l'apparence du vieux.Quelques années plus tard, le British Muséum organisait une exposition sur les origines de l'homme et le célèbre faux y occupait une vitrine de choix. Le commissaire d'exposition qui y promenait les étudiants, s'arrêtait souvent devant cette vitrine et il souriait avec malice afin de commenter de manière théâtrale : " N'en doutez pas ! Il s'agit d'un faux!" La valeur de l'original justifiait à elle seule le fait qu'on en expose une copie ? A moins d'y voir une manifestation du sens de l'humour britannique ?

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