Cabinet de Curiosités
Publié le 05/03/2011

Gaston Miron : l'Homme rapaillé


Dans le cabinet de curiosité de Yannick Jaulin



Dans son cabinet de curiosité, le conteur Yannick Jaulin conservait le poème de prison du poète québecqois Gaston Miron. En octobre 1970, il fait partie des 400 artistes, poètes, activistes, nationalistes québécois arrêtés en vertu d'une vieille loi d'exception. Il passe 13 jours en prison : « je crache sur votre argent en chien de fusil / sur vos polices et vos lois d'exception ». Quelques jours après sa sortie de prison, il reçoit le prix France-Québec.

> réalisation Christine Bernard-Sugy, France Culture

L'Homme rapaillé, recueil de poèmes, Poésie Gallimard
Pour les pédants on a du matériel
Sur une idée de Jean-Michel Ribes, une émission de France Culture pilotée par l'équipe de la fiction, en collaboration avec le Théâtre du Rond-Point.
Chaque mois, un ou une écrivain ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres que des comédiens viennent interpréter en public.
> site de la fiction sur France Culture 

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Le 27 novembre 2010 à 09:38

Petite résistance ordinaire

Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit. – Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle. – Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

Le 18 mars 2012 à 13:50

Les Belles-Soeurs : "Maudit cul, chus tannée de m'ner une maudite vie plate"

Le Rond-Point à l'heure du Québec version Michel Tremblay

« Chus tannée de m’ner une maudite vie plate ». Quarante ans après les "Belles-Soeurs" de Michel Tremblay, René Richard Cyr transforme la première pièce mythique du théâtre québecois en théâtre musical. Avec le compositeur Daniel Bélanger, il en fait un bouquet d’humanités et d’énergies flamboyantes. Triomphe outre-Atlantique par une fabuleuse troupe de bonnes femmes d’exception.Belles-Soeurs est une pièce qui par sa langue a bouleversé l’histoire du théâtre outre-atlantique, pensezvous qu’aujourd’hui elle puisse avoir le même impact ?La pièce de Tremblay en 1968 a bouleversé pour bien des raisons, bien sûr la langue québécoise y apparaissait pour la première fois sans fard ; la langue du peuple et de la rue, la langue des opprimés et des moins bien nantis prenait d’assaut la culture, mais au delà de cette ouverture, y apparaissaient 15 femmes qui portaient la réalité féminine et annonçaient la révolution féministe qui allait suivre. La pièce faisait aussi partie d’un mouvement d’identification nationale québécoise . Durant le même été, apparaissait également Robert Charlebois. C’était 1968 au Québec aussi.Michel Tremblay a-t-il été présent lors des répétitions et des représentations de la pièce ? Est-il intervenu ?J’ai eu la joie de mettre en scène à plusieurs reprises des pièces de Tremblay, j’ai aussi eu la chance d’interpréter en tant que comédien l’un de ses personnages, Hosanna. Il s’est au fil des ans développé une complicité entre nous. Michel nous a laissé les coudées franches à Daniel Bélanger et à moi afin que nous créions nos Belles-Soeurs. L’oeuvre originale est la pièce québécoise la plus jouée sur la planète, plus de 300 productions dans plus de 40 pays en plus de 20 langues, alors pour Tremblay, son texte adapté et mis en chansons représente aussi un nouveau souffle pour la pièce .Comment expliquez vous le succès de cette production au Québec et partout ailleurs ?Tout d’abord l’immense impact de voir 15 femmes entre 20 et 90 ans sur scène, battantes, vivantes, rieuses, émouvantes. Partout sur la planète, on peut les reconnaître comme nos femmes, nos mères, nos filles, nos tantes, nos voisines. Elles sont interprétées par des comédiennes aguerries, généreuses, parmi les meilleures du Québec. Et au delà du portrait brossé, l’histoire, la force du scénario sont aussi incroyablement riches. De plus, l’incroyable puissance que possède la musique et la voix chantée rendent ce spectacle festif, rassembleur.Les portraits de femmes de Michel Tremblay sont-ils toujours aussi percutants ?Les relations entre une mère et sa fille, entre la soeur rejetée et les autres, résignées, la femme seule, la veuve, la mal mariée, la fille mère, tous ces portraits traversent l’espace et le temps, c’est ce qui explique le succès de la pièce : ce miroir dressé sur la condition féminine devant l’éternel.La grande nouveauté de ce projet, c’est la musique : vous inscrivez-vous dans une tradition américaine du théâtre à la Broadway ?Soyons clairs, il ne s’agit pas d’une comédie musicale dans le sens américain, c’est un spectacle de théâtre musical, en alternant des scènes jouées et d’autres chantées. La structure de l’oeuvre initiale avec ses monologues et ses choeurs se prêtait d’emblée à une telle adaptation. Ce sont le sens et les mots qui portent la mise en scène et le spectacle.Que signifie pour vous, et pour Michel Tremblay, le retour des Belles-Soeurs en France, à quelques pas de l’Espace Cardin ?Je ne peux pas répondre pour Michel, mais pour moi et l’équipe de concepteurs et de comédiennes, notre présence au Rond-Point représente à n’en point douter une joie certaine, une juste fierté et un sentiment d’accomplissement. La culture québécoise fut longtemps perçue même chez nous à la remorque de la culture française, elle lui était assujettie et souffrait d’ un grand complexe d’infériorité, l’écriture de Tremblay entre autres s’est employée à réparer cet outrage à nos mots, notre réalité, notre unicité. Nous nous enorgueillissons qu’aujourd’hui, nos Belles-Soeurs à l’instar de bien d’autres artistes québécois soient présentes chez vous.Attention, elles débarquent !(propos recueillis par Pierre Notte)

