Fleur Ho
Publié le 08/06/2011

Je suis bonne pour donner du miel, mais si on me stresse trop je pique


Sit-in devant la Bourse 10

Les mouvements "indignés" qui fleurissent en Europe du sud me font  penser à ce qui arrive aux abeilles aujourd’hui. On a fini par comprendre que si elles ne vont pas bien, c'est parce qu’elles stressent, elles sont trop pressurisées, elles n’y arrivent plus dans le monde uniforme et technocratique qu'on leur réserve.
Si l’économie réelle – ce que nous produisons avec nos mains et notre intelligence – n’est plus qu’un pot de miel perdu dans le Las Vegas de la finance spéculative mondiale, il est prévisible qu’on assiste un jour à la "révolte des abeilles".
Moi je rêve d'un sit-in mondial qui impose enfin "par le bas" une taxation de la spéculation financière  – Tobin ou autre – que les gouvernants n’ont jamais vraiment voulu mettre en place "par le haut". Et qui pourrait contribuer à l’aide au développement, à l’allègement des dettes nationales, du trou de la sécu, aux retraites...
Les abeilles donnent du miel, mais si on les piétine, elles finissent par s’énerver.

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J'aurais été douce même si mes parents ne m'avaient pas appelée Fleur. Mais je suis coriace aussi, et si quelque chose me révolte, je ne peux pas m'empêcher de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Par exemple les chiffres. Je n'y connais rien, aux chiffres. Mais en ce moment ils prennent trop de place dans nos vies. Alors j'ai décidé de me battre contre la toute puissance des chiffres.
 

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Le 9 novembre 2011 à 07:47

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Econotrucs #3

Si nos économies ont aujourd’hui le couteau sous la gorge et menacent de s’effondrer sous des monceaux de dettes, c’est parce que nous l’avons bien voulu : à l'heure où nous cherchons des solutions à la crise actuelle, il est bon de se rappeler que c’est presque toujours en tentant de résoudre la dernière crise que nous préparons les conditions de la prochaine. Cette finance « folle » que l’on dénonce aujourd’hui est le fruit de décisions politiques engagées par des gens rationnels qui pensaient œuvrer pour le bien public. C’est peut-être ça le plus effrayant.   A la fin des années soixante-dix, le modèle né au sortir de la seconde guerre mondiale était devenu inadapté : après deux chocs pétroliers, des crises monétaires à répétitions, les pays occidentaux connaissent des périodes d’hyper-inflation, une baisse de la croissance, une hausse du chômage : le système de Bretton Woods s’effondre. C’est la fin des trente glorieuses et des modèles d’inspiration keynesienne. Pour sortir de cette impasse, les administrations Reagan puis Thatcher décident de « libérer l’économie » autrement dit de la libéraliser : la finance va jouer un grand rôle. C’est la rémunération de l’épargne et des dépôts qui est libéralisée aux États-Unis. C’est le big bang financier de la place de Londres : les investisseurs étrangers se ruent sur la capitale anglaise, qui rattrape en quelques années sa rivale New-York. Les puissances pétrolières enrichies par les chocs pétroliers ont quantité de pétrodollars à placer, et les marchés financiers vont remplir ce rôle.   Ces choix ne sont pas seulement idéologiques : en France, les socialistes suivent rapidement le mouvement . Les entreprises qui peinaient à trouver des financements (même lorsqu’elles étaient privées, elles étaient très largement dépendantes des financements et des banques publiques) et les marchés financiers internationaux vont leur offrir de nouvelles capacités d’investissement, d’innovation et donc de croissance. Le Matif (marché à terme des instruments financiers) est, par exemple, créé à Paris en février 1986. La démographie amplifie le mouvement  : les futurs retraités confient leur épargne à des investisseurs de long terme, le capitalisme devient essentiellement actionnarial.   Dans les années 90, les produits dérivés se développent, de nouveaux marchés apparaissent, la finance s’internationalise. Les petites institutions financières privées se multiplient (Cf econotrucs #1). La sphère financière explose. Pour suivre ce mouvement et soutenir un système bancaire en difficulté, les États-Unis ont progressivement démantelé toutes les réglementations inventées au sortir de la crise de 1929, jusqu’à supprimer en 1999 le fameux Glass Steagall act qui séparait les différentes activités bancaires et qui n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. C’est cette finance qui permettait - entre autres - aux États-Unis de retrouver une croissance grâce aux investissements dans ce qu’on appelait la « nouvelle économie ». L’explosion de la bulle de l’internet était rapidement rangée au rang de « crise de jeunesse », et de nouvelles formes de financement apparaissaient avec l’explosion de la titrisation, opération quasi magique qui permettait à la fois à David Bowie de toucher de l’argent sur de futurs droits d’auteur, et à de modestes familles américaines de devenir propriétaires de leur logement.   L’endettement des pays occidentaux grimpait, mais des épargnants chinois étaient prêts à acheter cette dette. La moitié du monde semblait vouloir investir dans l’autre moitié, et on se mettait à parler d’un “Bretton Woods 2” , un nouvel équilibre mondial.   Cette explosion financière aurait du faire l’objet d’une surveillance accrue des marchés et des institutions financières. C’est exactement le contraire qui s’est produit. La finance était une industrie innovante, et on pouvait raisonnablement affirmer qu’à vouloir trop corseter une innovation, on risquait de la tuer dans l’œuf.   En réalité rien n’était bien nouveau dans toutes ces innovations financières, et contrairement à ce qu’on bien voulu nous faire croire nos dirigeants politiques obligés de jouer aujourd’hui les pompiers avec l’argent public, la crise ne nous a pas pris "par surprise" . Si personne n’avait prévu exactement son déroulement, ses enchaînements, et son ampleur, les signaux d’alertes étaient innombrables, les risques que cette finance hypertrophiée faisait courir à nos économies étaient largement connus, et avaient été expliqués par de nombreux économistes. Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.

