Jean-Michel Helvig
Publié le 25/02/2011

« C'est depuis la chute de Ben Ali que tout le monde est tombé sur la ministre des Affaires étrangères. C'est un bouc émissaire »


Patrick Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, Le Parisien, 25 février 2011

Pas très malin le compagnon officiel de Michèle Alliot-Marie. Certes l’intention était louable, de prendre le taureau par les cornes pour défendre la martyrisée. Mais en la masculinisant de la sorte il prenait le risque de faire ricaner sur leur couple. Injuste d’une certaine façon car si l’Académie autorise la féminisation des titres, la métaphore biblique résiste aux transferts de genre. Il n’allait quand même pas traiter madame de « chèvre », fut-elle émissaire, et quoique prétendent certains diplomates anonymes peu convaincus par les  performances de leur ministre. Tout le mal, si l’on peut dire, vient de la fête de l’Expiation dans la tradition juive, où l’on sacrifiait à Yaveh un agneau et non une brebis (le bouc faisait l’affaire) afin d’être délivré de ses pêchés. Mais même si on fait l’économie de toutes les interprétations analytiques et anthropologiques de cet acte symbolique, il reste que le bouc doit être impérativement innocent, avant d’être émissaire. Sinon, c’est la peine de mort. Rien à voir. Or, si l’on revient à nos moutons (décidément…) difficile de disculper la ministre des Affaires étrangères en titre (à l’heure où son Patrick parlait). Elle aurait un peu moins fait l’émissaire entre Paris et Tunis (et vice versa) du temps de Ben Ali, elle ne se serait pas retrouvée… le couteau sous la gorge.
Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 23 septembre 2014 à 10:34

