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Publié le 23/03/2011
 

Laure Albernhe


Rédaction

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C'est sûr, "ce n'est pas dramatique"


La mode internationale adaptée au monde arabe

Quand on y pense, qu'une marque suédoise de prêt-à-porter de grande diffusion adapte sa collection aux mœurs des pays dans lesquels elle vend n'a en soi rien de choquant. Mais lorsque l'on compare les images (c'est ce que fait aujourd'hui le site du quotidien Libération), les bras nous en tombent. C'est la sculpturale Gisele Bundchen qui prête ses formes à la nouvelle collection H&M, décolleté plongeant et affolant. De quoi tourner la tête aux mâles du monde entier… et ceux du monde arabe ne sont pas épargnés, bien sûr. Alors que fait le géant de la mode? De la retouche photo. On rajoute un T-shirt à la top model à coups de palette graphique, et hop, l'affaire (juteuse) est dans le sac (à patates).
C'est difficile à définir, mais j'ai l'impression que ce qu'il y a de choquant dans cette affaire ("Ce n'est pas la première fois que nous faisons ça, ce n'est pas dramatique", déclare la marque) n'est pas forcément là où on le croit…

 

Je suis bonne pour donner du miel, mais si on me stresse trop je pique


Sit-in devant la Bourse 10

Les mouvements "indignés" qui fleurissent en Europe du sud me font  penser à ce qui arrive aux abeilles aujourd’hui. On a fini par comprendre que si elles ne vont pas bien, c'est parce qu’elles stressent, elles sont trop pressurisées, elles n’y arrivent plus dans le monde uniforme et technocratique qu'on leur réserve.
Si l’économie réelle – ce que nous produisons avec nos mains et notre intelligence – n’est plus qu’un pot de miel perdu dans le Las Vegas de la finance spéculative mondiale, il est prévisible qu’on assiste un jour à la "révolte des abeilles".
Moi je rêve d'un sit-in mondial qui impose enfin "par le bas" une taxation de la spéculation financière  – Tobin ou autre – que les gouvernants n’ont jamais vraiment voulu mettre en place "par le haut". Et qui pourrait contribuer à l’aide au développement, à l’allègement des dettes nationales, du trou de la sécu, aux retraites...
Les abeilles donnent du miel, mais si on les piétine, elles finissent par s’énerver.

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Au secours les mots : Martin Page défend le mot "soviets"


Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.

Il y a des mots qui réunissent contre eux les adversaires les plus opposés. C’est en général le signe de leur importance.
Les soviets (conseils) sont nés en 1905 alors que la Russie est traversée par un puissant mouvement contestataire. Les ouvriers, les paysans, les soldats se réunissent, discutent, s’organisent. Les soviets incarnent la démocratie réelle, locale, réjouissante, dans les mains de tous et pour le bien commun. Ce sont eux qui font naître la révolution de 1917. Mais ils n’exerceront jamais le pouvoir : Lénine, Trotsky et les bolcheviques prennent le contrôle du pays et massacrent ceux qui défendent encore la révolution démocratique. Comble de la barbarie, les meurtriers revêtent le nom des victimes : soviets devient un mot défiguré, il est le prétexte à la dictature, la caution de la fin des libertés.
Lénine n’est pas le seul responsable de ce dévoiement : les soviets ont été abattus comme les Républicains espagnols le seront quelques années plus tard, avec le silencieux assentiment des autres grandes puissances. Si l’on a laissé ce mot être kidnappé et défiguré, c’est qu’il n’arrangeait personne, ni les tsaristes, ni les capitalistes, ni les syndicats. L’expérience qu'il donnait à voir faisait peur à tous les pouvoirs. Il y a eu une unanimité pour oublier son sens réel.
"Soviets" est un mot magnifique, il est comme une luciole, il palpite, on le devine, on s’en approche et il s’échappe ; pourtant il est là, comme la possibilité d’une autre organisation de la société, offerte, si nous le voulons. Les mots survivent. Ils hantent le temps et portent en eux des expériences d'une réalité passée que nous pouvons faire nôtre.

Pour lire les autres contributions de Martin Page à ventscontraires.net, cliquez
Dernier roman paru : La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique (Ed. de l'Olivier)
www.martin-page.fr






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