La Monstrueuse Université
Publié le 05/03/2011

Denis Robert contre Bankenstein - 1


Exclusif : les coulisses de l'affaire Clearstream

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Autres épisodes :

Après la décision de la Cour de Cassation rendu le 2 février dernier entérinant définitivement la victoire de Denis Robert contre Clearstream, la multinationale de la finance, nous vous proposons ici un  feuilleton en vingt épisodes sur les coulisses de cette affaire.
Cette conférence a été enregistrée trois mois plus tôt. DR ne savait pas encore qu’il allait gagner...

Il raconte en exclusivité pour ventscontraires.net comment il a survécu face au monstre qui nous tient tous en ce moment entre ses griffes. On pourrait l'appeler Mister Finanz ou Master Subprime. Denis Robert lui préfère le nom plus XIXe de Bankenstein : « Mon monstre à moi avait un regard de poisson mort, des muscles d'acrobate, le courage d'un âne et la folie d'un oligarque russe ayant abusé de vodka. Il avait placé au-dessus de ma tête, tenue par un fil, une enclume très lourde fabriquée à Luxembourg. Chacun de mes gestes devait être lent et pensé sinon j'étais mort. »
Denis Robert est aussi peintre : après les avoir recoupées, vérifiées, exploitées en tant que journaliste d'investigation, il grafitte les informations glanées lors de son enquête sur ses toiles comme on tague en courant sur un mur dangereux.

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> en partenariat avec le site littéraire du Nouvel Observateur,
bibliobs.com

Bankenstein, conférence-performance enregistrée au Théâtre du Rond-Point le 22 octobre 2010
Les artistes conférenciers de la Monstrueuse Université du Rond-Point prouvent que le monstre canalise nos peurs et nos doutes, que son inhumanité n’est parfois qu’une projection de nos secrètes espérances. 

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L'autre feuilleton de l'été - 6

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200721h00. Place de la Bastille, où d’innombrables sympathisants de gauche se sont spontanément rassemblés, une fête imprévue s’organise. Aucun membre du Parti socialiste n’est présent : retranchés rue de Solferino, les cadres du parti, encore sous le choc, se refusent pour l’instant à tout commentaire. Mais c’est dans l’improvisation la plus totale que le peuple de gauche a toujours trouvé ses plus grandes ressources. Le chanteur Cali apporte une sono et une scène commence à se construire, fournie par Yannick Noah. Des milliers de jeunes en tee-shirt Vêtimarché affluent sur la place, un portrait de Ségolène dans une main, une bougie dans l’autre. Tous crient au miracle ; certains n’y croient pas encore et invoquent Saint Thomas, d’autres avouent qu’à partir d’aujourd’hui, ils croiront en Dieu, d’autres qu’ils vont se faire baptiser, la majorité arrosant la victoire de la gauche avec le sang du Christ.Dans la foule, anonymes et personnalités communient dans une immense ferveur. Georges Moustaki improvise une ronde avec un groupe de jeunes filles. Yves Saint-Laurent brandit une pancarte où l’on peut lire « On t’aime » et Pierre Bergé, une autre, où est écrit : « Pense à moi ». Éric Zemmour cherche sa femme, en se répétant qu’il faut vraiment être conne pour vous donner rendez-vous place de la Bastille un soir d’élection. La chanteuse Diam’s embrasse à pleine bouche l’écrivain Philippe Sollers. Les yeux noyés de larmes, Bruno Delport, le directeur de Nova, marche au hasard dans la foule, en distribuant des cigares.    La suite demain...

Le 10 mai 2016 à 16:10

Stefano Massini : "Nous n'avons rien appris de la crise de 29"

