Jean-Michel Helvig
Publié le 09/03/2011

"L'héritage chrétien" de la France


La crise de foi du Président

"Il y a près de mille ans, des architectes inspirés qui ne disposaient pas d'autres moyens techniques que leur talent et que leur foi eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridaient et faire ainsi de ce chaos volcanique originel du Mont Anis, le point d'appui d'un formidable viaduc spirituel lancé vers le Ciel. »
Nicolas Sarkozy, Le Puy-en-Velay, jeudi 3 mars 2011



Que de contorsions pour célébrer la cathédrale du Puy-en-Velay et les "racines" chrétiennes d’une France qui tarde, manifestement, à se débarrasser de la mauvaise herbe lepéniste. Le discours a été attribué à Camille Pascale, nouvelle "plume" présidentielle, qui signe avec éclat son arrivée. Henri Guaino avait déjà poussé le Président sur la pente glissante de "l’homme africain sorti de l’Histoire", son successeur le téléporte en 3D, là où une nef d’église est jetée dans le vide tout en étant lancée vers le ciel comme une sorte de viaduc. Les architectes de l’édifice n’auraient eu pour "moyens techniques" que leur talent et leur foi : c’est oublier les petites mains, ou si l’on préfère les gros bras qui se sont coltiné les lourdes pierres à monter sur le pic surplombant la ville, et qui ont manié ensuite la truelle ou le ciseau. Il était dans un tel état, le plumitif, qu’il a cru voir des inscriptions en "langue soufique" sur les portes de la cathédrale, une "langue" inconnue à ce jour. Mais du coup il a oublié que si les pèlerinages du Moyen-Age partaient du Puy-en-Velay, certaines croisades aussi.
Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 16 août 2010 à 17:04

Quand la politique dépasse la fiction

Ça fait maintenant plus d’un an que j’ai décidé d’écrire des nouvelles ou des romans de science-fiction. Ça ne se passe pas trop mal, mais j’avoue être confronté à une difficulté à laquelle je ne m’attendais pas. Je me creuse les méninges pour imaginer des trucs délirants mais au final, je dois me rendre à l’évidence, dès que je veux faire de la politique-fiction, j'arrive toujours en deçà de la réalité. Quelques exemples ? - Des politiciens qui dirigent le pays en fonction des désirs d’une poignée de personnes préférant rester dans l’ombre. - Un président qui déclare la guerre à une partie de la population du pays qu’il dirige. - Des parents mis en prison pour des crimes commis par leurs enfants. - Des grandes familles qui s’allient et transmettent le pouvoir à leurs rejetons. - Des zones dans lesquelles la police ne peut intervenir qu’en envoyant des troupes d’élite, lourdement armées. - Des tentatives pour repérer et ficher les "individus à tendances criminelles" dès leur plus jeune âge. - Des interventions militaires destinées à protéger les intérêts de puissantes compagnies privées – dans le jargon, on appelle ça des guerres corporatistes. - Une dégradation de l’environnement niée par des politiciens aux ordres de ces mêmes compagnies… Et cette liste de bonnes idées, hélas déjà prises par le gouvernement, n’est pas exhaustive. Reste à espérer que nos dirigeants ne soient pas des vampires, sinon je n’ai plus qu’à aller pointer chez Arlequin.

Le 29 avril 2010 à 14:32

« Si une candidature naturelle se dégageait au PS, ce pourrait être Dominique Strauss-Kahn »

Pierre Moscovici, Emission "Face aux Chrétien" (RCF,Radio Notre-Dame, La Croix), 23 avril 2010

Naturellement, ce que dit cet éminent socialiste ne doit pas être pris à ras les pâquerettes. Dans son esprit, l'entrée en lice de Dominique Strauss-Kahn s'imposerait avec une telle évidence que la contrarier serait, en quelque sorte, contre-nature. La vocation surnaturelle de Ségolène Royal étant hors concours, toute autre ambition que celle de l'acronymique DSK relèverait donc de la greffe artificielle genre Aubry, ou d'une bouture bricolée façon Hollande.Mais à quoi reconnaît-on la candidature « naturelle » ? La question est de saison. Alain Juppé a désigné Nicolas Sarkozy comme « candidat naturel » de l'UMP en 2012, mais c'est moins pour vanter la plante que suggérer le risque de plantage. Dominique de Villepin s'est déjà auto-ensemencé pour chasser la mauvaise herbe sarkozyenne, Jean-François Copé cultive en pot une candidature naturelle pour  2017, et Jean-Luc Mélenchon s'y voit dès 2012 en se prévalant d'un caractère qui n'a rien de « lyophilisé». Les Verts, c'est un comble, sont les moins fertiles en candidatures sans engrais. Il y aurait bien Daniel Cohn-Bendit, mais ses racines allemandes en font un présidentiable hors-sol. Bref, le « naturel » en politique exige d'être semé à temps pour décourager les parasites, et de ne pas attendre la victoire pour être arrosé.