Le portefeuille porte-poisse

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem a été nommée ministre de l’Education nationale à la rentrée de 2014, les grenouilles de bénitier se sont remises à coasser. Pas de quoi émouvoir la souriante impétrante qui en avait vu d’autres dans sa courte mais intense carrière ministérielle. Si l’on doit s’inquiéter pour elle, ce serait plutôt que ce ministère de toutes les écoles est de tout temps le ministère de tous les dangers. Celui dont on sait dans quel état on y entre, mais jamais trop comme l’on en sort. Bref, osons ce conseil aux ministrables à qui l’on propose le portefeuille d’y regarder à deux fois. « Ça va à l’école ? – euh, pas vraiment, M. le Président… Il ne resterait pas une petite place à la Francophonie ou aux Anciens combattants ? » Une fois installé 110 rue de Grenelle (siège parisien du ministère), le risque est de se retrouver en guenilles si l’on se lance dans de trop grandes réformes ou de passer pour un ramasse-miettes si l’on fait profile bas. A un ministre qui a fait sortir dans la rue profs, élèves et étudiants, succède un ministre chargé de les faire rentrer. Une exception en 1986. Sous le gouvernement Chirac de cohabitation, c’est le ministre délégué à l’enseignement supérieur, Alain Devaquet, qui présenta un projet de réforme instituant une (timide) autonomie des universités. Les manifs étudiantes d’une rare violence lui coûtèrent son poste 263 jours après sa nomination. Elles coûtèrent aussi la vie au jeune Malek Oussekine ce qui était nettement plus grave, et le premier ministre lui-même se charge d’apaiser les esprits en retirant le projet de loi mais laissant en place le ministre de l’Education nationale de plein exercice, René Monory. On avait bien compris qu’il ne servait à rien d’autre qu’à meubler la rue de Grenelle d’ici la présidentielle de 1988. Vincent Peillon, bien plus tard, tenta de repenser des rythmes et des méthodes d’enseignement que plus personne au monde ne nous envie, il ne dut son salut qu’à une fuite vers Strasbourg au Parlement européen, son successeur Benoit Hamon calma le jeu en échelonnant la réforme, mais au bout de 126 jours il se fit prendre dans un chahut politique dont il n’était même pas le meneur. Xavier Darcos, sous Sarkozy, s’était risqué à la semaine des quatre jours mettant en ébullition l’Education nationale, ce qui aboutit à l’exfiltration du susdit, remplacé par Luc Chatel qui, en trois ans, réussit à faire de sorte de ne laisser aucun souvenir de son passage rue de Grenelle. Chapeau l’artiste ! Dans cette configuration du méchant qui chamboule tout et du gentil qui rattrape le coup, Claude Allègre et Jack Lang font figure de duo incomparable sous l’ère Jospin à Matignon. Citons aussi Luc Ferry (c’était du temps de Raffarin), philosophe de métier qui faillit être lynché pour d’irrémédiables péchés dont le moindre n’était pas d’avoir mis son nez dans le contenu des cours de ses collègues, et auquel succéda pour un an le transparent Fillon (celui d’avant maintenant) chargé de recoller les morceaux. Au bout d’un an il passa le pot de glue à Gilles de Robien, centriste pondéré et social, lequel se prit malgré tout de plein fouet la vague anti-CPE de 2006. Jean-Pierre Chevènement avait succédé en 1984 à Alain Savary, victime expiatoire du « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale » qui mobilisa comme jamais « l’Ecole libre » et que François Mitterrand enterra sans grand souci des sentiments de son ministre qui ne s’en releva jamais. On doit à son successeur – qui ne trouva pas de motif à démission durant les 608 jours de son mandat – le slogan du bac pour 80% d’une classe d’âge : la suite a montré que le problème était ailleurs pour un pays désormais à la traîne dans les classements internationaux de la performance scolaire. Au chapitre des réformateurs dépités, ne pas oublier Lionel Jospin. En 1988, il put ouvrir comme ministre les robinets budgétaires de la « revalo » des salaires enseignants : « il arrose le sable » ricanaient alors ses contempteurs à l’Elysée et à Matignon qui observaient que les réformes qualitatives ont continué d’être bloquées par les corporatismes maison. Et en plus il se prendra dans les dents une insurrection étudiante pour avoir voulu alléger leurs heures de cours… Après son départ en 1992, il entame une traversée du désert. Et par qui est-il été remplacé ? Par Jack Lang, déjà. En un demi-siècle de Ve République, on dénombre 30 ministres de l’Educations nationale (y compris N.V-B), soit un tous les 22 mois (et une tous les 30 ans !) Pourtant certains sont parvenus à durer et endurer. Ainsi François Bayrou (4 ans et 2 mois), à sa nomination bourré d’idées d’agrégé (lettres classiques), mais qui se mélangea les crayons dans une révision de la loi Falloux offrant au camp laïc l’occasion de prendre sa revanche sur « l’Ecole libre » en faisant descendre à son tour un million de personnes dans la rue. François Bayrou survécut en se montrant ensuite des plus coopératifs avec Monique Vuaillat, la secrétaire générale du puissant syndicat du second degré ( SNES) dont de mauvais esprits prétendent qu’elle fut de 1984 à 1999 la ministre-bis rue de Grenelle, voire la seule vraie ministre en certaines périodes. Le recordman de la durée rue de Grenelle reste Christian Fouchet (4 ans et 4 mois) mais son bilan des plus médiocres lui est retourné en boomerang quand, ministre de l’Intérieur, il se retrouva face à l’insurrection étudiante de mai 68. Son successeur, Edgar Faure prouva, lui, qu’on peut faire de grandes choses en peu de temps (343 jours) puisqu’il fit voter une loi d’orientation des universités approuvée par la gauche et la droite, intermède consensuel que tout le monde préféra oublier, notamment son propre camp qui torpilla ses velléités d’être candidat à la présidence de la République. On ne serait donc jamais meilleur ministre de l’Education nationale que quand l’on fait voter des réformes juste avant de prendre les jambes à son cou ? Le grand Jules Ferry en est l’illustration, lui qui occupa trois fois le poste, pas plus de deux ans d’abord et ensuite quelques mois à deux reprises. Il a néanmoins été l’architecte d’un enseignement public dont les grands principes perdurent, mais ses contemporains ne l’ont guère ménagé tant du côté de la droite boulangiste que de la gauche communarde. Et on instruit maintenant contre lui un procès mémoriel pour avoir célébré (au XIXe siècle) les vertus de la colonisation sur les « races inférieures. » Sic transit… Enfin il sera évoqué, pour mémoire, le destin tragique de Joseph Fontanet, centriste de bon aloi, assassiné le 2 février 1980 devant chez lui sans que l’on n’ait jamais su par qui et pourquoi. La police n’a pas retenu comme une piste sérieuse son passage au ministère de l’Education nationale entre 1972 et 1974.  

