Sophie Lucide
Publié le 16/03/2011

La théorie du Secret


Carte postale de Libye

La catastrophe nucléaire est nippone mais pas mauvaise pour Kadhafi qui se refait du coup une santé dans l’indifférence générale. Il y a des secrets qui ne doivent pas filtrer et ce type c’est une bombe à lui tout seul, mais qui s’en soucie ? Pas nous ! Son nuage radioactif gagne du terrain et les insurgés ne seraient qu’irradiés par la fumisterie d’un guide vert de rage. Ils seront vraisemblablement mis en quarantaine de manière définitive sans qu’aucune initiative occidentale ne donne le plus petit espoir à un peuple qui se pensait soutenu par l’opinion mondiale. Mais le monde a peur. Pas du tyran sanguinaire, non. Il tremble pour son confort que le Japon symbolise. Il se désole que la Fashion Week soit annulée là-bas et admire en secret les tenues chatoyantes du colonel Klafouthi.  
Le monde est victime de la mode, et ce secret si bien gardé commence à s’éventer….
Née en 1966 à Strasbourg (67)
Etudes à Montpellier III Paul Valéry (licence psychologie)
Carrière commerciale à l'étranger et en France dans l'immobilier et les télécom
1er roman publié en 2009 avec Claude Bertout: Le diable, l'astronome et la naine rouge (éd. Le Pommier)
J'écris actuellement un polar (Un homme affable)
voilà...)) 

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Le 8 juillet 2011 à 08:42

Igor

Ou bien imaginer une nouvelle version de « Petit Papa Noël », dans laquelle il ne serait plus question d’une belle nuit, mais d’un crépuscule post-apocalyptique, quelque chose de très sombre, quelque chose à des années-lumière des idées dégoulinantes de bons sentiments que l’on nous impose chaque année, que nos chères têtes blondes apprennent bêtement…   C'est la belle nuit de Noël  La neige étend son manteau noir  Et les yeux levés vers le ciel  À genoux, les petits enfants  Avant de fermer les paupières  Font une dernière prière.    … et dans laquelle le vieux monsieur généreux porterait des bottes à semelles de protection, une combinaison antiradiation homologuée, des gants en kevlar, un masque à gaz, un gilet pare-balles, car dehors, il va avoir si chaud… Dans cette version, le narrateur, un enfant de dix ans, Igor, aux traits fatigués, sans innocence, Igor, flétri, sans aucun avenir ou notion d’avenir, habiterait un bunker souterrain de 9m² avec toute sa famille. Il n’y aurait aucune cheminée, mais seulement un conduit d’évacuation et de traitement de l’air conditionné.   Petit Papa Noël Quand tu descendras du ciel Avec tes jouets par milliers.    Bunker 248 de l'abri antiatomique numéro 47, sous-sol 3, ascenseur 24. Dans cette version de la chanson, le vieillard ferait sa distribution au son des compteurs Geiger des églises et des hurlements des chiens fossoyeurs des ruines.   Ta distribution de surprises.    Dans cette nouvelle chanson, Igor se languirait de revoir un jour le soleil se lever autrement qu’à la télé. Il ne dirait plus qu’il a été sage, mais qu’il n’a rien fait, lui. [Refrain]  Dans ce nouveau couplet, il serait question de nuages dépollués et même d’animaux vivants et en bonne santé, histoire d’apporter un peu de rêve, un peu de fêtes. Le sentiment de. Dans cette version moderne du Petit Papa Noël, on évoquerait des idées positives d’avenir radieux et de félicité partagée. [Refrain]  Dans cette chanson, tout serait très beau, très à sa place : rien ne dépasserait. Dans les abris antiatomiques, les jours de fête auraient un goût particulier qui, on l’espère, ne serait pas celui âcre et violet de l’iode. Dans les abris, les gens danseraient comme des damnés, loin des réalités noircies des cendres grenat.   Dans une version alternative, plus mature, il serait question de l’aversion de l’homme pour les choses visqueuses. Les crachats, les glaires, le sperme. Puis Igor ou tout du moins une version adulte d’Igor, argumenterait : « si Dieu n’avait pas voulu la semence masculine, il aurait fait du sperme en flocons de neige » et de rebondir avec le refrain, les notions d’hivers et de froid. Pour revisiter l’enfance, il faut désapprendre l’adulte.