Le 20 mars 2013 à 14:29

Yannick Jaulin

Cabinet de curiosité - Pour les pédants on a du matériel

Une émission France CultureChaque mois, un écrivain vous ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres, une littérature savoureuse et décapante, que des comédiens viendront interpréter en public.Yannick Jaulinavec Yannick Jaulin, François Marthouret et Marie-Eve Perron « Suis-je un conteur, un auteur, un acteur ? Je pourrais me définir comme un acteur qui fait des histoires »« La colère qui m’a mis debout m’a fait tendre l’oreille et rendu complice de ceux qui, aux bords du monde, résistent aux dominants de tous ordres et nous font grandir à notre propre liberté. Ceux qui disent pour ne pas être emmurés dans leur propre effroi. Ceux qui disent pour témoigner du burlesque et du sublime.  Dans ces livres, les mots pour nommer où je me suis glissé comme dans un duvet, moi, oiseau sans plumes, héritier d’une langue sans nom. J’ai pioché dans O’Brian l’irlandais ou Basile le sicilien, pétrisseurs d’une autre langue, mais aussi Gaston Miron le québécois, René Char ou Jean Echenoz, pour la liberté dont la leur témoigne. » Emission coproduite par France Culture et le Théâtre du Rond-Point sur une idée originale de Jean-Michel Ribes. Enregistrée le 7 février 2011 au Théâtre du Rond-Point Réalisation Laure Egorroff Diffusée sur France Culture le lundi 28 février 2011 à 20h Durée : 58:53

Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

Le 13 novembre 2010 à 11:48

Ali Dilem

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (7)

Il paraît que Dilem est le nom d’un groupe parisien de rock funk et celui d’un distributeur de lunettes qui se vante d’avoir créé des branches interchangeables. Révolutionneront-ils dans les années à venir le milieu de la musique et de l’optique ? Dilem, le caricaturiste, fait aussi grand bruit. Et le fait est qu’avec lui on voit bien, on voit mieux. Ce qui est, on en conviendra, doublement avantageux. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder le dessin quotidien qu’il livre au site de TV5 Monde. On emploie l’expression « croquer l’actualité » pour un dessinateur de presse. Lui la dépèce joyeusement, il en dissèque les abats et les examine pour nous en donner le meilleur morceau. En Algérie, il travaille pour un journal qui porte le beau nom de Liberté. Ali Dilem est né le 29 juin 1967 de parents kabyles à El-Harrach. A ses quarante-trois ans, il faudrait retrancher tout ce temps perdu sur les bancs du Palais de justice d’Alger pour une cinquantaine de procès en diffamation intentés par les autorités et les neuf ans de prison qu’il totalise depuis que ce diplômé des beaux-arts s’est lancé dans la satire. L’Etat a la main leste ? Lui, la dent dure, autre nom du devoir de vérité. Alors, cet artiste qui œuvre pour le pluralisme politique et les droits des femmes persévère. Contre Boutef, diminutif d’Abdelaziz Bouteflika, contre les intégristes, contre les groupes islamistes, contre la police politique, contre les généraux corrompus. Il a l’art des raccourcis qui sont des décapitations. « La majorité, c'est le général Toufik et l'opposition, c'est aussi le général Toufik. » Depuis 2001, des « amendements Dilem » introduits dans le Code pénal, prévoient une série de mesures, y compris la peine de prison ferme contre des journalistes qui offenseraient le président de la République ou les grands corps d’État (armée, justice…). En 2004, il a été condamné à mort par une fatwa répercutée par les mosquées de son pays. L’Etat d’un côté, les religieux de l’autre, c’est ce qu’on appelle être pris dans un tir croisé. Pourtant, pas de quoi le faire plier. En face, son arsenal ne pèse pas lourd à première vue. Il contient quoi ?, des feuilles blanches, un stylo auxquels il faut ajouter un talent tranchant, quelque chose d’explosif dans l’humour et le soutien du peuple, l’amour de ses admirateurs et les grands prix internationaux qui ont consacré sa plume corrosive et son courage citoyen. Ali Dilem a commencé sa carrière à l’Alger Républicain, qui était le journaliste où Albert Camus fit ses débuts de reporter en 1938 et où il dénonça la « Misère en Kabylie ». Il est aujourd’hui membre de la fondation Cartooning for Peace, fondée à l’initiative de l’ONU, qui organise des expositions et des conférences à travers le dans le monde. Dilem est donc bien plus rock et plus clairvoyant que ses homonymes. Faites du bruit avec lui ! Chaussez Dilem !