Le 24 mai 2011 à 19:30

Ça bouge sur les réseaux

Sit-in devant la Bourse 8

Je viens de recevoir un message sur mon smartphone, on dirait que ça bouge sur les réseaux :"Nous, jupes roses et sans-culottes, cagoules et bonnets, mitaines et foulards imbibés de citron, masques de latex et lunettes de plongée, communiquons à tou.te.s notre volonté de passer à l’action, ce jeudi 26 au matin, contre la finance organisée et ses réseaux mafieux. Nous appelons une horde débonnaire et clandestine à venir nous rejoindre le jeudi 26 mai à 9h à la Rotonde de la Villette (Métro Stalingrad) pour un départ groupé en direction d’un symbole bien connu de la manigance capitaliste, en vue de son occupation.Nous avertissons copains et copines que le risque juridique sera faible, mais que la jouissance sera grasse, car nous avons prévu de nous maintenir dans ledit lieu jusqu’à la dissolution de la dette grecque et du déficit de la sécu française.Nous avons prévu de monopoliser l’espace, d’y faire du boucan et d’y jeter des paperasses, d’y crier notre mépris pour le pognon et la magouille. Toute participation insolente et désinvolte de votre part ne nous rendra que plus forts et plus aguerris pour les batailles suivantes.Prenez avec vous tout ce qui agace les nanti.e.s et les cadres, quirend nauséabond l’atmosphère et réjouit les compagnon.ne.s révolté.e.s.JEUDI 26 MAI à 9H00 pétante,Place de la rotonde (Métro Stalingrad)Premiers signataires : Collectif des Allumés de la Fraude (CAF), Organisation des Téléspectateurs Anarco-Nihilistes (OTAN), Fédération Malgache des Insoumis (FMI), Groupe Invivable des Garçonnières du Nébraska (GIGN), Union Nécrosée des Lessiveurs de Parpaings, Association des fossoyeurs du Pole Emploi, Le collectif “Bien Assez de Conneries !” (BAC), le Cercle des Amis de l’Intifada, l’Union Radicale Survivre SAns Fessebouc (URSSAF), L’Internationale vegan pour une revanche des animaux, Collectif “Vivons bien, vivons couchés”, le Syndicat Démocrate Individualiste contre la Guerre (SDIG) et le Syndicat Démocrate pour l’Abolition du Téléthon (SDAT)..."Et j'ajoute mon nom à la liste des signataires : Fleur Ho!> épisode suivant> premier épisode

Le 1 octobre 2011 à 07:22

Noam Chomsky soutient "Occupy Wallstreet"