Le 22 mai 2013 à 07:48

Barbares fourmis

Mon arrière-grand-mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez un tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudain de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière-grand-mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

Le 9 septembre 2011 à 07:57

La révolution sera sponsorisée

Sur les murs du métro parisien s’affiche depuis quelques semaines le slogan « c’est la lutte des classes ! » clamé par une petite fille, le regard déterminé et le poing tendu. N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une campagne des jeunesses communistes. Non, non, c’est tout simplement l’offensive de rentrée d’une grande enseigne de distribution. Dans le système capitaliste comme dans le monde animal, il est de bonne guerre qu’un prédateur au sommet de sa forme s’attaque à une proie dès que celle-ci commence à présenter des signes d’épuisement. Il en va ainsi des grands fauves de la savane comme des récupérateurs d’entreprises en difficulté qui fondent sur leur victime dès que celle-ci s’effondre ou fait faillite. Selon cette logique, il semblerait que la mémoire de l’utopie communiste soit terriblement en péril quand on voit le sort que les charognards publicitaires de tout poil réservent aujourd’hui aux restes de sa dépouille.Une telle aspiration "révolutionnaire" se retrouve également chez un célèbre fournisseur d’accès Internet qui a choisi de baptiser sobrement sa nouvelle box « révolution ». Un des mastodontes de l’industrie alimentaire a lui choisi de mettre en scène dans une  série de spots des petits personnages passablement excités, appelant à la riz-volution et menaçant de « tout faire sauter ! ».Avouez, chers camarades, qu’il serait regrettable de s’arrêter en si bon chemin dans la Grande Marche triomphante du capitalisme. Et puisque ce n’est qu’un début, on ne peut donc que conseiller aux annonceurs de continuer le combat. On peut imaginer la suite : « Grand soir », la nouvelle fragrance d’un célèbre parfumeur parisien ; la berline « Staline » dans le haut de gamme d'un constructeur automobile ; « Goulag », concept brillant d’une chaîne hôtelière low cost ; « Octobre rouge », la revanche des Bordeaux sur le Beaujolais nouveau ; "Lendemains qui chantent", remède anti-gueule de bois des laboratoires Servier. Et bien sûr « Pravda », le supplément humour du Figaro. Dans le système capitaliste comme dans le monde animal, il est de bonne guerre qu’un prédateur au sommet de sa forme s’attaque à une proie dès que celle-ci commence à présenter des signes d’épuisement. Il en va ainsi des grands fauves de la savane comme des récupérateurs d’entreprises en difficulté qui fondent sur leur victime dès que celle-ci s’effondre d’épuisement ou fait faillite. Dans cette logique, il semblerait que la mémoire de l’utopie communiste soit terriblement en péril quand on voit le sort que les charognards publicitaires de tout poil réservent aujourd’hui aux restes de sa dépouille. Sur les murs du métro parisien s’affiche depuis quelques semaines le slogan « c’est la lutte des classes ! » clamé par une petite fille, le regard déterminé et le poing tendu. N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une campagne des jeunesses communistes. Non, non, c’est tout simplement l’offensive de rentrée d’une grande enseigne de distribution. Cette aspiration révolutionnaire se retrouve également chez un célèbre d’un fournisseur d’accès internet qui a choisi de baptiser sobrement son nouveau produit phare « révolution ». La preuve ultime que l’insurrection s’annonce c’est qu’un des mastodontes de l’industrie alimentaire a ré Dans le système capitaliste comme dans le monde animal, il est de bonne guerre qu’un prédateur au sommet de sa forme s’attaque à une proie dès que celle-ci commence à présenter des signes d’épuisement. Il en va ainsi des grands fauves de la savane comme des récupérateurs d’entreprises en difficulté qui fondent sur leur victime dès que celle-ci s’effondre d’épuisement ou fait faillite. Dans cette logique, il semblerait que la mémoire de l’utopie communiste soit terriblement en péril quand on voit le sort que les charognards publicitaires de tout poil réservent aujourd’hui aux restes de sa dépouille. Sur les murs du métro parisien s’affiche depuis quelques semaines le slogan « c’est la lutte des classes ! » clamé par une petite fille, le regard déterminé et le poing tendu. N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une campagne des jeunesses communistes. Non, non, c’est tout simplement l’offensive de rentrée d’une grande enseigne de distribution. Cette aspiration révolutionnaire se retrouve également chez un célèbre d’un fournisseur d’accès internet qui a choisi de baptiser sobrement son nouveau produit phare « révolution ». La preuve ultime que l’insurrection s’annonce c’est qu’un des mastodontes de l’industrie alimentaire a récemment choisi de mettre en scène dans une récente série de spots des petits personnages passablement excités, appelant à la riz-volution et menaçant de « tout faire sauter ! ». Avouez, chers camarades, qu’il serait regrettable de s’arrêter en si bon chemin dans cette grande marche triomphante du capitalisme. Et puisque ce n’est qu’un début, on ne peut donc que conseiller aux annonceurs de continuer le combat. A venir donc très bientôt : « Grand soir », la nouvelle fragrance d’un célèbre parfumeur parisien ; la série spéciale « Staline » d’un constructeur de berlines de luxe ; « Goulag », concept brillant d’une chaîne hôtelière low cost ; « Octobre rouge », salon du vin d’un audacieux réseau d’hypermarchés et bien sûr « Pravda », le supplément humour du Figaro. cemment choisi de mettre en scène dans une récente série de spots des petits personnages passablement excités, appelant à la riz-volution et menaçant de « tout faire sauter ! ». Avouez, chers camarades, qu’il serait regrettable de s’arrêter en si bon chemin dans cette grande marche triomphante du capitalisme. Et puisque ce n’est qu’un début, on ne peut donc que conseiller aux annonceurs de continuer le combat. A venir donc très bientôt : « Grand soir », la nouvelle fragrance d’un célèbre parfumeur parisien ; la série spéciale « Staline » d’un constructeur de berlines de luxe ; « Goulag », concept brillant d’une chaîne hôtelière low cost ; « Octobre rouge », salon du vin d’un audacieux réseau d’hypermarchés et bien sûr « Pravda », le supplément humour du Figaro.