A propos de "Chapitres de la chute", sa saga sur Lehman Brothers

L'auteur et metteur en scène italien Stefano Massini voit sa trilogie sur la grandeur et la chute de l'empire Lehman Brothers créée pour la première fois dans une mise en scène remarquée d'Arnaud Meunier et une traduction de Pietro Pizzuti. Jean-Daniel Magnin – C'est sur le thème et le titre de la pièce que de nombreux spectateurs du Rond-Point ont été attirés par la pièce. Comme si nous avions un grand besoin d'en savoir plus sur l'économie. Comme s'il s'agissait là d'une histoire qui nous importait au plus haut point. Une histoire dont personne ne nous parle en fait.Stefano Massini – Je crois que le théâtre a toujours été un espace de connaissance. Le spectateur devrait en sortir enrichi, chaque fois. Non pas pour dire que les spectacles doivent "donner un enseignement", car éprouver une émotion forte (quel qu'en soit le type) est une forme de connaissance. Dans le cas présent je pense que la véritable expérience ne consiste pas à connaître la vie familiale des Lehman, mais à devenir un peu plus experts sur une chose (l'économie) qui nous affecte tous, mais que nous ne connaissons pas en fait. J'ai trouvé que la saga Lehman offrait l'occasion idéale de faire pénétrer le public dans un milieu hostile comme celui de la finance : j'avais besoin d'un cheval de Troie et je l'ai trouvé dans le grand écheveau biographique qui compose l'histoire de cette banque. On peut dire que la saga des Lehman n'est pas l'objet de ma trilogie, mais l'outil que j'ai utilisé pour rendre le public un peu plus "économiste". – Est-ce que tu t'es inspiré d'œuvres antérieures, comme par exemple les Buddenbrock de Thomas Mann ? – Plutôt que de m'inspirer d'un texte ou d'une œuvre, j'ai eu une confiance totale dans les potentialités de cette idée. Comme je l'ai déjà dit, je n'avais pas l'intention d'écrire sur les Lehman, mais l'idée était de pouvoir rendre le public plus expert dans une matière difficile et théâtralement vierge - et par conséquence extrêmement intéressante. Bien sûr, s'il fallait pointer des modèles, il faudrait aller plutôt du côté de la littérature que vers le théâtre, car je crois que le théâtre lui-même est aujourd'hui en quête d'un minimalisme dans lequel je ne me reconnais pas. – Comment définir ta pièce ? Un long blues post-capitaliste ? Une saga ? Une série américaine ? Un poème épique ? Un conte des temps jadis ?– Je le définirais comme du "matériel scénique". C'est un grand mélange de récit, de roman, de drame, de comédie, d'éléments documentaires - et même de poésie. Je pense qu'aujourd'hui nous vivons un total dépassement des genres. Et pas seulement parce que tout a été désormais essayé, mais parce que chaque "genre" est dépassé aussitôt qu'il a été expérimenté.  Et ainsi je préfère concevoir chacune de mes oeuvres comme un matériau, un ensemble de suggestions, un catalogue de possibilités. Puis c'est au metteur en scène et aux acteurs (mais aussi aux lecteurs) de faire un choix, en se frayant chemin à l'intérieur de ce que je leur offre.– L'humour et la poésie du texte me plaisent beaucoup. Cette manière si simple de raconter, tu l'as trouvée tout de suite ?– Crois-moi : cette ironie m'appartient, je ne l'ai pas choisie. Parfois c'est même pénible de voir comment les choses de la vie - même les plus tragiques - prennent des contours dont nous ne pouvons nous empêcher de rire. Et le rire est la plus forte expérience émotive de l'être humain, car le rire implique une pleine connaissance de ce qui le déclenche (alors que les pleurs non, les pleurs sont passifs, ils subissent la réalité, ils ne la contrôlent pas). – Tu n'as pas décrit en détails la faillite Lehman de 2008, probablement parce que nous connaissons "de l'intérieur" cette crise. C'est bien ça ?– Oui mais pas uniquement pour cette raison. J'ai décidé de ne pas raconter la faillite de 2008 (ou mieux : de ne pas la raconter dans les mêmes détails que je ne l'ai fait par contre pour la crise de 1929), justement parce que je voulais qu'une chose saute aux yeux : la crise de 1929 a été un précédent dont il aurait fallu apprendre beaucoup de choses. Hélas ça ne s'est pas passé comme ça : les mêmes erreurs ont été refaites, une fois passée la panique. Ça me semblait intéressant de raconter la crise actuelle à travers un miroir vieux de 80 ans.– Selon toi, les ferments de la faillite Lehman étaient déjà présent au début de leur histoire ?– Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un mal génétique. Le problème réside dans les profondes mutations de tout le système capitaliste qui, comme le raconte la Trilogie, est passé d'une recherche de fonds pour financer l'industrie à une recherche d'argent visant juste à la création de gains virtuels. C'est ici que s'ouvre le gouffre : l'argent ne doit générer que de l'argent. Et par dessus le marché, les évolutions technologiques ont entraîné une dépersonnalisation encore plus grande, avec pour résultat un labyrinthe de chiffres et d'argent n'ayant plus aucun lien avec la réalité.– Les rituels juifs et la Bible t'ont beaucoup inspiré dans cette pièce. Tu as aussi écrit "Je crois en un seul Dieu", une pièce qui se déroule en Israël - nous allons la lire en public avec Anne Alvaro en avril prochain. Est-ce une coïncidence, ou la question juive t'intéresse-t-elle particulièrement ?– En fait j'ai eu la grande chance d'avoir une "double vie" dans mon enfance, chrétienne et juive. Cela vient du fait que certains événements dans ma famille m'ont conduit à assister assidûment à la vie de la communauté juive dans le Temple de Florence. Cela dit, ma famille étant chrétienne et pas juive, chaque année nous célébrions Noël mais aussi Hanoukah - et je connaissais les prières du Seder (Pessah) aussi bien que les prières catholiques. Je pense que c'était important, pour moi, car la culture juive est un élément clé de la culture moderne, aussi bien européenne que nord-américaine. L'histoire des Lehman le démontre, leur saga est un très bon exemple du changement subi par les immigrants juifs en Amérique au siècle dernier.– Nous avons immédiatement décidé de programmer le spectacle avec Arnaud Meunier après avoir découvert seulement la première partie du texte au comité de lecture du Rond-Point. Tu as écrit les deux autres ensuite. Elles sont venues facilement ?– La seconde et la troisième partie ont été sans nul doute les plus difficiles à écrire. Surtout "L'immortel", la troisième. J'ai toujours pensé que la première partie de la trilogie était une "zone mythologique", alors que la deuxième est une comédie et la troisième un drame qui tourne entièrement autour de la solitude de Bobbie et de la partie d'échecs périlleuse qu'il joue avec un monde qui change autour de lui de manière vertigineuse. J'ai dû me documenter énormément avant d'écrire, lire des centaines (milliers) de pages sur l'Histoire américaine, des traités d'économie et bien sûr des livres sur la famille Lehman qui m'ont été envoyés des Etats Unis. Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers, de Stefano Massini, traduction Pietro Pizzuti, L'Arche éditions