Le 5 juillet 2010 à 10:15

« La politique économique que nous menons en France actuellement, c'est une politique de ri-lance"

Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, 4 juillet 2010

Cacher un vilain mot que l’électeur ne saurait entendre, en atténuer un autre que le consommateur ne doit pas trop prendre… au mot, faire carburer les concepteurs d' « éléments de langage »,  produire en scène la ministre la plus rompue aux contractions anglo-saxonnes et nous voilà lestés de « ri-lance ».  C’est ce qu’on appelle un mot-valise où rigueur et relance sont rangées tête-bêche pour suggérer que tout est « under control ». Christine Lagarde n’est pas la plus antipathique des ministres en exercice et dans sa bouche « ri-lance » c’est du rire et de l’aisance, comme si tout ça n’était pas bien grave. La conduite des politiques économiques étant riche en métaphores routières on observera cependant que faire de la rigueur pour conjurer le crash budgétaire et de la relance pour éviter la panne de marché, c’est appuyer en même temps sur le frein et l’accélérateur. Généralement ça ne se termine pas très bien. De même d’ailleurs la « stagflation » des années 60 (stagnation et inflation vont dans la même valise !) où, cette fois, on débrayait et accélérait tout à la fois. L’avantage de « ri-lance », par les temps présents, c’est que pour sacrifier à la mode des « lipduds » on verrait bien les ténors UMP en faire la promotion sur du Mika : « rilance…relax...take it easy… ».

Le 8 mars 2011 à 12:35

Françoise G., par Laure A.

Une biographie tout en nuances d'une journaliste par une journaliste

« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Françoise GiroudQuand on est femme et qu'on exerce le métier de journaliste (au passage, un journaliste sur deux est une femme en France, c'est bon à rappeler en ce 8 mars), Françoise Giroud, forcément, est une icône. Laure Adler est femme et journaliste, et après avoir raconté les vies de Marguerite Duras, Hannah Arendt et Simone Veil, elle nous en dit davantage sur cette autre femme d'exception, qui a commencé comme scripte au cinéma, a participé à la naissance du magazine Elle, a créé L'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, est devenue secrétaire d'état dans le gouvernement Giscard, a écrit de nombreux livres, dont autant de best-sellers et… a pas mal de zones d'ombre.Car Laure Adler pourrait n'être qu'admirative de ce parcours sans faute, mais elle tente de garder la distance nécessaire à un bon biographe. Son livre s'intitule simplement Françoise. Elle n'a gardé que le prénom de l'icône, qu'elle nous présente avec ses forces et aussi avec ses faiblesses : Françoise qui a aimé passionnément un homme, celui pour qui elle est presque morte, celui avec qui elle a enfanté l'Express. Quand Giroud se battait, pour les femmes, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Mendès France, Françoise soupirait pour l'ambitieux JJSS. On disait Giroud dure, elle l'était, parce qu'elle s'était sortie de sa condition, et qu'elle ne voulait pas y retourner. On la disait parfois méchante, on a du mal à le croire. Mais Françoise, pendant ce temps, était femme, femme aimante, femme souffrante. Giroud a renié ses racines juives au point de les oublier, Françoise, bien des décennies plus tard, les a retrouvées, par amour pour son petit-fils (devenu grand rabbin). Si la femme publique se tenait droite, et parfois raide, c'était pour empêcher la femme secrète de vaciller, puis de tomber. Ce qu'elle a fait, et elle ne s'est jamais vraiment relevée. On a tous en mémoire l'image d'une Françoise Giroud froide, élégante, brillante ; le livre de Laure Adler, qui est un succès de librairie, nous la montre humaine, sensible, fragile. Et on est bien triste, à la fin, de la quitter.