Le 24 mars 2011 à 16:27

« Heureusement, le président a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations unies et puis la Ligue arabe et l'Union africaine. »

Claude Guéant, lefigaro.fr, lundi 21 mars 2011

Ses ailes de Guéant ne l’empêchent pas de se crasher. A croire que le ministre de l’Intérieur est un agent stipendié de Kadhafi qui, au lendemain des premières frappes aériennes sur son pays, dénonçait la « croisade » de l’Occident chrétien contre son modeste personnage, promu martyr musulman. En reprenant le même mot évoquant les expéditions moyenâgeuses pour aller « libérer » le tombeau du Christ chez les Sarrasins, Claude Guéant a dit précisément ce que le tyran de Tripoli voulait démontrer et les gens d’Al-Qaïda entendre. Avec un Guéant au micro, les islamistes n’ont plus besoin d’attaché de presse. Nicolas Sarkozy va quand même devoir calmer son thuriféraire. A trop vouloir cirer les pompes, il arrive qu’on se prenne la semelle. Promouvoir Nicolas Sarkozy en Geoffroy de Bouillon, il y a de quoi faire plier de rire la terre entière, Maghreb et Machrek compris. Et susciter d’embarrassantes comparaisons. Le chef croisé du XIème siècle était en effet nettement moins « bling-bling » que son successeur supposé, dix siècles plus tard. La légende veut qu’il reçut un jour les cheiks arabes, assis par terre car  « l'homme doit se souvenir qu'il n'est que poussière et qu'il retournera à la poussière ». Pas vraiment le profil « présidentiel », ce sacré Geoffroy. Quant à Claude Guéant, il est en passe de réussir l’impossible : faire regretter Hortefeux !

Le 26 novembre 2011 à 09:05

Au resto

Une sarkotelette de veau! commandai-je dans cette brasserie plutôt rupin de la rue Richepanse, où je n'avais pas mes habitudes. - Nous n'en avons plus, monsieur. Puis-je me permettre de suggérer à monsieur nos délicates Sarkroquettes façon Prince Jean? - Je n'en pince pas pour ce prince-là. - Auquel cas, monsieur ne perdrait rien à se rabattre sur le Sarkonfit en dévotion tartuffière à la sauce chanoine de Latran. - Je voudrais une assiette de sarkochonailles. - Il n'y en a plus. Mais je suis sûr que monsieur se pourlècherait si nous lui servions notre baveuse Sarkomelette aux truffes Bolloré, suivie de notre suave Sarkompote AAA à la noix de Sarkocorico … - Je n'ai plus faim. Qu'avez-vous à boire? - Un Sarkoca? - Depuis Bush, je ne bois plus de boissons US … - … go home, alors, monsieur, me répondit le loufiat. Et je me levai en raflant le Figaro où s'étalait la bobine de ce Président dont j'avais oublié le nom, avec en grosses lettres  IL DONNE A LA FRANCE UNE PETITE GIULIA IL SAUVE L'EUROPE IL VA SAUVER LE MONDE, et je me sauvai de ce monde-là. Je longeai le sarkollège Saint-Nicolas, je m'engouffrai dans le métro Sarkogne, je regagnai mon gîte les jambes sarkotonneuses. A la télé il y avait un sarkopéra, Sarcosi fan tutte. Je zappai, je tombai sur le Sarkobama, le petit président blanc mettait familièrement la main aux couilles du président noir. J'éteignis, je me couchai, je rêvai que je tombais sans fin dans un sarkossuaire.

Le 12 juin 2010 à 10:44

« L'idée que je pourrais "dealer", entrer dans une manoeuvre avec qui que ce soit, est une idée enfantine ! »

François Bayrou, La Croix, 9 juin 2010

L’idée que François Bayrou se fait d’une idée enfantine a de quoi affoler dans les maternelles. Il viendrait naturellement à l’esprit des mioches, le commerce des substances opiacées et les roueries de la politique ! On les croit scotchés devant les Télétubbies,  ils lisent en douce Millenium ! A moins que l’évocation des noirceurs enfantines ne soit qu’une manière de masquer ses propres turpitudes, en l’espèce deux rencontres discrètes avec un Nicolas Sarkozy contre lequel il était entré « en résistance ». Le  régime n’en a pas été plus ébranlé que ça,  tandis que le capital de voix constitué par François Bayrou en 20O7 se dilapidait au fil des élections. Seul réconfort, Nicolas Sarkozy commence à faire une allergie au Nouveau Centre – les Iagos du Modem - depuis qu’un des siens a des démangeaisons présidentielles. Pour le président de la République en quête de réélection mieux vaut un centriste qui braconne à gauche, qu’un centriste qui déconne à droite. Pour le président du Modem un petit espace s’ouvre alors pour revenir dans le jeu de son ancien camp sans changer de maillot. Un enfant de cinq ans le comprendrait. Justement, François Bayrou a une trop haute opinion de son destin pour le laisser à portée des enfants. Une intelligence aboutie est demandée à quiconque prétend interpréter ses choix. Le Modem bientôt interdit aux moins de 18 ans ?

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