Sit-in devant la Bourse 15

J'allais prendre un avion pour New York car je voulais me joindre au sit-in qui a commencé depuis deux semaines devant la bourse. Mais quand j'ai vu le prix du billet, je me suis dit que la meilleure façon de le faire, c'était d'aller m'asseoir devant la Bourse de Paris. Comme dit la vieille dame dans cette vidéo qui retrace les événement de la journée du 28 septembre, nous sommes à présent tous connectés. Connectés au même problème.Si vous voulez suivre en direct ce qui se passe dans le quartier de Wall Street, voici un lien qui vous donne les nouvelles jour après jour : occupywallst.orgC'est là que j'ai vu que Michael Moore est venu apporter son soutien. C'est là que j'ai lu ce message de Noam Chomsky adressé aux manifestants rassemblés devant la bourse : "Quiconque a les yeux ouverts sait que le gangstérisme de Wall Street – les institutions financiaires en général – a causé de sévères dommages au peuple des Etats Unis (et du monde). Et devrait aussi savoir que cela a été perpétré avec une force croissante depuis plus de 30 ans, au fur et à mesure que leur pouvoir croissant sur l'économie se radicalisait, ainsi que sur la politique. Cela a mis en branle un cercle vicieux qui a concentré une richesse immense – et avec elle la puissance politique – sur un infime secteur de la population, une fraction de 1%. Alors que le reste aborde inexorablement ce qu'on appelle parfois le "précariat" – l'aspiration à survivre malgré une vie précaire. Ils mènent ces activités repoussantes avec une impunité à peu près complète – car ils ne sont pas seulement "too big to fail" (trop gros pour échouer), mais aussi "too big to jail" (trop gros pour aller au clou). Puissent les manifestations courageuses et dignes qui ont lieu à Wall Street mettre cette calamité en pleine lumière, et nous conduire à redoubler d'efforts pour la vaincre et diriger la société vers une direction plus saine." Noam Chomsky > épisode suivant> premier épisode

Le 26 octobre 2011 à 08:57

Spéculateurs de tous les pays, unissez-vous !

Econotrucs #2

En ces temps de crise, la spéculation est considérée comme un fléau absolu, au même titre qu’un tsunami ou une chanson de René la Taupe. Rappelons tout d’abord qu’un spéculateur n’est pas nécessairement un méchant trader, mais simplement quelqu’un qui achète un bien dans le but de le revendre (tandis qu’un consommateur achète un bien pour en jouir immédiatement). Tout acheteur d’appartement ou de voiture est un consommateur doublé d’un spéculateur, car son choix d’achat est souvent largement influencé par une perspective de revente. A ce titre, les charmantes brocantes du coin de la rue, ou même des sites comme E-bay, sont des repaires de spéculateurs.A l’inverse les marchés financiers sont utiles à un tas de gens qui n’ont pas pour objectif de spéculer, mais ont besoin de rencontrer des spéculateurs professionnels  :Outre sa fonction évidente de transfert de la richesse dans le temps (l'épargne), la finance permet de soutenir des projets qu'un individu seul de pourrait pas financer. Pour ne prendre qu’un exemple, l’internet est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce aux spéculateurs (capital risqueurs puis actionnaires) qui ont investi dans Netscape, (puis dans Yahoo, etc). Toute innovation a besoin de preneurs de risques pour exister et ces derniers attendent une contrepartie. Ce couple risque / contrepartie est la base du système financier.Car la finance permet de couvrir toute une série de risques inhérents à certaines activités. Par exemple une compagnie d’aviation a besoin de se couvrir du risque de variation des prix du carburant grâce à des produits financiers. Elle a besoin d’un intermédiaire financier qui fournira ce carburant à prix fixe, et prendra à sa place le risque de variation du prix. Cet intermédiaire est un pur spéculateur parce qu’il achète des barils sans jamais avoir l’intention de se les faire livrer. Mais les entreprises ont besoin de lui.Il faudrait cependant être une taupe pour ne pas voir que la finance est très responsable des crises à répétitions que nous connaissons depuis quinze ans, et que plus elle prend d’importance plus les crises sont violentes, se propagent rapidement, et sont difficiles à résoudre. D’un outil utile à l’industrie, la finance est devenue elle-même une énorme industrie, développant au niveau mondial sa propre logique, ses propres modèles et sa terrible propension à s’aveugler elle-même.Ne nous y trompons pas, c’est « nous » (les puissances occidentales) qui avons fait le choix de « libérer » la finance, entraînant  le big bang boursier des années 80, l’explosion des produits dérivés dans les années 90, celle de la titrisation dans les années 2000.A croire que nous avons voté pour une bande de fous dangereux, manipulés par les puissances de l’argent qui voulaient la destruction de notre bonne vieille économie de marché à la grand papa, avec pantalon pattes d’ef et protection sociale. Mais si l’idéologie a largement joué son rôle, il faut se rappeler que l’économie de grand papa battait sérieusement de l’aile à la fin des années 70 : les choix ont été faits avec logique, et surtout de bonnes intentions. Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.

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