Le 11 avril 2010
Le 31 janvier 2011 à 19:17

Comment Ben Ali censurait l'Internet en Tunisie

La censure de type “industriel” d’Internet qu’a pratiqué le ministère tunisien de l’Intérieur pendant dix ans, et que l’on découvre aujourd’hui, n’avait rien à envier à la censure chinoise ou iranienne. Comme son état ultra policier, et les privations de libertés civiques en Tunisie, la cyber-censure a été ignorée de l’Occident et ses cyber-dissidents n’ont quasiment jamais été écoutés ou soutenus. Depuis 2005, ils étaient une poignée, et ont  inventé à eux seuls ce que l’on appelle aujourd’hui le cyber-activisme à travers leur lutte en ligne contre “Ammar”, le sobriquet tunisien de la cyber-censure.Ammar n’existe pas, mais Ammar travaille bien pour le ministère de l’Intérieur, ou bien l’ATI (Agence Tunisienne de l’Internet). Ammar est le chauffeur de la “404 bâchée”. La “404 bâchée” est non seulement une camionnette vintage mythique en Afrique du Nord, c’est aussi une jolie image pour parler à mots couverts d’un site censuré en Tunisie. Une erreur 404, en jargon d’informaticien, est le message d’erreur qu’envoie un serveur informatique pour signifier qu’une page Internet n’existe pas. Cette page web existe, bien sûr. Mais un logiciel de filtrage du web, ou une manipulation policière, empêche tout ordinateur d’y accéder à l’échelle d’un pays. Ce message d’erreur 404 apparaissait si régulièrement sur les écrans d’ordinateurs tunisiens qu’il a inspiré une multitude de graphismes, logos, badges, bannières de blogs, pour protester contre la censure des blogs tunisiens, des sites et blogs étrangers, puis, depuis 2008, des réseaux sociaux, des sites de partages de photos et de vidéos (YouTube,  Flickr, Vimeo, etc).> lisez la suite de cet article sur OWNI

Le 13 novembre 2012 à 08:00

Rapport Gallois : le monde littéraire divisé

“Bavard”, “Une intrigue mal nouée” ou “Un suspense haletant” et “La naissance d’une franchise” ? Le monde de la littérature est fortement divisé après la publication du “Rapport Gallois”. Si certains éditeurs et magazines jugent sévèrement le style de Louis Gallois, d’autres estiment qu’il représente un auteur à suivre. Compte rendu.   Contre Attendu avec impatience, le « Rapport Gallois » est jugé très sévèrement par le milieu littéraire. Pour Gallimard ce rapport « est long et inintéressant . Louis Gallois n’avait clairement pas les épaules pour se lancer dans une telle aventure, son style ne résiste pas à la litanie des chiffres, il n’y apporte rien ». Même son de cloche chez Flammarion. « Il y avait un potentiel, mais Gallois échoue totalement. Le lecteur n’est jamais transporté, on ne ressent rien pour les personnages ». Pour Albin Michel « La littérature n’a pas besoin de Louis Gallois. On a rarement vu une intrigue aussi mal nouée, M. Gallois ne sait hélas clairement pas exploiter son histoire » .  Pour beaucoup,  la non-sélection du rapport dans les prix littéraires de ce mois de novembre est une douche froide de plus pour le gouvernement.   Pour Le jugement est plutôt nuancé pour le Magazine Littéraire qui voit en Louis Gallois un successeur possible à Michel Houellebecq. « La litanie des chiffres et des tableaux encercle le lecteur, c’est froid, c’est clinique, on retrouve tout à fait le style de Michel Houellebecq, M. Gallois a su parfaitement se fondre dans le moule » . Pour Livre Hebdo, « Il faut s’attendre à une suite ou une série. Louis Gallois pose les jalons d’un nouveau genre qui fera des émules. Le twist final sur la situation économique en Allemagne laissera les lecteurs sur leur faim » . Un avis que partage Le Monde. « Il y a du James Ellroy chez Gallois quand il nous décrit le fonctionnement des primes à l’investissement » . Pour le Figaro « Le rapport Gallois est un thriller économique à l’ancienne » . Les lecteurs suivront-ils ? Dans l’immédiat, Amazon a annoncé que “le Rapport Gallois” venait d’entrer dans le top 10 des meilleures ventes sur son site.   Le Gorafi  

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