Le 21 décembre 2011 à 12:13

Viktor Orban reprend sa fréquence à Klubradio, la seule radio d'opposition

Carte postale de Hongrie

Le site du Monde.fr nous apprend que l'unique radio d'opposition en Hongrie, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias, proche du gouvernement conservateur de Viktor Orban, a annoncé son directeur mardi 20 décembre au soir, à Budapest. "Je n'en reviens pas, je n'aurais jamais cru qu'une radio qui existe depuis dix ans, écoutée par un demi-million de personnes, puisse être traitée de telle sorte", a déclaré Andras Arato, directeur de Klubradio, dans une interview accordée dans la soirée à la chaîne de télévision commerciale ATV. Comme je vous en parlais en juillet dernier, la même Autorité de répartition des fréquences avait contraint la chaîne d'info à devenir musicale, pour qu'elle se taise. Ce à quoi la chaîne avait répliqué en chantant les news :En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 16 octobre 2015 à 08:59

Mon sport favori : la guérilla urbaine

À l’instar de certains compagnons de route et déroutes de ventscontraires, j’abhorre le sport [1]. Mis à part le catch d’antan lorsque c’était en vrai direct télé que l’Ange Blanc et le Bourreau de Béthune rentraient dans le lard des très méchants Bollet et Delaporte. Je ne vais pas pour autant vous causer catch. C’est à mon autre sport préféré que je vais tresser de gloupitantes couronnes : la guérilla urbaine. Rien à voir bien sûr avec les répugnants barouds de déshonneur économico-religieux, les guerres saintes du jour relevant de la plus dégueulbif barbarie (et auxquels il convient d’opposer les guerres à base de petits pâtés à la crème préconisées par Charles Fourier). Le sport de combat qui continue à m’enflammer, c’est la guérilla urbaine à la Marighella (mais pas à la Mao, à la Castro ou à la Giap qui visaient une dictature sur le prolétariat). On ne parle plus guère de nos jours du « bonito garoto » (beau galopin) Carlos Marighella dont le Manifeste du guérillero urbain, de la trempe des écrits stratégiques de Clausewitz et de Machiavel, sorti au Seuil en 1970 et aussitôt interdit, fut pour lors féeriquement réédité à la fois par 22 maisons d’édition française hostiles à la censure [2]. Voici sa très sportive histoire et voici pourquoi j’aime le zigomard. Né à Bahia et bientôt réputé fada à l’École polytechnique parce que, même aux examens, il rédige ses copies en vers libres, Carlos Marighella, que la presse libérale accusera plus tard de n’écluser que du punch glacé et d’être un véritable larron d’amour, « organise des grèves quand il n’est pas en prison », raconte Conrad Detrez. En 1964, alpagué par des cognes dans un cinéma au lendemain d’un coup d’État, il tente de mettre les voiles mais il reçoit trois balles en plein caisson. Ce qui accélère sa rupture avec les buveurs d’eau tiède du Parti communiste italien et avec tous les autres « caméléons du socialisme », selon l’expression du pamphlétaire anar Adolphe Retté. O Prêto (Le Nègre), comme on le sobriquette dans les sertaos, rejoint alors la guérilla clandestine qui, en l’espèce, élit comme terrains d’entraînement des crédits fonciers, des « prisons-pourrissoirs » (comme disait Mesrine), des haciendas de galetteux ou des chambres d’hôtel d’huiles yankees. C’est aussi en ces moments-là qu’il frigousse son Manifeste du guérillero urbain aimanté par le mot de désordre-clé de Durruti : « Camarades, précipitons les événements ! » Diablement éperonnés par le brûlot de Marighella se constituent des groupes d’actions plutôt maos-guevaristes auxquels se rallient de nombreux déserteurs surgissant parfois aux volants de fourgons militaires bourrés d’armes et de munitions ou aux commandes d’avions de chasse. En coordination aussi avec des pistoleros autonomes réprouvant, eux, toute forme d’autoritarisme marxiste-léniniste ou