Le 31 mai 2015 à 09:00

Paul Jorion : "Vivons-nous encore en démocratie ?"

Une étude très intéressante faite par la Banque des Règlements Internationaux – la "banque des banques" donc ce ne sont pas des révolutionnaires – était de savoir si nous sommes encore une démocratie. Ils se sont aperçus qu'on ne tient absolument pas comptge, dans les décisions politiques, de l'opinion de la majorité de la population. Il est clair que dans l'ensemble c'est le milieu des affaires et quelques personnes très riches qui influencent le monde. La conclusion de cette étude est qu'on vit en oligarchie, avec une apparence de démocratie parce que nous votons encore... Non, les gens ne sont plus le plus grand lobby du monde. Il faut de l'argent pour être un lobby. Le journal US Politico est venu à Bruxelles en disant que cette ville est le Washington de l'Europe au vu du nombre de ses lobbies : 147 transnationales qui représentent 70% de l'économie. Les cinquante premières sont de grosses banques. L'historien britannique marxiste Eric Hobsbawm a dit qu'aujourd'hui la révolte est impossible. Il faudrait, pour qu'elle ait lieu, qu'elle se produise à l'échelle de la planète. Mais il y a l'obstacle des langues pour que surgisse une opinion publique mondiale. Déjà en Europe les opinions publiques ne communiquent pas entre elles. Ce qui se discute en Allemagne ne passe pas en France, en Italie, etc. Il faudrait tout traduire en anglais. Pour comprendre où nous en sommes, je me demande si nous ne devrions pas lier les savoirs relatifs à l'individu et ceux relatifs au groupe. Je vais essayer de le faire dans mon prochain livre, entre psychanalyse et anthropologie. On ne peut pas ne pas tenir compte du fait que des collectivités d'êtres humains ont un comportement qu'on ne peut comprendre en additionnant simplement les comportements individuels, comme le prétend la théorie de l'homo economicus. De même, il ne suffit pas d'en rester au plan de la sociologie. Il y a une faiblesse liée à notre nature, nous pensons que tout s'explique par la rivalité et la concurrence. Et nous ne voyons pas que notre comportement spontané est plutôt celui de l'attirance vers les autres, du désir de faire des choses ensemble, de la solidarité. Nous avons un sentiment de culpabilité attaché à notre comportement lié à la rivalité qui nous le rend perceptible, et aucun attaché à notre besoin d'aimer les autres, ce qui fait que nous le perdons de vue. Nous ne sommes pas un loup pour l'homme, c'est grâce à la solidarité que nous pouvons survivre dans les situations de concurrence extrême, comme dans les camps de concentration. Nous devons nous organiser dans l'avenir selon la philia d'Aristote, cette bonne volonté que nous mettons tous à faire marcher les choses. > le blog du Paul Jorion