Le 8 mai 2010 à 08:00

SMS : désactiver le Noodle

Opérateurs téléphoniques : il y a de quoi se suicider

Un type vient de m’appeler de Queenstown, une petite île au sud de la Nouvelle Zélande, pour me prévenir que la messagerie de son portable est envahie par des SMS envoyés en masse depuis mon numéro. Ils contiennent des slogans contre les multinationales, le pouvoir de la finance, enfin ce genre de choses. Ces messages sont si nombreux qu’ils bloquent son appareil. Ils viennent tous de chez moi. Inutile de préciser que je ne lui ai jamais rien envoyé, qu'il doit s’agir d’un genre inédit de spams particulièrement vicieux car ils pompent votre compte en banque. Mon interlocuteur néo-zélandais a bien sûr appelé son opérateur pour arrêter l’invasion, en pure perte. Alors, en cherchant sur Internet, il a trouvé un forum mentionnant ce nouveau type de propagande virale. Une parade existe : il faut demander à son opérateur qu’il « désactive le noodle ». C’est à l’émetteur faire opposition.  On ne tombe jamais sur la même personne, c’est strictement impossible, le logiciel dans lequel ces téléconseillers sont enfermés y veille scrupuleusement. Je leur ai à tous demandé de me désactiver le noodle. Je pense que ce terme ne figure pas dans la section du logiciel à laquelle ils ont accès. Au lieu de traiter la question, ils me serinent un laïus prémâché pour me vendre de nouvelles options, de nouveaux avantages, de nouveaux cadeaux qu’il serait complètement abracadabrant de ne pas accepter. Cerise sur le gâteau, ils me demandent avec une voix faussement enjouée si j’ai été satisfait de notre échange. Et moi, lassé de répondre : « oui oui… » par solidarité,  je craque, j’exige que me soit passé le chef, un spécialiste, un responsable. Ils aimeraient pouvoir le faire. Ils ne le peuvent pas. Le logiciel refuse. Je hurle : « – Ecoute bien mon garçon : l’argumentaire que tu me dévides, le kit de conversation qui te sort du gosier, tout a été écrit de A à Z, tu en conviens ? Et tu sais par qui ? – là je me suis mis en conférence audio pour que Gabor en perde pas une miette – tu ferais bien de relire la Typologie de la Clientèle qui doit être rangée dans ton premier tiroir à droite. Elle est de moi, oui, c’est moi qui l’ai écrite quand, comme toi, j’étais vacataire, free lance, intermittent mercenaire au service de la Marque, bombardé responsable junior de je ne sais quelle étude qualitative ou quantitative ou prédictive ou allez vous faire foutre. C’est moi le père de ton foutu laïus. Relis ta bouffonne Typologie de la Clientèle et tu verras que je fais partie du 1% de Prescripteurs AAA+++, me prends plus pour une andouille B ou C, me parle plus avec ce sourire en carton. Et cette fois-ci j’espère bien que notre conversation est enregistrée, écoute bien : tant pis si ça doit me ruiner, mais j’enverrai moi-même une vague de SMS à tous mes contacts racontant cette histoire, avant d’aller me coucher ».

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