autre, Marighella et ses comparses de plus en plus nombreux déclenchent leurs principales attaques entre septembre 1968 et 1969. lIs envoient ad patres leur ennemi-juré, le capitaine Charles Chandler de la CIA, se rendent maîtres de stations-radios pour y carillonner des proclamations révolutionnaires, relaxent des compañeros bouclés dans la prison de Rio, kidnappent l’ambassadeur des States Elbrick qu’ils échangent contre quinze des leurs et contre une lecture radio-télévisée mettant en pétard le pays, et visitent une centaine de banques [3]. « Le produit de ces expropriations est destiné à l’apprentissage et au perfectionnement technique du guérillero, à l’achat, à la fabrication et au transport des armes et munitions destinées au secteur rural, à l’organisation du réseau de sécurité des révolutionnaires, à la subsistance quotidienne des combattants, en particulier des camarades évadés, blessés, pourchassés. » « Comment envisagez-vous de continuer la guérilla urbaine ? » demande Conrad Detrez au Prêto dans le n°3 du mensuel Front. « On peut faire un tas de choses : kidnapper, dynamiter, descendre les chefs de police, en particulier ceux qui font torturer ou assassiner nos camarades. Nous souhaitons que l’armée brésilienne acquière l’armement le plus moderne et le plus efficace car nous le lui déroberons. Et puis, on peut également saisir le bétail et les vivres des grandes haciendas pour les donner aux paysans. Par ailleurs, les ouvriers mariés, pères de famille, peuvent très bien saboter les machines, fabriquer en secret des armes, détruire le matériel. Vous avez certainement remarqué que nous annonçons souvent quelles seront nos prochaines actions. C’est à dessein. L’ennemi sait ce que nous ferons mais il ne sait ni où, ni quand, ni comment nous le ferons. Nous avons ainsi toujours l’avantage. Pour l’ennemi, c’est un des aspects les plus infernaux de la guerre révolutionnaire. » Le 4 novembre 1969, à Sao Paulo, « l’ennemi public n°1 de la dictature et de l’impérialisme » (titre qu’il s’est crânement conféré à lui-même), après avoir sifflé un dernier punch glacé, se fait mettre en perce par 80 sulfateuses de la DORS (police politique). On termine on ne peut plus sportivement avec deux extraits poivrés du Manifeste du « géant d’ébène ». D’abord, un petit hommage de Marighella aux étudiants rebelles : « Au cours de l’année 1968, les étudiants brésiliens ont réussi à réaliser d’excellentes opérations tactiques en lançant des milliers de manifestants dans les rues à sens unique et à l’encontre des voitures, en utilisant des lance-pierres et des billes de verre qu’ils répandaient entre les pattes des chevaux ce la police montée. » Et puis, un hymne à la guerre des nerfs, ou guerre psychologique, qui est « une technique de lutte basée sur l’utilisation directe ou indirecte des mass media ou du téléphone arabe. Son but est de démoraliser le gouvernement. On y arrive en divulguant des informations fausses, contradictoires, en semant le trouble, le doute et l’incertitude parmi les agents du régime, en livrant à la police de faux plans d’attaque, en répandant des rumeurs sans fondement. Le gouvernement doit dès lors exercer une surveillance sans relâche, ce qui mobilise beaucoup d’énergie. » Et vive le sport quand il file une ratatouille à l’ordre trônant !   [1] Lire à ce propos l’impitoyable ensemble L’Idéologie sportive (éd. L’Échappée), le meilleur ouvrage jamais fricassé sur « la marchandisation des hauts-faits musculaires de l’humanité ». [2] Le Manifeste du guérillero urbain a été réédité en 2009 par Libertalia. [3] « Aucune prison, qu’elle soit située dans une île du littoral, en ville ou à la campagne, ne peut être considérée comme inexpugnable face à l’astuce et à la puissance de feu des révolutionnaires. »

Le 16 décembre 2014 à 09:36
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