Le 5 août 2010 à 11:36

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

Le 3 septembre 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

Ségolène à l'Elysée - 32

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 9 juillet 2007 Annonce du grand plan « Sœur Emmanuelle » pour les banlieues, qui va souffler les observateurs internationaux par son ambition. C’est probablement le plus vaste chantier de reconstruction qu’on ait vu en France depuis le nettoyage des Côtes-d’Armor en 1978. Voici les principaux axes du grand plan Sœur Emmanuelle :       — Cours de civilité dans les écoles et à l’intérieur des centres commerciaux. — Rénovations des quartiers, plantages d’arbres de la fermeté, de l’impartialité et de la « Fra-ter-ni-té ». — Barème de punitions à la carte, votées à mains participatives levées dans tous les comités de quartier fraternels. — Plan de pacification des Transports Publics grâce aux innovations technologiques : diffusions de films et de matchs sur écrans plats HD, casques d’écoute à chaque place pour de la musique à la carte, ordinateurs en libre accès à l’arrière du bus, etc. — Retour de la police de fraternité et de proximité, des Assedic de proximité, des emplois de proximité, de la justice de proximité et des transports de proximité. — Création de « parcs de défoulements sociaux » gratuits dans les zones industrielles, comprenant bus à casser, voitures de police à caillasser, faux pompier à attaquer, concours de trafic de drogue avec distribution de points donnant droit à un chèque cadeau, cuisines à détruire pour conjoints violents, tournante avec poupée gonflable. Chaque visiteur, à sa sortie, devra « faire le point » avec un psychologue de proximité, parc, sous l’œil vigilant de « l’armée fraternelle des non armés de proximité » — pour lui permettre d’établir un premier contact direct avec la population à risque. — L’armée des non armés interviendra également dans chaque centre-ville, et en remplacement des gardiens d’immeubles. Le tout sera financé par une enveloppe de 15 milliards d’euro, prélevée sur les recettes d’une « révolution fiscale » à venir à la rentrée. La droite s’inquiète…La suite… dans l'indispensable ouvrage de Christophe Alévêque, à se mettre sous la dent sans modération.

Le 7 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 5

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200720h30. Place de la Concorde, on commence à démonter la vaste scène qui devait accueillir la fête de la droite décomplexée. La chanteuse Jane Manson entonne « Faisons l’amour avant de nous dire adieu » devant une poignée de jeunes en tee-shirt Lacoste, qui pleurent à chaudes larmes. « C’était l’élection imperdable, se désole une blonde devant les caméras de TF1. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. » Un peu plus loin, un blond ne cache pas sa tristesse : « Les communistes reviennent, je ne peux pas y croire. » Pour sa copine, une blonde, « c’est comme si un mauvais génie nous avait volé le vote, et qu’il nous regardait du haut du ciel en ricanant ». Plus loin encore, le Noir — quand on filme les jeunes de l’UMP, il faut toujours le Noir — retient difficilement ses larmes : « Le pays fait marche arrière. Ça fait très mal au bas du dos ». Résumant bien le sentiment général, un blond amer estime que « les Français sont des cons ». Toujours à Paris, une réunion de crise des grands dirigeants français et des représentants du MEDEF se tient dans l’arrière-salle d’un célèbre restaurant. L’ambiance à l’intérieur est, paraît-il, très tendue — mais rien ne filtrera de la rencontre. 20h45. La future présidente de la République quitte Melle pour Paris, accompagnée de ses enfants et du chien Poupuille. Un avion Falcon de l’armée, affrété par son fidèle soutien Pierre Bergé, l’attend sur l’aéroport de Poitiers. Mais Ségolène Royal refuse. « Une décision très symbolique, commentera le magazine Politis : l’acte de naissance d’un certain style dans l’exercice du pouvoir. » La future présidente ne veut bénéficier d’aucun passe-droit — hormis l’addition du restaurant, qu’elle n’a pas l’habitude de payer. Elle rejoindra Paris en voiture, comme tout le monde. En revanche, elle a pensé à une petite fille de la région, âgée de six ans, gravement malade et en attente d’une greffe : c’est elle que le Falcon emmènera jusqu’à Paris pour une opération d’urgence. A l’heure où tout le monde l’attend, Ségolène Royal prend le temps d’accompagner la petite jusque dans l’avion. Elle embrasse les parents qui pleurent en lui avouant qu’ils n’ont pas voté pour elle : « Mais moi non plus », leur répond-elle gentiment. Au moment de la dernière embrassade, l’enfant ne peut contenir son émotion : Ségolène devra retourner se changer à Melle. Un reporter de Paris-Match a capturé toute la scène au téléobjectif : « La nation la demande, mais c’est à l’amour qu’elle répond », écrit l’hebdomadaire en publiant les clichés. Assigné au tribunal de grande instance de Nanterre, Paris-Match sera condamné à 8 000 € d’amende, pour atteinte à la vie privée…     La suite demain...

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